Élie Halévy, né le à Étretat (Seine-Maritime) et mort le à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne), est un philosophe et historien français, spécialiste du Royaume-Uni, du socialisme et du libéralisme.
Biographie
Jeunesse et études vignette|gauche|La Famille Halévy, par Jacques-Émile Blanche en 1903. Né en 1870, Élie Halévy est le fils de Ludovic Halévy, célèbre librettiste d'opéra, d'origine juive, auteur en particulier de livrets pour Jacques Offenbach, et de Louise Breguet, fille d'une dynastie d'horlogers protestants.
Élie et son jeune frère Daniel grandissent à Montmartre, dans un monde d'intellectuels et d'artistes, et dans la religion protestante de leur mère, selon la règle de la famille.
Brillant élève du lycée CondorcetPierre Albertini, « Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, n°92, 2006/4, p. 81-100., il s'intéresse à la philosophie, où il obtient un premier prix au concours général. En 1890, il entre à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, où il fréquente Xavier Léon, Célestin Bouglé, Alain, Léon Brunschvicg et Dominique ParodiCristopher Bone, « Élie Halévy: Historian as Philosopher », The Journal of British Studies, vol. 13, (Nov., 1973), 151-168. accès JSTOR.
L'année de l'agrégation, il réfléchit en particulier sur Platon, ce qui aboutira en 1896 à la publication d'un ouvrage sur la théorie platonicienne du savoir. Il fonde avec Xavier Léon la Revue de métaphysique et de morale qui commence à paraître en 1893.
En 1901, il obtient un doctorat en philosophie sur la « formation du radicalisme philosophique », une étude sur Jeremy Bentham et l'utilitarisme.
Parcours professionnel En 1892, Halévy est recruté par Émile Boutmy pour enseigner l'histoire des idées politiques à l'École libre des sciences politiques. Il dispense ainsi un cours appelé . En 1898 ou en 1900, un second cours lui fut confié sur le développement du socialismeAndré Siegfried, nécrologie : Élie Halévy, Revue d'économie politique, mars avril 1938, . Il fait partie de la première vague des philosophes de Sciences Po, aux côtés notamment de Lucien Lévy-Bruhl.
Lorsque Boutmy doit cesser de dispenser son cours sur l'Angleterre, il demande à Halévy de lui succéder. Les cours qu'Halévy dispense à Sciences Po sur l'Angleterre ont donné naissance à ses deux principaux ouvrages : La Formation du radicalisme philosophique (1901-1904) et l'Histoire du peuple anglais au (1912-1932), en cinq volumes. Ces volumes sont traduits en anglais et connaissent un grand succès outre-Manche.
Pendant la Première Guerre mondiale, trop vieux déjà pour être mobilisable, il s'est porté volontaire comme infirmier, et on l'a affecté à Chambéry où il vit « dans le cléricalisme d'ambulance » (lettre du ). Sa correspondance avec Alain et avec Xavier Léon, où il se révèle un observateur aigu et souvent prophétique, a été partiellement publiée (Paris, Gallimard, 1957).
Influence Élie Halévy fut à la fois préoccupé par les idées sociales et proche du libéralisme. Sur ce point son rôle est à rapprocher à celui de Graham Wallas dont après la guerre de 1914, il fut l'amiIl remercie souvent en début de ses livres Graham Wallas un homme qu'il connaissait depuis les années 1890. Si Graham Wallas a contribué à éloigner Walter Lippmann du socialisme, Élie Halévy a joué un rôle similaire dans l’évolution de Raymond AronBaverez, 1993, 101.
Tout comme Graham Wallas, il était en faveur du libre échange. Raymond Aron note dans ses mémoires qu'il lui aurait confié que « seul le libre-échangiste a le droit de se dire pacifiquein Mémoires, édition 1983, 153. ». Après la guerre de 1914, il lui fut proposé un poste à la Société des NationsAndré Siegfried, nécrologie : Élie Halévy, Revue d'économie politique, mars avril 1938, 432 qu'il a refusé afin de se consacrer à la fin de son histoire de l'Angleterre au . Il donna des conférences au Royal Institute of International Affairs, un think tank britannique spécialisé dans les relations internationales.
Il fut en 1936 l'un des premiers à rapprocher le fascisme et le communisme dans des conférences à la Société française de philosophie qui furent publiées en 1938 sous le titre de l’Ère des tyrannies. Trois membres de l’association des amis d’Élie Halévy, présidée par Célestin Bouglé, ont participé en 1938 au Colloque Walter Lippmann : Raymond Aron, Robert Marjolin et Étienne Mantoux.
Publications
Ouvrages 1896, 1901-1904, La Jeunesse de Bentham 1776-1789, 1901, XV-447 p. L’Évolution de la doctrine utilitaire de 1789 à 1815, 1901, IV-374 p. 1904, Le Radicalisme philosophique, 1904, V-512 p. 1913-1923, Histoire du peuple anglais au , trois volumes et un volume posthume, 1947. 1913, L’Angleterre en 1815. 1923, Du lendemain de Waterloo à la veille du Reform bill. 1923, De la crise du Reform Bill à l’avènement de Sir Robert Peel : 1830-1841. 1946, Le Milieu du siècle : 1841-1852. 1926, Épilogue 1. Les impérialistes au pouvoir : 1895-1914. 1932, Épilogue 2. Vers la démocratie sociale et vers la guerre : 1895-1914. 1938, L’Ère des tyrannies, préf. de Célestin Bouglé ; nouvelle éd., Gallimard, 1990Célestin Bouglé a des mots durs envers un des principaux dirigeants fabiens : « et Sidney Webb, écrit-il, a le doit de rire, d’un rire méphistophélique, ce même Sidney Webb dont Élie Halévy, dès son arrivée en Angleterre, a senti les sympathies pour la conception hégélienne de l’État et les méthodes prussiennes de la bureaucratie organisatrice » ; rééd. L'ère des tyrannies : Penser en résistance (1923-1937), Paris, Les Belles Lettres, coll. Le goût des idées, éd. & introd. Vincent Duclert, préf. Perrine Simon-Nahum, 230 p., 2024 . 1948, Histoire du socialisme européen rédigé à partir de notes de cours par des anciens étudiants : Raymond Aron, Robert Marjolin, Jean-Marcel Jeanneney, Pierre Laroque.
Édition de ses œuvres complètes
Notes et références
Bibliographie Études et témoignages Raymond Aron, Mémoires, Julliard, 1983. Raymond Aron, Élie Halévy et l’ère des tyrannies , postface de Élie Halévy, L'Ère des tyrannies, Collection Tel (n° 168), Gallimard, Paris, 1990. Nicolas Baverez, Raymond Aron, Flammarion, 1995. Myrna Chase, Élie Halévy : an Intellectual Biography, Columbia University Press, 1980. . Francisco Vergara, « A critique of Élie Halévy », Philosophy (Journal of the Royal Institute of Philosophy), Londres, , English, français.
Liens externes
https://lesbelleslettresblog. com/2016/11/16/elie-halevy-edition-critique-in-extenso-des-oeuvres-completes/ éditions Les Belles Lettres] édition critique des œuvres complètes.
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