Le Grand Prix de France 1967 (LIIIe Grand Prix de l'A.C.F.), disputé sur le circuit Bugatti du Mans le , est la cent-cinquante-cinquième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la cinquième manche du championnat 1967.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 a adopté la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :
pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur thumb|upright|left|alt=Denny Hulme|À l'issue des quatre premières manches, Denny Hulme pointe en tête du classement provisoire du championnat du monde.
Bien qu'ayant dominé ses rivales en s'imposant dès sa première sortie lors du Grand Prix des Pays-Bas, où Jim Clark avait remporté une probante victoire, la Lotus 49 à moteur V8 Cosworth a toutefois montré une certaine fragilité, particulièrement au niveau des transmissions. Aussi la saison 1967 reste-t-elle très ouverte, permettant aux écuries rivales, notamment Brabham, Eagle ou Ferrari, de tirer leur épingle du jeu. Les quatre premières manches de l'année ont été remportées par quatre pilotes différents, Denny Hulme (vainqueur sur sa Brabham du Grand Prix de Monaco) figurant en tête du classement provisoire du championnat du monde.
Le circuit
Utilisant les infrastructures et empruntant une petite partie du circuit des 24 Heures du Mans, le circuit Bugatti a été dessiné par Charles Deutsch, à l'initiative de l'Automobile Club de l'Ouest, pour la création d'une école de pilotage sous la direction de Charles de Cortanze. Après préparation de l'emplacement en 1964, les travaux de construction ont réellement commencé en 1965, avec la réalisation d'une portion de piste sinuant entre les parkings du grand circuit. La partie commune avec le tracé des 24 Heures du Mans est longue d'un kilomètre et demi ; elle comprend la ligne de départ et la courbe Dunlop, le raccordement de la nouvelle portion (comprenant huit virages dont quatre épingles) se situant au niveau de la chapelle, dans la descente précédant les esses du Tertre Rouge. Le dernier virage raccorde le grand circuit au niveau des tribunes principales, devant lesquelles les voitures passent à une vitesse deux fois moindre que celle des prototypes d'endurance empruntant habituellement la ligne droite des standsRevue L'Automobile n°256 - août 1967. Ce circuit permanent fut inauguré officiellement en , à l'occasion d'une course de Formule 2 remportée par Denny Hulme, au volant d'une Brabham-Honda, à la moyenne de 148,219 km/h. Découvrant le tracé, le pilote néo-zélandais lui avait alors trouvé une forme de souris et l'avait aussitôt qualifié de circuit «Mickey MouseRevue L'Automobile n°247 - novembre 1966».
Monoplaces en lice thumb|upright=1.1|right|alt=Brabham BT24|Une Brabham BT24 à moteur Repco. Adaptant un étroit V8 à échappement central sur un châssis dérivé de la Formule 2, Ron Tauranac a réalisé une monoplace extrêmement compacte. Brabham BT24 "Usine" Jack Brabham et Denny Hulme disposent tous deux des nouvelles BT24 à châssis multitubulaire, dérivées de la BT23 de Formule 2 également conçue par Ron Tauranac. Très compactes, elles sont motorisées par un V8 Repco. Dans sa version à échappement central, ce moteur à simples arbres à cames en tête, alimenté par un système d'injection mécanique Lucas, développe 330 chevaux à 8000 tr/min. Dotées d'une boîte de vitesses Hewland DG300 à cinq rapports, les BT24 pèsent 510 kg à vide. Les Brabham utilisent des pneus Goodyear.
Brabham BT11 privée L'ancien champion motocycliste Bob Anderson pilote une nouvelle fois son ancienne Brabham BT11, dotée d'un antique moteur quatre cylindres Climax FPF de 2,7 litres, d'une puissance de l'ordre de 260 chevaux à 6800 tr/min. Il utilise des pneus FirestoneRevue Sport Auto - .
Ferrari 312 "Usine" Déjà très affectée par la disparition de son premier pilote Lorenzo Bandini lors du Grand Prix de Monaco, la Scuderia Ferrari est désormais privée des services de Mike Parkes, ingénieur et metteur au point, qui s'est grièvement blessé peu après le départ du Grand Prix de Belgique. Choqué par ces accidents successifs, Ludovico Scarfiotti a paru démotivé aux yeux des dirigeants de l'écurie italienne, qui l'a écarté de l'équipe de Formule 1, le cantonnant au programme d'endurance et au championnat d'Europe de la montagneRevue Moteurs n°62 - juillet-août 1967. Chris Amon aura ainsi le choix entre sa 312/67 habituelle et celle de son ex-coéquipier. Pesant 550 kg à vide, ces monoplaces à structure monocoque sont dotées d'un moteur V12 à double arbre à cames en tête, avec distribution à trois soupapes par cylindre. Alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, il fournit 390 chevaux à 10000 tr/min, la transmission étant assurée par une boîte de vitesses à cinq rapports. Les Ferrari utilisent des pneus Firestone.
Cooper T81 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Cooper T81|La Cooper T81 à moteur V12 Maserati de Guy Ligier. La nouvelle T86 conçue par le constructeur de Surbiton n 'est pas encore tout à fait prêt aussi l'équipe britannique aligne-t-elle les mêmes voitures qu'à Francorchamps : deux T81 de la saison précédente ainsi qu'une évolution allégée (T81B), dont dispose Jochen Rindt. Son coéquipier Pedro Rodríguez pilote l'un des deux modèles de 1966, l'autre servant de mulet. Ces voitures à châssis monocoque sont animées par un moteur V12 Maserati dont la conception remonte à plus de dix ans. Alimenté par un système d'injection Lucas et pourvu d'un double allumage, il développe 360 chevaux à 9000 tr/min. Ces monoplaces sont handicapées par leur poids relativement élevé (640 kg pour les versions 1966, avec boîte cinq vitesses ZF, 620 pour la version la plus récente, dotée d'une boîte «cinq» Hewland). Les Cooper utilisent des pneus Firestone.
Cooper T81 privées Le Rob Walker engage une Cooper-Maserati T81 pour Joseph Siffert, le pilote indépendant Guy Ligier s'alignant sur sa T81 personnelle. Initialement inscrit sur une voiture identique, Joakim Bonnier, sans moteur depuis la casse de son V12 à Francorchamps, est absent. Les T81 privées utilisent également des pneus Firestone. Elles ne bénéficient pas de la dernière évolution du V12 Maserati mais d'une version à simple allumage, donnée pour 330 chevaux.
BRM P83 & P115 "Usine" Brièvement testée par Jackie Stewart à Zandvoort, la nouvelle P115 est de nouveau présente, mais elle manque de roulage et le pilote écossais pourra aussi disposer de son habituelle P83 qui lui a valu la deuxième place au Grand Prix de Belgique. Son coéquipier Mike Spence pilote un modèle identique. Ces trois voitures, à structure monocoque, sont équipées d'un volumineux moteur à 16 cylindres en H, reprenant des éléments des anciens V8 de la F1 1500 cm3. Alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, il développe 400 chevaux à 10000 tr/min. C'est l'un des plus puissants moteurs actuels dans cette catégorie, mais aussi le plus lourd, son poids avoisinant les 250 kg. Bien qu'affinée et allégée de 35 kg par rapport à sa devancière, la P115 accuse 665 kg à vide sur la balance et fait partie des monoplaces les plus lourdes du plateau. Elle reprend les principaux éléments mécaniques de la P83, dont la boîte de vitesses à six rapports, conçue et réalisée en interne. Les BRM H16 utilisent des pneus Goodyear.
BRM P261 privée Pour ce circuit tortueux, l'écurie dirigée par Tim Parnell avec le soutien de l'usine a préféré confier à Chris Irwin sa petite P261 (500 kg, moteur V8 de deux litres, 270 chevaux) plutôt que la lourde P83 dont elle pouvait disposer. La P261 est chaussée de pneus Firestone.
Lotus 49 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Lotus 49|La Lotus 49, à moteur V8 porteur. Inaugurant le principe du moteur porteur, la Lotus 49 est le fruit d'une collaboration étroite entre Colin Chapman, pour la partie châssis, et Keith Duckworth, pour le moteur, sous le patronage de Ford. Ne pesant que , embrayage et accessoires compris, le V8 Cosworth DFV comporte un double arbre à cames en tête, avec distribution à quatre soupapes par cylindre. Il est alimenté par un système d'injection indirecte Lucas et développe 400 chevaux à 9000 tr/min. Le châssis monocoque de la Lotus ne comprend pas de berceau pour supporter le moteur, qui est directement boulonné à l'arrière du cockpit. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses ZF. L'ensemble pèse 510 kg à vide. Jim Clark et Graham Hill pilotent leurs voitures habituelles, chaussées de pneus Firestone.
Eagle T1G "Usine" Dan Gurney pilote son Eagle T1G, dont le châssis monocoque est réalisé à partir de titane et de magnésium, avec laquelle il vient de remporter le Grand Prix de Belgique. Son moteur V12 Weslake, à double arbre à cames en tête et 48 soupapes, développe 410 chevaux à 10000 tr/min. Dotée d'une boîte cinq vitesses Hewland, elle pèse 525 kg à vide, 50 kg de moins que son habituelle voiture de réserve, de conception identique mais à coque en aluminium, confiée pour la circonstance à Bruce McLaren (dont la future voiture n'est pas prête, le futur V12 BRM manquant encore de mise au point). Les Eagle utilisent des pneus Goodyear.
Honda RA273 "Usine" Après les casses répétées de ses moteurs V12, le constructeur japonais a déclaré forfait pour l'épreuve mancelle, John Surtees se consacrant à d'intensives séances de mise au point en préparation du prochain Grand Prix de Grande-Bretagne.
Matra MS7 "Usine" Afin de pallier le faible nombre de participants, les dirigeants de l'ACF ont sollicité la présence Jean-Pierre Beltoise et Johnny Servoz-Gavin, les deux pilotes de Matra Sports étant invités à participer au volant de MS7 de Formule 2, à moteur Cosworth FVA. Cet engagement nécessitant un lestage des monoplaces pour atteindre les 500 kg réglementaires, l'opération n'a pu se réaliser, l'équipe française étant alors en cours de préparation de ces mêmes monoplaces pour Beltoise et Stewart, en vue de la troisième manche des Trophées de France de Formule 2, devant se disputer le à Rouen.
Coureurs inscrits thumb|upright=1.2|right|alt=Ferrari 312/67|Une Ferrari 312 semblable à celle de Chris Amon. Scarfiotti étant absent, une seule Ferrari participera à la course.