La Coupe de France de football 1917-1918, officiellement Coupe Charles-Simon 1917-1918, est la édition de la Coupe de France, compétition à élimination directe ouverte à tous les clubs affiliés à l'une des fédérations adhérant au Comité français interfédéral (CFI).

La compétition est créée pendant la Première Guerre mondiale en pleine Union sacrée, à l'initiative du magazine Lectures pour tous, dans le but de soutenir l'unité du pays et d'aider au développement de la jeunesse. L'épreuve se veut pour la première fois ouverte à tous les clubs français, ce qui représente un symbole d'unité fort, faisant suite aux luttes d'influences tendues que se sont livrées les différentes fédérations sportives françaises en matière de football lors de la décennie précédente.

La compétition prend le nom de Coupe Charles-Simon, en hommage à Charles Simon, le secrétaire général du CFI au déclenchement de la guerre, mort pour la France en 1915.

Quarante-huit clubs s'inscrivent à cette première édition. Ils proviennent des quatre fédérations adhérant au CFI, l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques, la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France, la Ligue de football association et la Fédération cycliste et athlétique de France. La moitié des participants sont des clubs de région parisienne, tandis que la plupart des autres clubs sont issus du Lyonnais, de Bourgogne, de Bretagne et du sud de la France, la guerre empêchant l'inscription des clubs du nord.

La finale, jouée au stade de la rue Olivier-de-Serres à Paris, est remportée par l'Olympique, club de la ville de Pantin et l'un des favoris de l'épreuve, qui s'impose en finale trois buts à zéro face au FC Lyon, tombeur surprise en demi-finale de l'AS française, le grand favori de la compétition.

Préparation de l'événement

Contexte

Le football français avant la guerre

L'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), est, en 1894, la première fédération omnisports française à reconnaitre le football. Elle organise dès lors un championnat de France de football. Rapidement, d'autres fédérations vont s'intéresser à la pratique de ce nouveau sport.

En 1897, la Fédération des Sociétés athlétiques de France (FSAF), à vocation professionnelle, met sur pieds son championnat pour récupérer les membres de l'USFSA exclus pour avoir enfreint la règle de l’amateurisme.

Les patronages introduisent la gymnastique puis le football dans leurs activités. À Paris, le Docteur Paul Michaux fonde en 1898 la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF). Elle instaure un championnat en 1901.

La Fédération cycliste et athlétique de France (FCAF) décide en 1902 d'élargir ses activités au football pour occuper la morte-saison du cyclisme, et pour tenter de récupérer les sportifs de l'USFSA se sentant lésés par le traité passé entre l'USFSA et l'Union vélocipédique de France (UVF), qui donne le monopole des sports athlétiques à la première fédération et le monopole du cyclisme à la seconde. La FCAF établit alors son propre championnat à partir de 1904.

Malgré l'intégration du football dans la plupart des fédérations existantes, il reste tout de même majoritairement administré par l'USFSA. Ainsi, par exemple, en 1906, dans le département de la Seine, l'USFSA compte quarante clubs, la FGSPF vingt-cinq clubs, la FSAF dix clubs et la FCAF six clubs, et environ personnes pratiquent le football en France au sein des différentes fédérations.

Création du Comité français interfédéral

En pleine vague anticléricale due à la loi de séparation des Églises et de l'État adoptée le , les relations entre l'USFSA et la FGSPF deviennent particulièrement tendues. Le , l'Étoile des Deux Lacs, le club phare de la FGSPF, domine le Gallia Club, championnat de France en titre de l'USFSA, par deux buts à un en match amical. Devant l'affront, l'USFSA interdit à ses clubs de rencontrer ceux de la FGSPF. Le , l'USFSA refuse d'affilier un patronage pourtant décidé . Le , la FGSPF organise un match entre une « sélection nationale de la FGSPF », alors que la véritable équipe de France est gérée par l'USFSA, et le North London Amateur FC. La sélection s'impose quatre buts à trois devant une assistance nombreuse. Le match est , mais cette victoire, rare à l'époque sur un club anglais, connait un fort retentissement. Elle encourage Charles Simon, le secrétaire général sportif de la FGSPF, à prendre conscience de la valeur du football des patronages et à aller définitivement au conflit avec l'USFSA.

vignette|Charles Simon crée le CFI en 1907 pour s'opposer à l'USFSA.

Dans la foulée, pour s'opposer à l'USFSA, Charles Simon crée le une confédération qui regroupe alors la FGSPF, la Fédération cycliste et athlétique de France (FCAF), la Fédération athlétique Amateur (FAA), la Fédération cycliste et athlétique de Lyon et du Sud-Est (FCALSE) et la Fédération athlétique du Sud-Ouest (FASO). Elle prend le nom de Comité français interfédéral (CFI) et organise le Trophée de France, sorte de championnat de France commun auquel participent toutes les fédérations sauf l'USFSA. Le , l'USFSA, qui représente seule le football français auprès de la FIFA, en démissionne en solidarité avec la fédération anglaise de l'Amateur Football Association qui s'en est vu refuser l'accès. Le CFI en profite pour déposer sa candidature le , qui est étudiée puis validée le . Charles Simon tient sa revanche sur l'USFSA. Le CFI est désormais seul habilité à gérer l'équipe de France et à organiser des rencontres internationales pour ses clubs. L'affiliation du CFI à la FIFA est une catastrophe pour les principaux clubs parisiens, adhérents à l'USFSA, dont la fin des rencontres internationales signifie la pertes de leurs plus grosses recettes. Quatre clubs parisiens, le Cercle athlétique de Paris, le Red Star Amical Club, l'Union sportive suisse et Paris Star, fondent la Ligue de football association, premier organisme autonome du football français. La LFA établit de suite son propre championnat et adhère au CFI. Dès 1911, elle compte 36 clubs. Résignée, l'USFSA finit par adhérer au CFI et à faire participer ses clubs au Trophée de France à partir de 1913.

Création de la Coupe de France

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en , le football en France est régi par plusieurs fédérations en concurrence les unes des autres, lesquelles continuent d'organiser leurs propres compétitions en temps de guerre. Quelques initiatives ont aussi lieu pour organiser des compétitions ouvertes à tous les clubs, comme la Coupe des Alliés, mise en place par l'USFSA en 1914, ou la Coupe interfédérale, élaborée par la LFA en 1916, mais ces compétitions ne sont pas régies par le CFI.

En , en pleine Union sacrée, le magazine Lectures pour tous souhaite mettre en place une grande épreuve sportive nationale pour soutenir l'unité du pays et aider au développement de la jeunesse. Le choix du sport se porte sur le football, jugé que le rugby. L'idée du magazine est de faire organiser, pour la première fois, une grande compétition annuelle ouverte à tous les clubs de toutes les fédérations, appelée Coupe de France.

Les Lectures pour tous se tournent vers le Comité français interfédéral, qui se montre enthousiaste et accepte d'organiser la compétition sous le nom provisoire de Coupe Charles-Simon, pour rendre hommage à son ancien président, mort pour la France tué à l'ennemi le à Écurie dans le Pas-de-Calais. Henri Delaunay, le nouveau secrétaire général, rédige le règlement de l'épreuve. Il la calque sur le modèle de la Coupe d'Angleterre des alliés britanniques, ayant gardé un souvenir impérissable de la finale de la Coupe d'Angleterre 1902, à laquelle il assista à l'âge de 18 ans. Le CFI entérine la création de la Coupe en Conseil extraordinaire le .

La coupe mise en jeu, confiée au vainqueur pour un an, est un don du Docteur Paul Michaux, fondateur de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France. Elle est en argent ciselé sur socle de marbre blanc et d'une valeur de 2000 francs. Un modèle réduit, offert par Les Lectures pour tous, est donné définitivement au vainqueur, tandis que tous les finalistes et l'arbitre reçoivent une médaille en argent (de 1917 à 1922, le magazine verse 5000 francs par an afin de couvrir les frais de déplacements des clubs engagés et fournit des médailles pour les deux clubs finalistes de la compétition).

Règlement Les confrontations sont désignées par la commission de la Coupe en prenant soin d'organiser des matchs entre équipes voisines géographiquement .

Chaque confrontation se déroule en un match unique à élimination directe. En cas de match nul à la fin du temps réglementaire, deux prolongations de 15 minutes chacune sont disputées. En cas de nul à la fin de ces prolongations, le match est rejoué .

Calendrier

La compétition est organisée en six tours. Jusqu'en quart de finale, les rencontres sont organisées autant que faire se peut par zone géographique. Seize clubs sont exemptés du premier tour et entrent directement en seizième de finale. Les matchs ont lieu jusqu'en huitième de finale sur le terrain d'une des deux équipes. Les autres rencontrent ont ensuite eu lieu sur terrain neutre, à l’exception d'une demi-finale. La finale s'est déroulée au stade de la Rue Olivier-de-Serres à Paris.

+Calendrier de la Coupe de France 1917-1918TourNomDate1 Premier tour Dimanche 7 octobre 1917 32 16 Entrée des 16 clubs exemptés du premier tour2 Seizièmes de finale Dimanche 9 novembre 1917 32 163 Huitièmes de finale Dimanche 2 décembre 1917 16 84 Quarts de finale Dimanche 3 février 1918 8 45 Demi-finale Dimanche 3 mars 1918 4 26 Finale Dimanche 5 mai 1918 2 1

Participants

Sur les quarante-huit participants, exactement la moitié provient de Paris et sa banlieue. Les vingt-quatre autres club viennent principalement de l'Ouest et du Sud de la France, les clubs du Nord et de l'Est ne pouvant participer à cause de la guerre. Rennes et Lyon envoient chacune quatre représentants. Le London County Sports Club est le club de la banque britannique London County and Westminster, installée place Vendôme à Paris en 1913.

L'USFSA engage vingt-six clubs, la FGSPF douze, la LFA neuf et la FCAF un seul.

Parmi les principaux clubs engagés figurent cinq anciens vainqueurs du championnat de France de l'USFSA (Racing Club de France, Standard Athletic Club, Le Havre Athletic Club, Gallia Club et Club français), deux anciens vainqueurs du championnat de France de la FCAF (Vie au Grand Air du Médoc et Club athlétique de Vitry), deux anciens vainqueurs du championnat de France de football des patronages (Patronage Olier et Étoile des Deux Lacs), un ancien vainqueur du Championnat de la Ligue de football association (Cercle athlétique de Paris), et quatre clubs qui se sont illustrés en remportant des compétitions de guerre comme la Coupe des Alliés ou la Coupe nationale de l'USFSA (Stade rennais Université Club et Club athlétique de la Société générale), le Challenge de la Renommée (Olympique) ou encore la Coupe interfédérale de la LFA (Association sportive française).