Le pays de Caux est une région naturelle et un pays historique de Normandie appartenant au Bassin parisien (au sens large du terme). Il s’agit d’un plateau délimité au sud par la Seine, à l’ouest et au nord par les falaises de la côte d'Albâtre, à l’est par les hauteurs dominant les vallées de la Varenne et de l’Austreberthe. Son territoire occupe toute la partie occidentale du département de la Seine-Maritime.
L’appellation Caux représente la fixation du nom d’une tribu celte (gauloise), les Calètes, qui ont peuplé ce territoire dès l'âge du fer. Il est conquis militairement en par les légions de Jules César avant d’être intégré à la Gaule lyonnaise par l’empereur Auguste. À la chute de Rome au , les éléments francs qui s’y installent engendrent quelques bouleversements d'ordre culturel, un certain retour au paganisme (vite jugulé par le développement du monachisme voulu par les rois francs : abbaye de Saint-Wandrille (649), de Jumièges (654), de Fécamp (659), de Montivilliers (684) et substituent le pagus à la civitas romaine, avant l'intégration de la région à l’Empire carolingien. Au , des Vikings pillent la région, puis s’y implantent en 911 et fonderont le duché de Normandie qui va dès lors s'ouvrir aux influences nordiques. Intégré en même temps que le duché au royaume de France en 1204, le pays de Caux est particulièrement frappé par les effets de la guerre de Cent Ans et des guerres de Religion, un certain nombre de Cauchois, en particulier la noblesse, s’étant converti au protestantisme. Au , après le débarquement allié en Normandie, un bombardement massif ravage la ville du Havre en .
Le pays de Caux est une région économiquement dynamique du fait d'une industrie pétrochimique très implantée et diversifiée, d'une agriculture intensive compétitive et de l’important ensemble portuaire havrais. La proximité de Paris, une forte identité, la présence de nombreux châteaux et manoirs, d’une architecture rurale particulière (clos-masures, colombiers) en font une région touristique. Les falaises d'Etretat, participent notamment à la renommée du pays. Les habitants du pays de Caux sont appelés Cauchois ; le cauchois est aussi une variante importante de la langue normande. Les villes principales sont Le Havre, Fécamp, et Saint-Valery-en-Caux sur le littoral, Bolbec, Lillebonne et Yvetot à l’intérieur des terres.
Géographie Le pays de Caux se distingue du reste de la Normandie par ses caractéristiques géographiques et géologiques. Ces paysages, uniques en France, ont été façonnés par l’eau et par les activités humaines.
Situation et limites
Le pays de Caux forme grossièrement un triangle à l’ouest du département de la Seine-Maritime, en Normandie. Il est bordé au nord et à l’ouest par les falaises de la Manche, au sud par celles de la vallée de la Seine, et à l’est par une ceinture de forêts, qui séparaient le territoire des Calètes de celui des Véliocasses..
Cela dit, le pays de Caux ne déroge pas aux caractéristiques générales des régions Naturelles de France : quand bien même ses limites sont héritées de celles du territoire des Calètes, les vicissitudes des différents pouvoirs politiques ont conduit à intégrer le pays de Caux dans des espaces plus vastes, sous l’influence des grandes villes extérieures qui le cernent : Rouen, tout d’abord qui fut la capitale des Véliocasses, Dieppe qui le sépare de la Région du Talou (appelée aussi le Petit-Caux) et enfin Le Havre, ville portuaire créée ex nihilo au , sans rayonnement sur son environnement rural, et dont elle est coupée physiquement par la «côte».. Les confusions sont donc profondes car la même appellation désigne parfois des espaces très différents.
Le journaliste Georges Dubosc (1854-1927). montre dans un article publié dans le Journal de Rouen du , et intitulé : « Où commence le Pays de Caux ? »., que le bailliage du Pays de Caux a annexé, celui d’Arques en 1204, celui de Neufchatel en 1214, et celui d’Aumale en 1238 s’étendant ainsi jusqu’aux bailliages voisins de Rouen et Gisors. Parallèlement, la partie Sud-Est de l'ancienne civitas gauloise était exclue du bailliage de Caux. Il cite aussi Toussaint-Duplessis, écrivain du , qui, dans sa "Description de la Haute-Normandie", a fixé les limites du pays de Caux «entre la Bresle et l'embouchure de la Seine», et Thomas Corneille, pour qui il est situé entre la Seine, l'Océan, la Picardie, le pays de Bray et le Vexin normand.
En 1961, René Musset constatait que l’on appliquait encore communément le nom de Caux, non au territoire qui fut celui des Calètes, mais à toute la partie de la Normandie située au nord de la Seine et à l'ouest de l'Andelle, moins le pays de Bray.. Il précise que cette tendance est ancienne particulièrement chez les jurisconsultes et gens d'affaires, qui ont appliqué le nom de Caux à toute l'étendue qui obéissait à la Coutume locale du Pays de Caux, laquelle s’étend jusqu'à la BresleR. Génestal, La rédaction des usages locaux de Normandie, Bull de la Soc. des Antiquaires de Normandie, XXXV, 1921-1923, p. 308-364.. Des résistances apparaissent toutefois, et il constate ainsi que les habitants du Talou ne se considèrent pas comme Cauchois, d’autant que leur langage s’apparente plus au picard. Il conclut avec Jules SionJules Sion, Les paysans de la Normandie orientale (sujet de thèse), Paris, 1908, in-8°, . que le « vrai » Pays de Caux se situe sur le seul plateau, à l'ouest d'une ligne Duclair-Pavilly-Tôtes-Dieppe.vignette|redresse|Les limites du pays de Caux (suivant Georges Lecarpentier, Jules Sion et Raymond Mensire).
A l’inverse, M. Maurice Begouën-Demeaux, « en bon Cauchois », retient une notion restrictive du Pays de Caux, à l'ouest des vallées de la Saâne et de l'Austreberthe, alors que les géographes l’étendent jusqu'au cours de la Varenne..
Sur le plan institutionnel, la direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement donne également une définition très large du pays de Caux. Les limites de ce territoire partent, certes, du nord de l’agglomération du Havre (excluant le port et le centre-ville), mais intègrent Dieppe et sa vallée, suivent, à l'est, le cours de la Varenne et de l’Andelle jusqu'à Pitres, puis, au sud, le rebord du plateau qui domine la rive droite de la Seine, d'Igoville à Harfleur, incluant donc le Nord de l'agglomération rouennaise. Ce grand «Pays de Caux» administratif est ensuite divisé en «unités de paysage», au nombre de neuf : le Caux maritime ; les vallées littorales ; la vallée de Dieppe ; le cap d’Ailly ; la pointe de Caux ; le pays de Caux au nord du Havre ; les petites vallées affluentes de la Seine ; le pays de Caux autour de Rouen ; et le pays de Caux.
Ceci illustre parfaitement la confusion qui règne autour de la définition des régions naturelles de la France.
Pour lever toutes ces ambiguïtés, il est possible pourtant de s’appuyer sur une étude très complète, très documentée, sur le pays de Caux, que Georges Dubosc relaye dans l’article précité. Il s’agit de la "Thèse pour l'obtention du diplôme d'études supérieures de géographie" présentée par M. Georges Lecarpentier en 1906. préfacée par Paul Vidal de La Blache, et intitulée : Étude géographique. Le Pays de Caux. L’auteur indique que, pour le délimiter plus strictement, il faut s'en rapporter, au dire même des habitants, appelés à trancher un problème ethnique. Au terme d’une longue enquête, il conclut que le pays de Caux incontestable et incontesté, ne commence qu'au delà de la Scie et de l'Austreberthe et ne comprend que le plateau. Il a des doutes pour les populations riveraines de la Seine, et pour celles de quelques valleuses de la Manche. Il se base sur le fait que ce qui différencie surtout le Cauchois de l'habitant des régions voisines, c'est son langage, c'est sa prononciation. Les Cauchois se reconnaissent donc au « patelin ».
Cette étude a très certainement été reprise en 1946 par Raymond Mensire, pour présenter deux cartes très précises dans son ouvrage "Le Pays de Caux : Son origine, ses limites, son histoire"Raymond Mensire, Le Pays de Caux : Son origine, ses limites, son histoire, Yvetot, Éditions de l'Imprimerie commerciale d'Yvetot, 1946, pp. 4 et 11.
Finalement, il faut donc considérer que, au nord, le Pays de Caux est limité par la Manche, jusqu'à la commune de Hautot-sur-Mer, incluant les petites valleuses, puisque même les Yportais se reconnaissent malgré tout comme Cauchois.. Au sud, Le Pays de Caux ne comprend ni la vallée de la Seine, ni les petites vallées affluentes (sauf pour Harfleur, Lillebonne et Saint-Wandrille qui sont historiquement rattachées au Pays de Caux). En revanche, ceci exclut les communes strictement riveraines : Petiville, Saint-Maurice-d’Ételan, et même Caudebec-en-Caux (dont le déterminant a été ajouté dans la seconde moitié du pour éviter une confusion avec Caudebec-lès-Elbeuf). D’autres, à l’instar du Havre, voient leur territoire partagé entre la vallée et le plateau des Calètes. A l’est, le Pays de Caux s'arrête à la limite occidentale des forêts ou anciennes forêts, qui ont pu jadis s’étendre jusqu'à la Bresle. Cette limite passe par les communes (ou anciennes communes) de Saint-Wandrille-Rançon, Blacqueville, Bouville, Mesnil-Panneville, Limésy, Émanville, Hugleville-en-Caux, Saint-Ouen-du-Breuil, Beautot, Varneville-Bretteville, Fresnay-le-Long, Étaimpuis, Bracquetuit, La Crique, Sévis, Saint-Hellier, Muchedent, Saint-Honoré, Sainte-Foy, La Chapelle-du-Bourgay, Le Bois-Robert, Martigny, Arques-la-Bataille, Saint-Aubin-sur-Scie, et Hautot-sur-Mer (voir la carte en tête de l'article).
Ce périmètre intègre donc tout ou partie de sept des neuf « unités de paysage » de la DREAL Normandie : le Caux maritime, les vallées littorales, le cap d’Ailly, la pointe de Caux, le pays de Caux au nord du Havre, quelques petites vallées affluentes de la Seine (de la Lézarde à la Fontenelle), et la plus grande partie de l'unité de paysage qualifiée « Pays de Caux ».
Géomorphologie vignette|redresse=0.8|gauche|Étretat, la falaise d’aval et la célèbre aiguille. Le pays de Caux est un vaste plateau sédimentaire à la surface légèrement ondulée. Il s’élève doucement vers l’est, passant de 100 à d’altitude. .. Il se termine par le plus bel ensemble de hautes falaises en France, qui atteignent les 110 mètres de hauteur au cap Fagnet, à Fécamp. Ce sont de véritables murs verticaux de craie et de silex.
Le plateau cauchois appartient à l’ensemble géologique du Bassin parisien, formé à l’ère secondaire. Le sous-sol est constitué d’une grande épaisseur de craie, pouvant mesurer jusqu’à de profondeur. Il est couvert d’une couche d’argile à silex et d’un limon fertileJ. Ragot, M. Ragot, Guide de la nature en pays de Caux, 2005, .. Dans quelques secteurs, on peut trouver des placages datant de l’époque éocène, notamment entre Saint-Valery-en-Caux et Dieppe (sables, grès, argiles inhabituels pour la région.). Il faut signaler la présence de quelques accidents tectoniques : anticlinal de Villequier et de Yerville, faille de Fécamp-LillebonneBaptiste Meire, Pierre-Yann David, Thomas Jacob, Angélie Portal, Fabien Paquet, et al., Détail d'une structure régionale majeure par méthodes géophysiques combinées - cas de la faille de Fécamp-Lillebonne (Seine-Maritime, France), 22èmes journées techniques du Comité Français d’Hydrogéologie de l’Association Internationale des Hydrogéologues, May 2018, Le Havre, France, qui sont somme toute peu visibles aujourd’hui.
Le plateau du pays de Caux est entaillé par des vallées et des vallons tapissés d’alluvions et de sédiments : les vallées humides, désignées ainsi car elles sont parcourues par un fleuve ou une rivière, possèdent un fond plat et large de quelques centaines de mètres. Elles s’ouvrent sur la Manche au nord ou sur la Seine au sud. Elles sont plus nombreuses et plus longues au nord (vallées de Scie, de la Saâne, du Dun, de la Durdent, de la Valmont, etc.). Les versants exposés au sud ont une pente plus raide. et sont en général plus boisés.