L'Origine des espèces () est un ouvrage scientifique de Charles Darwin, publié le pour sa première édition anglaise sous le titre L'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la survie.. Cet ouvrage est considéré comme le texte fondateur de la théorie de l'évolution. Dans ce livre, Darwin présente la théorie scientifique de l'évolution des espèces vivantes à partir d'autres espèces généralement éteintes, au moyen de la sélection naturelle. Darwin avance un ensemble de preuves montrant que les espèces n'ont pas été créées indépendamment et ne sont pas immuables.

Diverses idées de la théorie de l'évolution avaient déjà été proposées pour expliquer les nouvelles découvertes en biologie comme celles de Lamarck. Il y avait un soutien croissant à de telles idées parmi les dissidents anatomistes et le grand public, mais au cours de la première moitié du l’establishment scientifique anglais était étroitement lié à l'Église d'Angleterre. La science faisait partie de la théologie naturelle et n'était alors pas indépendante des dogmes chrétiens. Les idées sur la transmutation des espèces étaient controversées, entrant en conflit avec les croyances que les espèces étaient immuables et faisaient partie d’une hiérarchie conçue par Dieu et que les humains étaient uniques, sans rapport avec d’autres animaux. Les implications politiques et théologiques étaient intensément débattues, mais la transmutation n’était pas acceptée par le grand public scientifique au moment de la publication de L'origine des espèces.

Cet ouvrage, accessible au grand public et non pas uniquement aux spécialistes, eut un retentissement énorme et fit l'objet d'intenses débats.

Durant « l'éclipse du darwinisme » des années 1880 à 1930, différents autres mécanismes d'évolution furent mis en avant. Avec le développement de la synthèse évolutionniste dans les années 1930 et 1940 la conception darwinienne de l'adaptation évolutionniste au moyen de la sélection naturelle devint centrale dans la théorie moderne de l'évolution. C'est désormais le principe unifiant des sciences de la vie.

Résumé Chapitre I - De la variation des espèces à l’état domestique Causes de la variabilité Darwin explique que les différences observées entre les individus d'une même espèce proviennent de leur exposition à des environnements différents. Pour le justifier, Darwin part du constat que la variabilité au sein d'une espèce est bien plus grande chez les espèces domestiques que les espèces sauvages, ce qui, d'après lui, ne pourrait s'expliquer que par l'existence de conditions de vie bien moins uniformes chez les espèces domestiques que celles rencontrées par les espèces sauvages dans la nature. Cependant, pour Darwin, l'environnement n'est que l'étincelle qui produit la variabilité des individus. La nature de la variation produite dépend plus de l'organisme que de l'environnement.

Darwin identifie deux types de transformations des organismes. Le premier (dites "défini") est lorsque tous les individus soumis aux mêmes conditions voient leur descendance transformée de la même manière. C'est le cas, selon lui, lorsqu'il y a changement d'alimentation (qui produit des individus plus ou moins grands) ou de climat. Mais ce type de transformation n'est pas la plus courante. La variabilité des espèces s'expliquerait surtout par le second type de variabilité (dit "indéfini"), qui consiste en l'accumulation, de génération en génération, de légères variations de la descendance par rapport à ses parents, .

Effet des habitudes et de l'usage ou du non-usage des parties ; Variation par corrélation ; Hérédité Darwin identifie plusieurs causes de variation. D'abord, le fait d'utiliser ou non certaines parties du corps provoquerait le développement ou la régression de ces mêmes parties. Ensuite, le fait que certaines variations soient mystérieusement corrélées à d'autres variations, sans raison apparente, est aussi un moteur de variabilité.

Pour Darwin, le caractère héréditaire des variations est la règle, la non hérédité l'exception. Ce qu'il justifie par le fait que les variations rares se retrouvent bien plus souvent chez les individus dont un ancêtre possède cette même variation, que chez les autres individus. Il admet toutefois que l'hérédité n'est pas systématique, et que ses caprices peuvent être déroutants à première vue.

Éditions Éditions britanniques L'ouvrage fut l'objet de 6 éditions en anglais du vivant de Charles Darwin entre 1859 et 1872. Il a fait très vite l'objet de nombreuses traductions..

Le titre de la première édition était : ou De l'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie. Le titre de la revue et corrigée par Darwin avait un titre différent et s'intitulait .

Cette est le texte final laissé par Darwin aussi il est d'usage de se référer à l'œuvre par le titre de cette édition soit L'Origine des espèces et non plus, De l'Origine des espèces.

Éditions françaises La première traduction en français date de 1862 chez Guillaumin et Victor Masson. Elle est l'œuvre de Clémence Royer, féministe et libre penseuse exilée en Suisse qui prit des libertés avec le texte original et le titre qui devint De l’Origine des espèces, ou des Lois du progrès chez les êtres organisés. Elle ajouta en particulier une longue préface dans laquelle elle donnait sa lecture positiviste, anticléricale et eugéniste de l'ouvrage..

En , après avoir reçu une copie de la traduction Darwin écrit au botaniste américain Asa Gray : .. Darwin la remplaça par Jean-Jacques Moulinié, jeune savant genevois. Cette nouvelle traduction parut au début de l’année 1873 sous un titre plus proche de l’original anglais, L’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou La lutte pour l’existence dans la nature, chez l’éditeur Reinwald qui publiait toute l’œuvre de Darwin en français. Une lettre de Darwin à Moulinié, datée du , est publiée en pages liminaires du livre pour justifier le changement de traducteur. Darwin y explique que Royer ne l’a pas averti de la réédition de sa traduction et qu’elle n’y a pas intégré les dernières corrections..

Après la mort de Moulinié, les éditions Reinwald firent appel à un autre traducteur scientifique, Edmond Barbier, pour traduire la sixième édition anglaise que Darwin donnait comme la version définitive..

En 2009, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Darwin et du anniversaire de la parution de L'Origine, une nouvelle traduction d'Aurélien Berra paraît chez Slatkine (Genève) puis la même année, en version poche, chez Honoré Champion (Paris). Traduction réalisée sous la direction de Patrick Tort, coordonnée par Michel Prum.

Genèse de l'œuvre L'Introduction de l'ouvrage donne les principaux éléments de genèse de l'œuvre :

Darwin avait l'intention d'écrire une œuvre bien plus vaste sur la « sélection naturelle ». qui ne fut jamais publiée. Il avait considérablement avancé lorsqu'il reçut le une lettre accompagnée d'un article. d’Alfred Russel Wallace (1823-1913) où le thème de l’adaptation par sélection naturelle se trouve nettement développé. Darwin, fort de son antériorité et soutenu par Joseph Dalton Hooker et Thomas Henry Huxley et Charles Lyell, laisse ce dernier organiser la communication conjointe de 2 textes écrits par Darwin et Wallace (alors en Malaisie) devant la Linnean Society of London le .. Après cette réunion, Darwin décide d'écrire un résumé de son œuvre en préparation. qui fut publiée le . C'est l'ouvrage dont il est question ici..

Logique de l'ouvrage vignette|Premier diagramme de Charles Darwin de 1837 d'un arbre de l'évolution, tiré de son premier carnet sur la transmutation des espèces. L'ouvrage est construit autour d'une argumentation qui présente des faits observés dont il déduit ses conclusions progressivement. Après avoir développé son argumentation et conclu, la fin de l'ouvrage répond à des objections éventuelles.

La génétique n'existait pas encore. Darwin ne démontre pas au moyen d'expériences qu'il a réalisées mais en utilisant des données collectées par lui-même ou d'autres naturalistes qu'il détaille afin de soutenir sa thèse et auxquelles il applique des lois logiques pour inférer ses conclusions.

Darwin part de l'étude des espèces domestiques et de la manière dont la sélection humaine peut les créer pour comprendre le mécanisme de sélection naturelle des individus qui aboutit à la création de nouvelles espèces dans la nature. L'ouvrage part de constats communément admis par la communauté scientifique et le grand public pour progressivement aborder les sujets les plus controversés.

La structure de l'œuvre reflète cette démarche : Il existe une sélection humaine dans le cadre de la culture des plantes et l'élevage des animaux qui donne lieu à la création de nouvelles espèces domestiques : Les caractéristiques des individus varient au sein d'une variété de plante cultivée ou d'animaux domestiques, Les caractéristiques individuelles sont héritées par les descendants, Les êtres humains ont sélectionné les caractéristiques les plus favorables et les ont accumulées sur plusieurs générations pour former de nouvelles espèces domestiques. Il existe également une sélection naturelle qui présente des similitudes avec la sélection humaine et donne lieu à la création de nouvelles espèces naturelles : Les caractéristiques des individus varient au sein d'une même espèce à l'état naturel, Les êtres vivants se multiplient selon une progression géométrique, Les ressources n'augmentent pas de manière géométrique, Par conséquent, il n'y a à terme pas assez de ressources pour tous les individus d'une même espèce. Ils ne peuvent pas tous survivre. C'est la lutte pour la vie, en application de la doctrine de Malthus au règne animal et au règne végétal., Seuls les individus présentant les caractéristiques les plus adaptées à leur environnement survivent. C'est la sélection naturelle, Ces caractéristiques des individus naturellement sélectionnés sont héritées par les descendants, qui s'accumulent et donnent lieu à la création de nouvelles espèces tandis que les espèces les moins adaptées s'éteignent. Darwin appelle ce mécanisme la divergence des caractères. Il existe également une sélection sexuelle entre les individus de même sexe et d'une même espèce qui permet au plus favorisé d'avoir une plus nombreuse descendance. La sélection sexuelle complète la sélection naturelle.

Travaux antérieurs cités par Darwin Transformation des espèces Aristote, dans sa Physique : . Buffon, . Lamarck (Philosophie zoologique, 1809), . Goethe, Erasmus Darwin (son grand-père) et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, tous en 1794-95.

Modifications durables par intervention humaine Botanique, 1822, W. Hebert, doyen de Manchester. Zoologie, à partir de 1826 : nombreux travaux sur Les résultats obtenus par les éleveurs, La « puissance créatrice désordonnée » de variation des descendances, dans laquelle ceux-ci n'ont plus qu'à puiser.

Réception de l'ouvrage L'ouvrage suscita un énorme intérêt dès sa publication, de par l'intérêt du public pour le sujet et la réputation scientifique de Darwin. Il fut l'objet de vigoureux débats et controverses dans les années qui suivirent sans claire démarcation entre les débats scientifiques, philosophiques, religieux ou sociaux.. Les premières réactions furent hostiles, mais dans le milieu des années 1870 l’évolutionnisme finit par triompher.