thumb|upright=1.5|Galerie des Glaces du château de Versailles. vignette|Louis XIV et sa cour à Versailles (1686).
Les us et coutumes à la cour de Versailles sont un ensemble de pratiques et traditions réglementées par l'étiquette en vigueur à la cour royale du château de Versailles sous les règnes des rois de France Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Ces us et coutumes étaient empreints de protocole et de rituels complexes qui ont façonné la vie quotidienne des courtisans et étaient essentiels pour gagner en prestige et en faveur auprès du roi.
Journée du roi Louis XIV
La journée était organisée de façon tellement routinière que Saint-Simon écrivit : « Avec un almanach et une montre, on pouvait à trois cents lieues d’ici dire ce qu’il faisait » .
Petit lever 8 h : Heure du petit lever, le premier valet, qui a passé la nuit au pied du baldaquin du roi sur un lit d'appoint, s’approche de celui-ci et murmure : « Sire voilà l’heure ». Suivaient les premiers chirurgiens qui examinaient le roi. Entrait le premier gentilhomme de la chambre du Roi. Il ouvrait le rideau du lit. Six personnes, les garçons de chambre, étaient déjà entrées dans la pièce. 8 h 15 : C'est l’« entrée familière » par les arrières des membres de la famille royale (collatéraux mais pas les cousins émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter du 29 octobre 2010.), des princes du sang, le premier médecin, le premier chirurgien, le premier valet de chambre. Ensuite ce sont les « grandes entrées », les officiers de la Couronne, le grand chambellan, le grand-maître de la garde-robe, le premier valet de garde-robe et quelques seigneurs que le roi veut honorer. Les trois autres gentilshommes de la chambre et les trois premiers valets pouvaient participer également. Ils étaient alors au minimum 22 personnes dans la pièce. Le premier valet de chambre déposait quelques gouttes d’esprit de vin sur les mains du roi. Le grand chambellan présentait le bénitier. Louis XIV se signait. Tous les assistants se dirigeaient vers le cabinet des conseils. Un aumônier les attendait. L’office durait un quart d’heure ; le roi le suivait de son lit. On introduisait ensuite le barbier et le valet du cabinet des perruques. Le roi en choisissait une et sortait du lit, chaussait ses mules, enfilait sa robe de chambre, s’asseyait sur un fauteuil. Le grand chambellan lui ôtait son bonnet de nuit. Le premier barbier commençait à le peigner. On ne rasait le monarque qu'une fois habillé, et ce tous les deux jours. Le petit lever est terminé.
Grand lever 8 h 30 : Petite Entrée du médecin et du chirurgien ordinaire, l’intendant et le contrôleur de l’argenterie, le premier valet de la garde-robe, puis des gentilshommes titulaires de « brevet d’affaires ». Le roi s'installait sur sa « chaise d'affaire », le barbier achevait de le peigner et de lui ajuster sa perruque du lever, moins haute que celle de la journée. C'est alors l'« entrée de la chambre » : le grand aumônier escorté des aumôniers de service trimestriel, les ministres, les conseillers d'État, les maréchaux de France, le grand veneur, le grand louvetier, le grand maître des cérémonies. Le roi en profite pour retirer sa robe de chambre, le maître et le premier valet de la garde-robe lui ôtent sa chemise de nuit, l'un par la manche droite, l'autre par la manche gauche. Puis ils lui passent une nouvelle chemise qui a été apportée par un fils de France ou le grand chambellan. Le roi se lève alors de son fauteuil, pour se reposer et on l'aide à ajuster son haut de chausse ; le grand-maître de la garde-robe ceint l'épée au roi, lui passe le reste des vêtements : la veste, le justaucorps et la cravate. Entrent les « gens de qualité », chacun donne son nom à l’huissier. Il y avait désormais au moins 50 personnes dans la pièce.
Après le Roi-Soleil (Louis XIV), sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, les souverains ne dormaient plus dans la « Chambre du Roi » qui devint alors une "chambre d'apparat", préférant se réfugier dans leurs appartements privés ou dans les résidences royales des environs, et obligeant ces derniers à se déplacer pour se plier à ce cérémonial du « Grand lever » (ainsi que celui du « Grand coucher ») qui se fit ainsi plus rare.
Déjeuner 9 h : le roi prenait le déjeuner : deux tasses de tisane ou de bouillon. On lui tendait trois mouchoirs, il en prenait deux. L’horloger remontait sa montre, il s’agenouillait sur le prie-dieu et faisait ses prières. Enfin, il changeait de perruque et passait dans son cabinet de travail.
Occupation de la journée thumb|300px|Dans la galerie des glaces, en 1685. 9 h 30 : Rendez-vous avec les ministres dans le Cabinet du Conseil où les ordres seront donnés pour la journée. 10 h : Messe. Au retour de celle-ci, le roi s’enquérait des placets. Ce sont des requêtes écrites, qu’au début de son règne Louis XIV lisait personnellement. Tout le monde pouvait en formuler. 11 h : Le roi tient son conseil : - Les lundis et mercredis : Conseil d’État, ou « Conseil d’en Haut ». - Les jeudis : audience des jardiniers et de l'artisanat et beaux-arts. - Les vendredis : confession. On vit là un siècle de grande dévotion. Le roi, sous l'influence de Madame de Maintenon, devint très dévot. Tous ses confesseurs furent jésuites (l'un des plus connus restera le Père Lachaise). Le confesseur parti, il lui arrivait de convoquer ses musiciens. - Les samedis : Conseil des Finances. - Les dimanches : le plus important, on y débattait des questions les plus graves de la France. 13 h : Dîner au « Petit Couvert » (voir l'article étiquette de la cour royale) où seul son frère peut s'assoir. 14 h : Retour au cabinet pour se changer. Puis chasse ou promenade. Le roi sortait tous les jours. Il ne chassait plus à cheval depuis qu’il s’était cassé le bras en 1684, mais conduisait habilement une voiture découverte. Le roi adorait ses jardins. Il écrivit un guide pour mieux les visiter. Dans la promenade, Le Nôtre ou Mansart l'accompagnait, à qui il posait de nombreuses questions. Ou bien il accompagnait les dames à Trianon ou à Marly. 17 h : Retour. Changement de vêtement et « salut » dans la chapelle. 19 h : Appartements. C’est le nom des réjouissances qui avaient lieu dans le Grand Appartement. On y jouait aux cartes, au billard, on y dansait également. 22 h : Souper au « Grand Couvert » où étaient conviés les membres de la famille royale. 23 h : Coucher. Même cérémonial qu’au lever (en version abrégée cependant), agrémenté de la cérémonie du bougeoir où jour après jour changeait l’heureux bénéficiaire qui avait l’honneur de tenir le bougeoir du roi (voir l'article Étiquette à la cour de France).
Soirées d’appartement
Les soirées d'appartement se tenaient plusieurs soirs par semaine de 19 à 22 heures, et pas forcément uniquement les lundis, mercredis et jeudis soir comme il est couramment entenduJournal du marquis de Dangeau.. Le jeu tenait une place importante à la cour. L’hiver, il constituait l’une des principales activités à côté de la conversation. Une distinction fut établie entre les jeux de hasard (bassette, lansquenet, trou-madame…), en principe bannis, et les jeux de commerce (piquet, trictrac, whist…), faisant appel à l’intelligence du joueur. Les jeux en vogue évoluèrent au long des règnes : le lansquenet en 1695, le brelan, Marie Leszczyńska prisait fort le cavagnole.
Des pièces furent spécialement aménagées : le cabinet du Billard, installé dans le salon de Diane par Louis XIV, le salon de Mercure, réservé au jeu de la famille royale, le salon des jeux, réalisé dès 1774 par Louis XVI.
Grand amateur de billard (son médecin le lui avait prescrit pour faciliter sa digestion), Louis XIV y avait ses partenaires attitrés (dont son ministre Michel Chamillart) ;
Ailleurs, on jouait aux cartes avec mises, ce qui permettait au roi de tenir la noblesse sous sa coupe en les renflouant s’ils perdaient et d’en faire ses obligés. Certains hurlaient, d'autres blasphémaient et frappaient la table du poing, que toute la salle en retentissaitD'après Élisabeth-Charlotte de Bavière, princesse Palatine, Lettre à sa demi-sœur Louise, 16 mai 1694, édition par Olivier Amiel, Paris, Mercure de France, 2004, p.173.. Certains joueurs, comme le marquis de Dangeau, .
Au temps de Louis XIV, les bals avaient ordinairement lieu lors des soirées d’appartement..
Brevet d'affaires
Les détenteurs d'un brevet d'affaires se voyaient octroyer le droit de voir Louis XIV sur sa « chaise d'affaires ». En d'autres termes, ils payaient écus voire pour rencontrer le roi sur sa chaise percée occupé à se soulager. Le roi se mettait en cette situation plus par cérémonie que par nécessité. Il semble que cet usage symbolisait l'accessibilité au Roi par tous. Le porte-chaise d'affaires avait acquis sa place livres pour laquelle lui succédera son fils. Son salaire s'élevait à 600 livres, ni nourri, ni blanchi. Son rôle consistait à dissimuler les selles royales. Pas moins de 200 chaises d'affaires se répartissaient dans le château. À cette époque, on prêtait de l'importance à connaître l'état des selles, les médecins croyaient que les humeurs trahissaient l'état intérieur. Sous Louis XV, les mœurs changèrent et le roi s'enfermait dans son « cabinet d'affaires ».
Hygiène thumb|Salle de bains de Marie-Antoinette. Au les courtisans ne bénéficiaient pas de commodités fixes comparables à celles d'aujourd'hui.
De nombreuses mauvaises odeurs envahissaient par ailleurs le château : les chevaux qui avaient galopé ainsi que la transpiration de leurs cavaliers. les chèvres ou vaches que l'on amenait jusqu'aux appartements des princesses pour le lait. les courtisans entassés qui se méfiaient de l'eau chaude que la Faculté considérait comme agent propagateur de maladies.
Pour masquer ces odeurs fortes, on parfumait la crasse de patchouli, de musc, de civette, de tubéreuse, etc. La diffusion des parfums se faisait par :
des soufflets des pastilles à brûler. des cassolettes contenant de l'eau de mille fleurs. les gants parfumés que l'on se procurait chez le gantier parfumeur.
Les demoiselles masquaient leur mauvaise haleine avec des plantes aromatiques telles que cannelle, clou de girofle, fenouil, menthe, marjolaine, thym, pouliot, fleur de lavande ou mélilot. Madame de Sévigné décrivit la toilette de la duchesse de Bourbon qui se frisait et se poudrait elle-même tout en mangeant : «…les mêmes doigts tiennent alternativement la houppe et le pain au pot, elle mange sa poudre et graisse ses cheveux ; le tout ensemble fait un fort bon déjeuner et une charmante coiffure… ». Les poudres se dissimulaient dans les coffres à vêtement ou sur soi dans des sachets.
Un appartement de bain fut installé par Louis XIV en 1675 au rez-de-chaussée du château. À la fin de sa vie, le roi, surnommé le , se parfumait à la fleur d'oranger et il fallait prendre garde en s'approchant de lui, à ne pas lui chagriner les narines avec un parfum qu'il ne supportait plusElisabeth de Feydeau, « », magazine Idées sur RFI, janvier 2012..