La clemenza di Tito, K.621 (La Clémence de Titus en français) est un opera seria en deux actes composé par Wolfgang Amadeus Mozart en 1791, sur un livret en italien de d'après Metastase et la Vie des douze Césars de Suétone.
Il est créé le au Stavovské divadlo à Prague, à l'occasion du couronnement de Léopold II comme roi de Bohême.
Son exécution demande environ 2 heures 15 minutes.
Historique vignette|Page de titre du livret avec dédicace (1791). En 1791, la dernière année de sa vie, Mozart était déjà bien avancé dans l'écriture de en juillet lorsqu'on lui demanda de composer un opera seria. La commande venait de l'impresario Domenico Guardasoni, qui vivait à Prague et qui avait été chargé par les États de Bohême de fournir une nouvelle œuvre pour célébrer le sacre de Léopold II (empereur du Saint-Empire), en tant que roi de Bohême. Le couronnement avait été planifié par les États afin de ratifier un accord politique entre Léopold II et la noblesse de Bohême (il avait annulé les efforts du frère de Léopold Joseph II pour lancer un programme visant à libérer les serfs de Bohême et à augmenter la charge fiscale des propriétaires terriens aristocratiques). Léopold II souhaitait pacifier la noblesse de Bohême afin d'éviter les révoltes et de renforcer son empire face aux défis politiques engendrés par la Révolution française. La cérémonie devait avoir lieu le ; Guardasoni avait été contacté au sujet de l'opéra en juin. Aucun opéra de Mozart n'a été plus clairement mis au service d'un agenda politique que La clemenza di Tito, en l'occurrence pour promouvoir les politiques sociales et réactionnaires d'une élite aristocratique. Il n'existe aucune preuve permettant d'évaluer l'attitude de Mozart à cet égard, ni même de savoir s'il était au courant des conflits politiques internes qui faisaient rage dans le royaume de Bohême en 1791Les conditions politiques et sociales entourant la représentation de La clemenza di Tito à Prague en 1791 sont soigneusement documentées dans ..
Dans un contrat daté du , Guardasoni promet qu'il engagera un castrat (cela semble avoir eu plus d'importance que l'auteur de l'opéra) ; qu'il . Le temps était compté et Guardasoni avait une clause de sortie : s'il ne parvenait pas à obtenir un nouveau texte, il aurait recours à La clemenza di Tito, un livret écrit plus d'un demi-siècle plus tôt par Pietro Metastasio (1698-1782) (aussi appelé en France Métastase).
Le livret de Métastase avait déjà été mis en musique par près de 40 compositeurs ; l'histoire est basée sur la vie de l'empereur romain Titus, à partir de quelques brèves allusions issues de l'œuvre Vie des douze Césars de l'écrivain romain Suétone, et a été élaborée par Métastase en 1734 pour le compositeur italien Antonio Caldara. Parmi les mises en scène ultérieures, citons celle de Gluck en 1752 et la de Josef Mysliveček en 1774. Mozart connaissait certainement le livret avant la composition ; en 1770, il assiste avec son père à une production de la mise en scène de à Crémone. Il y aura trois autres mises en scène après 1791. Mozart n'était pas le premier choix de Guardasoni. Il approcha plutôt Antonio Salieri, le compositeur d'opéra italien le plus distingué de Vienne et chef de l'établissement musical de la cour impériale. Mais Salieri était trop occupé et il déclina la commande, bien qu'il ait assisté au couronnement.
Le livret fut édité par le poète de la cour, Caterino Mazzolà, afin de le rendre plus utile. Fait inhabituel, dans le catalogue personnel des compositions de Mozart, Mazzolà est crédité pour sa révision avec la note que le livret a été . Mazzolà a confondu le livret original de trois actes à deux actes, et aucun des airs originaux de Métastase ne se trouve dans l'acte médian original. Mazzolà a remplacé une grande partie des dialogues par des ensembles et a écrit un nouveau finale au premier acte, bricolé à partir de lignes du livret original, qui présente le soulèvement, alors que Métastase se contente de le décrire. L'expérience de Guardasoni avec le travail de Mozart sur Don Giovanni l'a convaincu que le jeune compositeur était plus que capable de travailler dans des délais les plus serrés. Mozart accepta volontiers la commande étant donné que son cachet serait deux fois plus élevé que celui d'un opéra similaire commandé à Vienne. Le premier biographe de Mozart, Franz Xaver Niemetschek (1766-1849), prétend que l'opéra fut achevé en 18 jours seulement, et dans une telle hâte que les récitatifs secco furent écrits par Franz Xaver Süssmayr lors de son voyage à Prague en (le manuscrit des récitatifs étant perdu ils sont absents du manuscrit de Mozart). On sait que Süssmayr s'est rendu avec Mozart à Prague une semaine avant la première pour l'aider (récitatifs, répétitions, relectures et copies). Certains spécialistes de Mozart ont suggéré qu'il travaillait sur l'opéra depuis bien plus longtemps, peut-être depuis 1789 ; cependant, toutes ces théories ont été réfutées en profondeur dans la littérature musicologique de langue anglaiseVoir , pour une évaluation de la littérature pertinente. . L'opéra a été écrit en seulement dix-huit jours et se classe avec L'italiana in Algeri, Il barbiere di Siviglia et La Cenerentola, de Rossini, comme l'un des opéras écrits dans le laps de temps le plus court.
On ne sait pas ce que Léopold II pensait de l'opéra écrit en son honneur. Les anecdotes selon lesquelles son épouse Marie-Louise d'Espagne l'a rejeté comme (littéralement en italien , mais plus idiomatiquement traduite ) ne sont pas antérieures à 1871, publiées dans un recueil de vignettes littéraires par Alfred Meissner sur l'histoire de Prague prétendument basé sur les souvenirs du grand-père de l'auteur, qui était présent pour les cérémonies de couronnement. Le passage du recueil de contes de Meissner qui contient la remarque est traduit dans . Comme preuve supplémentaire pour mettre en doute l'authenticité de la remarque, souligne que les membres de la cour impériale d'Autriche se parlaient toujours en français, et non en italien ou en allemand..
Argument Lieu et époque : Rome antique, en l'an 79. Acte I Vitellia, éprise de l'empereur Titus, apprend que celui-ci s'apprête à épouser Bérénice. Dévorée par la haine, elle convainc Sextus (Sesto) — son soupirant, lequel est aussi l'ami intime de l'empereur —, de conspirer contre Titus. Annius (Annio) — épris de Servilia, la sœur de Sextus — survient et leur apprend que l'empereur ayant renoncé à Bérénice pour épouser une Romaine, a choisi Servilia. Celle-ci supplie humblement Titus de renoncer à ce projet afin de pouvoir vivre avec celui qu'elle aime (Annius), tandis que Publius (Publio), le serviteur de l'empereur, avertit ce dernier du complot en préparation. Ému par les supplications de la jeune Romaine, Titus se résout à épouser Vitellia. Celle-ci cependant, ignorant qu'elle vient d'être choisie, pousse Sextus à l'irréparable : les conjurés mettent le feu au Capitole. Titus cependant parvient à échapper à la mort.
Acte II Sextus est arrêté par Publius, puis, après qu'il a avoué — mais sans dénoncer Vitellia —, le Sénat le condamne à mort. Ne pouvant croire à la culpabilité de son ami, Titus convoque celui-ci. Pour protéger Vitellia, Sextus s'accuse de l'entière responsabilité du crime. Titus signe son arrêt de mort (l'arène), puis, peu après, se ravise et déchire la sentence : il ne veut pas régner par la terreur. Vitellia, comprenant le sacrifice de Sextus, avoue ses crimes, renonçant alors à l'amour et au pouvoir. Titus gracie tous les conjurés, sous les acclamations de ses sujets.
Distribution Rôle Tessiture Créateur Tito (Titus), empereur romain ténor Antonio Baglioni Vitellia, fille de l'empereur destitué Vitellius soprano Maria Marchetti Fantozzi Sesto (Sextus), jeune patricien romain soprano castrat Domenico Bedini Servilia, la sœur de Sextus soprano Antonina Campi ( Antonini) Annio (Annius), jeune patricien romain soprano travesti Carolina Perini Publio (Publius), capitaine de la garde basse Gaetano Campi
Numéros musicaux vignette| page du manuscrit - Ouverture|362x362px
Ouverture
Acte I n° 1. Duetto « Come ti piace, imponi » - Vitellia & Sesto n° 2. Aria « Deh se piacer mi vuoi » - Vitellia n° 3. Duettino « Deh prendi un dolce amplesso » - Annio & Sesto n° 4. Marcia n° 5. Coro « Serbate, o dei custodi » n° 6. Aria « Del più sublime soglio » - Titus n° 7. Duetto « Ah perdona al primo affetto » - Annio & Servilia n° 8. Aria « Ah, se fosse intorno al trono » - Titus n° 9. Aria « Parto, parto, ma tu, ben mio » - Sesto n° 10. Terzetto « Vengo… aspettate… Sesto ! » - Vitellia, Annio & Publio n° 11. Recitativo accompagnato « O dei, che smania è questa » - Sesto n° 12. Quintetto con coro « Deh conservate, oh Dei » - Sesto, Annio, Servilia, Publio & Vitellia
Acte II n° 13. Aria « Torna di Tito a lato » - Annio n° 14. Terzetto « Se al volto mai ti senti » - Sesto, Vitellia & Publio n° 15. Coro « Ah grazie si rendano » - Titus & chœur n° 16. Aria « Tardi s’avvede d’un tradimento » - Publio n° 17. Aria « Tu fosti tradito » - Annio n° 18. Terzetto « Quello di Tito è il volto ! » - Sesto, Titus & Publio n° 19. Rondo « Deh per questo istante solo » - Sesto n° 20. Aria « Se all’impero, amici Dei » Titus n° 21. Aria « S’altro che lacrime per lui non tenti » - Servilia n° 22. Recitativo accompagnato « Ecco il punto, o Vitellia » - Vitellia n° 23. Rondo « Non più di fiori vaghe catene » - Vitellia n° 24. Coro « Che del ciel, che degli Dei » n° 25. Recitativo accompagnato « Ma che giorno è mai questo ? » - Titus n° 26. Sestetto con coro « Tu, è ver, m’assolvi, Augusto » - Sesto, Titus, Vitellia, Servilia, Annio, Publio & chœur
Instrumentation L'opéra est écrit pour 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes (également clarinette de basset et cor de basset), 2 bassons, 2 cors, 2 trompettes, timbales et cordes. La basse continue dans les récitatifs secco est constituée du clavecin et du violoncelle. Les interprètes de l'époque utilisent souvent un pianoforte.
Analyse Mozart eut très peu de temps pour écrire l'opéra (six semaines) alors qu'il était débordé et qu'il travaillait en parallèle à plusieurs œuvres dont son Requiem et sa Flûte enchantée, autre opéra, qui allait également être créé en . La commande imposait un sans aucune fantaisie comique. Mozart eut seulement le choix d'approfondir certains morceaux et d'écrire ou de faire écrire rapidement le reste. Les récitatifs secco (nombreux et souvent longs, à commencer par celui qui ouvre l'opéra et dure plus de trois minutes) sont ainsi attribués, comme l'achèvement de son Requiem, à son assistant Franz Xaver Süßmayr. Alors que Mozart aimait écrire pour ses chanteurs, la distribution changea plusieurs fois. Ainsi Sextus, qui devait être un ténor, fut confié au castrat Domenico Bedini. Aujourd'hui le rôle est attribué à une mezzo-soprano ou à un contre-ténor.
L'opéra contient quelques morceaux sublimes : l'air de Sextus « Parto, parto » avec accompagnement obligé de clarinette de basset, le rondo de Vitellia au second acte « Non più di fiori » () avec accompagnement obligé de cor de basset, d'une grande virtuosité, font partie des plus grandes réussites mozartiennes. Le sujet avait déjà été traité une quarantaine de fois, dans des versions oubliées depuis longtemps. Le genre imposé alors à Mozart était déjà un peu dépassé par ses dernières compositions, notamment celles issues de sa collaboration avec Lorenzo da Ponte.
« Una porcheria tedesca ! » (« Une cochonnerie allemande ! ») : c'est en ces termes que l'impératrice Marie-Louise aurait accueilli la création de La clemenza di Tito à Prague le selon Alfred Meissner dans un recueil écrit en 1871. De fait, l'ouvrage, de type « » avec récitatifs et airs, fit longtemps figure d'opéra maudit. Ainsi faudra-t-il attendre 1949 pour qu'il soit enfin joué au Festival de Salzbourg. Il reste assez peu joué jusqu'à sa réhabilitation par Istvan Kertesz et Jean-Pierre Ponnelle à Londres en 1969.