Le Panzerkampfwagen VI ou Sd.Kfz. 182 Panzer VI Ausf. B Tiger II, surnommé de façon officieuse Königstiger (« tigre royal », nom allemand du tigre du Bengale), est un char d'assaut allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il est produit à entre et .
Malgré son appellation, ce n'est pas une version du Tigre I mais un char entièrement nouveau qui remplace ce dernier à partir de au sein des bataillons de chars lourds de l'armée de terre (Heer) et de la Waffen SS. Mieux armé et mieux protégé que son prédécesseur, il amplifie cependant ses défauts (poids, complexité, manque de puissance, fiabilité). En effet, s'il est équipé d'un canon de 88 mm plus puissant et doté d'un blindage incliné très épais qui lui assure une protection supérieure, il est encore plus lourd que lui ( contre 57), tout en étant équipé du même moteurLe même moteur équipe également le char Panther qui ne pèse que .... Son rapport poids-puissance est donc moindre : il est lent, peu mobile et il ne peut franchir tous les ponts. De plus, ses importants besoins en carburant, à un moment où l'approvisionnement du Reich en carburant de synthèse est de plus en plus contraint, limitent fortement ses capacités logistiques.
Le Tigre royal peut affronter les blindés alliés les plus puissants, et notamment le IS-2 de l'Armée rouge (URSS), mais n'est produit qu'en faibles quantités. Enfin, son manque de mobilité et de fiabilité réduisent fortement son impact opérationnel, notamment parce que, du fait de son poids, la plupart des pannes ou immobilisations en territoire ennemi ou lors d'une retraite obligent les équipages à détruire leur char, même quand il est réparable.
Son châssis a servi de base pour le Jagdtiger, un chasseur de char doté d'un redoutable canon de 128 mm.
Aujourd'hui une demi-douzaine de Tigre II restent visibles - généralement dans des musées. Seul celui du musée des Blindés de Saumur, en France, est en état de marche avec son moteur d'origine. Le Tigre II du musée de Bovington a été restauré avec un autre moteur.
Dénomination Le modèle aboutissant à la production en série est appelé en interne chez Henschel d’abord VK 45.03 en puis Tiger III entre et avant de devenir Tiger II en . En parallèle, le Wa Prüf 6 nomme le même modèle Tiger III (VK 45.03) en , Henschel Tiger B en , Tiger II en mars puis à partir du Panzerkampfwagen Tiger Ausführung B, parfois abrégé simplement en Tiger B. La désignation complète, utilisée notamment dans les manuels ainsi que dans les documents organisationnels et de maintenance, est toutefois Panzerkampfwagen Tiger (8,8 cm K.w.K L/71) (Sd.Kfz. 182). Le surnom Königstiger n’apparaît qu’en dans un rapport du Ministère de l'Armement et des Munitions du Reich et n’a jamais eu ni de valeur officielle ni un usage important au sein des Panzertruppen.
Les dénominations attachées au modèle de série produit par Henschel ne doivent pas être confondues avec celles des modèles conçus par Porsche. En effet, alors que l’entreprise utilise en interne la dénomination Typ 180, qui ne prête pas à confusion, le Wa Prüf 6 désigne ce même modèle sous les noms de VK 45.01 (P2) et VK 45.02 (P) en 1942 ou encore Panzerkampfwagen Tiger P2 en 1943. (VK signifiant Versuchs Kampffahrzeug, ou « véhicule de combat d’essai »).
Historique Contexte Bien que l’idée de produire un char lourd se soit fait jour chez les Allemands dès 1934, ce n’est qu’en 1937 que le développement débute sérieusement. Un contrat est d’abord attribué à l’entreprise Henschel & Sohn pour un char de trente tonnes et aboutit à plusieurs châssis expérimentaux : les Durchbruchswagen en 1937-1938 et le VK 30.01 (H) en 1938-1939. À partir de 1939, Henschel se trouve en outre en concurrence avec Porsche, qui produit son propre châssis expérimental, le VK 30.01 (P). Dans les deux cas, les tourelles et l’armement sont conçus par Krupp, qui parvient à faire en sorte de conserver le monopole face à son concurrent Rheinmetall. Faute de direction claire, le programme manque rapidement d'unité et il existe ainsi au printemps 1941 trois modèles différents : le VK 30.01 (H) armé du 75 mm KwK L/24, le Type 100 armé du 88 mm KwK L/56 et le VK 36.01 armé du Waffe 0725, un canon expérimental de .
Lors d’une réunion le , Hitler fixe de nouveaux objectifs ambitieux tant en termes de calendrier que de performances, Porsche et Henschel devant ainsi livrer avant le début de l’été 1942 six prototypes d’un char de quarante-cinq tonnes. Les deux entreprises rencontrent alors des difficultés sur l’armement : les performances attendues par Hitler imposeraient l’utilisation du canon Flak 41 de Rheinmetall, mais celui-ci ne s’adapte pas à la tourelle déjà conçue pour le 88 mm KwK 36 L/56KwK 36 signifie Kampfwagen Kanone (canon pour véhicule de combat - ou char - modèle 36. L56 signifie que la longueur du tube est égale au calibre multiplié par 56 soit 4,93 m. et il n’est pas possible de reprendre entièrement la conception de la tourelle dans les délais imposés.
Finalement, le char produit en grande série à partir de l’été 1942, le Tigre, est le modèle VK 45.01 de Henschel avec la tourelle et le canon de 88 mm KwK 36 L/56 conçus par Krupp.
Développement Ce premier Tigre n’est toutefois qu’un expédient pour les Allemands : aussitôt qu’il apparaît en que le Flak 41 ne peut pas être monté dans la tourelle de Krupp, Hitler impose la conception d’un nouveau char équipé de ce canon. Porsche et Henschel sont alors mis en concurrence pour produire un châssis plus grand permettant de monter cette arme. La seconde évolution significative par rapport au Tigre I est l'adoption de blindage incliné (comme sur le T-34 et le Panther) qui, à épaisseur égale, offre une meilleure protection à la pénétration.
Bien que la motorisation hybride essence-électrique du VK 45.01 (P) ait joué un grand rôle dans l’échec de Porsche pour la production du Tigre, le constructeur reprend ce principe pour son nouveau projet, le Typ 180 ou VK 45.02 (P), qui débute au début de l’année 1942. Quatre variantes supplémentaires sont conçues avant l’automne. Les Typ 180A et B conservent la motorisation essence-électrique, mais le constructeur explore également la possibilité d’utiliser une motorisation plus classique avec les Typ 181A, B et C, équipés de différents moteurs à essence ou gasoil. Les problèmes de motorisation persistent néanmoins et le contrat de production de cent exemplaires, accordé de manière anticipée à Porsche en , est annulé le . Le travail se poursuit toutefois sur trois prototypes, mais sans fixer de date de mise en production.
De son côté, Henschel fait quelques dessins d’un VK 45.02 (H) en , mais, monopolisée par les problèmes de développement du Tigre, l’entreprise ne débute vraiment le développement de la nouvelle plateforme que vers la fin de l’été 1942 avec le VK 45.03 (H). Ce nouveau modèle est accompagné par un contrat pour la production de cent soixante-seize exemplaires, nombre qui est rapidement porté à trois cent cinquante exemplaires en novembre après l’annulation du contrat avec Porsche. La progression du projet reste toutefois handicapée par les ingérences d’Hitler. Celui-ci accroît ainsi le les exigences sur l’épaisseur du blindage, puis exige le qu’un maximum de composants soient mutualisés avec le futur Panther II. Ces changements sont pour certains poussés par Ferdinand Porsche, qui est proche de Hitler et peut ainsi gêner son rival Henschel, dont le châssis prend plusieurs mois de retard sur le calendrier de développement prévu. Pour sa part, Porsche dispose en de trois prototypes du Typ 180 en passe d’être achevés, mais envisage de passer à une motorisation classique, ce qui retarde à une date indéfinie la mise en production.
Henschel et Porsche ne produisant que les châssis, la conception et la production de la tourelle reviennent à Krupp, qui s’occupe également d’adapter aux chars le canon Flak 41 de Rheinmetall. En pratique Krupp, qui est un concurrent direct de Rheinmetall, développe un nouveau canon, différent mais comparable sur le plan des performances, qui reçoit l'appellation de KwK 43 L/71. Le premier modèle de tourelle est conçu au cours de l’année 1942 pour le châssis de Porsche et la production débute à l’automne 1942. Toutefois, étant donné les problèmes du modèle de Porsche, il est décidé le d’adapter les tourelles déjà produites sur le châssis de Henschel. Ce modèle de tourelle ne donne pas entièrement satisfaction du fait de l’avant arrondi qui risque de dévier un projectile vers le toit de la caisse, plus fin. Néanmoins, afin de ne pas ralentir la production, il est décidé en de produire les cinquante premiers exemplaires avec cette tourelle - souvent appelée à tort tourelle Porsche - le temps que la conception de la tourelle définitive soit achevée.
Production Henschel achève son premier prototype en , puis deux autres prototypes et les trois premiers exemplaires de production en . Le retard est donc conséquent sur le calendrier établi en , qui prévoyait la livraison du premier exemplaire de série en . L’assemblage final est réalisé par Henschel dans son usine de Cassel. Celle-ci est la cible d’intenses bombardements entre septembre et , entraînant sa destruction à 95 % et l’arrêt presque total de la production. D’autres bombardements ont encore lieu par la suite, ralentissant la reconstruction malgré leur plus faible ampleur. Ainsi, alors que le calendrier prévoyait la production de 940 exemplaires entre et , seulement 283 sont effectivement produits, entraînant une perte nette de production de 657 Tigre B.
Modifications Comme son prédécesseur, le Tigre B fait l’objet de modifications tout au long de sa production, sans que celles-ci ne donnent lieu à la création d’une nouvelle version identifiée par une lettre. Toutes ces modifications ne sont pas forcément très visibles – il peut s’agir par exemple de changements de joints ou d’écrous, mais même les petits changements contribuent à considérablement améliorer la fiabilité du véhicule. Bien que les dates d’adoption de ces changements soient généralement connues, celles-ci ne correspondent que rarement à l’introduction réelle sur les véhicules produits : il est en effet courant que les fabricants épuisent d’abord le stock d’anciennes pièces, voire dans certains cas qu’ils utilisent les nouvelles pièces immédiatement, mais utilisent d’anciens composants en cas de pénuries.
Histoire opérationnelle Comme son prédécesseur, le Tigre II n'est pas endivisionnéC'est-à-dire qu'il n'est pas affecté au régiment de char d'une Panzerdivision mais à un bataillon autonome de chars lourds directement subordonné à l'état-major d'un corps d'armée ou d'une armée. Il le remplace dans les , ou bataillons de chars lourds autonomes. sont livrés à des unités de la Waffen-SS, tous les autres sont affectés à l'armée de terre (Heer). Ils arrivent sur le front en .
Leur premier engagement a lieu autour de Minsk en mai de la même année. Leur impact cependant limité, à cause des restrictions en carburant, des problèmes techniques et des pannes, et de l'efficacité de l'aviation d'attaque au sol alliée.
thumb|left|upright=1.2|Königstiger en France, Juin 1944 Une des premières utilisations au combat du Tiger II à l'Ouest est celle de la Compagnie du « s.H.Pz.Abt » lors de la bataille de Normandie, s'opposant à l'opération Atlantic entre Troarn et Demouville le . Deux sont perdus au combat, tandis que le char du commandant de compagnie reste irrémédiablement piégé après être tombé dans un cratère de bombe créé lors de l'opération GoodwoodSchneider 2000, p. 133.. Lors de la bataille de Normandie, certains Königstiger sont même engagés par des croiseurs.