La Monnaie de Paris est l'institution monétaire nationale de la France. Établissement public à caractère industriel et commercial depuis 2007, elle exerce notamment la mission régalienne de fabrication de la monnaie nationale. Créée le sous le règne de Charles II par l'édit de Pîtres, elle est l'une des plus vieilles entreprises du monde et la plus ancienne institution française toujours en activité.

Jusqu'en 2007, la Monnaie de Paris était le nom « commercial » de la Direction des monnaies et médailles qui faisait partie du ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie. La Monnaie de Paris a acquis son autonomie et s'est vu conférer la personnalité juridique par la loi de finances pour 2007.

L'institution : sites et missions La Monnaie de Paris emploie en 2010 sur deux sites : l'hôtel de la Monnaie de Paris (55 % de l'effectif) et l'établissement monétaire de Pessac (45 %).

Les missions de la Monnaie de Paris sont fixées par les articles L. 121-3 à L. 121-6 du code monétaire et financier. Pour le compte de l'État, en situation de monopole, elle frappe la monnaie métallique courante.

Au niveau européen, le site de Pessac a également été désigné pour abriter, outre le Centre national d'analyse des pièces (CNAP), le Centre technique et scientifique européen (CTSE), qui analyse et classifie les pièces contrefaites en euros dans toute l'Europe. Ce centre agit dans le cadre de l’Office européen de lutte antifraude et au titre de la coordination technique des États membres en matière de lutte contre la fausse monnaie.

La Monnaie de Paris exerce d’autres activités : régaliennes ou commerciales, en secteur concurrentiel : la production et la vente de monnaies métalliques courantes étrangères, de monnaies de collection, médailles et décorations ; la fabrication d'instruments de marque et de garantie. la création de fontes d'art et bijoux sous la marque déposée Monnaie de Paris ; la création d’éditions particulières de médailles (comme les médailles souvenir) et cadeaux d’entreprises personnalisés ; l'entretien de l'Hôtel de la Monnaie ; la gestion du musée ; la mise à disposition ou la location des salles du quai de Conti aux administrations, collectivités ou entreprises ; Le stockage de pièces de monnaie pour le compte de la Banque de France sur le site de Pessac.

Quelques chiffres En 2009, la Monnaie réalise d'euros de chiffre d’affaires pour un effectif de . En 2019, le chiffre d'affaires s'établit à 134 millions d'euros pour un effectif de 489 salariés. Elle fabrique un milliard de pièces de monnaie par an (dont de pièces d'euros) et fait appel à des métiers d'art pour développer l’activité de produits d’art (pièces de collection, fontes d'art, bijoux) qui représentent 20 % du chiffre d’affaires. En 2024, de pièces courantes y ont été frappées générant un chiffre d'affaires de d'eurosInterview du PDG Marc Schwartz recueillie par Christophe Loubès, « L'usine de Pessac est très importante pour nous », Sud Ouest édition Dordogne, , ..

Historique Du Moyen Âge au vignette|gauche| Denier en argent (1,77 g), frappé à Paris à partir de 864, monogramme de Charles II à gauche. La Monnaie de Paris est fondée le par l'édit de Pîtres de Charles II le Chauve : c'est la plus ancienne institution française et l'une des plus vieilles entreprises du monde toujours en activitéLes deux auberges japonaises Nishiyama Onsen Keiunkan et Hōshi Ryokan, fondées au début des années 700, sont considérées par le Livre Guinness des records comme les plus vieilles entreprises.

Dès 1358 se dessine une structure qui, dans son principe, va se perpétuer jusqu’en 1879 : d’une part une administration centralisée dotée d’un pouvoir de juridiction et de réglementation en matière monétaire, d’autre part des ateliers placés sous le contrôle de l’État, et répartis sur l'ensemble du territoire.

En 1550, le roi de France Henri II missionne Guillaume de Marillac, intendant des Finances, et Aubin Olivier, pour enquêter sur la technologie de presse à vis utilisée par un orfèvre d'Augsbourg. Olivier fonde ensuite la Monnaie du Moulin des Étuves sur l'extrémité ouest de l'île de la Cité à Paris, définitivement autorisée en . Cet atelier va entrer en compétition avec la corporation des ouvriers-compagnons rattachés à la Cour des Monnaies, situation problématique jusqu'au milieu du Fernand Mazerolle, Les médailleurs français du siècle au milieu du , Imprimerie Nationale, 1902, tome I, — sur Gallica..

vignette| Médaille commémorative (1770) célébrant la construction de l'hôtel de la Monnaie quai Conti, gravure de Charles-Norbert Roëttiers. vignette|Pierre-Antoine Demachy, Vue de la Seine en aval du Pont-Neuf (1783). L'hôtel de la Monnaie est visible à gauche.

En 1770, l'institution se dote d'un nouveau siège central à Paris, à la fois bureau de direction générale et manufacture, l'hôtel de la Monnaie (1771-1775, Denis Antoine, architecte) s'étirant sur et occupant une surface de , quai Conti. Le chimiste Jean-Pierre-Joseph d'Arcet y fera sa carrière.

La Monnaie de Paris est rattachée au ministère des Finances depuis les lois des 22 et 23 vendémiaire an IV (). Les lois des et décident que la fabrication des monnaies serait exclusivement effectuée par l’État lui-même sous le nom d’« Administration des Monnaies et Médailles ».

De 1848 à , Anatole Hulot, adjoint du graveur général Jacques-Jean Barre, installe l'atelier de fabrication des premiers timbres-poste de France dans l'hôtel de la Monnaie.

Époque contemporaine En 1973, l’État fait construire à Pessac, près de Bordeaux, une nouvelle usine pour réaliser l’ensemble des phases de fabrication des pièces de monnaie de circulation et de collection. Depuis 1998, c'est dans cette usine que sont fabriquées les huit pièces de l’euro (pièces de monnaie de circulation et de collection).

La Monnaie de Paris a obtenu la triple certification QSE.

En 2012, elle est la première institution publique à obtenir le label Entreprise du patrimoine vivant.

Le 30 septembre 2017, la Monnaie de Paris rouvre après des travaux de rénovation : 80 % de la superficie des de bâtiments est désormais accessible au public. Un terrain de basket-ball des années 1950, qui se trouvait sous les toits d'une aile, a été rasé afin de mieux respecter la symétrie des lieux. (sur les réserves qui comptent au total ), jamais exposées auparavant (médailles et monnaies rares, lingots remontés d'une épave, etc.), sont présentées dans le musée consacré au savoir-faire de l’Institution.

La Monnaie de Paris frappe en ses premières pièces en or certifié équitable, dans le cadre du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Une mention sur ces monnaies indique la certification Fairmined.

En , le PDG Marc Schwartz ordonne la frappe de 27 millions de pièces de 10, 20 et avec un nouveau design, sans attendre l'approbation préalable de la Commission européenne, selon La Lettre afin d'impressionner le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, qui doit visiter la Monnaie de Paris le mois suivant. Le design est rejeté par l'Europe en raison d'étoiles peu lisibles, entraînant la destruction des pièces et une perte estimée entre et d'euros.. La Direction générale des affaires économiques et financières de la Commission européenne avait pourtant alerté la Direction générale du Trésor français le sur la non-conformité de ces nouvelles pièces..

En 2024, La Lettre révèle que les médailles olympiques des Jeux olympiques d'été de 2024, conçues par la Monnaie de Paris, souffrent d'un vernis défectueux., qui quelques mois plus tard provoque le mécontentement des athlètes victorieux, dont le revêtement des médailles se craquèle..

En , la Monnaie de Paris, toujours dirigée par Marc Schwartz, après deux plaintes en diffamation intentées contre La Lettre, le média à l'origine des précédentes révélations, entame contre celui-ci une procédure judiciaire devant le tribunal de commerce pour demander la dépublication d'une enquête parue en . et dévoilant le contenu d'un audit sévère à l'égard de l'établissement public ; la procédure contourne le droit de la presse en invoquant le secret des affaires. et est qualifiée par Mediapart de procédure-bâillon pour cette raison..

En , la Monnaie de Paris émet des pièces en or massif pour l'investissement à l'image des Krugerrand sud-africains. Les pièces sont des Marianne, d'un poids d'une once d'or pur (soit ), sans valeur faciale.

Direction du Les archives de la Monnaie remontent à 1225. Les titres (en italiques) et les responsabilités des personnes nommées à la tête de cet établissement évoluent au fil des années Jean-Marie Darnis, Tableau chronologique des Officiers généraux et Directeurs de la Monnaie de Paris depuis 1225, Direction des Monnaies et Médailles, Paris, 2005, et suiv..

Prepositus monetae ParisiansisSont ici mentionnés les principaux « préposés à la monnaie de Paris » au cours des périodes les plus représentatives. 1225-1226 Marcellus 1270 Pierre Barbez 1292 Bétin CassinelMarc Bompaire, « Richard Huguet, de Florence, maître des monnaies de Philippe le Bel », in: Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 2007 — sur Persée. 1296 Thomas Buchart 1296-1311 Régnier Le Flamant 1305-1307 : Richard Huguet 1308-1315 Guillaume Le Flamant

Cussorum Moneta 1315-1326 Pierre de Mante 1329-1337 aucun 1436-1437 Jacques Cœur 1426-1485 Pierre Fromont [dynastie] 1488-1490 Martin Vivat 1489-1512 Laurent Sureau 1541-1555 Bastien de Riberolles

Président de la Cour des Monnaies 1555 Claude Bourgeois 1558 Jean Le Lieur 1571 François du Lion 1590 Claude Fauchet 1599 Guillaume Le Clerc 1610 Guillaume Lusson 1637 Jacques Poitevin 1642 André du Pajot 1662 Nicolas Cotignon 1664 Jacques Hosdier 1715 Louis Hosdier 1727 Étienne-Alexandre Choppin de Gouzangre 1772 René Choppin d’Arnouville 1781-1791 Étienne Jean Benoît Thevenin de Tanlay 1791 Jean Dupeyron de La Coste

Directeurs de fabrication de la Monnaie 1791-An V Alexandre Roëttiers de Montaleau 1794 Augustin Dupré 1794 Jean-Jacques-Joseph Anfrye An V-1820 Charles de L’Espine 1821-1842 Jean-Pierre Collot 1843-1845 Alain Étienne Cambry 1845-1860 Charles Dierick 1861-1879 Alfred Renouard de Bussière

Directeur des monnaies et médailles 1871 Zéphirin Camélinat (directeur durant la Commune)Victor Gadoury, Monnaies françaises 1789-1989, p. 17 et 338 1875-1891 Jean-Louis Ruau 1891-1893 Georges de Liron d'Airoles 1893-1900 Alfred de Foville 1900-1907 François ArnaunéDirecteur par intérim jusqu'en 1914. 1914-1915 Émile Jacquin 1915-1918 Louis Martin 1918-1925 Sylvestre Bouvier 1925-1927 Louis Formerie 1927-1934 Michel Dally 1934-1946 Étienne Moneclaey 1946-1952 Louis Vallon 1951-1952 Marcel Renaud 1952-1957 Yves Malecot 1957-1962 Robert Labonnelie 1962-1984 Pierre Dehaye 1984-1987 Jacques Campet 1987-1991 Patrice Cahart 1992-1995 Pierre Consigny 1995-1999 Emmanuel Constans 1999-2002 Françoise Saliou 2002-2007 Dov Zerah

Président-directeur général de la Monnaie 2007-2017 Christophe Beaux. 2017-2018 Aurélien Rousseau. Depuis Marc Schwartz

Accès Le musée est desservi par les stations de métro des lignes 7 à Pont-Neuf et 4 à Saint-Michel et Odéon, ainsi que par les lignes A et D du RER à la gare de Châtelet - Les Halles et les lignes B et C du RER à la gare de Saint-Michel - Notre-Dame.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes

Le Musée du 11 Conti - Monnaie de Paris Hôtel de la Monnaie Liste des ateliers de fabrication de monnaies Graveur général des monnaies (France) Timbres de France 1849 Médaille souvenir

Bibliographie . Nicolas d'Estienne d'Orves, La Monnaie de Paris, d'histoire, Paris, Albin Michel, 2015 Dov Michel Zerah, La Monnaie de Paris. 12 siècles d’Histoire, Paris, Le Cherche Midi, 2006

Liens externes

Information sur le CTSE Les archives de gestion de la Monnaie des Médailles sous Louis XVIII et Charles X sont conservées aux Archives nationales (France).