Le resvératrol est un polyphénol de la classe des stilbènes présent dans certains fruits comme les raisins, les mûres ou les cacahuètes, et dans certaines plantes comme la renouée du Japon. On le retrouve en quantité notable dans le raisin, et donc dans le jus de raisin et le vin qui en est issu.
Bien que couramment utilisé comme complément alimentaire et étudié en laboratoire via des modèles de maladies humaines, il n'existe aucune preuve de haute qualité que le resvératrol prolonge la vie ou ait un effet substantiel sur une quelconque maladie humaine.
Historique Son nom viendraitUni. Freibourg de Veratrum album L. var grandiflorum, le vératre blanc, d’où il a été extrait pour la première fois en 1939 par un Japonais, Takaoka. Il est aussi identifié en 1959 dans un eucalyptus puis en 1963 dans la racine de la renouée du Japon, Fallopia japonica (ou Polygonum cuspidatum), une polygonacée d’Asie orientale très invasive en Europe, mais utilisée depuis des siècles en médecine traditionnelle chinoise et japonaise. La découverte du resvératrol dans la pellicule du raisin date de 1976 mais il a fallu attendre 16 ans pour qu’en 1992 Siemann et Creasy l’identifient également dans le vin.
À la même époque paraissent deux articles qui vont avoir un grand retentissement sur les études du resvératrol. Le premier en 1992, de Renaud et de Lorgeril montre qu’une consommation modérée de vin peut protéger de la maladie coronarienne et le second en 1993, de Frankel et al. démontre que c'est le resvératrol du vin qui, en inhibant l’oxydation du LDL, doit être responsable de son effet cardioprotecteur. Le resvératrol est donc un bon candidat pour résoudre l’énigme du paradoxe français, expression qui renvoie à la situation surprenante de la région du sud-ouest, où malgré une consommation élevée de graisses animales, est observé un taux relativement bas de maladies cardiovasculaires (comparativement aux pays du nord de l’Europe).
Ces travaux ont déclenché une pléthore d’études sur le rôle chimiopréventif des polyphénols du vin et en particulier du resvératrol. En dehors de la prévention de la maladie coronarienne, la liste des effets bénéfiques bien documentés de ce composé n'a cessé de croître : elle concerne l’inflammation, l’activation plaquettaire, l’angiogenèse, le maintien de la masse osseuse, la réduction de la masse adipeuse, la neuroprotection, la photoprotection, le vieillissement. Pendant une décennie, les observations étayant les bénéfices pour la santé du resvératol n’ont cessé de s’accumuler mais en s’appuyant majoritairement sur des preuves indirectes comme les études épidémiologiques ou sur les effets biologiques établis sur des systèmes in vitro ou d’animaux de laboratoire. Pour l'instant, en raison du manque de preuves directes, beaucoup de ces résultats ne peuvent être étendus à l'humain qu'avec la plus grande prudence, notamment depuis que le , une équipe italienne a montré que sur une cohorte de 783 personnes de plus de , les taux urinaires de resvératrol n'étaient liés à aucun déterminant de santé ou de mortalité..
En 2017, une étude publiée par la revue Science rappelle que cette molécule a fait l'objet de nombreux travaux de recherche mais . Certains auteurs ont conclu que seules de faibles doses étaient efficacement utiles pour la santéH. Cai, E. Scott, A. Kholghi, C. Andreadi, A. Rufini, A. Karmokar, R. G. Britton, E. Horner-Glister, P. Greaves, D. Jawad, M. James, L. Howells, T. Ognibene, M. Malfatti, C. Goldring, N. Kitteringham, J. Walsh, M. Viskaduraki, K. West, A. Miller, D. Hemingway, W. P. Steward, A. J. Gescher, K. Brown, Cancer chemoprevention: Evidence of a nonlinear dose response for the protective effects of resveratrol in humans and mice | Sci. Transl. Med. 7, 298ra117 (2015), puis Craveiro et al. ont conclu que de fortes doses de resvératrol inhibent les réponses des cellules humaines T CD4 + face aux antigènes et à faible dose le resvératrol modifie le métabolisme cellulaire en rendant la cellule plus sensible aux antigènes avec une production accrue d'interféron γ (une cytokine inflammatoire). Ces deux données plaident selon les auteurs en faveur d'une évaluation poussée des risques d'utilisation de resvératrol pour traiter diverses pathologies notamment en contexte auto-immun Craveiro M, Gaspard Cretenet, Cédric Mongellaz, Maria I. Matias, Olivier Caron, Maria C. Pedroso de Lima, Valérie S. Zimmermann, Eric Solary, Valérie Dardalhon, Vjekoslav Dulić et Naomi Taylor (2017) Resveratrol stimulates the metabolic reprogramming of human CD4+ T cells to enhance effector function | Sci. Signal. | 17 octobre 2017: Vol. 10, Issue 501, eaal3024 DOI: 10.1126/scisignal.aal302|résumé.
Propriétés physiques Le resvératrol se présente sous deux formes isomères, trans- et cis-, avec un passage de la forme trans- (E) à la forme cis- (Z) par irradiation UV (photoisomérisation). Le trans-resvératrol est donc une molécule photosensible qu’une simple exposition à la lumière suffit à transformer de manière irréversible dans son isomère cis. C'est un composé instable supportant aussi assez mal la chaleur et les milieux oxydants.
L'isomère trans est la forme bioactive. Contrairement à ce dernier, l'isomère cis ne présente que peu d'effets bénéfiques avérés sur la santé à ce jour.
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Plantes riches en resvératrol thumb|Le raisin est le fruit le plus riche en resvératrol qu'on retrouve également dans ses produits dérivés dont le vin Le resvératrol est une phytoalexine, c’est-à-dire une substance induite par un stress environnemental ou pathogène (tel qu’une attaque fongique comme le Mildiou ou le Botrytis chez la vigne) et destinée à contenir localement les dégâts du pathogène. La forme isomérique trans- est plus abondante dans les plantes que la forme cis-. On la trouve dans au moins 72 espèces de plantes réparties dans 12 familles. Ce sont les familles de plantes supérieures suivantes : Vitaceae, Myrtaceae, Dipterocarpaceae, Cyperaceae, Gnetaceae, Fabaceae, Pinaceae, Polygonaceae, Moraceae, Fagaceae, Liliaceae.
Parmi les plantes alimentaires, on trouve le resvératrol dans : le raisin et ses dérivés. Le resvératrol est surtout concentré dans la pellicule du grain de raisin et on le trouve en quantité variable suivant le cépage, l’origine géographique et l’exposition aux maladies fongiquesde à dans la pellicule et dans les pépins, d'après Counet et al.(2006) (réf. ci-dessus). Il est majoritairement présent sous forme de glucoside (trans-resvératrol-3-O-glucoside). Les raisins secs ont une teneur variable et pouvant être élevée en resvératrol (de pour un raisin de Corinthe, à pour un Thompson Seedless de Californie, avec une méthode d'analyse élaborée). Pour le vin, l’importance du resvératrol dépend en outre de la durée de macération des peaux dans le jus. Cela explique pourquoi les vins blancs, peu ou pas macérés, ont moins de resvératrol ( de trans- et de cis-resvératrol) que les rosés et ceux-ci moins que les vins rouges. Les plus riches sont les vins de Pinot noir (Bourgogne), de Merlot, de Grenache ou de Mourvèdre. Le cépage Pinot noir contient le plus de resvératrol avec une concentration pouvant aller jusqu’à (en Suisse) ; en France, sa teneur moyenne est de en moyenne dans le monde, les Pinot noir ont , les Merlot , d'après Stervbo et al. (2006), réf. ci-dessus. Le resvératrol y est majoritairement présent sous forme aglycone, sous les formes isomériques trans- et cis-. La teneur en trans-resvératrol du vin rouge varie beaucoup suivant la région de production. Si on classe les cinq plus grands producteurs mondiaux de vin par la teneur moyenne en resvératrol de leur vin rouge, on obtient dans l'ordre la France, l'Australie, l'Italie, l'Espagne et les États-Unis. les fèves de cacao constituent une source importante de flavonoïdes et de resvératrol. Le chocolat noir contient de resvératrol, soit la deuxième source alimentaire de ce polyphénol après le vin ou le raisin; les baies rouges du genre Vaccinium : jus de canneberge avec un taux de ; l’arachide (Arachis hypogaea) : les cacahuètes grillées sont relativement pauvres en resvératrol () ; Gnetum gnemon, un petit arbre d'AsieHisada, H., et al.. (2005). Antibacterial and Antioxidative Constituents of Melinjo Seeds and Their Application to Foods. Japan. Science Links Japan. important dans la cuisine indonésienne ; la rhubarbe (Rheum tataricum), la mûre (Morus spp.), la grenade (Punica granatum), le sorgho, etc.
Plantes médicinales riches en resvératrol : la renouée du Japon (Reynoutria japonica ou Fallopia japonica ou Polygonum cuspidatum), est une Polygonacée originaire d’Asie orientale, appelée 虎杖 huzhang en chinois et itadori en japonais. C’est une plante très vigoureuse, pouvant atteindre 3 m de haut, qui a tendance à devenir invasive en Europe et aux États-Unis. La plante entière est utilisée comme matière médicale en Chine (sous le nom de 石莽草 shimangcao) et au Japon (sous le nom d'itadori ou de kojôkon pour la racine). La racine de cette renouée est une des sources les plus riches en resvératrol connue (). Une fois séchée, la racine fournit une infusion, le « thé d’itadori », traditionnellement utilisé depuis des siècles en Chine et au Japon dans le traitement des maladies cardio-vasculaires et comme anti-inflammatoire. Il a été trouvé dans cette infusion de resvératrol, principalement sous forme de glucoside, ce qui place cette boisson dans la moyenne supérieure des vins rouges. les deux vératres, Veratrum album L. var grandiflorum et Veratrum formosanum ont aussi leurs racines et rhizomes utilisés comme matière médicale dans la médecine traditionnelle chinoise (sous le nom de 藜芦 li lu) et japonaise. le Yucca schidigera, le Dracaena loureiri
Absorption et métabolisme Pendant longtemps, des études sur les activités pharmacologiques du resvératrol ont été menées sans connaître les mécanismes d’absorption et de biodisponibilité de ce composé. Quand l’obtention de trans-resvératrol radiomarqué comme traceur a permis de faire les premières observations, la surprise a été grande de découvrir qu’après une prise orale, on le retrouvait en majorité dans les urines sous des formes conjuguées et qu’il n’était pratiquement pas décelable dans le plasma sanguin. Le resvératrol ingéré oralement est absorbé à hauteur de 70 % dans l’intestin, ce qui est un taux remarquablement élevé pour un polyphénol. Il apparaît chez certains sujets très rapidement (30 min environ) après ingestion à l’état de trace dans le plasma sanguin mais très rapidement il est métabolisé dans le foie en resvératrol-3-sulfate (ou -4’-sulfate) ou en resvératrol-3-4’-disulfate (ou 3,5-disulfate) et en resvératrol-3-O-glucuronide (ou 4’-O-glucuronide). La glucuronidation en 4’ semble préférentielle. En 2003, Goldberg en déduisait qu’il .
L’étude de la distribution du C-trans-resvératrol dans tous les tissus de la souris peut se faire de manière très précise par autoradiographie. Vitrac et ses collaborateurs (2003) ont observé que la concentration de la radioactivité dans le sang était relativement basse et constante durant les 6 h de l’expérience. Au bout de 3 h, on trouve la concentration la plus élevée dans le duodénum, puis par ordre décroissant, les reins, le foie et les poumons, la rate et le côlon, le cœur, le cerveau et les testicules. En utilisant la microautoradiographie, les auteurs montrèrent que le trans-resvératrol peut pénétrer les tissus, en particulier le foie où les hépatocytes sont capables d’incorporer la radioactivité. En tenant compte de la présence de glucosides du resvératrol (picéide, ) dans le vin rouge et de leur possible hydrolyse dans l’intestin, les auteurs concluent ainsi: .
thumb|left|550px|Absorption, métabolisme et excrétion du resvératrol