Guillaume Guéroult, né vers 1507 à Rouen et mort le à Lyon, est un éditeur, traducteur et poète français.
Biographie Entre Rouen, Paris, Lyon et Genève Guillaume Guéroult a connu une vie fort agitée. Dans sa jeunesse, il acquiert une bonne connaissance des langues anciennes avant, ses études terminées, de s’initier à l’art de l’imprimerie chez un de ses oncles, Guillaume-Simon Du Bosc, libraire-imprimeur à Rouen. Passé, avec son oncle, à la Réforme vers 1540, Guéroult écrit, à cette époque, des paraphrases des Psaumes et des poésies religieuses qui sont déjà chantées - car ses poésies circulent longtemps en manuscrits - avant d’être recueillies et publiées en 1548 dans ses Chansons spirituelles.
Guéroult quitte Rouen pour vivre de son métier de correcteur dans les villes comme Paris et Lyon, où les imprimeries sont florissantes, comme l’avait fait son oncle, chassé par les tracasseries contre les imprimeurs et les persécutions contre les Réformés. Il a l’occasion de faire valoir les poésies qu’il a déjà composées et c'est l’imprimeur parisien Pierre Attaingnant qui publie sa première œuvre imprimée, le cantique Hélas ! mon Dieu, ton ire s’est tournée vers moyAu sein du Seysiesme livre contenant chansons nouvelles (Paris, 1545, RISM 1545)..
Séjournant à Lyon, il se fait apprécier dans ce milieu d’écrivains, de poètes, d’imprimeurs, de graveurs, très actif et réputé à l’époque. Dès ce moment, il prépare, pour le compte de différents libraires, des traductions ou des ouvrages qui ne verront le jour que plus tard.
Vers 1545, il se rend à Genève, probablement à l’appel de son oncle Du Bosc. En 1546, il y publie chez Jean Girard ses traductions du psaume 124 et du Te Deum laudamus à la suite de deux sermons de Jean Calvin. Mais Guéroult ne trouve pas à Genève la liberté qu’il espère et se lie bien vite avec « les Libertins », le parti d’opposition s’élevant contre la tyrannie de Calvin qui corrompt la gaie tradition de Genève. Depuis son retour en 1540, Calvin et son disciple Guillaume Farel avaient dans cette ville une autorité qui augmentait chaque jour avec le nombre de leurs partisans. Voulant faire régner dans la République la morale de l’Évangile telle qu’ils la concevaient, non seulement les écrits et les actes, mais les paroles même de chacun étaient l’objet d’une étroite surveillance de la part des autorités ecclésiastiques et des nombreux espions de Calvin. Guéroult devient l’ami des chefs des jeunes libertins qui courent les tavernes et mènent joyeuse vie, tels le procureur Pierre Vandel et son beau-frère Ami Perrin, l’un des quatre syndics de la cité, qui, après avoir été un chaud partisan de Calvin, en était devenu l’adversaire acharné.
Cette association ne tarde pas à lui valoir des ennuis, il est arrêté et emprisonné, le , sur la dénonciation de deux libraires l’accusant d’avoir mal parlé de Calvin, des ministres et des syndics ainsi que de paillardise. Longuement interrogé et finalement renvoyé devant le procureur général Vandel, ce dernier s’emploie en fait à sauver son ami Guéroult. Les deux libraires témoins sont, à tort ou à raison, convaincus de fausses accusations et Guéroult est condamné à une amende pour paillardise tandis que les accusateurs sont emprisonnés. À nouveau arrêté peu de temps après, pour des raisons inconnues, il est, cette fois, condamné et interdit de séjour à Genève pour un temps.
La première période lyonnaise thumb|Édition de 1550 des Emblesmes de Guillaume Guéroult. Quittant Genève, à la fin de 1549 ou au début de 1550, Guéroult vient donc à Lyon où il n’a pas de peine à trouver un emploi. Lyon était alors célèbre par ses imprimeurs, tels de Tournes, Guillaume Rouillé, les frères Beringen, les Arnoullet et autres, dont la réputation était grande et les travaux admirés. Guéroult s’était déjà trouvé en relation avec plusieurs d’entre eux lors de l'impression de son Premier livre des Chansons spirituelles en 1548.
Le , Balthazar Arnoullet reçoit du roi le privilège d’imprimer une Histoire et description de tous les animaux, ouvrage qui doit comprendre le Blason des Oyseaux, composé par Guéroult. Arnoullet ayant justement à faire d’importants travaux de traduction et, n’ayant de la langue latine qu’une connaissance insuffisante, il cherche un correcteur expert en cette langue. Il accepte les services de Guéroult, qui commence alors une période de grande activité, étant à la fois correcteur, traducteur, écrivain et poète. Des presses d’Arnoullet sortent, successivement : le Second Livre de la description des animaux, le Premier livre des Emblemes, la traduction des Sentences de Marc Tulle Ciceron, celle de l’Histoire des plantes de Léonard Fuschs en 1550 ; puis, la traduction du Premier tome des Chroniques & gestes admirables des empereurs, le Premier livre des figures et pourtraitz des villes plus illustres et renommees d’Europe en 1552 et, l’année suivante, l’Epitome de la corographie d’Europe, sans compter une fort belle édition de la Bible, chef-d’œuvre des presses Arnoullet, dont il est le correcteur. C’est également au cours de cette période que Guéroult devient le beau-frère de Balthazar Arnoullet en épousant, à Vienne, la sœur cadette de sa femme. À Lyon, il se lie avec Étienne Jodelle.
L'affaire de la Christianismi Restitutio (1552-1553) left|thumb|La Christianismi restitutio de 1553. La production littéraire de Guéroult va cependant subir un temps d’arrêt du fait de son implication dans la querelle entre Michel Servet et de Calvin. À Vienne, où habitait la famille de sa femme, Guéroult avait fait la connaissance du médecin et théologien espagnol qui y vivait tranquillement depuis 1540 sous le nom de Michel de Villeneuve. Ayant été déjà poursuivi pour hérésie en 1538, Servet cherchait vainement un imprimeur pour son fameux ouvrage, Christianismi restitutio. Alors que cette circonstance rend ceux-ci prudents, Guéroult voit dans la publication de la Christianismi restitutio un moyen de se venger de Calvin et propose l’affaire à son beau-frère. Mais Arnoullet, prévoyant beaucoup d’ennuis, hésite à entreprendre la publication du livre, même sans nom d’auteur, ni adresse typographique. Il se résout cependant, après que Servet se soit engagé à assumer tous les frais de la publication, à corriger lui-même les épreuves, à se charger de la vente de l’ouvrage et à payer une gratification de cent écus à Arnoullet et à Guéroult.
Une imprimerie est ouverte à Vienne où Guéroult est envoyé comme chef d’atelier, puis, par précaution supplémentaire, un deuxième atelier, clandestin celui-là, est installé dans une maison écartée de Vienne, où va se faire l’impression du livre de Servet avec le concours de trois ouvriers de confiance. L’impression de l'ouvrage, de , est achevée le sans que personne n’en sache rien à Vienne. Tout va bien jusqu’au jour où, Guéroult, ayant fait transporter l’ouvrage terminé à Lyon chez un ami de Servet chargé de distribuer une partie de l’édition, envoie à Calvin deux exemplaires de l’œuvre.
Jugeant hérétiques nombre des propositions de Servet, Calvin tente d’arrêter la diffusion de l'ouvrage et s’enquiert de son auteur et de sa provenance. Apprenant qu’il est écrit par Servet et qu’il sort des presses de Balthazar Arnoullet, dans l'atelier de Vienne dirigé par Guéroult, Calvin s’empresse de dénoncer l’ouvrage et ses imprimeurs. La justice se saisit de l’affaire et va enquêter à Vienne. Une perquisition a lieu chez Servet le et, le lendemain, chez les imprimeurs. Arnoullet étant alors absent, faisant un voyage à Toulouse, Guéroult est interrogé longuement, l’imprimerie et son domicile sont perquisitionnés. Questionnés séparément, les trois ouvriers nient avoir travaillé à l’impression de la Christianismi Restitutio.
Le , les enquêteurs interrogent Arnoullet à son retour de Toulouse, avant qu’il puisse voir son beau-frère et se concerter avec lui. Ses réponses concordant avec celles de Guéroult, l’enquête ne révèle rien et ni Servet ni les imprimeurs ne sont impliqués. Cette solution ne satisfaisant pas la vindicte de Calvin, qui voit dans Servet un hérétique des plus dangereux contre lequel il doit lutter sans répit, il fait parvenir à la justice de nouvelles précisions sur l’impression de l’œuvre incriminée, à la suite de quoi Servet et Arnoullet sont arrêtés à Vienne le . Bien qu’il ne soit, cette fois, pas inquiété, Guéroult, craignant qu’on ne découvre son rôle dans l’affaire et qu’on ne l’emprisonne lui aussi, juge prudent de ne pas rester en France et repart à Genève, abandonnant sa femme et son atelier de Vienne.
A Genève encore (1554-1555) Il est installé chez son oncle Du Bosc lorsque Servet qui, entre-temps, s’est évadé de la prison de Vienne et a gagné Genève dans l’espoir de se rendre à Naples, est reconnu, arrêté, jugé et condamné au bûcher pour hérésie. Les juges voulant savoir quel avait été le rôle de Guéroult dans l'affaire, ils lui demandent si Guéroult a été le correcteur de son ouvrage. Servet finit par dire qu’il avait lui-même corrigé les épreuves de son livre et que Guéroult n’y avait pas pris part. Malheureusement, Guéroult ayant fait emprisonner son beau-frère Arnoullet pour le règlement de son salaire de correcteur et la liquidation d’un compte de livres en dépôt, ce dernier écrit une lettre de sa prison de Vienne où il se plaint de la conduite de Guéroult à son égard et affirme que celui-ci, qui était le directeur de l’imprimerie de Vienne, avait corrigé la Christianismi restitutio et déclaré vouloir traduire l’ouvrage en français, ajoutant qu’il lui avait également dit beaucoup de mal de Calvin. Produite au procès de Servet, cette lettre détermina un ordre d’arrestation du Petit Conseil de Genève.
Si Guéroult n'est pas inquiété pour avoir collaboré à l’impression de la Christianismi restitutio ni pour avoir médit de Calvin, les juges lui cherchent querelle sur la vie qu’il avait menée à Lyon et à Vienne après son départ de Genève à la fin de 1549. Le Consistoire s’étant informé, il apprend qu’il s'est marié à Vienne selon le rite catholique, qu’il a entendu la messe et qu’il s'est confessé. Devant comparaître devant le Consistoire pour y répondre de ces délits, Guéroult avoue qu’il s'est marié avec une catholique et le regrette, qu’il a en effet entendu la messe et s'est confessé, mais qu’il y a été contraint pour éviter d’être mis à mort. Condamné à un jour d’emprisonnement, il est libéré le lendemain « avec bonnes remonstrances ». L’exécution sur le bûcher de Michel Servet ne met pas pour autant fin aux tracas de Guéroult touchant à la Christianismi restitutio : le , sur la réquisition de Guillaume Farel, le Petit Conseil ordonne une nouvelle fois son arrestation et, le , Guéroult comparait devant le Consistoire où il nie avoir corrigé le livre, accusant à sa place son beau-frère Arnoullet. Le Consistoire, , statue .
Bien que la question de la correction de la Christianismi restitutio ne soit pas tranchée, Guéroult peut retourner à ses activités éditoriales. Guillaume Du Bosc et un autre imprimeur célèbre de Genève, Jean Girard, avaient obtenu du Conseil le privilège, pour vingt ans, d’imprimer un certain nombre d’ouvrages, notamment des bibles et des psautiers. Or, la mort de Clément Marot avait laissé inachevée la traduction en vers français des Psaumes de David. Du Bosc s’était adressé, pour terminer le travail, à Guéroult. Calvin qui, de son côté, avait sollicité Théodore de Bèze, demanda au Conseil de révoquer le privilège accordé par les syndics à Guillaume Du Bosc. Le Conseil ne fit pas droit à la requête de Calvin et, pendant les mois qui suivirent, ce fut la guerre entre les imprimeurs : Jean Girard, Du Bosc et Guéroult, d’un côté, et de l’autre Conrard Badius soutenu par Calvin, de Bèze et Pierre Viret. Les uns et les autres préparant en secret des épîtres diffamatoires qui devaient paraître en tête des psautiers qu’ils imprimaient, le Conseil empêcha cette publication, mais on a conservé ces vers de Guéroult sur de Bèze :