La muraille Servienne ou mur Servien (en latin , « mur de Servius Tullius ») ou encore muraille républicaine est une enceinte défensive élevée à partir du autour des sept collines de Rome et protégeant la ville antique. Elle est lentement abandonnée à partir du début de l'Empire romain.
Elle porte le nom du sixième roi légendaire de Rome, sous le règne duquel en aurait été édifiée la plus grande partie, mais elle est presque intégralement reconstruite au après le sac de Rome par les Gaulois en Son tracé est, au , largement reconstitué, mais des incertitudes voire des lacunes demeurent à ce sujet, notamment au niveau du Capitole, du Cælius et du . La muraille Servienne mesure de de large, environ de haut, pour un périmètre estimé de ; le dispositif défensif qu'elle constitue est complété, au moins localement, par un adossé à la face interne de la courtine et par un fossé creusé à l'extérieur ; elle comporte au moins seize portes identifiées, sinon localisées. Régulièrement entretenue jusqu'au début du , elle perd son rôle défensif et disparaît peu à peu du paysage urbain lorsque la ville s'étend sous l'Empire mais surtout lorsqu'une enceinte plus vaste est édifiée sous le règne d'Aurélien, entre 271 et 275, pour faire face aux menaces d'attaques lors des grandes invasions.
La fonction défensive de l'enceinte est indéniable : au fil de ses reconstructions et réparations, son architecture est adaptée à l'évolution des méthodes de combat et de siège. Elle a aussi un rôle sacré puisqu'elle délimite le de la ville à quelques nuances près, au moins au moment de sa construction. Enfin, par son développement et son caractère monumental, elle témoigne de la puissance et de l'unité de Rome.
Des vestiges de cette enceinte sont toujours visibles au , et notamment dans sa partie nord, du Capitole à l'Esquilin ; ils remontent, pour la plupart, à la reconstruction républicaine. Le plus spectaculaire d'entre eux est un pan de courtine long de devant l'entrée principale de la gare de Rome-Termini mais d'autres passent plus inaperçus. Contexte géographique et historique vignette|alt=Carte topographique en couleurs d'une région.|Les sept collines de Rome. Le site sur lequel se construit Rome est caractérisé par un ensemble de collines de tuf volcanique formé après transformation des éjectas issus des éruptions des monts Albains. Leur sommet plat et leurs pentes abruptes créent autant de zones fortifiées individuellement et séparées par des cours d'eau et des gorges. L'altitude de ces collines, entre ., les met à l'abri des inondations du Tibre qui envahissent régulièrement, dans l'Antiquité, les vallées se trouvant à leurs pieds et qui, même en-dehors de ces épisodes, restent marécageuses.
Aucun peuplement paléolithique n'est, selon l'état des connaissances au début du , attesté sur le site même des sept collines de Rome : les restes de l'Homme de Saccopastore (Homme de Néandertal vivant il y a environ .) ont été découverts dans la partie nord-est de la ville moderne. Sur l'Aventin, une occupation humaine qui a commencé à l'âge du bronze final est interrompue au par la construction de la muraille Servienne. À l'âge du fer, des populations occupent le Capitole, le Palatin, le Quirinal et la Velia, alors qu'une nécropole commune est installée sur l'Esquilin en remplacement de celle auparavant implantée dans la vallée, au niveau du futur forum, ce qui consacre l'unité de la « ville » d'une superficie d'environ .
Une première enceinte, la , dont le périmètre, voire l'existence, reste débattu en l'absence de vestiges probants., semble être édifiée vers la seconde moitié du autour du Palatin, la plus importante et le plus stratégique des collines, et trois fois reconstruite jusqu'au .
La situation évolue rapidement à la fin du : en quelques décennies, les habitats deviennent plus nombreux et mieux structurés, « la maison remplace la hutte ».. L'économie s'organise, profitant pleinement de la proximité du Tibre qui, malgré ses débordements, est une voie privilégiée pour le transport des marchandises. Parallèlement, les monuments publics (temples, sanctuaires) se multiplient et s'embellissent ; ils sont sans doute financés par le surplus des revenus de l'aristocratie locale, générés par l'essor du commerce. Cette classe sociale émergente souhaite ainsi rehausser son prestige en même temps que celui de la ville. C'est dans ce contexte qu'est engagée la construction d'une nouvelle enceinte qui a pour vocation de renfermer l'ensemble des secteurs habités, et même au-delà.
Dénomination et historique Si le terme de « muraille Servienne » (ou de « mur Servien ») est retenu dans les publications scientifiques, quelle qu'en soit la langue, et auprès du public pour caractériser l'ensemble du dispositif défensif, il s'agit d'une commodité de langage. Il devrait désigner plus spécifiquement l'enceinte construite sous la Royauté, la terminologie « muraille républicaine » s'appliquant plus spécialement à la reconstruction du ..
La chronologie de la muraille Servienne peut être assez fidèlement reconstituée, du moins dans les périodes où elle semble présenter une importance pour l'histoire de Rome, même si la phase initiale de sa construction donne périodiquement lieu à des controverses. Les auteurs antiques qui retracent l'histoire de la ville citent ponctuellement la muraille Servienne à l'occasion des événements qu'ils relatent. Ces sources littéraires anciennes, croisées avec l'interprétation des vestiges archéologiques, permettent d'identifier de longues périodes au cours desquelles la muraille ne subit pas de modifications, ou si mineures qu'elles ne sont pas notées, entrecoupées de séquences de réparations, de remaniements, voire de reconstructions plus ou moins complètes.
Royauté : construction primitive L'édification de la muraille Servienne, première enceinte complète autour de Rome, commence probablement pendant la royauté sous le règne du premier roi étrusque, Tarquin l'Ancien entre et ; elle est manifestement, par son ampleur, la concrétisation d'un projet conçu de longue date. Elle porte toutefois le nom de Servius Tullius, successeur de Tarquin et sixième roi de Rome, qui, selon la tradition, poursuit et achève l'œuvre engagée. Le périmètre protégé ne coïncide pas exactement avec la limite du ni avec les quatre régions de la Rome Servienne englobant cinq des sept collines de Rome puisque la muraille englobe aussi le Capitole et l'Aventin qui ne sont alors pas intégrés à ces structures sacrée ou administrative, ce qui double sensiblement la surface de la ville emmurée par rapport aux zones précédemment occupées. Tarquin le Superbe, dernier roi étrusque, fait apporter des modifications non négligeables à cette construction, comme le creusement ou l'agrandissement de fossés, le rehaussement de la courtine et, semble-t-il, l'édification de tours plus nombreuses dans certains secteurs plus particulièrement exposés.
vignette|alt=Photographie en couleurs d'un mur en moellons réguliers sous une arche maçonnée.|Maçonnerie en cappellaccio (Via Antonio Salandra). La construction fait appel à des blocs de cappellaccio, tuf volcanique gris extrait de la colline du Palatin et utilisé à l'époque dans plusieurs monuments romains comme le temple de Jupiter capitolin ou le temple des Dioscures. Sur quelques sites, les fouilles au niveau de la muraille mettent au jour des fragments de poteries datés de la fin du ou du , chronologie compatible avec les écrits des auteurs antiques. Sur l'Esquilin, la répartition des sépultures conforte aussi cette hypothèse de datation : à partir du ou du , les inhumations se trouvent toutes rejetées à l'extérieur de l'espace enclos alors qu'auparavant elles occupent une zone beaucoup plus large, vers l'intérieur du plateau ; une modification importante de l'affectation des terrains a donc lieu à cette époque, et il s'agit vraisemblablement de la mise en place du qui interdit les inhumations dans son périmètre.
Les sources anciennes et les vestiges attestés suggèrent que cette enceinte a un tracé presque similaire à celui, bien mieux connu, de la muraille républicaine qui la remplace, même si cette hypothèse ne repose pas sur des arguments irréfutables ; cette première enceinte a pu, au moins localement, être démontée et ses blocs remployés dans la suivante après un repérage soigneux du parcours s'il doit être modifié et des travaux de terrassement préparatoires.
Le caractère continu de cette enceinte, englobant l'ensemble de la ville, son architecture en maçonnerie et son antériorité semblent désormais faire consensus dans la communauté scientifique. Il n'en a pas toujours été ainsi, en grande partie en raison de la rareté des vestiges en place qui peuvent lui être rattachés avec certitude., de leur architecture disparate et de la difficulté d'interprétation des textes des auteurs anciens qui la mentionnent. Ainsi, dans les années 1930, Gösta Säflund défendait l'hypothèse de fortifications individuelles autour de chaque colline bien qu'aucune trace de mur n'ait jamais été identifiée sur la face des collines tournée vers l'intérieur de la ville et qu'un tel dispositif aurait laissé sans défense les vallées, où se trouve notamment le forum ; vingt ans plus tard, Einar Gjerstad envisageait une fortification partiellement constituée d'une palissade en bois associée à un (talus) ; d'autres études, enfin, concluaient que les pans de cappellaccio n'étaient que des restaurations tardives de l'enceinte du . Toutes ces hypothèses semblent devoir être abandonnées, mais le consensus qui prévaut au peut toutefois n'être que transitoire car le débat resurgit périodiquement.
République : reconstruction et réfections La fortification, restée en l'état ou en tout cas sans restauration conséquente pendant près de deux siècles, est presque intégralement reconstruite durant la République sans que les raisons fondamentales de cette reconstruction soient bien connues ; il s'agit sans doute d'un renforcement « physique » des défenses de la ville, mais c'est aussi une démonstration de la capacité des dirigeants à mobiliser la population autour d'un projet de travaux publics d'envergure. Les opérations commencent peu de temps après le sac de Rome de par les GauloisCicéron, , I 45, 101.. Selon Tite-LiveTite-Live, , VI, 32., un est imposé en pour financer la reconstruction dont les chantiers sont mis en adjudication par les censeurs Spurius Servilius Priscus Structus et Quintus Cloelius Siculus, mais rien n'indique de manière certaine la date à laquelle l'ouvrage se termine ; vers en tout cas, un nouvel assaut échoue face aux défenses de la ville, qui semblent à nouveau opérationnelles. vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un mur en gros blocs de pierre équarris.|Maçonnerie en tuf de (gare de Rome-Termini). Le mur est cette fois construit avec de grands blocs de tuf volcanique de Grotta oscura, extraits d'une carrière proche de Véies, territoire sous le contrôle de Rome depuis . Cette carrière se trouve à une vingtaine de kilomètres seulement au nord du centre de Rome, la pierre est facile à extraire et elle est un peu plus résistante que le cappellaccio bien qu'elle se travaille facilement et qu'elle présente les caractéristiques générales de faible densité et de sensibilité aux agressions atmosphériques des tufs volcaniques. La recherche esthétique, si elle est sans doute prise en compte dans le choix du matériau, n'est cependant pas prédominante, et la muraille est loin d'avoir l'aspect que donneront aux monuments romains le marbre et le travertin utilisés plus tard.