La bataille de Fère-Champenoise, qui s'est déroulée le , a opposé l'armée française de et les armées de la Sixième Coalition durant la campagne de France (1814). La bataille se solde par la défaite de l'armée française et ouvre aux troupes alliées la route de Paris.
Contexte
Après la bataille de Leipzig, rentre en France avec une armée battue. L'Europe tout entière est à ses trousses : près d'un million de coalisés, soit , , , , , , et plus de allemandes (autres que prussiennes) franchissent le Rhin et marchent sur Paris pendant qu'Anglais, Espagnols et Portugais franchissent les Pyrénées. Trois armées coalisées forment la menace principale sur le Rhin : La Grande Armée de Schwarzenberg qui franchit le Rhin par la Suisse et marche sur Paris par Langres, Troyes et la rive gauche de la Seine ; L'Armée de Silésie de Blücher qui franchit le Rhin à Mayence et marche sur Paris par la Lorraine, Reims et la rive droite de la Marne ; L'Armée de Suède de Bernadotte qui traverse le Rhin en Hollande et marche sur Paris par la Belgique, Laon et la rive gauche de l'Oise.
Au terme d'une brillante mais désespérée campagne de France, va réussir à placer sa petite armée entre les deux armées coalisées de Blücher et Schwarzenberg. Pendant tout le mois de février et les premiers jours de mars, il n'aura de cesse de passer d'une armée à l'autre leur infligeant une série de défaites partielles. Mais les dernières batailles (Craonne le et Laon les 9 et contre l'armée de Blücher) ont été particulièrement meurtrières pour l'armée française et n'ont apporté aucun avantage décisif.
Le , Napoléon écrase le corps russe isolé de Saint-Priest à la bataille de Reims. Il va stationner à Reims deux jours, ne sachant quel parti prendre entre reprendre l'offensive sur Blücher à Laon, ou attaquer Schwarzenberg sur Troyes ou encore gagner l'Alsace pour y délivrer les nombreuses garnisons françaises assiégéesAdolphe Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, , , pages 509-512..
Le , la situation générale des forces en présence est la suivante : les maréchaux Macdonald et Oudinot sont à Provins avec pour empêcher les hommes du prince de Schwarzenberg qui sont entre Troyes et Nogent-sur-Seine, tentant de traverser le fleuve pour marcher sur Paris. De l'autre côté, les maréchaux Marmont et Mortier sont sur l'Aisne du côté de Soissons avec et font face à l'armée de Silésie du maréchal Blucher et ses . Au centre à Reims, Napoléon est avec , prêt à se porter d'un côté ou de l'autreAdolphe Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, , , page 512 : .. Il y a aussi environ à proximité de Paris pour la défense de la capitale.
Manœuvres amenant la bataille de Fère-Champenoise Nota : les manœuvres des armées conduisent au double combat de Arcis-sur-Aube de Napoléon et Macdonald contre Schwarzenberg le 20 et puis au combat de Fère-Champenoise le entre Marmont et toutes les armées coalisées. Seuls les mouvements ayant un lien direct avec le combat de Fère-champenoise sont rapportés dans ce chapitre, bien que la manœuvre d'Arcis-sur-Aube ait une influence déterminante sur la bataille de Fère-Champenoise.
Le , Napoléon se décide à quitter Reims pour marcher sur Épernay et Châlons-sur-Marne. À ce moment-là, il ne sait pas encore s'il va marcher sur Troyes pour tomber sur les arrières de Schwarzenberg ou marcher sur Nancy pour libérer les garnisons de l'Est et renforcer son arméeLettre du Major Général le Maréchal Berthier au Maréchal Marmont, le : .. Pour le moment, il laisse sur l’Aisne les corps de Marmont et de Mortier () couvrir le mouvement de l’armée. Les maréchaux ont pour instructions d’empêcher l’avance de Blücher () soit qu’il voulut marcher sur Paris, soit qu’il voulut marcher sur Châlons pour tomber sur les arrières de NapoléonOrdre du major Général le Maréchal Berthier au Maréchal Marmont, , dans Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, , page 326.. Pour couvrir ces deux hypothèses, les maréchaux prennent les positions suivantes : Marmont à Fismes doit empêcher une marche sur Reims. Mortier à Soissons doit empêcher une marche sur Paris.
Le , Marmont aperçoit la concentration des corps de Blücher vers Craonne. L’ennemi semble vouloir marcher sur Reims. Il en informe Mortier et lui conseille de marcher sur Fismes. Lui-même marche sur Pontavert et Berry-au-Bac pour s’opposer au passage de l’Aisne. Marmont a proposé à Mortier de se réunir à lui à Reims.
Le , Mortier arrive à Fismes. N'y croisant aucune unité du , le duc de Trévise se rend alors à Reims, où il arrive en début de matinée du 18, sans non plus y trouver trace de Marmont ; le général Belliard envoie une reconnaissance qui pousse jusqu'à Corroy et y trouve les cosaques. Marmont, de son côté, débordé de toutes parts par un ennemi quatre fois supérieur, est contraint de se replier sur Fismes, où il espère trouver Mortier. Malgré la présence en masse de l’ennemi entre Berry-au-Bac et Pontavert, ce qui semble indiquer que Blücher voulait marcher sur Reims, Marmont estime qu’il ne s’agit que d’une diversionAdolphe Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, , page 558.. En effet, quelques partis de cavalerie débouchent sur sa gauche. Il craint que d’autres corps d’armées prussiens n’aient profité du départ de Mortier pour franchir l’Aisne dans les environs de Soissons pour marcher sur ParisWeil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 520..
Le , Marmont a reçu l'ordre de Napoléon envoyé depuis Épernay le à : L’ambiguïté réside dans ces deux expressions : « Si Blücher passait l’Aisne, vous devez couvrir la route de Paris » et « Si Blücher marchait sur Reims, vous vous retireriez ». Car dans le second cas l'ordre ne précise pas dans quelle direction Marmont doit se retirer : sur Paris ou sur Châlons ? Pour Marmont, si les Prussiens marchent sur Reims, il doit se replier sur Paris, car pour lui, sa mission doit être de protéger la capitaleMémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, , page 221.. Cette conviction résulte certainement de conversations qu’il a eu avec l’Empereur dans les jours qui ont suivi la bataille de Laon et celle de ReimsMémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, , pages 219-220.. Or ce n’est plus du tout l’esprit de Napoléon depuis qu’il a décidé, le au soir, de marcher sur TroyesOrdre du Major Général au Maréchal Marmont, Plancy, le , dix heures du matin. Cité dans les Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, , page 330.. Dans ce cas, il faut absolument éviter que Blücher ne tombe sur Reims et ne prenne Napoléon à revers.
Le 19, Marmont fait savoir à Mortier où il se trouve, et lui demande de le rejoindre. Le duc de Trévise arrivé à Fismes, le duc de Raguse convient avec lui de retourner à Reims,
Le , Marmont, toujours à Fismes, invite son collègue Mortier à le rejoindre pour réunir les deux corps d’armées. Les coalisés, qui ont franchi l’Aisne, se concentrent sur Roucy et Romain. C’est le signe pour Marmont que Blücher veut marcher sur ParisWeil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 524.. Mortier quitte donc Reims pour Fismes. Mais à peine arrivé à Fismes vers midi, les maréchaux apprennent l’entrée à Reims de la cavalerie russe. Ils décident de s'y porter, y renvoyant en premier lieu la cavalerie de Belliard. Celui-ci installé dans la ville reçoit un contrordre dans la nuit : il doit retourner à Fismes, où les maréchaux souhaitent finalement se concentrer à la suite d'une incursion de la cavalerie prussienne. Mais la cavalerie ennemie de Winzingerode, bien supérieure en nombre, encercle déjà la ville, et Belliard refuse de bouger, tant le risque que sa troupe soit décimée est certain.
Le , les troupes de Mortier, épuisées par ces marches forcées, arrivent harassées dans Fismes. Les Français restent en position et ont quelques accrochages avec les Prussiens qui tentent de déboucher sur cette ville par Romain. Dans la nuit du 20 au 21, les maréchaux reçoivent la dépêche de BerthierOrdre du Major Général au Maréchal Marmont, Plancy, le , dix heures du matin : . Cité dans les Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, , page 330.. Napoléon les informe qu’il marche sur Arcis et que Schwarzenberg se replie par Troyes vers Bar-sur-Aube. Dans le même message, Napoléon reproche aux maréchaux d’avoir pris position à Fismes plutôt qu’à Reims. Dans une seconde lettre envoyée deux heures plus tard, Napoléon leur ordonne de partir sur le champ pour Châlons par Reims ou par ÉpernayOrdre du Major Général au Maréchal Marmont, Plancy, le , à midi : . Cité dans les Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, , page 330.. Ces dépêches, parties d’Arcis le 20 dans la matinée, prouvent que Napoléon renonce à défendre ParisAdolphe Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, , , pages 524-525.. Il veut protéger ses arrières et empêcher la jonction de Blücher et de Schwarzenberg. Soit il ne croit pas que Blücher puisse marcher seul sur ParisOrdre du Major Général au Maréchal Marmont, Plancy, le : . Cité dans les Mémoires du Maréchal Marmont, Duc de Raguse, , page 330., soit il pense que la défense de la capitale n’est pas prioritaire, et que seule une grande victoire sur Schwarzenberg peut sauver la FranceLettre de Napoléon au Roi Joseph, Epernay, au soir : . Citée dans Correspondance de Napoléon, , page 385..
Le au petit matin, les maréchaux se mettent en marche et quittent Fismes. Ils choisissent la route de Château-Thierry, puis remontent la Marne par Épernay et Châlons. Ils ne peuvent pas choisir la route directe qui va de Fismes à Épernay, car la chaussée est trop petite pour une marche rapide. Citée par Weil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 525., et surtout la marche se ferait sous les yeux de l'armée ennemie qui pourrait sans mal prendre la colonne française par le flanc. Ils sont poursuivis à Château-Thierry par les corps prussien de Yorck et russe de Sacken pendant que le restant de l'armée de Silésie marche sur Reims en direction de Châlons.
Le 21 au soir, après une longue marche forcée, les maréchaux arrivent à Château-Thierry. Ils y rencontrent le général Vincent, qui se trouvait à Épernay avec 500 hommes, et qui en a été chassé par la cavalerie du corps de Wintzingerode venue de Reims et de la division de cavalerie Tettenborn venue de Châlons. Les maréchaux en ont été prévenus dans leur marche sur Épernay : plus question de partir vers Châlons par la Marne. Ignorant la bataille d’Arcis du 20 et du 21, ignorant que Napoléon marche effectivement sur Vitry, les maréchaux décident de marcher via Montmirail et Étoges afin de se placer aux débouchés d'Épernay. Si l’ennemi perdait un peu de temps, ils pourraient même gagner Châlons par la rive gauche de la Marne avant lui.
Le , au petit matin, ils franchissent la Marne. Après leur passage, ils font sauter le pont et ils arrivent à Montmirail en fin de journée. Ils ignorent que l’avant-garde du général Tettenborn, partie d'Épernay, est déjà à Sommesous : les maréchaux sont déjà coupés du restant de l’armée de NapoléonWeil (Cdt), La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 497.. Avec seulement , les maréchaux ne peuvent s'éclairer aussi loin et ils continuent leur route sur Bergères-lès-Vertus sans se douter des masses qui vont se refermer sur eux. Au même moment, les divisions Pacthod, Amey et un convoi, venus de Paris pour rejoindre l’Empereur à Vitry, sont à Sézanne. Ils ont devant eux la cavalerie de Seslavine de l'armée de Bohême qui a franchi l’Aube après la bataille d’Arcis.