Le château d'Ancy-le-Franc (1538-1546), situé dans la commune d'Ancy-le-Franc dans le département français de l'Yonne en Bourgogne, est une œuvre architecturale de l'italien Sebastiano Serlio, réalisée pour Antoine III de Clermont-Tonnerre (1498-1578), beau-frère de Diane de Poitiers.
Représentant un véritable tournant stylistique, l'édifice est l'une des premières réalisations de la Seconde Renaissance française (1540 à 1559/1564), marquant non seulement l’avènement de « l'architecture modulaire » dans l'élévation des façades mais également une évolution vers le classicisme en France.
Le château ainsi que les communs, pavillon du parc, douves, parc ordonnancé et son mur de clôture ont fait l’objet de classements au titre des monuments historiques et dès le confirmé le .
Histoire
vignette|gauche|Le marquis de Louvois par Pierre Mignard (Beaux-arts de Reims).|203x203pxAu , dans la commune d'« Anecÿ-le-Franc en Champagne », un château fort existait ; une tour subsistait à la fin du ; le fief de Cusy était associé à la seigneurie d'Ancy-le-Franc. La famille seigneuriale locale, les d'Ancy, étaient issue des Mont-Saint-Jean et placée sous la suzeraineté des vicomtes de Rougemont : Guillaume de Mont-St-Jean fut le père, entre autres enfants, de Jobert de Mont-Saint-Jean, lui-même père de Jean d'Ancy, au ; Jean était le cousin germain de Guillaume III de Mont-Saint-Jean (époux de Marie des Barres), et il épousa Agnès de Saint-Florentin dame de Pacy ; ils eurent un fils, Jean II, (père de Jean III, seigneur jusque vers 1315) et Reine d'Ancy.
La succession passe alors aux descendants de Reine ; elle avait épousé Guillaume d'Arcis-sur-Aube sire de Chacenay et de Pisy ; leur enfant, Jean d'Arcis, évêque de Langres en 1342-1344, est dit seigneur d'Ancy (ou d'Arcy). Erard II continue les sires de Chacenay et de Pisy, puis Guillaume II d'Arcis, sire d'Ancy.
Alix d'Arcis, la fille de Guillaume, transmet Ancy-le-Franc et Eclance à son mari Eudes de Grancey-Larrey, et leur fille, Marguerite de Grancey, devient dame d'Ancy-le-Franc, dont elle fit le dénombrement en 1390.
Ancy se retrouve aux mains des sires de Plancy. Louis de Plancy (né vers 1355 et mort en 1396 à Nicopolis)Louis de Plancy était le mari d'Isabelle de Mello-Saint-Bris († av. 1400), fille de Dreux et petite-fille de Mathieu/Mahys de Mello-St-Bris. Or Mathieu/Mahys (fl. au début du ) était le mari de Marguerite d'Arcis (nièce de Guillaume d'Arcis, le mari de Reine d'Ancy-le-Franc), et l'arrière-petit-fils de Guillaume de Mello-Saint-Bris († croisé en 1249) et Elisabeth Duchesse de Mont-St-Jean et Ancy-le-Franc (une sœur de Jobert, fille donc de Guillaume de Mont-St-Jean). Ces parentés expliquent-elles la dévolution d'Ancy-le-Franc aux Plancy ? semble le père de Jeanne de Plancy, dame d'Ancy-le-Franc avérée, mariée à Claude de Tenarre (plutôt que de Tannerre ; mort en ).
Leur fille, Claude de Tenarre/de Tannerre, transmet Plancy, Ancy-le-Franc et Cusy à son mari Humbert de Neufchâtel-Bourgogne-Montaigu, vicomte de Bl(a)igny, sire de Nanteuil-la-Fosse et de Châtel, qu'elle a épousé vers 1448. Claude de Tenarre meurt vers 1459. Sa fille, Jeanne de Neufchâtel-Nanteuil, Châtel et Bligny, n'hérite pas d'Ancy. Il reste à la femme d'Humbert, Charlotte d'Aulnay-de Louvres, Orville et Goussainville (fille de Pierre le Gallois d'Aulnay).
Charlotte se remarie, après le décès d'Humbert, avec Miles de Dampierre, qui reprend la titulature de Plancy et d'Ancy (par exemple en 1484) : leur gendre est Pierre d'Orgemont de Méry (mort vers 1500), qui épouse, en 1490, leur fille, Suzanne de Dampierre. En 1509, Jean de Toulongeon-Traves († 1513), le mari de Suzanne de Dampierre, vend la terre d'Ancy à la comtesse de Tonnerre, Antoinette de La Trémoille, mère d'Anne de Husson« L'aînée (de Charles de Husson-Tonnerre et d'Antoinette de La Trémoïlle), Anne de Husson, eut, pour sa part, le comté de Tonnerre avec les terres de Selles en Berry et de Husson et celle d'Ancy-le-Franc, que sa mère avait achetée, en 1509, de Jean de Toulangeon. Elle mourut à Tonnerre en 1540 » in Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, Auxerre, 1875, p. 201..
À partir de 1536, le château actuel est érigé à la demande d'Antoine III de Clermont-Tonnerre, fils d'Anne de Husson, comtesse de Tonnerre. Les plans de l'édifice sont attribués à l'architecte italien Sebastiano Serlio, que le roi François avait fait venir en France.
Au décès de l'architecte italien, en 1554, à Fontainebleau, l'architecte Pierre Lescot, continue les travaux dans le même esprit.
La décoration intérieure, reprenant les partis pris de la Salle de bal de Fontainebleau, est attribuée en grande partie au Primatice assisté d'autres peintres de la Première école de Fontainebleau, tels que Nicolò dell'Abbate, Luca Penni ainsi que des artistes flamands italianisés comme Bartholomeus Spranger et Nicolas de Hoey. gauche|vignette|244x244px|Gaspard de Clermont-Tonnerre (1759). Antoine III de Clermont-Tonnerre meurt en 1578, laissant le château inachevé.
Son petit-fils, Charles-Henri, reprend les travaux. Le château est en mesure d'accueillir des hôtes prestigieux : Henri III - attendu mais qui ne viendra pas au château - Henri IV en 1591, Louis XIII en 1631 et Louis XIV en 1674.
En 1683, les Clermont-Tonnerre doivent vendre la terre d'Ancy-le-Franc, qui est achetée par François-Michel Le Tellier de Louvois, ministre de Louis XIV. L'année suivante, Louvois acquiert le comté de Tonnerre, se constituant un vaste domaine. Il fait construire de grands communs « en U » perpendiculairement à la demeure et face au portail d'entrée, et confie à André Le Nôtre le tracé d'un jardin à la française.
Suivant la mode de l'époque, le marquis de Courtanvaux, militaire et scientifique descendant du marquis de Louvois, (mort en 1781), transforme, à partir de 1759, une partie des jardins en un parc à l’anglaise, ne laissant que la perspective centrale en parterres de broderie.
En vertu de la substitution, Ancy- le Franc passe à son cousin Louis Sophie Le Tellier, marquis de Souvré et de Louvois, mort en 1785, puis au fils de celui-ci, Auguste Michel Le Tellier de Louvois, mineur au moment de la Révolution.
Pendant la Terreur, Auguste Michel Le Tellier de Louvois, encore enfant, émigre avec sa mère. En 1795, sa famille le fait radier de la liste des émigrés, il regagne la même année Ancy le Franc. Il reprend possession du château, vidé pendant le séquestre, avec son vaste domaine. Il remet en état les extérieurs, laissés à l'abandon. Le concepteur ne put reprendre que certaines dispositions du ; dès 1836, les fossés sont comblés, et les dernières allées rectilignes font place à une sorte « d’errance poétique ». Le château retrouve sa splendeur.
Auguste Michel Le Tellier de Louvois meurt en 1844 sans enfants. Le château d'Ancy-le-Franc est vendu en 1845, conjointement, à Aimé de Clermont-Tonnerre (1812-1889), marquis et futur 6e duc de Clermont-Tonnerre, et à son beau-père, le marquis de Clermont-Montoison.
Aimé de Clermont-Tonnerre était un descendant Antoine III de Clermont-Tonnerre.
Son fils, Roger de Clermont-Tonnerre (1842-1910), 7e duc de Clermont-Tonnerre, puis le fils de celui-ci, Philibert de Clermont-Tonnerre (1871-1940), 8e duc de Clermont-Tonnerre, et la sœur de ce dernier, Françoise de Clermont-Tonnerre (1885-1957), mariée avec le prince Félix de Mérode, lui succèdent à Ancy le Franc.
Après son mariage le , Elisabeth de Gramont (1875-1954), jeune épouse du marquis Philibert de Clermont-Tonnerre vécut au château, habité par ses beaux-parents et leur fille cadette. Selon son biographe : . Elisabeth joua au billard dans la salle des Gardes et y recevra quelques amis, dont Robert de Montesquiou, dont chaque visite est pour elle ; il dira de son hôtesse :
A partir des archives familiales conservées au château, ainsi qu'à celui de Glisolles, (autre propriété Clermont-Tonnerre, dans l'Eure, incendié accidentellement par les troupes britanniques en ), Elisabeth de Gramont rédigea partiellement une Histoire de Samuel Bernard et de ses enfants. Cette biographie dU célèbre ancêtre fut publiée en (cf. Francesco Rapazzini, Elisabeth de Gramont Avant-gardiste, 2004, pages 79 et suivantes).
En 1981, les nombreux cohéritiers de la famille de Mérode, vendirent Ancy-le-Franc aux frères Jacques et Michel Guyot. Il passera ensuite entre diverses mains jusqu'en 1999.
Le , un album de 58 photographies datant de 1916, provenant de Béatrix de Clermont-Tonnerre, représentant des membres de sa famille et des vues intérieures et extérieurs du château, figure dans une vente aux enchères publiques à Paris / Drouot (étude Coutau-Bégarrie).
Le , une vente aux enchères publiques au Mans (Sarthe) propose plusieurs éléments provenant du château : les deux rares pièces de la Tenture des Dieux (tapisseries de Paris, atelier du faubourg Saint-Marcel, vers 1650), les portraits du comte de Guerchy par Tischbein (1760), du duc de Penthièvre jeune en tenue d'amiral de France (anonyme du s.), d'une dame attribuable à Nattier, le Choc de cavalerie au pont de Milvius (« grisaille » anonyme du s.), et un important coffret indo-portugais en argent filigrané ( ?). La reproduction en couleurs se trouve dans La Gazette Drouot , 27/11/2020 p. 195.
Aujourd'hui le château est la propriété privée de la société Paris Investir SAS. Un collectif d’experts s’applique depuis à établir un état des lieux exhaustif, pour permettre une restauration. Certains des travaux de restauration ont déjà été réalisés, grâce aux subventions et l’aide de la DRAC Bourgogne et au partenariat avec l’INP, l’Institut National du Patrimoine.
Protection Le château fait l’objet d'un classement comme monument historique dès le , confirmé le .
Le Contexte : L'avènement de la Seconde Renaissance en France (1540 à 1559/1564) gauche|vignette|258x258px|Dans la cour intérieure du château d'Ancy-le-franc, l'utilisation de la travée rythmique de Bramante marque l'avènement de "l'architecture modulaire" en France. La Seconde Renaissance (1540 à 1559/1564) se développe principalement durant les règnes de Henri II, François II puis Charles IX, pour ne s'achever que vers 1559-1564, au moment même où commencent les guerres de Religion, qui seront marquées par le massacre de la Saint-Barthélemy et la contre-réforme catholique.
Alors que la Première Renaissance (1515-1540) est peu à peu acceptée en province, toute une série d'innovations se font principalement sentir en Île-de-France mais également dans certaines provinces plus au sud comme ici en Bourgogne tandis que le Val de Loire se retrouve relégué en conservatoire des formes de la Première Renaissance (1515-1540).
À partir de 1540, à la suite de la venue en France de l'architecte italien Sebastiano Serlio, le Classicisme progresse et amène une rupture stylistique : Bien que son œuvre architecturale, comptant le château d'Ancy-le-Franc, reste limitée, son influence est considérable par la publication de son Traité d'Architecture (1537-1551). Grâce à ses œuvres gravées, il est un des premiers à initier les autres artistes à la beauté des monuments de l'Antiquité, contribuant ainsi à faire évoluer plans et décors vers plus de sobriété et de régularité. Pour autant, l'architecture française continue de garder des traits propres qui séduisent Serlio : les lucarnes et les grands combles couverts d'ardoise bleutées sont