La Vézère (en occitan Vesera) est une rivière française des départements de la Corrèze et la Dordogne, en région Nouvelle-Aquitaine. C'est un affluent de la Dordogne. En Périgord, une partie de la vallée de la Vézère est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. La vallée constitue une remarquable voie touristique par la beauté des paysages qu'elle traverse et l'intérêt des témoignages laissés surtout aux environs de Montignac-Lascaux et des Eyzies par les générations d'humains qui se sont succédé là depuis environ .

Géographie vignette|gauche|Profil en long de la Vézère. La Vézère prend sa source dans la tourbière de Longéroux, sur le plateau de Millevaches, dans le Massif central en Corrèze, à , sur la commune de Meymac, à l'ouest du puy Pendu () dans la forêt domaniale de Longéroux, au lieu-dit « sources de la Vézère ». Elle se jette dans la Dordogne en rive droite à Limeuil, à .

Son principal affluent est la Corrèze, leur confluent se trouvant dans la banlieue ouest de Brive-la-Gaillarde.

La longueur de son cours d'eau est de ..

Départements et principales communes traversés La Vézère traverse deux départements et cinquante-trois communes dont les principales sont : Corrèze : Bugeat, Treignac, Uzerche, Vigeois, Allassac, Larche ; Dordogne : Terrasson-Lavilledieu, Montignac-Lascaux, Les Eyzies, Le Bugue.

Principaux affluents vignette|450px|Le cours de la Vèzére et de ses affluents de plus de (carte interactive). D'amont vers l'aval :

Organisme gestionnaire Le bassin versant de la Vézère est couvert par le schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) « Vézère-Corrèze ». Ce document de planification, dont le territoire regroupe les bassins versants de la Vézère et de la Corrèze, d'une superficie de est en cours d'élaboration. La structure porteuse de l'élaboration et de la mise en œuvre est le conseil départemental de la Corrèze..

Aménagements vignette|La Vézère à Uzerche. Dans sa partie amont, la Vézère possède trois barrages importants : le barrage de Monceaux la Virolle (ou de Monceaux la Virole), le barrage de Treignac, situés entre 500 et d'altitude, et le barrage du Saillant, un peu plus bas.

Hydronymie La rivière Visera est attestée dans les cartulaires monastiques carolingiens en 889Fabien Régnier et Jean-Pierre Drouin, Les peuples fondateurs à l'origine de la Gaule, France, Yoran embanner, 904 pages, . en particulier, page 824.. Il ne faut pas la confondre en Dordogne avec la Haute-Vézère, ou Auvézère, un affluent de L'Isle à 10 kilomètres à l'est de Périgueux.

Le nom Vézère proviendrait, selon certains érudits, de l'antique hydronyme Vizara ou Izara, formé de deux racines ligures accolées. La première, viz ou iz, et la seconde ara. Viz ou Iz signifiant « vallée creuse », et ara voulant dire « cours d'eau », le mot Vézère signifie donc « cours d'eau dans la vallée creuse »Les deux racines se rencontrerait dans bien d'autres noms de cours d'eau, tant dans l'ancienne Gaule que dans une bonne partie de l'Europe occidentale. On reconnaît aisément iz-ara dans le nom de la rivière Isar qui arrose Munich en Bavière et dans celui du petit fleuve franco-belge Yser, tous deux provenant de izara, ou encore dans le nom que les Romains donnaient à l'Oise : Isara, c'est-à-dire iz-ara (l'adjectif « isarien » a subsisté en français pour qualifier ce qui se rapporte à l'Oise). La forme Iz-ara se retrouverait dans Isère, importante rivière des Alpes qui a donné son nom à un département français. On retrouverait la forme Viz-ara dans Auvézère, cours d'eau du Limousin et du Périgord coulant non loin de la Vézère. Mais Viz-ara constitue aussi l'origine du nom du fleuve du nord de l'Allemagne arrosant Brême et qui s'appelle Weser (prononcez véz-er), ainsi que celle du nom de la rivière wallonne arrosant Eupen et Verviers et appelée Vesdre, qui d'ailleurs se dit également Weser en langue allemande, là où elle prend naissance. Néanmoins toutes ces hypothèses érigées en généralité suggèrent une incroyable fixité linguistique, contredite par l'évolution des langues..

Il pourrait aussi s'agir prosaïquement de l'étymon celtique isara, signifiant un "écoulement rapide et impétueux (en cas de crue)" pour indiquer aux voyageurs les dangers d'une rivière en période de pluies intenses ou de fonte nivale. L'altération latine simple en visara dans le monde gallo-romain explique logiquement l'évolution phonétique en ancien français et en occitan.

Histoire Jusqu'au , la Vézère n'a été navigable que par des embarcations légères à fond plat et en période de hautes eaux, soit six à sept mois dans l'année. Les obstacles sont nombreux, qu'ils soient naturels ou artificiels avec les barrages des moulins. Les intendants ont essayé de développer le commerce en aménageant la rivière. De plus, le halage est gêné par des obstacles sur les berges. En 1606, Henri IV donne des lettres patentes pour aménager la rivière. Des ouvrages sont commencés sous son règne, en vertu d'un privilège accordé à de Châteauneuf, lieutenant du roi dans la province mais abandonnés pendant la minorité de Louis XIII à la suite de la crue de 1615 qui a emporté le pont médiéval de Montignac. L'ordonnance du 13 août 1669 « sur le fait des Eaux et Forêts » traite de la navigation sur les rivières et prévoit dans son titre III que les Grands-maîtres des eaux et forêts « visiteront nos rivières navigables et flottables, ensemble les routes, pêcheries et moulins étant sur nos eaux, pour connaître s'il y a des entreprises ou usurpations qui puissent empêcher la navigation et le flottage, et y être par eux pourvu incessamment, en faisant rendre le cours des rivières libres et sans aucun empêchementOrdonnance de Louis XIV pour les eaux et forêts du royaume donnée à Saint-Germain-en-Laye, au mois d'août 1669, , titre III, . ». Le projet commencé sous Henri IV est repris en 1682 pour la somme de et de nouveau abandonné car les fonds provenant d'une imposition extraordinaire levée pendant quatre ans sur les élections de Brive et Sarlat ont été détournés. François Ferry est nommé directeur des fortifications en Aunis, Poitou, Saintonge, Guyenne, Navarre et Béarn. Il va être aussi chargé de l'aménagement des rivières de la province de Guyenne pour les rendre navigables. Il dresse un état des lieux et propose des aménagements dans son « Recueil de cartes plans et profils des ouvrages faits pour la navigation de diverses rivières en Guyenne », en 1696. On y trouve une carte « du cours de partie des rivières de Vézère et de Dordogne, depuis Terasson jusqu'à Bergerac » et « dix plans des ouvrages faits dans cette estendue avec des mémoires de ce qu'il y faudroit faire ». La carte générale indique six ouvrages : le « Pas de Losse sous Terrasson » (Terrasson), le « Pas du Bas » (Aubas), le « Pas de Saint-Pierre de Montignac » (Montignac-Lascaux), le « Pas du château de Losse » (Thonac), le « Pas de Saint-Léon » (Saint-Léon-sur-Vézère) et le « Pas de bois du moulin de M. le comte d'Auvergne au-dessous de Bugo » (Limeuil). Tous les passages sont implantés au droit de moulins et sont du type « pas-de-roi » ou « passe-lis ». François Ferry venait de terminer 42 pas-de-roi sur la rivière Isle pour la rendre navigable de Coutras à Périgueux. Les pas de roi prévus ont été réalisés car, en 1698, l'intendant Louis Bazin de Bezons a écrit : « La Vézère est aussi en Périgord. L'on a fait des passes pour la rendre navigable depuis Terrasson jusqu'auprès de Limeuil ; ainsi que je l'ai expliqué, elle serait aussi utile pour le transport des denrées du Bas-Limousin, celles de Périgord, que celle de l'Isle ». Mais ces pas-de-roi doivent être de nouveau réalisés entre 1740 et 1750 par l'intendant de Guyenne Claude Boucher. Nicolas Thomas Brémontier, ingénieur en chef des ponts et chaussées chargé de la province de Guyenne, en 1784, réalise un pré-projet en 1786-1788 qui est évoqué par Joseph-Michel Dutens. vignette|300px|Pierre de Belleyme, Carte de la Guyenne , vallée de la Vézère entre Aubas et Limeuil. Il est repris par l'ingénieur des ponts et chaussées Philippe Henry ConradPhilippe Henry Conrad est le fils de Jean Claude Marie Conrad, ingénieur des ponts et chaussées., nommé en Dordogne en 1822 par Louis Becquey. Dans le « Rapport au roi sur la navigation intérieure de la France » de 1820, ou plan Becquey, Louis Becquey propose de réaliser des canaux passant par la Vézère. Il indique que sont navigables à partir de MontignacRapport au roi sur la navigation intérieure de la France, 1820, .. Philippe Henry Conrad rédige un mémoire publié en 1826 dans lequel il propose un plan général de navigation sur les rivières de Corrèze, Vézère et Dordogne. qui prévoit : la canalisation de la Corrèze entre Tulle et Brive-la-Gaillarde, qui n'a pas été réalisée, la canalisation de la Corrèze et de la Vézère entre Brive et la Dordogne, partiellement réalisée, l'amélioration de la navigabilité de la Dordogne entre la confluence de la Vézère et Saint-Jean-de-Blaignac, projet repris en 1837 par Pierre Vauthier (1784-1847)Pierre Vauthier est le père de Louis Léger Vauthier. Ingénieur des ponts et chaussées, il a été attaché à la « Société des canaux sur la Vézère et la Corrèze », en 1825, ensuite chargé des études pour la navigation de la Dordogne, puis ingénieur en chef des ponts et chaussées en 1843 chargé du service ordinaire de la Corrèze, finalement, en 1846, de la première section de la navigation de la Loire, il étudie l'emmagasinement des eaux dans la partie supérieure du bassin de la Loire ()..

Une loi du concède à perpétuité à Eugène Mévil, ancien élève de l'École polytechnique, l'entreprise de canalisation de : la Corrèze, du moulin de Beauvais, en amont de Brive-la-Gaillarde, jusqu'à la Vézère, la Vézère depuis la confluence avec la Corrèze jusqu'à la Dordogne. Ce projet porte alors le nom de « canal du Duc de Bordeaux » en hommage au petit-fils du roi, Henri d'Artois, né en 1820. Dans son article 2, la loi précise que les travaux doivent être terminés le pour un coût estimé à . La « Société des canaux sur la Vézère et la Corrèze » est créée le de la même année à Saint-Léon-sur-VézèreInventaire général Nouvelle-Aquitaine : Entrepôt et bureau du syndic du canal de la Vézère, actuellement mairie-école.. Six écluses, des barrages, des ponceaux et des aqueducs sont construits, mais, en 1827, les travaux sont interrompus après une dépense de .. La déchéance de la Compagnie est prononcée par une ordonnance le . Conrad démissionne cette année-là. Une nouvelle adjudication est lancée mais n'a eu aucun résultat. La Compagnie a alors demandé que les charges de la concession soient réduites pour permettre de meilleures conditions de financement. Le gouvernement a accepté, mais avant de soumettre celles-ci au vote, il a demandé à la Compagnie de s'expliquer sur diverses conditions nécessaires à la garantie des intérêts du Trésor. La Compagnie n'ayant pas répondu, les travaux sont restés à l'abandon sur la Corrèze. Pour la Vézère, sur les 24 écluses prévues, seules six ont été partiellement réalisées, sauf celle d'AubasInventaire général Nouvelle-Aquitaine : Écluse d'Aubas. qui a été terminée en 1843, année d'ouverture du canal de Lalinde.. Les écluses réalisées ont été équipées de portes busquées en 1842. Les cinq écluses inachevées ont été remises au Domaine en 1897, à MontignacInventaire général Nouvelle-Aquitaine : Site d'écluse de Montignac., LosseInventaire général Nouvelle-Aquitaine : Site d'écluse de Losse., Thonac, Saint-Léon-sur-VézèreInventaire général Nouvelle-Aquitaine : Site d'écluse de Saint-Léon. et la Grambaudie. Les écluses ont une largeur de et une longueur de , longueur inférieure au gabarit Freycinet. Le tirant d'eau est de à aux basses eaux, ce qui limite le tonnage des bateaux à . Le halage peut se faire de Limeuil à à l'aval de Terrasson à l'aide de bœufs ou de chevaux, mais la voie change souvent de rive. La durée du voyage est de trois jours à la descente, entre Montignac et Bergerac, et de six jours à la remonte.