vignette|300px|Frontières du ghetto de Varsovie . vignette|300px|Insurrection du ghetto de Varsovie. Photo extraite du rapport de mai 1943 de Jürgen Stroop à Heinrich Himmler. Légende originale en allemand : « Forcés hors de leurs trous ». Cette photo du petit garçon est l'une des plus célèbres de la Seconde Guerre mondialeFrédéric Rousseau, L'enfant juif de Varsovie. Histoire d'une photographie, Éditions du Seuil (collection L'Univers historique), 2009 . (ouvrage primé par la Fondation Auschwitz (Bruxelles) au printemps 2009).. vignette|300px|Ghetto de Varsovie, enfants (1940 –1943).
Le ghetto de Varsovie, en Pologne occupée, est le plus important ghetto juif au sein des territoires d'Europe occupés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Situé au centre de Varsovie, il est créé en 1940 et pratiquement détruit en après l'insurrection de ses occupants contre les nazis.
Plus grand des 600 ghettos allemands en Pologne, il rassemble jusqu'à En 1939, il y a habitants à Varsovie, dont Juifs.. Des tsiganes y sont également déplacés.
Contexte historique et création du ghetto
En , l'armée allemande attaque puis occupe la Pologne. Les Allemands entrent dans Varsovie le ..
Adam Czerniaków, qui vient d'être nommé le à la tête de la communauté juive de la ville, est chargé par les Allemands de constituer un conseil juif (Judenrat).. Ce conseil est chargé de gérer le futur ghetto.
Dès l'hiver 1939 – 1940, les nazis commencent à persécuter les Juifs : obligation de porter un brassard blanc avec l'étoile de David bleue, identification des magasins juifs sur leurs vitrines, confiscation des radios, interdiction de voyager en train (). gauche|vignette|Réinstallation forcée de la population juive des petites villes et des domaines du district de Varsovie vers le ghetto (1940) L'ordre de transplantation de Juifs est donné le . Puis, le (jour de la fête juive de Yom Kippour), les Allemands annoncent aux Juifs qu'ils n'ont que jusqu'à la fin du mois pour déménager dans le quartier juif.
Le , une « zone d'épidémie » est définie par le gouverneur du district de Varsovie. Interdite aux soldats allemands, elle correspond aux « rues juives ». Deux mois plus tard, le quartier juif devient officiellement une « zone de contagion ».
quittent le secteur, et s'y installent dans la précipitation et la peur. Le ghetto est fermé le . et un mur d'enceinte est construit. 40 % de la population de la ville s'entassent dans des conditions insalubres dans 8 % de sa superficie.
Localisation géographique vignette|250px|Site de l'ancienne passerelle du ghetto de Varsovie. Le ghetto se situe au centre de la ville de Varsovie. Il est initialement composé de deux parties, le grand ghetto et le petit ghetto, reliées par un pont en bois. Le tout est entouré de de murs hauts de plusieurs mètres et de fil de fer barbelé. Dans cette enceinte d’une superficie d’environ , on compte au km² contre environ dans la Varsovie non juive. La population du ghetto, enregistrées en , atteint en pour retomber à en . Ces différences peuvent s'expliquer par l'arrivée de nombreux réfugiés et la surmortalité qui prévaut dans le ghetto. Seul lien avec l’extérieur, un tramway réservé aux Polonais non juifs traverse le lieu. À peu près meurent entre et sans déportation ni fusillade.
Organisation La gestion du ghetto est déléguée au conseil juif (Judenrat) par les Allemands. Ce conseil est dirigé par Adam Czerniaków. Il joue un rôle essentiel dans la transmission des ordres des Allemands aux habitants du ghetto. Ses effectifs augmentent entre 1940 et passant de à en comptant la police juive. Cette dernière, appelée aussi (), est chargée de maintenir l'ordre. Elle est rémunérée et possède des avantages comme l’exemption du travail forcé. Elle est très souvent corrompue et participe aux opérations de déportation massive en juillet et . Les occupants emploient la main-d'œuvre du ghetto pour les besoins de l'armée et implantent de nombreux ateliers et usines dans le quartier juif.
Dans le ghetto vignette|250px|Reste du mur du ghetto de Varsovie. vignette|250px|Immeubles du ghetto de Varsovie.
Les conditions de vie dans le ghetto sont inhumaines. D'abord, il est trop petit pour accueillir tous les Juifs de Varsovie et des villages environnants (40 % de la population sur 8 % de la superficie, une densité de population de sept personnes par pièce au début du ghetto). Beaucoup ont tout perdu (leurs familles et/ou leurs biens) en arrivant dans ce quartier fermé. Les foyers sont mal, ou presque pas approvisionnés en nourriture et combustible. Dès l'hiver 1940 – 1941, la faim et le froid se font ressentir. Nombreux sont alors ceux qui organisent de petits trafics avec l'extérieur. Certains de ces trafiquants y laisseront parfois leur vie en essayant d'apporter de la nourriture dans le ghetto. Mais il existe aussi une solidarité avec les « comités d'immeubles », une vraie vie culturelle, un réseau d'enseignement clandestin, une vie religieuseDictionnaire de la Shoah, ..
La mort est courante. Elle est causée par la faim, mais aussi par des épidémies de typhus et de tuberculose. Il n'est pas rare de retrouver des cadavres en pleine rue. Une charrette passe alors ramasser les corps, qui sont comptés puis enterrés dans une fosse commune.
Au début de l'année 1942, on compte une naissance pour .
La déportation En été 1942, commence le « repeuplement vers l'est », qui est en fait la déportation vers le camp de Treblinka, situé à au nord-est de Varsovie. Lancée dans le cadre de l'Aktion Reinhard, elle débute le . Pendant huit semaines, entre sont déportées chaque jour. Les rafles se font de jour comme de nuit, aussi bien dans les habitations que dans les usines, où il est plus facile d'arrêter les Juifs. Ceux-ci sont ensuite conduits vers la Umschlagplatz, la gare de triage de Varsovie. Cette première vague de déportations vers les camps de la mort ramène la population du ghetto à .
Insurrection vignette|250px|Troupes allemandes durant le soulèvement de 1943. vignette|250px|Troupes allemandes emmenant des Juifs en déportation après le soulèvement (1943).
L'Organisation juive de combat naît au cœur de la grande déportation de . C'est la principale organisation de résistance juive. Elle se manifeste une première fois le . Le soulèvement commence le , veille de Pessa'h, la Pâque juive, en réponse à une dernière grande rafle organisée par les nazis. Destinée à liquider le ghetto des quarante à cinquante mille Juifs restant en les déportant dans les différents camps, et principalement au camp d'extermination de Treblinka, cette rafle se heurte à l'opposition armée juive au grand étonnement des nazis. L'Organisation juive de combat - qui rassemble les communistes, les bundistes et plusieurs courants du sionisme - comporte de 600 à , tandis que l'organisation de droite AMJ, proche du Betar, en compte une centaine. Ce combat sans espoir Proclamation de l'Organisation Juive de Combat. Cité dans la brochure Pour notre liberté et pour la vôtre, Insurrections dans les ghettos, 2003, Éditions du Centre Medem. . s'achève le , un mois après son déclenchement, avec la destruction de la grande synagogue de Varsovie. Après cette date, des combats sporadiques ont encore lieu dans le ghetto en ruines.
L'impact psychologique de l'insurrection du ghetto de Varsovie fut très important. La résistance fut plus forte que prévu par les nazis, même si l'issue était certaine vu le déséquilibre des forces.
Monuments
Le souvenir du ghetto de Varsovie est marqué par plusieurs monuments dans la capitale polonaise, le plus imposant étant le monument aux héros du ghetto. C'est au pied de ce monument que le chancelier ouest-allemand Willy Brandt s'est agenouillé le .
Mémoire du monde Depuis 1999, les archives du ghetto de Varsovie sont classées par l'Unesco sur la Liste Mémoire du monde, qui recense les documents du patrimoine documentaire d'intérêt universel, dans le but d'assurer leur protection.
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie Témoignages et récits autobiographiques . . . Emanuel Ringelblum, Archives clandestines du ghetto de Varsovie, Fayard, 2007, Tome 1 et 2. Władysław Szpilman, Le Pianiste, Pocket Poche, 2003. .
Hillel Seidman, Du fonds de l'abîme, Journal du ghetto de Varsovie, Plon, 1998. Adam Czerniaków, Carnets du ghetto de Varsovie, éditions La Découverte, 1996. Bernard Mark, « L'insurrection du ghetto de Varsovie », dans Le Livre noir, Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman, Actes Sud, 1995. Emanuel Ringelblum, Chronique du ghetto de Varsovie. -, Paris, Robert Laffont, 1978, 372 p. Marek Halter, Le Fou et les Rois, Albin Michel, 1976.
Nathan Weinstock, Chroniques du désastre, Métropolis, . Yankev Celemenski « Coupés du monde » (collection Mémoire de la Shoah - Éditions Le Manuscrit)
Ouvrages historiques , Qui écrira notre histoire ? : Les archives secrètes du ghetto de Varsovie, Grasset, 2011. Dariusz Libionka, Laurence Weinbaum, Bohaterowie, hochsztaplerzy, opisywacze. Varsovie, Stowarzyszenie Centrum Badań nad Zagładą Żydów, 2011 . Larissa Cain, Ghettos en révolte, Pologne, 1943, Autrement, collection Mémoires, 2003. Barbara Engelking, Jacek Leociak, Getto warszawskie. Przewodnik po nieistniejącym mieście. Varsovie, Stowarzyszenie Centrum Badań nad Zagładą Żydów. 824 p. 2001, rééd. 2013, .
Ouvrages de fiction Robert Badinter, Théâtre I, Fayard, 2021 , (« Les briques rouges de Varsovie »), . Bernard Dan, Le livre de Joseph, Éditions de l'Aube, 2011 . David Barré et Agata Mozolewska, Elle, elle a sauvé les autres..., biographie romancée d'Irena Sendlerowa, Lyon, Éditions du Cosmogone, 2009 . Paule du Bouchet, Chante, Luna, Gallimard, 2004. Marek Halter, La force du bien, Robert Laffont, 1995. , La dernière gare, Umschlagplatz, Robert Laffont, 1989 . John Hersey, La Muraille, Gallimard, 1979 (tome 1 et 2). Richard Zimler, Les anagrammes de Varsovie, Buchet-Chastel, 2013 . Leon Uris, , Robert Laffont, 1961. Jim Shepard, Le livre d'Aron, Éditions de l'Olivier, 2016. Joe Kubert, Yossel, bande dessinée parue chez Delcourt (2004).
Filmographie La vérité n'a pas de frontière d'Aleksander Ford (1948) Le Temps du ghetto de Frédéric Rossif, (1961, documentaire) Au nom de tous les miens de Robert Enrico ,1983 (adaptation du roman éponyme) Korczak d'Andrzej Wajda, 1990 1943, l'ultime révolte de Jon Avnet, 2001 Le Pianiste de Roman Polanski, 2002 (adaptation du roman éponyme) Un film inachevé de Yahel Hersonski, 2010 La Femme du gardien de zoo de Niki Caro, 2017 (adaptation du roman éponyme) La liste de Schinder , 1993
Articles connexes Ghettos juifs en Pologne occupée par les nazis Shoah en Pologne, Shoah Résistance juive pendant la Shoah Rapport Stroop Hungerplan (1941, Plan de la faim)
Judenrat CENTOS, une association caritative qui s'occupe d'orphelinats et d'écoles Hôtel Polski (Varsovie) Grande Action (1942) Exécutions dans les ruines du ghetto de Varsovie (1943-1944) Insurrection de Varsovie de 1944 Maison des combattants du ghetto Musée du ghetto de Varsovie Registre international Mémoire du monde Oyneg Shabbos, groupe d'archivistes du ghetto de Varsovie, dont Emanuel Ringelblum, Shimon Huberband, Hirsch Wasser, Menachem Kon, Rachel Auerbach, Abraham Lewin, Peretz Opoczynski... YIVO (1925)
Personnalités Hillel Zeitlin (1871-1942) Gershon Sirota (1874-1943), célèbre chantre hazzan Adam Czerniaków (1880-1942), président du Conseil juif du ghetto. Bernard Goldstein (1889-1959) Emanuel Ringelblum (1900-1944), historien et archiviste clandestin du ghetto, à la tête du projet Oyneg Shabbos. Abraham Gancwajch (1902-1943 ?), journaliste, collaborateur juif polonais, fondateur du Groupe 13 qui tenta de saboter l'insurrection. Heinz Auerswald (1908-1970), commissaire du ghetto. Henryka Łazowertówna (1909-1942), membre du CENTOS et auteure du poème « Mały szmugler » () écrit dans le ghetto