Les Montoneros étaient une organisation politico-militaire argentine péroniste qui pratiqua la lutte armée entre 1970 et 1979, avec une intensité maximale jusqu'en 1976. Ses objectifs étaient : la déstabilisation du gouvernement autoproclamé « Révolution Argentine » (Juan Carlos Onganía, Roberto Marcelo Levingston, Alejandro Agustín Lanusse,… 1966-1973), le retour au pouvoir du général Juan Domingo Perón et l'instauration en Argentine d'un système politique qu'ils baptisaient « Socialisme national », ce qu'ils considéraient comme l'évolution historique naturelle du péronisme.

Ayant moins de 20 militants fin 1960Marianne González Alemán, « Le premier retour de Perón : charisme et mobilisation populaire en novembre 1972 », Nuevo Mundo Mundos Nuevos (revue de l'EHESS), Debates, 2008, mis en ligne le 12 juillet 2008., le groupe commença à croître rapidement en 1971, devenant, en , au moment du premier retour du général Juan Perón, capable de mobiliser des milliers de jeunes péronistes. En , profitant de l'ouverture politique entamée par le général Lanusse avec le « Grand Accord National », le groupe se dota d'une organisation politique de masse, la « JP Régionales », à la tête de laquelle se trouvait Rodolfo Galimberti, nommé en par Perón au Conseil supérieur justicialiste.

Durant leurs premières années d'existence, les Montoneros reçurent l'appui du général Perón et d'une grande partie du Mouvement péroniste. Toutefois, après les élections de 1973 remportées par le FREJULI péroniste et le massacre d'Ezeiza lors du retour définitif de Perón (), les tensions entre la gauche et la droite péroniste s'accentuèrent. Finalement, à partir du , jour où Perón fait un discours stigmatisant la jeunesse péroniste de gauche, de graves erreurs politiques entraînèrent un recul de popularité du leader et des secteurs syndicaux et politiques du péronisme orthodoxe, expliquant ainsi l'isolement croissant du groupe. Celui-ci fut détruit par la dictature militaire de Videla qui chassa la veuve de Perón, Isabel Martínez de Perón le .

Idéologie Les Montoneros ont commencé comme un groupe chrétien, nationaliste et socialiste autoproclamé, mais avec le temps, l'élément socialiste éclipsa l'élément chrétien. Leurs attaques visaient à forcer les gouvernements à abandonner de telles prétentions et à fonctionner ouvertement comme des gouvernements autoritaires, espérant que dans un tel scénario, le peuple soutiendrait alors les guérilleros. Cette doctrine n'a pas fonctionné comme prévu : les gens méprisaient les dictatures militaires, mais certains ne considéraient pas les guérilleros comme les ennemis des dictatures, mais plutôt comme la cause de la répression gouvernementaleGiussani, p. 29. La lutte des classes projetée n’a jamais eu lieu et la dictature militaire soutenue par les États-Unis a réprimé toute dissidenceGiussani, p. 30.

Historique Origines Les racines du mouvement se trouvent au début des années 1960, dans la confluence de militants du mouvement nationaliste étudiant Tacuara, et du mouvement des jeunesses péronistes des provinces de Buenos Aires, Santa-Fe et Cordoba.

Ces personnes se retrouvèrent autour de jeunes militants catholiques appartenant aux classes moyennes et aisées, dont l'organe de presse fédérateur était la revue Cristianimo y Revolucion édition numérisée sur le site Ruinas Digitales, dirigée par Juan Garcia Elorrio. À partir de là se forma le Commando Camilo Torres qui, avec le groupe conduit par José Sabino Navarro, peut être considéré comme le fondateur des cellules montoneros.

Petit à petit, les Montoneros s'affirmèrent dans une voie politique proche du péronisme révolutionnaire, populiste et anti-impérialiste : l'idéologiePour une étude de l'idéologie des Monteneros, on peut consulter le site (en castillan) Ruinas Digitales qui présente sous forme numérisée des revues proches (ou officieuses) des Monteneros (El Descamisado et La Causa Peronista) ou même son organe officiel (Evita Montenera).Le site Ruinas Digitales est un projet réalisé par des étudiants en sciences politiques de l' Université de Buenos Aires du groupe était un mélange de la doctrine péroniste avec des éléments provenant du marxisme latino-américain de Che Guevara et de Fidel Castro, le tout fortement influencé par le catholicisme du Mouvement des Prêtres pour le Tiers-Monde. Plusieurs fondateurs du mouvement, partisans du prêtre tiers-mondiste Carlos Mugica, se connaissaient déjà.

S'autoproclamant dès le début, l'avant-garde armée, nationaliste, catholique et péroniste et utilisant des slogans comme «Peron ou la mort», les Montoneros se revendiquent, dans la province de Buenos Aires, comme une organisation politico-militaire. L'organisation était dirigée, entre autres, par Fernando Abal Medina (frère de Juan Manuel Abal Medina, qui devint secrétaire général du Mouvement national justicialiste) et sa femme, Norma Arrostito, Carlos Gustavo Ramus, José Sabino Navarro, Emilio Maza, Carlos Capuano Martinez, et Mario Firmenich.

Les fondateurs des Montoneros décidèrent d'adopter ce nom pour souligner la continuité historique avec les caudillos argentins du , avec les montoneras de Peñaloza et de Felipe Varela. Ainsi une ligne politique nationaliste s'établissait depuis San Martín jusqu'à Juan Perón, en passant des guerres d'indépendance aux caudillos et à Juan Manuel de Rosas. Au début, plusieurs des commandos opérationnels (Unité de Combat) utilisèrent les noms des caudillos pour signer leurs « faits de guerre ». Cette pratique fut abandonnée plus tard, quand les militants tombèrent en combattant la dictature : à partir de ce moment, les commandos signèrent du nom des compagnons morts.

Plus tard, l'organisation eut à sa tête Julio Roqué, Dardo Cabo, Marcos Osatinsky, Roberto Quieto, Horacio Mendizabal, Raul Yaguer, Roberto Perdia, Fernando Vaca Narvaja et , ex-représentant de la Jeunesse péroniste au Conseil national du Parti justicialiste. Plusieurs d'entre eux provenaient de l'organisation Descamisados ou des Forces Armées Révolutionnaires (FAR), une organisation péroniste similaire d'obédience marxiste, qui fusionna avec les Montoneros en octobre 1973.

Deux militants, Fernando Abal Medina et Carlos Gustavo Vamuz, furent tués par la police le , à William Morris (province de Buenos-Aires). Ce jour fut commémoré par la suite par la gauche péroniste comme « jour des Montoneros ».

La première action publique : l'enlèvement d'Aramburu et l'attaque de La Calera 180px|vignette|gauche|Emblème des Montoneros. Le général Pedro Eugenio Aramburu, ex-dirigeant de la « Révolution libératrice », le coup d'État catholique-nationaliste qui avait chassé en 1955 le second gouvernement constitutionnel péroniste, fut enlevé le par un commando inconnu, déguisé en militaires, qui alimenta les conversations le mois suivant. Le , à 7 heures 30, les Montoneros prirent le contrôle de La Calera (province de Córdoba) pour plus d'une heure. Ils s'emparèrent sans violence du commissariat, et attaquèrent la Banque de la Province de Cordoba et le central téléphonique dont ils neutralisèrent les équipes. Au commissariat, ils désarment les policiers avant de les enfermer dans les cellules du poste. À la banque, ils laissent une valise - supposée remplie d'explosifs- qui en réalité contenait un magnétophone avec des chants péronistesPour la description de l'attaque de La Calera, voir le documentaire (court-métrage) Montoneros: copamiento de La Calera, 1970.

Divers problèmes au moment du repli, notamment une voiture en panne, entraînèrent l'arrestation de deux militants, Luis Losada et José Fierro. La police remonta ensuite à une maison du quartier bourgeois de Los Naranjos, à Córdoba, où ils arrêtèrent Cristina Lipandri de Velez, Juan Sorati Martínez, Emilio Maza et Ignacio Vélez (ces deux derniers étant blessés lors d'un échange de tirs. Le , la police arrête un journaliste, Maguid, qui attribue l'enlèvement du général Aramburu à Norma Arrostito, Abal Medina et Maza, décédé le , ainsi que Mario Firmenich et le prêtre Alberto Carbone, membre du Revue Panorama, 21 juillet 1970.

Le grand public apprend alors l'exécution d'Aramburu, qui fut accusé par un « tribunal révolutionnaire » de trahison à la patrie, d'avoir assassiné le général José Leon Suarez et plusieurs autres militants péronistes, d'avoir fait disparaître le cadavre d'Evita Peron, d'avoir été « l'instrument de l'oligarchie pour empêcher tout changement de l'ordre social vers le sentiment d'une justice strictement chrétienne », etcCommuniqué des Montoneros, … les Montoneros, qui avaient revendiqué l'exécution d'Aramburu dans un communiqué peu diffusé, dès le Communiqué des Montoneros, juin 1970, déclarent le qu'ils ne rendront son cadavre que contre celui d'EvitaCommuniqué des Montoneros, 15 juin 1970. Aramburu aurait été exécuté par Fernando Abal Medina. Durant la séquestration du général, les Montoneros apprennent alors - ce qu'on ne saura que bien plus tard - qu'Eva Perón avait été secrètement enterrée en ItalieMaría Seoane, El último misterio de Eva Perón, El Clarín, 23 janvier 2005. Voir, en anglais, Sergio Rub, The lady vanishes, The Tablet.. Ainsi le mystère de l'enlèvement d'Aramburu n'est-il éclairci qu'en .

Cette action d'éclat fut l'acte fondateur des Montoneros, mais en réalité ils existaient comme organisation politique depuis plusieurs mois, bien qu'elle fût très minoritaire voire quasi secrète. La dépouille d'Aramburu fut découverte le dans l'estancia La Celma de (province de Buenos Aires), qui appartenait aux parents de Carlos Gustavo RamusGregorio A. Caro Figueroa, A 37 años del secuestro de Aramburu o la politización del crimen, Noticias Iruya, Salta, 7 novembre 2009. Elle fut inhumée au cimetière de la Recoleta, dans la capitale, avec les honneurs prévus pour les funérailles d'un président en exercice, l'amiral Isaac Rojas se chargeant de l'oraison funèbre. Le public apprit ainsi avec étonnement que les responsables de l'enlèvement d'Aramburu étaient des jeunes de familles catholiques aisées, qui n'avaient pas connu le péronisme au pouvoir et dont les parents avaient été les adversaires de ce dernier.

Quelques jours plus tard, ce fut l'enterrement de Fernando Luis Abal Medina, chef des Montoneros, et de Carlos Gustavo Ramus, abattus par la police à . Les prêtres Carlos Mugica et Hernán Benítez, qui avait été le confesseur d'Evita, célébrèrent les funérailles à l'église San Francisco Solano de Mataderos (Buenos Aires), ce qui leur valu d'être arrêté et incarcéré quelques jours pour « incitation à la violence ». Le commença le procès, sous haute sécurité, des prisonniers Montoneros, inculpés d'enlèvement et d'homicide, qui devint une tribune importante utilisée par le mouvement péroniste pour la lutte contre la dictature. Les avocats des militants étaient (assassiné en par la Triple A), Eduardo Luis Duhalde, Ricardo Smith, Mario Hernández, Luis María Bandieri et Escalante Echagüe. Carlos Alberto Maguid fut condamné à 18 ans de prison, Ignacio Vélez à 32 mois, le prêtre Alberto F. Carbone à deux ans de sursis, tandis que Nora Nélida Arrostito de Maguid et Ana Portnoy de Silveyra furent relâchées.

Le , le général Perón écrit une carte à Carlos Maguid lui apportant son soutien, dans lequel il déclarait : À la question des Montoneros qui lui demandait si cette exécution avait mis à mal certains plans du général, celui-ci répondit que l'exécution d'Aramburu était « un acte désiré par l'ensemble du peuple péronisteHabla Juan Manuel Abal Medina; Recuerdos de la muerte, Clarín, ».

L'épisode d'Aramburu eut un épilogue en 1974. En effet, après que le général Lanusse eut accepté, en 1971, de rendre la dépouille d'Evita à Juan et Isabel Perón, en présence de José Lopez Rega, à Madrid, les Montoneros enlevèrent en la dépouille d'Aramburu afin de contraindre Isabel de rendre le cadavre à l'Argentine.

Relations avec le péronisme