Persépolis , Parsa () en vieux-persan , était une capitale de l’Empire perse achéménide. Le site se trouve dans la plaine de Marvdasht, au pied de la montagne Kuh-e Rahmat, à environ au nord-est de la ville de Shiraz, province de Fars, Iran.

Son édification commence en sur ordre de . Elle fait partie d’un vaste programme de constructions monumentales visant à souligner l’unité et la diversité de l’Empire perse achéménide, à asseoir la légitimité du pouvoir royal et à montrer la grandeur de son règne. Elle fait appel à des ouvriers et artisans venus de toutes les satrapies de l’empire. L’architecture résulte d’une combinaison originale des styles issus de ces provinces créant ainsi le style architectural perse ébauché à Pasargades, également retrouvé à Suse et Ecbatane. Cette combinaison des savoir-faire marque également les autres arts perses, comme la sculpture ou l’orfèvrerie. La construction de Persépolis se poursuit pendant plus de deux siècles, jusqu’à la conquête de l'empire et la destruction partielle de la cité par Alexandre le Grand en .

Le site est plusieurs fois visité au cours des siècles par des voyageurs occidentaux, mais ce n’est qu’au qu’il est authentifié comme étant les ruines de la capitale achéménide. De nombreuses explorations archéologiques permettent par la suite de mieux en appréhender les structures, mais aussi l’aspect et les fonctions passés.

Persépolis comprend un vaste complexe palatin érigé sur une terrasse monumentale qui supporte de multiples bâtiments hypostyles. Ces palais ont des fonctions protocolaires, rituelles, emblématiques, ou administratives précises : audience, appartements royaux, administration du trésor, accueil. À proximité de la Terrasse se trouvaient d’autres éléments : tombes royales, autels, jardins. Il y avait aussi les habitations de la ville basse dont aujourd’hui il ne reste rien de visible. De nombreux bas-reliefs sculptés sur les escaliers et portes des palais représentent la diversité des peuples composant l’empire. D’autres consacrent l’image d’un pouvoir royal protecteur, souverain, légitime, et absolu, ou désignent comme successeur légitime de Darius le Grand. Les multiples inscriptions royales persépolitaines cunéiformes rédigées en vieux-persan, babylonien, ou élamite, gravées à divers endroits du site, procèdent des mêmes buts, et précisent également pour certains bâtiments le roi ayant ordonné leur érection.

L’idée que Persépolis n’avait qu’une occupation annuelle et rituelle dédiée à la réception par le roi des tributs offerts par les nations assujetties de l’empire à l’occasion des cérémonies du nouvel an perse a longtemps prévalu. Il est maintenant certain que la cité était occupée en permanence et tenait un rôle administratif et politique central pour le gouvernement de l’empire. De nombreuses archives écrites sur des tablettes d’argile découvertes dans les bâtiments du trésor et les fortifications ont permis d’établir ces rôles, et livrent des renseignements précieux sur l’administration impériale achéménide et la construction du complexe. Persépolis est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.

Historique Construction right|thumb|upright=0.5|Darius le Grand, par Eugène Flandin (1840). Historique présumé des constructions Marco Prins & Jona Lendering, Persepolis, Livius.org (consulté le 21 novembre 2006). : ( à ) Terrasse Apadana (palais, escalier est) Trésor : - ( à ) Tachara Escalier de Persépolis Porte de toutes les nations Apadana (escalier nord) : ( à ) Hadish Harem Tripylon Palais D : Palais des Cent-Colonnes Palais d’ Garnison Tombe d’ Palais d’ Salle des Trente-deux Colonnes Tombe d’ Allée des processions Porte inachevée Tombe inachevéeInconnue Constructions sud Après avoir continué l'œuvre de à Pasargades et parallèlement aux importants travaux de construction entrepris à Suse, décide d'établir une nouvelle capitale ; cette décision est généralement interprétée comme une volonté de se distinguer de la branche aînée des Achéménides, à laquelle Pasargades est fortement liée. Il choisit pour cela une ville identifiée depuis comme étant Uvādaicaya (Matteziš en babylonien). Cette ville doit déjà avoir une certaine importance politique puisque c'est là que Darius fit exécuter Vahyazdāta, son principal opposant perse, en Par ailleurs, la présence de palais et de portes monumentales remontant à Cyrus et est attestée, ainsi qu'un tombeau inachevé probablement destiné à Cambyse. Des tablettes babyloniennes montrent qu'il s'agit alors d'un centre urbain développé, actif et peuplé, ayant des relations commerciales avec la Babylonie, capable d'assurer les moyens logistiques et alimentaires pour un chantier de cette ampleur.. Pierre Briant, historien de la Perse achéménide, note en effet que la mise en œuvre chronologiquement proche de chantiers importants à Suse et Persépolis suppose la mobilisation de moyens considérables. De fait, ces constructions entrent dans le cadre d'un plan global de réaménagement des résidences royales visant à montrer à tous que « l'avènement du nouveau roi marque une refondation de l'empire ».

Darius choisit pour site de construction le bas de la formation rocheuse du Kuh-e Rahmat qui devient ainsi le symbole de la dynastie achéménide. Il y fait ériger la Terrasse, des palais (Apadana, Tachara), les salles du Trésor, ainsi que les murailles est. Il est difficile de dater avec précision la construction de chaque monument. La seule indication irréfutable est fournie par des tablettes retrouvées sur le site qui attestent une activité au moins dès , lors de la construction des fortifications. On peut en revanche attribuer la plupart des constructions aux périodes correspondant aux règnes des différents souverains.. Les constructions de Darius sont ensuite terminées et complétées par ses successeurs : son fils ajoute au complexe la Porte de toutes les nations, le Hadish, ou encore le Tripylon. Sous en , on dénombre présents sur les chantiers.. Le site reste en construction au moins jusqu’en , et peut-être même jusqu’à la chute de l’empire achéménide : une porte reste en effet inachevée, ainsi qu'un palais attribué à ..

La construction de Persépolis semble entièrement assurée par des ouvriers venant de tous les pays de l'Empire : Babylonie, Carie, Ionie, ou Égypte Georges Cameron, Persepolis Treasury Tablets, Oriental Institute publications , Chicago, 1948.. L’Égypte est conquise en par où il se fait nommer pharaon, massacre l'élite et détruit des temples. La venue d'artisans des différentes parties d'un Empire si récemment conquis, même rémunérés, suggère un déplacement forcé avec ou sans la famille (point sur lequel il ne peut y avoir que des suppositions). D'autre part, la pratique de l'esclavage étant avérée dans l'empire achéménide (bas reliefs et tablettes), rien n'indique que les carrières d’où proviennent les pierres ou les forêts d’où venait le bois d’œuvre n'étaient pas exploitées par des esclaves ni que les matières premières et les finances ne provenaient des tributs de guerre des récentes conquêtes (y compris la vente d’esclaves)..

Destruction vignette|350px|L’Empire achéménide. vignette|Hemidrachme du royaume de perside.Date : c. 100 AC. - 100 AD.

Protégée par sa situation au cœur de l’empire achéménide, Persépolis ne dispose pas de solides défenses. En outre, la position au pied du Kuh-e Ramat représente un point faible à cause du faible dénivellement à l’est, entre la Terrasse et le sol. Ce côté était protégé par un rempart et des tours...

Les connaissances de la prise et de la destruction de Persépolis, attribuées à Alexandre le Grand, proviennent essentiellement des écrits d’historiens antiques, au premier rang desquels PlutarquePlutarque, La Vie d'Alexandre le Grand (consulté le 11 décembre 2006), Diodore de Sicile Diodorus Siculus, , Perseus Digital Library (consulté le 17 janvier 2007), et Quinte-CurceQuinte-Curce, , Bibliotheca Classica Selecta – Université catholique de Louvain (consulté le 8 novembre 2006). Certains éléments archéologiques corroborent leurs dires, mais leur version de la destruction de la cité est contestée : Duruy la met en doute puisqu’Victor Duruy, , Méditerranée Antique (consulté le 8 novembre 2006).

vignette|redresse=0.5|Buste d’Alexandre le Grand (British Museum de Londres).

D’après Plutarque, Diodore de Sicile et Quinte-Curce, Tiridate, gardien du trésor, fait porter à Alexandre, dont l’armée approchait, une lettre de reddition l’invitant à se rendre à Persépolis en vainqueur. Les richesses lui seraient ainsi rapidement acquises. Les écrits ne mentionnent cependant pas la réponse d’Alexandre. Diodore et Quinte-Curce racontent également la rencontre en route pour Persépolis, de grecs mutilés ou ayant subi de mauvais traitements de la part des Perses. La chute de Persépolis est suivie du massacre de ses habitants et du sac de ses richesses.

Après avoir pris la cité en , Alexandre y laisse une partie de son armée et poursuit sa route, ne revenant à Persépolis que quelque temps après. À l’issue d’une journée de beuverie en l’honneur de la victoire, Persépolis est incendiée sur ordre du conquérant en mai . Les raisons ayant motivé cette destruction sont controversées. Plutarque et Diodore relatent qu’un Alexandre ivre de vin aurait jeté la première torche sur le palais de Xerxès à l'instigation de Thaïs, maîtresse de , qui jette la seconde. Thaïs aurait exhorté Alexandre et ses compagnons d’armes à venger ainsi le sac passé d’Athènes par . Cette hypothèse pourrait se trouver accréditée par l’intensité des destructions du Tripylon et du Hadish, qui montre que ces bâtiments construits par Xerxès ont plus souffert de l’incendie que d’autres. Certains avancent que la rencontre des prisonniers mutilés, provoquant colère et tristesse du souverain, aurait constitué un motif supplémentaire de représailles.

En réalité, il est maintenant admis par les historiens que la raison de la destruction de Persépolis est plus vraisemblablement d’ordre politique. La décision d’Alexandre semble effectivement réfléchie. Alors que le vainqueur prend soin d’épargner les villes prises et notamment Babylone, ne ménageant aucun geste pour se concilier la population, il accomplit à Persépolis un geste d’une haute portée symbolique dictée par le contexte perse : le cœur idéologique du pouvoir achéménide se situe toujours dans ses capitales. La population, ayant fait acte de soumission forcée ou volontaire, reste attachée au souverain légitime et est en mauvais termes avec les conquérants. La décision est donc prise d’incendier le sanctuaire dynastique perse afin de signifier à la population le changement de pouvoir. Duruy dit ainsi qu’« Alexandre voulut annoncer à tout l’Orient, par cette destruction du sanctuaire national, la fin de la domination persique ».

Les écrits anciens mentionnent les regrets exprimés plus tard par un Alexandre honteux de son geste. Pour Briant, ces regrets impliquent en fait qu'Alexandre, reconnaissant son échec politique, l'attribuait à cette destruction.

La destruction de Persépolis marque la fin du symbole de la puissance achéménide. Le premier empire perse disparaît complètement avec la mort de , dernier empereur de sa dynastie. L’hellénisation commence avec les Séleucides.

Persépolis a continué d'être utilisée par les dynasties perses suivantes. Au pied de la Terrasse se trouve un temple, peut-être construit par les Achéménides, et réutilisé par les Séleucides, puis par les Fratadaras (gardiens du feu) K. Schippmann, Post-Achaemenid Archaeology - History & Method of Research Circle of Ancient Iranian Studies (consulté le 28 novembre 2006).