La Compagnie générale de télégraphie sans fil (CSF) est une société française créée en 1918, à l'époque pionnière de l'électronique et qui fusionne en 1968 avec la Compagnie Française Thomson-Houston (CFTH), filiale de Thomson-Brandt pour donner Thomson-CSF, qui prend en 2000 le nom de Thales.

Histoire Radio en France au début du Après les découvertes fondamentales de James Clerk Maxwell en 1865, de la mise en évidence des ondes électromagnétiques par Heinrich Hertz vingt ans plus tard et l'invention par Édouard Branly du cohéreur (détecteur d'ondes radio), c'est à l'italien Guglielmo Marconi que l'on doit les premières transmissions radio. La société qu'il crée au Royaume-Uni permet notamment d'équiper les transatlantiques comme le Titanic d'émetteurs récepteurs. En Allemagne, la société Telefunken est créée pour développer du matériel relatif à la transmission sans fil (TSF), alors qu'en France, Eugène Ducretet doit abandonner ses projets industriels en 1908Pascal Griset, La Société Radio-France dans l'entre-deux guerre – Histoire économie et société, 1983, 2, 1, 83-110.. C'est au sein de l'armée que le capitaine Gustave Ferrié entreprend de développer des techniques radio.

En 1908, un collaborateur de Ferrié, Paul Brenot, polytechnicien de , retrouve à La Rochelle l'un de ses camarades de promotion Émile Girardeau et lui communique sa passion pour la . Girardeau réalise qu'il n'y a pas en France d'entreprises comme Marconi ou Telefunken. Il s'associe avec Joseph Bethenod, du même âge, mais issu de l'École centrale de Lyon, pour fonder en 1910 la Société française radio-électrique (SFR) qui fournit à l'armée les matériels dont elle a besoin pour les transmissions sans filÉmile Girardeau, Souvenirs de Longue vie, Berger-Levrault, 1968, 52..

De la à la (1910-1930) vignette|upright=0.8|Sigle de la .

C'est en Afrique-Équatoriale française, sur la liaison Brazzaville-Loango, que la jeune société fait ses preuves. Grâce à l'allongement de la longueur d'onde, d'excellents résultats sont obtenus après des débuts difficiles et ce succès amène de nouveaux contrats, aussi bien en Afrique qu'en métropole avec l'établissement à la tour Eiffel d'un émetteur disposant d'une puissance antenne de . La Première Guerre mondiale donne l'occasion à la société de se développer rapidement. Elle livre fixes de plus de , d'avions, de navires et mobiles sur véhicule. La création de la Compagnie Générale de Télégraphie sans fil (CSF) en 1918 résulte du succès de la et de l'initiative d'investisseurs au centre desquels on trouve la Banque de Paris et des Pays-Bas (BPPB) qui avait des participations dans la mais aussi dans la Compagnie française des câbles télégraphiques (CFCT) investie dans les lignes télégraphiques transatlantiques. Un des intérêts de la dans la création de la est qu'elle permettait à la banque de faire valoir ses droits sur des avoirs allemands séquestrés par les alliésYves Blanchard, Le Radar, 1904-2004 – Histoire d'un siècle d'innovations techniques et opérationnelles, éditions Ellipses , 77-81..

Paul Brenot qui avait été au sein de l'administration militaire, aux côtés de Ferrié, l'un des interlocuteurs de la , quitte l'armée en 1919 pour assurer la direction technique de la . À partir de 1920, le nouveau groupe dont Girardeau conserve la direction est sous le contrôle de la . Le groupe adopte une structure de holding où ses différentes sociétés s'engagent dans une stratégie de diversification : la développe et produit des alternateurs haute fréquence, des antennes, des centres d'émission et des centres de réception ; la Radiotechnique dont la prend le contrôle en 1920 et qui est spécialisée dans la fabrication des tubes électroniques, notamment les triodes destinées essentiellement au marché des appareils de TSF grand public ; et enfin la Compagnie Radio-France créée en 1921 pour assurer l'exploitation de réseaux internationaux.

La est amenée à se spécialiser dans la radiotélégraphie, abandonnant à Siemens la CGTT, investie entre-temps dans la construction de postes téléphoniques. Dans le secteur des télécommunications, aux côtés de la Compagnie Radio-France à qui les PTT sous-traitent l'exploitation de son réseau international, on trouve d'autres compagnies associées de télégraphie sans fil (TSF) : la Société Radio-Orient qui développe un réseau similaire au Proche-Orient et la Compagnie Radio maritime qui équipe les navires marchands. La marque Radiola désigne à la fois des postes récepteurs de grand public produits par la Radio-technique et une station de radio qui obtient en 1922 l'autorisation des pour émettre à Paris des émissions de grand-publicSite 100 ans de radio.. Radiola devient Radio-Paris en 1924 et est rachetée par l'État en 1933. En 1929, la aborde le secteur cinématographique par le biais de Radio-Cinéma qui fabrique des projecteurs de cinéma pour les salles de spectacles et les studios.

Sur le plan technique, la propose dès 1922 des alternateurs haute fréquence autour de , pour générer l'onde porteuse typiquement de . Cette innovation technique renforce la position mondiale de la mais dans les années qui suivent, il est prouvé que les communications à longue distance doivent utiliser des ondes courtes (typiquement entre 10 et ) et que le développement de cette gamme d'onde est possible grâce aux lampes radio, c'est-à-dire des tubes électroniques de type triode inventés en 1906 par Lee De Forest. Ceci conduit la à étudier les ondes courtes à partir de 1924 et à produire des tubes radio au sein de la société Radio-technique, à Suresnes.

Les relations financières restent fortes entre la et la holding mais faibles entre la même la et les filiales, car c'est la qui joue le rôle de banquier vis-à-vis de ses filiales. Les recettes de la proviennent de redevances versées par les filiales au titre de l'exploitation de brevets détenues par la maison mère alors que les dividendes restent faibles. La gère en effet au niveau central un laboratoire de recherches générales et elle est détentrice de tous les brevets du groupe.

Aux alentours de 1929, on trouve aux conseils d'administration du groupe, outre les fondateurs, Émile Girardeau et son camarade de promotion Paul Brenot, le général Paul Anthoine, de la promotion 1879 de Polytechnique qui représente la , Louis Aubert, député de Vendée, qui représente la société Gaumont-Aubert-Franco-Films. La banque Gunzburg est représentée par Jacques de Gunzbourg, son fils Jean et Henry Bousquet. La BPPB est également représentée par André Laurent-Atthalin et André Goüin (petit-fils d'Eugène Goüin). On peut encore citer le diplomate Jules Cambon et le mari de sa fille (Geneviève Tabouis) Robert Tabouis, Robert Delaunay-Belleville, Paul Gautier. Nicolas Pietri parent du ministre François Piétri et proche de Girardeau représente des intérêts financiers franco-britanniques. Louis Wibratte, président de la est au centre de ce réseau d'hommes qui se fréquentent dans de multiples conseils d'administration.

Resserrement sur l'électronique professionnelle lourde Au tournant des années 1930, on assiste à un recentrage des activités de la sur l'électronique professionnelle lourde : Radio-Paris est cédée à l'État en 1933 et la Radio-technique, devenue Radiotechnique, est restructurée avec l'aide de Philips.

En 1929, Girardeau confie à Maurice Ponte (jeune normalien de ) en même temps que la responsabilité du département lampes (c'est-à-dire les tubes électroniques) de la , la direction du laboratoire de recherches générales, avec carte blanche pour recruter tous les jeunes physiciens spécialistes du rayonnement électromagnétique et de l'électronique. Un autre normalien, Yves Rocard avait été recruté un an auparavant pour s'occuper des petites lampes des récepteurs radioLouis Néel, La Vie et l'œuvre de Maurice Ponte, archives de l'Académie des sciences.. C'est ainsi que Ponte recrute Robert Warnecke et Pierre Grivet. Il s'agit de prendre part à la course à la puissance qui s'est amorcée au tournant des années trente pour les émetteurs à onde courtes à la suite des travaux du japonais Yagi du développement balbutiant des magnétrons. En 1934, sur la proposition d'Henri Gutton, un physicien dont le père Camille Gutton, avait étudié à l'université de Nancy la réflexion et la diffusion des ondes courtes sur les obstacles, le laboratoire de la met en œuvre les ondes décimétriques pour déceler les obstacles. Ces études donneront naissance aux radars. Un brevet est déposé le (brevet français .) pour un appareil de détection à ondes décimétriques. Ce détecteur d'obstacles , ancêtre du radar, équipe en 1934 le cargo Orégon de la Compagnie générale transatlantique, un second en 1935 équipe le paquebot Normandie.

À côté de l'activité radars dont le poids va devenir de plus en plus important au sein du groupe, la poursuit l'installation d'émetteurs radio parmi lequel celui, très moderne, de RTL mis en service en 1931. En 1936, la absorbe la Société indépendante de TSF (SIF), dont les activités étaient voisines de celles de .

Seconde Guerre mondiale À l'approche de la guerre, les deux usines de la , celle de Levallois et celle de Cholet, acquise en 1936, sont réorientées vers la production d'équipements militaires. Malgré son avance technologique dans le domaine des radars, la n'est pas encore en mesure de proposer à la défense nationale une solution de couverture aérienne et reste donc peu sollicitée par les militaires qui, depuis 1935, préfèrent sous-traiter les premiers radars français (qui ne portent pas encore le nom de radars) à Sadir-Carpentier ou à LMT. Dans les premiers mois de la guerre, les laboratoires de Levallois font des avancées importantes dans la mise au point du magnétron de puissance qui ouvre la voie au radar centimétrique qui sera largement utilisé par les Alliés à partir de 1943 pour équiper les chasseurs et les bombardiers (voir : Histoire du radar). Le , Maurice Ponte lui-même est à Londres pour présenter le magnétron de la aux Britanniques qui feront une synthèse des avantages du prototype de la et de leur propre prototype.

Un mois plus tard, alors que la Wehrmacht est aux portes de Paris, l'usine de Levallois se replie sur celle de Cholet qui, après l'armistice, se retrouve dans la zone occupée par les Allemands. Les deux usines de la sont placés sous la tutelle de la société Telefunken. L'usine de la , à Malakoff, est placée sous la tutelle de Siemens & Halske et l'usine de la Radiotechnique, à Suresnes, sous celle de Philips Electro Special, filiale allemande de Philips à Berlin. Pour bénéficier de marchés du gouvernement de Vichy, la installe un centre d'études en zone libre, à Lyon. Le service du personnel reçoit la directive d'y faciliter le transfert de tous les employés juifs qui le souhaitent. Une petite usine est également créée à Alger. Contrôlée par les occupants et devenue un centre de production Telefunken, la a produit majoritairement pour l'armée allemande. La part de son chiffre d'affaires consacré à l'armement allemand est de 65 % sur l'ensemble des cinq exercices de 1940 à 1944, culminant à 86 % en 1943, alors que les effectifs sont passés de en à plus de en 1943 après être passé par un niveau d'étiage de en . Il s'agit pour l'essentiel de matériel conçu par Telefunken. Plusieurs augmentations de capital soutenues par la sont organisées, que ce soit à la où à la maison mère.

Le centre de Sainte-Assise, de Radio-France est réquisitionné en par la Kriegsmarine qui s'en sert pour communiquer avec ses U-Boote dans l'Atlantique ou en Méditerranée.. De la même façon, Radio-Maritime doit mettre ses installations au service de l'occupant.

Les Allemands n'ont pas cherché à tirer parti du potentiel de recherches de la mais laissent plus de poursuivre des activités de recherches. Pierre Grivet est recruté à la fin de 1941 pour développer un microscope électronique.