L'abbaye de Villers, dont le nom canonique est « abbaye de Villers-en-Brabant », parfois improprement appelée « abbaye de Villers-la-Ville », est une abbaye de l'ordre de Cîteaux ayant existé entre 1146 et la Révolution française.

Elle est située près de Villers-la-Ville, en Brabant wallon (Belgique).

Fondée dans la vallée de la Thyle par Bernard de Clairvaux, cette abbaye était l'une des premières filles de l'abbaye de Clairvaux. Elle fut très tôt protégée par les ducs de Brabant et ainsi rapidement féconde. Le marque son apogée. Entre les , l'abbaye a connu une succession de périodes calmes et troublées, durant lesquelles les moines ont quitté les lieux à neuf reprises pour raisons d'insécurité. Au , l'abbaye a connu son second âge d'or, marqué par une grande ébullition architecturale. Après la Révolution française, la communauté monastique a dû se disperser, puis l'abbaye fut vendue comme bien national.

Au , l'ancienne abbaye de Villers devenue lieu de visite romantique et pittoresque a connu dégradations et restaurations. L'État belge a alors procédé à son expropriation en 1892 pour y entamer un important chantier de restauration, interrompu par la Première Guerre mondiale et repris ponctuellement ensuite. Classé en 1972, le site fait l'objet d'une nouvelle campagne de consolidation des ruines de 1984 à 2000 et de nouveaux aménagements touristiques y ont été réalisés entre 2010 et 2017.

Les ruines appartiennent désormais à la Région wallonne, relevant du patrimoine majeur de Wallonie. La gestion du site est confiée à une association sans but lucratif, qui organise depuis 1987 des représentations théâtrales, des expositions et autres manifestations.

Géographie vignette|Vue aérienne des ruines de l'abbaye de Villers.|alt=

Les ruines de l'abbaye de Villers sont situées à Villers-la-Ville en Belgique, à à l'est de Nivelles, dans la province du Brabant wallon.

En 1146, la petite communauté de moines s’installe sur des terres données par le seigneur de Marbais, dont le siège seigneuriale se trouve à quelques kilomètres au château des Marbais (Vieux Châtelet). Les terres sont situées entre la source du Goddiarch au sud et Chevelipont au nord, au carrefour de la rivière Thyle et du chemin de Mellery. Outre l’abondance d’eau nécessaire pour irriguer les cultures, actionner les roues des moulins ou les soufflets des forges et subvenir aux besoins courants du monastère, le site est entouré de roches de schiste, matériau qui a servi pour la majorité des constructions abbatiales. Enfin, le bois est abondant et nécessaire tant à la vie courante qu’au chantier.

L’emplacement définitif de l’abbaye est particulièrement bien choisi et spectaculaire. C’est un repli fort accidenté dans lequel la rivière Thyle développe un double coude entre des socles rocheux de schiste.

Avant la construction de l’abbaye, les moines de Villers réalisent une série d’aménagements dans la vallée étroite et marécageuse de la Thyle. Ils procèdent à l’assainissement complet du site en effectuant des travaux de drainage et de remblaiements. Ils canalisent et voûtent la rivière pour établir par-dessus une gigantesque assiette artificielle de remblai d’une hauteur moyenne estimée à . Le voûtement de la rivière, limité à la zone du cloître au début, s’est poursuivi au fil des siècles pour atteindre une longueur de en souterrain. La Thyle joue un rôle de grand collecteur des eaux usées. L’eau des sources situées sur les collines voisines est raccordée à ce collecteur principal par un réseau de canalisations secondaires. La rivière actionne aussi deux moulins à l’intérieur de l’enclos et un troisième en aval à l’extérieur. Un grand étang est aménagé en amont pour alimenter les viviers, irriguer les jardins et régulariser le débit de la rivière. Il assure ainsi en toute saison un débit suffisant au fonctionnement des roues des moulins et sert de bassin d’étiage pour prévenir les inondations.

L’aménagement du site de Villers est exceptionnel, unique même. En effet, nulle part ailleurs, les moines n’eurent l’audace de construire leur abbaye au-dessus d’une rivière. Certes, il arrive qu’un cours d’eau traverse un bâtiment de latrines ou soit partiellement canalisé et détourné, mais il n’est jamais entièrement voûté sur une longueur comparable à celle de Villers. Ces travaux hydrauliques s’accompagnent de terrassements titanesques qui ont permis aux bâtiments de s’étendre sur toute la largeur de la vallée. Le voûtement de la Thyle réalisé par phases du est visible encore aujourd’hui.

Depuis l’époque des moines, le réseau hydraulique a été bouleversé mais le moulin et son bief, les canalisations amenant l’eau des sources vers le centre de l’abbaye ainsi que le voûtement de la rivière sont encore présents et illustrent la maîtrise de l’eau par les moines cisterciens.

Le moulin principal, remanié durant les deux derniers siècles, présente encore d’importantes parties médiévales. Sa construction se situerait entre 1197 et 1200, soit cinquante ans après la fondation de l’abbaye. L’énergie hydraulique du moulin a été exploitée jusqu’en 1897, soit un siècle après l’expulsion des moines. Le mur pignon sud du grand moulin, à neuf fenêtres cintrées, est l’un des plus beaux de toute l’abbaye. Il accueille aujourd’hui le centre du visiteur. Une nouvelle roue a été installée dans le cadre des travaux de développement des infrastructures touristiques de l’Abbaye en 2016. L’électricité produite alimente une partie des installations du Centre du Visiteur. L’installation de cette roue redonne ainsi sa nouvelle fonction naturelle à la chute du moulin.

Dès la suppression de l’abbaye en 1797, l’enclos est percé afin de favoriser la circulation dans la vallée. En 1855, lors de la construction de la ligne de chemin de fer, le grand étang a été comblé. Avec la densification du trafic et l’accroissement de la population, les routes sont élargies au et des aires de stationnement sont aménagées devant le moulin.

En dépit de tous ces changements, le cadre naturel autour de l’abbaye reste relativement préservé au nord, à l’est et à l’ouest du grand enclos où se trouve l’important bois d’Hez, un des derniers reliquats de la grande forêt brabançonne.

Si on compare la carte de Ferraris de 1777, le plan réalisé pour la vente de 1797 et la situation actuelle, le paysage a peu changé à Villers. Les forêts, les zones de culture entourent encore l’abbaye comme autrefois. Le lit de la rivière, la voûte de construite par les moines et les canalisations amenant l’eau des sources sont toujours opérationnels. Un vignoble contemporain occupe l’emplacement d’un ancien vignoble mentionné dès le début du .

Historique : fondation puis prospérité En 1146, des moines de Clairvaux arrivent à Villers pour y fonder une abbaye, sur une terre donnée par le comte de Marbais et sa mère Judith. La communauté – l’abbé Laurent, 12 moines et 5 convers – se serait selon la légende installée tout d’abord à environ au sud des ruines actuelles. Elle ne serait demeurée cependant qu’une saison sur ce lieu trop aride. Affamés, découragés, les religieux auraient pensé repartir quand arriva saint Bernard. La chronique de l’Abbaye raconte que, touché par la détresse des moines, il leur aurait désigné, plus bas dans la vallée, un site doté d’un cours d’eau (la Thyle), de carrières de pierres et de bois exploitables, sans doute aux alentours du moulin actuel.

Les bâtiments de la seconde abbaye s’édifient peu à peu, il n’en reste rien aujourd’hui.

À la fin du , la communauté attire de plus en plus de vocations et l’abbé Charles décide de construire tout à côté, à flanc de carrière, une nouvelle abbaye plus vaste. C’est celle que l’on visite aujourd’hui.

En 1205, l’abbaye, située aux confins du duché de Brabant et du comté de Namur, se tourne définitivement vers le Brabant, en accolant à son nom « in Brabantia » et accueille quelques décennies plus tard les sépultures des seigneurs brabançons. La large protection des ducs de Brabant qui accordèrent l'immunité à l'abbaye, c'est-à-dire l'exemption d'impôts, jointe aux donations des grands seigneurs brabançons, lui permirent d'être rapidement fécondeÉmile Poumon, Abbayes de Belgique, Office de publicité, S.A., éditeurs, Bruxelles, 1954, ..

À la fin du , l’abbaye est intégralement construite. Ce siècle marque son apogée. Certains abbés sont alors appelés à de hautes fonctions ecclésiastiques et les textes conservés mentionnent de nombreux saints moines et convers dans la communauté.

L’Abbaye compte à cette époque une centaine de moines et trois fois plus de convers. Le domaine englobe une dizaine de milliers d’hectares, répartis entre Anvers et Namur et exploités par différentes granges.

Vers 1250, l’abbaye de Villers est l’une des abbayes les plus influentes au sein de l’Ordre.

: déclin vignette|Gravure anonyme (1607). De premières crises internes apparaissent dès la fin du Moyen Âge (diminution du nombre de convers…). Du à la fin du , l’abbaye connaît une succession de périodes calmes et troublées, durant lesquelles les moines quittent les lieux à neuf reprises pour raisons d’insécurité.

: second âge d'or vignette|Gravure de Beterham, d’après un dessin de Van Wel (1726).Au , l’abbaye connaît son second âge d’or et connaît une grande ébullition architecturale. Certains bâtiments conventuels sont réaménagés dans le style néoclassique (façades de l’église et du bâtiment des convers). De nouveaux édifices sont construits, tel le palais abbatial édifié sous l’abbatiat de Jacques Hache, la pharmacie, la chapelle Saint-Bernard… Mise à sac par la Révolution française puis confisquée par cette dernière comme bien national, ses moines en sont expulsés en 1796. L'abbaye est dépecée en trois lots distincts (bâtiments monastiques, ferme et colline, moulin et étangs). L’enclos est percé afin de favoriser la circulation dans la vallée. Les anciens bâtiments monastiques sont exploités par un marchand de matériaux qui les utilise comme carrière. Cette activité industrielle se poursuit jusque dans les premières décennies du .thumb|Moine de l'abbaye de Villers.

: dégradations et restaurations L’ancienne abbaye de Villers devient un lieu de visite romantique et pittoresque, comme en témoignent les premières descriptions des ruines à partir des années 1830. L’aménagement de la ligne de train Louvain-Charleroi, inaugurée en 1855, désenclave l’abbaye – elle est désormais accessible facilement depuis Bruxelles – et le tourisme se développe fortement à partir de cette époque. On a pour preuve de cet engouement l’efflorescence des guides touristiques parlant de ou consacrés à l’abbaye à partir des années 1850.

C’est via le rail que de grandes personnalités de l’aristocratie européenne arrivent à l’abbaye pour la visiter : en 1862, le prince Philippe, comte de Flandre et sa belle-sœur la princesse Marie-Henriette, duchesse de Brabant (future reine des Belges), accompagnés par six princes et princesses d’Europe ; en 1880, le roi et la reine des belges Léopold II et Marie-Henriette accompagné la princesse Stéphanie et de l’archiduc Rodolphe, prince héritier de l’Empire austro-hongrois.