Martin Fréminet né à Paris le et mort dans la même ville le est un peintre français.
Artiste maniériste rattaché à la seconde École de Fontainebleau, il est actif au début du . Après un voyage en Italie à la fin du , Fréminet revient en France en 1603, et se voit confier la réalisation des décors de la chapelle de la Trinité du château de Fontainebleau, œuvre maîtresse de sa carrière, aboutissement de ses recherches et de ses influences, qui le place comme l'un des derniers maîtres de l’école bellifontaine et l'un des derniers maniéristes français.
Fréminet est essentiellement peintre de scènes religieuses, mais rares sont les œuvres sûrement exécutées par sa main, car, à l'exception des décors de la voûte de la chapelle de Fontainebleau, seules quelques toiles lui sont attribuées avec certitude. Son style puissant et coloré doit beaucoup à son admiration pour l'œuvre de Michel-Ange, du Parmesan, et à sa découverte de l'école vénitienne.
Biographie Jeunesse et formation
Né à Paris le Paroisse Saint-Merry., Martin Fréminet étudie d'abord l’art de la peinture chez son père Médéric Fréminet, peintre jugé assez médiocre par André Félibien, Charles Blanc, Histoire des Peintres de toutes les Écoles, École Française, t-1, Paris, 1862, .. C’est dans cet atelier que Fréminet fait la connaissance de Toussaint Dubreuil, autre peintre de la seconde École de Fontainebleau.
Ses œuvres de jeunesse nous sont peu connues. Il est chargé de quelques travaux à Paris et peint à cette époque un Saint Sébastien pour l’église Saint-JosseJean-Aymar Piganiol de La Force, Description de Paris, de Versailles, de Marly… et de toutes les autres belles maisons et châteaux des environs de Paris, Paris, Poirion, 1742, , ., tableau disparu, aujourd’hui connu par une gravure de Philippe Thomassin. Cette œuvre aborde déjà une manière très italienne, assez peu naturaliste.
Voyage en Italie (1587-1603)
Contrairement à ses contemporains français, Fréminet part tôt en Italie pour poursuivre sa formation. Il arrive à Rome en 1587 ou 1588. Félibien indique que . En effet, Fréminet se lie avec le Cavalier d'Arpin, et devient l’ami du poète Mathurin Régnier et du graveur Philippe ThomassinSylvie Béguin, L'École de Fontainebleau, le maniérisme à la cour de France, Paris, édition d'art Gonthier-Seghers, 1960, .Lequel a cédé un grand nombre de gravures de tableaux de Fréminet, grâce auxquelles on connaît aujourd’hui certaines de ses œuvres disparues..
Il reçoit alors les pleines leçons des peintres maniéristes italiens, dans une Rome dominée par le style de Federigo Zuccaro. Il y acquiert sa virtuosité décorative et développe un art de l'effet, une rhétorique souple des figures penchées, étirées, retournées, qu'il élabore une palette chaude, d'un luminisme parfois assez violentCécile Scailliérez, « De François à Henri IV : une peinture savante », in: collectif, La Peinture française, éd. Place des Victoires, 2009, .. Il étudie les œuvres du Caravage et se prend de passion pour l’œuvre de Michel-Ange. Il découvre également les peintres bolonais Pellegrino Tibaldi et Le Parmesan, qui renforcent son style maniéré, il observe probablement l'œuvre de Giovanni Battista Trotti de Crémone.
On a peu de vestiges des œuvres romaines de Fréminet. Les gravures de Thomassin révèlent l’existence d’une Sainte famille (1589), d’une Annonciation (1591), d’une Flagellation, d’un Saint Sébastien, et d’un Baptême du Christ (1592)Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin (dir.), Dictionnaire de la Peinture, Paris, Larousse, 1987, .. Il réalise également la décoration d’une façade de palais en clair-obscur et reçoit la commande d'une Vierge pour Saint-Louis-des-Français.
Le jeune artiste se rend ensuite à Venise vers 1596, où sa découverte des œuvres de Paolo FarinatiCécile Scailliérez, « La Charité de saint Martin de Martin Fréminet entre au Louvre par dation », Revue des Musées de France. Revue du Louvre, 1-2008, . et surtout celles du Tintoret laisse une marque importante dans sa palette de couleurs.
On le retrouve ensuite à Turin vers 1599, où il travaille au service de la Cour de Savoie. On ignore presque tout de ses compositions lors de ce séjour, mais il semble travailler comme portraitiste. Le duc Charles-Emmanuel le charge de décorations mythologiques. Dans le même temps il se voit confier la réalisation de tableaux religieux, dont la Charité de saint Martin, conservée au musée du Louvre, qui date peut-être de cette période ; il pourrait s'agir du Saint Martin à cheval signalé dans l'inventaire des collections du duc de Savoie, mais d'après Cécile Scailliérez, les proportions des deux tableaux sont trop différentes pour laisser penser qu'il s'agit de la même œuvreCécile Scailliérez, , .. L'inventaire des collections de Charles-Emmanuel de Savoie, dressé en 1631, cite plusieurs tableaux peints par Fréminet. L'Adoration des Bergers (Gap, Musée Muséum départemental des Hautes-Alpes), provenant de l'hospice du col du Montgenèvre, a peut-être été réalisé par Fréminet, sur la route de son retour en France, et pourrait à ce titre avoir été peint vers 1602.
Retour en France
vignette|redresse|Le château de Fontainebleau, où travaille Fréminet à partir de 1608.
Il est rappelé en France par Henri IV en 1603, date à laquelle il reçoit les charges de peintre et valet de chambre du roi, en remplacement d’Étienne Dumonstier qui vient de mourirDominique Cordellier, « Martin Fréminet, “aussi sçavant que judicieux”, à propos des modelli retrouvés pour la chapelle de la Trinité à Fontainebleau », Revue de l'Art, , 1988, ., le . Le roi le charge en 1604 de la réalisation des décors de la chapelle de la Trinité du château de Fontainebleau, travail qu’il commence en 1608 et auquel il se consacrera jusqu’à sa mort. Les travaux seront achevés par Jean Dubois le Vieux et Francesco Bordoni. Cette œuvre colossale par ses dimensions, pour laquelle il est payé dès l’année 1608, est sans doute la dernière œuvre d’ampleur de l’École de Fontainebleau. Très populaire à la cour, , , il se lie d’amitié avec Jacques-Auguste de ThouMickaël Szanto, « Martin Fréminet et la chapelle de la Trinité à Fontainebleau, deux documents inédits de 1611 », Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 2003, ., il devient également le maître de dessin du dauphin Louis (futur Louis XIII), dont il exécute d’ailleurs un portrait aujourd’hui perduJournal de Jean Héroard sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1628), extraits de manuscrits originaux publiés par E.Soulié et Ed.de Barthelemy, Paris, 1868, (1601-1610), , ..
Poursuivant les travaux de la chapelle de la Trinité après la mort d'Henri IV (en 1610)Dominique Cordellier, « Le décor religieux, La chapelle de la Trinité », in: Henri IV à Fontainebleau, un temps de splendeur, [cat. expo.], château de Fontainebleau, 2010, ., il demeure, en 1611, au service de Marie de Médicis, en attente d’un projet de sépulture pour Henri IV : la reine mère devra le faire avertir . Cette situation précaire suggère une sorte de disgrâce dans la carrière de l’artiste, mais ses travaux et les honneurs qui lui sont rendus ne faiblissent pas pour autant. En 1615, il est anobli par le jeune Louis XIII, qui le fait également membre de l’ordre de Saint-Michel, grande distinction pour un peintre, laquelle montre ainsi que la faveur royale est toujours de son côté, même après la mort d’Henri IV et la disparition de tous les autres artistes de l’école bellifontaine.
Peu après avoir terminé l’essentiel des peintures de la chapelle de Fontainebleau, on le retrouve à Blérancourt, où il travaille aux décors d’une galerie, auprès de Barthélemy Tremblay, pour la famille PotierMickaël Szanto, « Martin Fréminet et la chapelle de la Trinité à Fontainebleau, deux documents inédits de 1611 », Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 2003, ., et participe à la réalisation du Cabinet Doré de Marie de Médicis au palais du Louvre (aujourd'hui perdu), tandis que Jacques-Auguste de Thou l'emploie à sa demeure de Cély.
Il meurt le et est enterré à l’abbaye cistercienne de Barbeaux le Charles Blanc, Histoire des Peintres de toutes les Écoles, École Française, , Paris, 1862, .. Son ami Barthélemy Tremblay érigera plus tard un mausolée pour abriter la dépouille du peintre. De ce monument (aujourd'hui disparu), il subsiste un buste représentant Martin Fréminet, conservé au musée du LouvreBase Atlas du musée du Louvre..
De son mariage avec Françoise d’Hoey (veuve du peintre Ambroise Dubois), il a un fils, Louis Fréminet (1616–1651), né rue des Francs-Bourgeois le , baptisé le paroisse Saint-Paul et parrainé par Jean Zamet (1548-1622), gentilhomme de la chambre du roiAuguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Plon, 1872, (en ligne).. Louis Frémiet devient écuyer, peintre, et garde des peintures de son père à la chapelle de la Trinité, aux côtés de Jean Dubois le Vieux, le fils d’Ambroise Dubois.
Son œuvre Le dernier maître de l’École de Fontainebleau
vignette|redresse|La Charité de saint Martin, , Paris, musée du Louvre.
Martin Fréminet a l’opportunité, au contraire de ses contemporains français, de réaliser un long voyage en Italie, qui marque durablement son style et lui permet de trouver l’art maniériste à sa source, et non par le prisme unique des décors de Fontainebleau (exécutés par Primatice et Rosso Fiorentino). Il puise directement dans les œuvres de Michel-Ange, du Parmesan et du Cavalier d'Arpin un style vif et puissant, un irréalisme des figures contorsionnées et une virtuositéDominique Cordellier, « Le décor religieux, La chapelle de la Trinité », in: Henri IV à Fontainebleau, un temps de splendeur, [cat. expo.], château de Fontainebleau, 2010, . dans le traitement des corps et le choix des couleurs. Sa façon insolite d’aborder la science anatomique fait de son œuvre celle d’un maniériste radical, voire excessif. Van Mander livre cette anecdote, qui résume l’audace et la perfection de ses figures peintes : Sylvie Béguin, L'École de Fontainebleau, le maniérisme à la cour de France, Paris, édition d'art Gonthier-Seghers, 1960, ..
Son admiration pour l'œuvre de Michel-Ange, et notamment pour les décors de la chapelle Sixtine, marque fortement son art et s'inscrit même dans le choix de ses sujets : dans la Charité de saint Martin, Fréminet place au fond de la scène un décor architectural reproduisant la place du Capitole de Rome, réaménagée par Michel-Ange après 1550, tandis que le personnage du mendiant s'apparente aux figures suspendues du Jugement dernier de la chapelle Sixtine, de même les corps tourmentés de la chapelle de la Trinité de Fontainebleau.
De son passage en Émilie, Fréminet garde la suavité et la sinuosité des figures du Parmesan. La grisaille conservée au musée du Louvre représentant Saint Jérôme endormi, se réfère nettement, par l'anatomie désarticulée et ondulante du saint, à La vision de saint Jérôme du Parmesan (Londres, National Gallery)Dominique Cordellier, « Martin Fréminet, “aussi sçavant que judicieux”, à propos des modelli retrouvés de la chapelle de la Trinité à Fontainebleau », Revue de l'Art, , 1988, .. On note également, dans la série des Évangélistes conservés au musée des Beaux-Arts d'Orléans, provenant du château de Richelieu, une influence du peintre Camillo Procaccini, notamment celle de ses réalisations à Saint-Prospère de Reggio d'ÉmilieMary O'Neill, Les Peintures de l'École Française des , musée des Beaux-Arts d'Orléans, 1980, .. On retrouve chez Fréminet la même science des couleurs vives, les mêmes grands aplats de couleurs, et les associations de vert sombre et de rouge vif.
vignette|redresse|L'Adoration des bergers, Gap, Musée Muséum départemental des Hautes-Alpes.