Alain Saint-Ogan, né le à Colombes et mort le à , est un auteur de bande dessinée et illustrateur français.
Connu pour avoir créé la série de bande dessinée humoristique Zig et Puce en 1925, Saint-Ogan a été l'un des principaux inspirateurs du Belge Hergé, créateur de Tintin.
Biographie : jeunesse et carrière
Une vie d'artiste
Enfance Alain Marie Joseph Paul Louis Fernand Lefebvre Saint-Ogan naît le à Colombes (ancien département de la Seine) de Joseph Lefebvre Saint-Ogan, écrivain et journaliste de 44 ans, et Louise Venaty, femme au foyer de 28 ansRegistre de naissance de Colombes 1895, page 81.. Issu d’une famille plutôt aisée, Saint-Ogan déménage rapidement à Passy, dans le arrondissement de Paris. En 1906, il rejoint au Caire son père, qui y est nommé rédacteur en chef du périodique l’Etendard égyptien. Sous l’influence de son père, Alain développe une véritable passion pour le monde de la presse ; le jeune Saint-Ogan passe le plus clair son temps à « chasser les autographes ». ou à organiser des jeux concours avec ses petites camarades. Cet engouement se traduit par la création, dès l’âge de douze ans, d’une revue bimensuelle, Le Journal des Deux Mondes ; le journal compte plus de deux mille abonnés dont le président de la République Armand Fallières et l’actrice Sarah Bernhardt et Saint-Ogan est célébré comme « le plus jeune rédacteur en chef du monde », par le quotidien britannique Daily Chronicle. Parallèlement, le jeune Saint-Ogan se découvre un talent d’illustrateur humoristique : son premier dessin parait en 1913 dans le quotidien Le Matin dans lequel il publie régulièrement des articles.
Jeunesse et formation pendant la Première Guerre mondiale Fort de son goût pour la presse et le dessin, il débute en 1914 un cursus à l’École nationale des arts décoratifs de Paris mais celui-ci tourne court : en effet, Saint-Ogan est mobilisé en 1916 pour aller combattre dans les Balkans. Cependant, Saint-Ogan profite des opportunités qu’offre la Première Guerre mondiale aux dessinateurs de presse. En effet, les journaux de l'époque assurent une propagande contre l’ennemi allemand et sont avides de dessins satiriques « anti-boches ».
Son succès lui fait ensuite intégrer le Tout-Paris des Années folles : Saint-Ogan est de toutes les manifestations mondaines.
Les premiers pas dans la bande dessinée
La Société des dessinateurs humoristiques Au lendemain de la guerre, Saint-Ogan fait partie de la Société des dessinateurs humoristiques, créée en 1904 par Charles Léandre et Louis Morin, qui organise annuellement un Salon des humoristes. L'artiste y acquiert une grande visibilité et surtout un réseau composé d’illustres personnalités de la bande dessinée comme Jean-Louis Forain ou encore Francisque Poulbot.
Un nouveau contexte de publication Avant la Première Guerre mondiale, les débouchés principaux des dessinateurs humoristes étaient encore les nombreuses revues satiriques, Saint-Ogan est donc l’un des représentants du changement de contexte de publication de la bande dessinée puisque c’est dans la grande presse quotidienne qu’il y fait ses premiers pas, notamment dans l’hebdomadaire Le Dimanche illustré et dans le quotidien L'Intransigeant. En effet, dans l’entre-deux guerres, la bande dessinée connait un premier essor et devient un objet de consommation de masse, ce qui induit des phénomènes comme celui du réemploi de dessins d’un journal à l’autre, tandis que la place du dessinateur au sein de la rédaction d’un journal tend à s’institutionnaliser, tout en restant précaire.
Ligne éditoriale Malgré la teneur nouvelle que prend la bande dessinée au lendemain de la Première Guerre mondiale Saint-Ogan conserve une ligne éditoriale assez traditionnelle, d’« amuseur de société », notamment en privilégiant un comique de situation et des dialogues humoristiques. Néanmoins, il se démarque de ses aînés par le trait de ses dessins plus minimalistes et sans modelage, proches du style Art déco....
Un « père » de la bande dessinée vignette|298x298px|Alain Saint-Ogan dans Paris-Soir du 7 novembre 1935.
La place de Saint-Ogan dans la bande dessinée Saint-Ogan est le premier auteur français à rompre avec le système archaïque de la bande dessinée, en utilisant les processus de la bande dessinée américaine tels que la séquentialité des images, la récurrence des personnages d'une séquence à l'autre et surtout l'emploi systématique du phylactère.
Le dessin pour enfant Dans les années 1920-1930, Saint-Ogan se dédie presque exclusivement à la bande dessinée enfantine.
En effet, il fait partie des réseaux multimédias qui visent à rassembler divers types de créateurs pour divertir les enfants, comme Pierre Humble, directeur du Théâtre du petit monde ou encore Jean Nohain rédacteur en chef du journal Benjamin. Il y utilise l'humour qu'il adapte à son jeune public, utilise par exemple le merveilleux, genre littéraire très présent dans la tradition enfantine, comme dans Les aventures de Mitou, Toti et Serpentin qui assistent à un défilé de personnages de contes de fées, issus des répertoires de Perrault, lors de leur excursion au « pays de l'imagination ».
Un public intergénérationnel Durant la Seconde Guerre mondiale, avec l’implication accrue du gouvernements de Vichy en faveur de la surveillance et de la moralisation des loisirs de l’enfant, Saint-Ogan se replie vers des considérations plus idéologiques, et des cercles plus institutionnels : État, ministère, syndicats, commissions officielles..
Il devient un chroniqueur régulier de Radio-Paris et de Radio-Luxembourg. Parallèlement, il devient rédacteur en chef du journal pour enfants Benjamin et y publie notamment sa série Trac et Boum. Saint-Ogan utilise l'humour comme passerelle entre ses deux publics.
En 1947, Saint-Ogan intègre l'équipe du Parisien libéré.. Il produira des dessins de presse jusqu'en 1960.
Saint-Ogan créé également des personnages éphémères utilisés pour les annonces publicitaires, on connait par exemple l'ours Prosper publié dans Le Matin., qui est ensuite devenu un produit dérivé, un jouet pour enfant.
L'œuvre : Zig et puce
Les personnages vignette|droite|redresse|Zig et Puce. Saint-Ogan intègre le monde de la culture enfantine par la presse : Zig et Puce, sa principale série, la plus célèbre et la plus durable, est lancée en dans l’hebdomadaire familial Le Dimanche illustré dont Saint-Ogan est, depuis les premiers numéros en 1923, un collaborateur fidèle.
Les personnages principaux sont Zig et Puce et l'histoire suit, à travers gags et aventures, leurs péripéties pour se rendre dans une Amérique idéalisée attirant les audacieux en soif de richesse.
En France, d'autres personnages sont commercialement présents en dehors du secteur de la presse, notamment avec le pingouin Alfred utilisé par la publicité et comme mascotte.
Avec ce pingouin ramené du Pôle Nord, les deux gamins voyageurs émerveillés créés par Saint-Ogan rencontrent des personnages pittoresques et connaissent auprès du public enfantin des années 1920 et 30, qui rêvait d'évasion et de rire, un formidable succès d'imagination.
Les aventures des personnages s’intègrent dans des univers variés issus aussi de la tradition du merveilleux et de mondes inventés. Dans le Zig et Puce au de 1935, Saint-Ogan place par exemple ces personnages dans un univers futuriste et urbain où ces personnages se déplacent même en voitures volantes. Zig et Puce visitent aussi d'autres pays comme l’Éthiopie en 1952. Les personnages croisent aussi des êtres féeriques comme l'ogre du Petit Poucet de Charles Perrault, notamment dans Caddy-Caddy où ils voyagent au pays des nains puis au pays des géants. Les univers sont donc variés et agrémentent la narration, la constituent et laissent place à l'imagination des enfants.
Inspiration Zig et Puce ont fait de Saint-Ogan l'un des auteurs classiques du répertoire de la littérature enfantine. L'auteur s’intègre alors dans une continuité avec le merveilleux et d'illustration de conte.
Saint-Ogan construit finalement un merveilleux syncrétique susceptible d'accueillir et de fusionner toute sorte de références, même habituellement antagonistes. Cette théorie se trouve confirmée par la définition qu'il donne du merveilleux dans son livre de mémoires, Je me souviens de Zig et Puce (1962) : : « Le ballet de billes et de boules se mouvant dans l'espace, auquel nous assistons dans le ciel avec les planètes et leur satellite, et, dans l'atome, avec les protons, les neutrons et les électrons, n'est-il pas dans le domaine des récits féériques ? ».
La culture enfantine lui permet donc de diversifier considérablement ses supports de diffusion et d’acquérir une notoriété que le dessin de presse n’aurait pas forcément pu lui offrir. Les séries qu’il crée pour la presse sont reprises en albums, selon un système éditorial encore hésitant qui se consolide après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1930, la librairie Hachette joue un rôle majeur dans la publication d’albums d’histoires en images pour les enfants : elle est le principal éditeur de Saint-Ogan. La diversification des supports se voit aussi dans l’amplification du succès des héros de Saint-Ogan au sein d’une culture enfantine rapprochant différents médias. Zig et Puce, Mitou, Toti et l’ours Prosper deviennent des héros rassembleurs et rémunérateurs pour l’industrie du disque et du jouet, pour la radio, au théâtre, et dans de nombreuses « fêtes de l’enfance ».
Alain Saint-Ogan se lie durant les années 1930 au journal pour enfants Benjamin, dont Jaboune (Jean Nohain) est rédacteur en chef. Il est régulièrement sollicité lors d’événements qu’organise le journal pour ses jeunes lecteurs, des « fêtes de l’enfance » où les héros de Saint-Ogan sont mis en scène. En , Benjamin organise un gala de la jeunesse au Cirque d’Hiver sur le modèle des galas de charité d’adultes. Saint-Ogan y rentre sur la piste dans un grand défilé des « 12 pingouins Alfred » devant les yeux ébahis des enfants. Plus qu'un homme de presse et dessinateur, Saint-Ogan est aussi un homme du spectacle.
Traitement et méthodes artistiques Des auteurs attribuent à Saint-Ogan la paternité du phylactère. Dans la ligne Hergé de la bande dessinée, l'auteur des aventures de Tintin reste influencé par le travail de Saint-Ogan mais c'est surtout l'influence américaine grandissante qui pousse à l'innovation. . Saint-Ogan avait une « bédéphilie » nostalgique encore obsédée par le tropisme américain comme mythe fondateur du média et d'un âge d'or révolu mais il reste le dessinateur profondément français, voire violemment anti-américain. Lors des débats de l'immédiat après-guerre sur la « démoralisation » de la jeunesse, Saint-Ogan souligne : « ce qui est nuisible, c'est l'absurdité des récits, l'immoralité des sujets, l'illogisme et l'absence de mesure. […] Tributaires de certaines agences de reproduction étrangères (dont les originaux ne sont pas publiés dans les journaux pour enfants, mais pour des journaux d'adultes) [les éditeurs] mettent à leur manière « du sang à la une. ». Cette dernière expression exprime le goût des illustrateurs et de la presse pour les faits divers et le sensationnel. La mise en page ou le récit complet et descriptif amène le lecteur de tout âge à vivre l’événement relaté. Les critiques ramènent ces méthodes à une forme de voyeurisme.