thumb|150px|Angola

L'affaire des ventes d'armes à l'Angola, ou Angolagate ou affaire Mitterrand-Charles Pasqua, est une affaire d’État concernant une vente d'armes soviétiques d'un montant total de 790 millions de dollars américains au gouvernement du président angolais José Eduardo dos Santos en 1994, alors que la guerre civile angolaise venait de reprendre entre le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) au pouvoir et l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA) dirigée par Jonas Savimbi. La justice française reprocha à plusieurs personnalités du monde des affaires et de la politique française d'avoir, de 1993 à 1995, vendu à l'Angola des armes provenant de l'ancien bloc soviétique sans avoir reçu d'autorisation de l'État français.

Contexte Le , le président de l'Angola, José Eduardo dos Santos (chef du MPLA, longtemps soutenu par Cuba et l'URSS), rencontre Jonas Savimbi, chef de l'UNITA (mouvement qui a la faveur des États-Unis) à Lisbonne, au Portugal, pour signer les accords de Bicesse, un accord de paix qui est censé mettre fin à la guerre civile, avec la médiation du gouvernement portugais. Ces accords sont favorisés par la fin de la guerre froide et l'embargo sur les ventes d'armes décrété par l'ONU.

Les Accords de Bicesse organisent un processus de paix qui implique la démobilisation des effectifs excédentaires des combattants actifs des deux camps (au total de ) et l'intégration des rebelles de l'UNITA (armée d'environ ) dans les Forces Armées Angolaises (FAA).

L'Angola tient une élection présidentielle en 1992. Au premier tour Dos Santos, contre toute attente, obtient officiellement 49,57 % des suffrages contre 40,6 % pour Savimbi. Savimbi déclare que l'élection n'est ni libre ni équitable et refuse de participer au second tour si bien que l'UNITA reprend la guérilla, capturant cinq des dix-huit capitales provinciales de l'Angola. Ce mouvement remporte alors victoire sur victoire au point de se rapprocher de la capitale. Dos Santos, acculé, sollicite un vieil ami pour obtenir des ventes d'armes de la part du gouvernement français. Cet ami de toujours, Jean-Bernard Curial, militant socialiste responsable des affaires africaines et tiers-mondiste convaincu, fait passer le message à Jean-Christophe Mitterrand, ancien responsable de la cellule africaine de l'Élysée, mais le président Mitterrand refuse car il est en cohabitation et des ministres comme François Léotard à la Défense sont plutôt en faveur de l'UNITA. Curial s'adresse alors à Pierre Falcone, qui se charge de livrer les armes via sa société Brenco. Agent représentant exclusif de la Sofremi (Société française d'exportation du ministère de l'Intérieur), Falcone se présente habilement comme un représentant du ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, pour rassurer ses clients congolais, et fait appel à l'homme d'affaires Arcadi Gaydamak, qui sert d'intermédiaire (via une société slovaque, la ZTS-Osos, représentée en France par la Brenco), pour 500 millions de dollars de livraisons d'armes achetées en Ukraine et en Tchécoslovaquie. Plusieurs contrats sont signés de à 1999.

Liste des armes livrées Il y a en tout deux livraisons pour un montant total de 790 millions de dollars. Elles comprennent des armes individuelles et lourdes, des munitions, du matériel de génie, des transports, des blindés, des hélicoptères, des navires de guerre et détonateurs et mines antipersonnelBlog de Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire pour Le Monde, 6 octobre 2008 prdchroniques.blog.lemonde.fr. Ce sont ces mines qui ont le plus choqué les médias français et étrangers car elles ont été utilisées pour une guerre qui aurait fait entre et un million de morts dont une majorité de civilsRFI, 7 octobre 2008.

La première livraison : 30 chars de type T-62 de fabrication soviétique d’une valeur de $/pièce, 40 véhicules de combat d'infanterie de type BMP-2 de fabrication soviétique d’une valeur de $/pièce, fusils d'assaut AK-47, 50 lance-grenades automatiques, 150 lance-flammes à roquette, 24 canons autopropulsés de , 6 canons de , 18 mitrailleuses de défense antiaérienne, 12 lance-roquettes de , 8 lance-roquettes multiples, munitions de calibre , munitions de calibre , grenades à fragmentation de , grenades de , obus de mortier de , projectiles pour canon de , grenades à main défensives, grenades à main offensives, grenades antipersonnel, munitions explosives de , détonateurs pour cartouches, obus de pour chars, de pour chars.

La seconde livraison, plus importante : 50 chars de type T-62, 300 véhicules de combat d’infanterie, 50 véhicules de transport de troupes blindés, 15 véhicules blindés d’évacuation, fusils mitrailleurs, 250 lance-grenades automatiques AGS-17, 500 lance-roquettes RPG-7, 315 mortiers de , 6 canons de , 12 canons autopropulsés de , 36 obus pour canon de , 18 lance-roquettes multiples, 48 mitrailleuses de défense antiaérienne, 24 canons de , lance-flammes à roquette, cartouches de , cartouches de , grenades PG-7, grenades à fragmentation de , grenades de , obus de mortier de , obus de , obus de , obus de , obus de , obus pour canon de , obus de , grenades à main défensives, grenades à main offensives, mines antipersonnel, détonateurs pour mines antipersonnel, 80 véhicules 4×4, 820 camions tout-terrain 4×4, 370 camions tout-terrain 6×6, 60 ambulances, 12 hélicoptères, 4 moteurs d’avion, 6 navires de guerre dont 2 vedettes de patrouille et 2 vedettes lance-missiles, des matériels du génie militaire au nombre desquels 6 ponts métalliques mécaniques, 5 véhicules de transport amphibie, 5 ponts autopropulseurs et un pont flottant métallique de , divers articles comme des boussoles, des systèmes de vision nocturne, des gilets pare-balles, des cartouchières, des tenues de camouflage, des masques anti-gaz, des uniformes complets, des compresseurs, des citernes d’eau, des explosifs.

Chronologie Le , les enquêteurs se saisissent d'un projet de contrat de vente d'armes russes à destination de l'Angola, annoté de la main de Jean-Charles Marchiani. Le pôle économique et financier du parquet de Paris se saisit d'une affaire de blanchiment d'argent entre la France et le Maroc et confie le dossier aux juges d'instruction Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez. Ces derniers interrogent l'avocat fiscaliste Allain Guilloux.

Année 2000 Le , l'avocat Allain Guilloux est mis en examen et écroué pour « abus de confiance » et « blanchiment aggravé ». Lors d'une perquisition à son cabinet parisien, les enquêteurs ont en outre mis la main sur le dossier fiscal de Pierre Falcone et le dossier d'un homme d'affaires franco-israélo-canado-angolais d'origine soviétique, le milliardaire Arcadi Gaydamak, qui intéresse fortement le fisc français. Les juges remontent également jusqu'à la société Brenco International.

Le , une perquisition a lieu au domicile d'Isabelle Delubac, secrétaire de Pierre Falcone. Les enquêteurs saisissent des disquettes informatiques comportant une liste de personnes et de sociétés possiblement rémunérées par Brenco International : Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali et Jean-Charles Marchiani.

Le , une perquisition est réalisée au domicile parisien de Jean-Charles Marchiani, ainsi qu'au siège du Rassemblement pour la France (RPF) à Neuilly-sur-Seine et au conseil général des Hauts-de-Seine, tous deux présidés par Charles Pasqua. Le RPF est soupçonné d'avoir bénéficié d'une partie de l'argent provenant des ventes d'armes négociées par la Brenco. Charles Pasqua est entendu comme témoin.

Le , Isabelle Delubac et le directeur commercial de la Brenco sont mis en examen et écroués. Jean-Charles Marchiani est interrogé comme témoin.

Le , Pierre Falcone, conseiller de la Sofremi (Société française d'exportation du ministère de l'Intérieur), est mis en examen et écroué pour « commerce d'armes illicite, fraude fiscale, abus de biens sociaux et trafic d'influence ». Il est soupçonné d'avoir vendu sans autorisation, en 1993 et 1994, pour 500 millions de dollars de matériels militaires à l'Angola. Les enquêteurs perquisitionnent chez Jacques Attali et Jean-Christophe Mitterrand, soupçonnés d'avoir effectué des missions suspectes en Angola.

Le , un mandat d'arrêt international est délivré contre Arcadi Gaydamak, en fuite en Israël. Il est soupçonné, comme son associé Pierre Falcone, d'avoir dissimulé au fisc les bénéfices dégagés par les ventes d'armes à l'Angola.

Le , l'ancien directeur général de la Sofremi Bernard Poussier est mis en examen et écroué pour « recel d'abus de biens sociaux, recel d'abus de confiance et trafic d'influence ». Il admet avoir reçu de Pierre Falcone la somme de en liquide.

Le , Jean-Christophe Mitterrand, conseiller pour les Affaires africaines à l'Élysée de 1986 à 1992, est mis en examen et écroué à la prison de la Santé pour « complicité de commerce d'armes illicite, trafic d'influence par une personne investie d'une mission de service public, recel d'abus de biens sociaux, recel d'abus de confiance et trafic d'influence aggravé ». Soupçonné d'avoir reçu d'importantes sommes d'argent pour faciliter la vente d'armes, en 1993 et 1994, au gouvernement angolais, il reconnait avoir perçu une « rémunération » de 1,8 million de dollars (13 millions de francs) de la Brenco sur un compte en Suisse, mais nie toute participation à un trafic d'armes.

En , l'écrivain Paul-Loup Sulitzer, soupçonné d'avoir été rémunéré pour faciliter la conclusion de contrats de ventes d'armes à l'Angola, est mis en examen pour « recel d'abus de confiance, recel d'abus de biens sociaux, trafic d'influence » mais laissé en liberté. Il avoue avoir touché 1,2 million de francs, mais nie également être mêlé à un trafic d'armes.

Le , Isabelle Delubac est remise en liberté.

Année 2001 Le , la cour d'appel de Paris ordonne la remise en liberté, sous contrôle judiciaire, de Jean-Christophe Mitterrand, contre le versement d'une caution de 5 millions de francs. Refusant de se « déshonorer » en payant une « rançon » (expression de Danielle Mitterrand), il reste en prison.

Le , une perquisition, est réalisée à la Sofremi. Les enquêteurs soupçonnent la société d'avoir favorisé des exportations d'armement vers l'Angola en dépit des interdictions gouvernementales. Certains de ces contrats auraient été conclus par Brenco International.

Le , les comptes de la liste menée par Charles Pasqua aux élections européennes de sont placés sous séquestre. Les juges suspectent le RPF d'avoir perçu une somme de dollars pour le financement de sa campagne, versés par Brenco.

Le déjà contestée sur plusieurs points importants, l'enquête est menacée par une nouvelle irrégularité de procédure. Exhumant un décret de 1939, l'avocat d'Arcadi Gaydamak affirme que les juges ne pouvaient enquêter sur un trafic d'armes, ni engager des poursuites sans l'autorisation du gouvernement.

Le une perquisition est effectuée dans les locaux de Brenco. Dans un entretien au Figaro, Henri Hurand, président de la Sofremi, lève le voile sur les dérives qui ont été commises.

Le Jean-Christophe Mitterrand sort de prison, quelques heures après que sa mère, Danielle Mitterrand, a déposé le montant de la caution au palais de Justice de Paris.

Le la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris examine trois requêtes en nullité déposées par plusieurs avocats, dont celui d'Arcadi Gaydamak. Ils contestent la validité de la procédure conduite par les juges Courroye et Prévost-Desprez, qui auraient dû se conformer au décret de 1939 et solliciter une autorisation du gouvernement. Le parquet général requiert l'annulation de l'instruction et des poursuites pour « commerce d'armes illicite ».