René Château, né le à Mouthiers-sur-Boëme (département de la Charente), mort le à Siecq (département de la Charente maritime), connu aussi sous le pseudonyme de Jean-Pierre Abel, est un philosophe, militant radical-socialiste et collaborateur français.

Biographie René Eugène Armand Château est le fils d'un couple d'instituteurs.

Son père, Eugène Château, né en 1878 à Aizecq (Charente), est mobilisé durant la Grande Guerre au sein de la 12e section d'infirmiers militaires.

Son frère, Jean Château, est philosophe et enseignant de sciences de l'éducation.

René Château effectue ses études secondaires au lycée d'Angoulême. Entre 1924 et 1927, il effectue ses études supérieures en classes préparatoires littéraires au lycée Henri-IV à Paris, où il est l'élève d'Alain. En 1927, il est reçu à l'École normale supérieure. En 1930, il est reçu, le huitième, à l’agrégation de philosophie.

À l'École normale supérieure, il est à l'animation d'un fort courant pacifiste parmi les élèves. Avec un ancien camarade d'Henri-IV, Jacques Ganuchaud, il est à l'origine d'une pétition des élèves portant au droit de refus de commander pour les étudiants de l'École. Son refus du militarisme le poussera à adopter une attitude d'objection de conscience vis-à-vis des programmes de préparation militaire qui était alors réservé aux jeunes hommes normaliens.

Ayant obtenu en 1930 l'agrégation de philosophie (où il est reçu ), il est nommé professeur au lycée de La Roche-sur-Yon. Il réalise son service militaire entre 1932 et 1933 à La Rochelle puis à Angoulême ; il est ensuite nommé professeur de philosophie au lycée de La Rochelle, où il commence une carrière politique : en 1935, il est candidat, sans succès, à l'élection municipale.

Homme de gauche proche de Gaston Bergery, membre de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, il est franc-maçon, initié au Grand Orient de France Il est élu en 1936 député de Charente-Inférieure sous l'étiquette du Parti radical-socialiste Camille Pelletan. À la Chambre des députés, il est remarqué par ses prises de position radicalement pacifistes« René Chateau », DBMOF..

À l'Assemblée nationale en , il signe la Jean-Paul Cointet, Pierre Laval, Fayard, 1993, p. 264. de Gaston Bergery, avant de voter les pleins pouvoirs à Philippe Pétain.

Sous l'Occupation, il entre à L’Œuvre de Marcel Déat, puis il est nommé à la direction de La France au travail, quotidien qui deviendra La France socialiste, et où il dénonce, en 1942, le et s’en prend particulièrement à cette dernièreLa France socialiste, 19-30 août 1942.. Il défend dans ce journal une ligne républicaine, socialiste et laïque, mais aussi et surtout, paradoxalement, pacifiste tout en se conformant aux attentes des autorités de l'occupation. Mais il s'éloigne de Déat, auquel il reproche ses positions maximalistes et, en 1943, il est exclu du Rassemblement national populaire (RNP). Il se consacre dès lors à sa Ligue de pensée française, qui regroupe des intellectuels pacifistes de gauche, certes pro-allemands mais rebutés par la nazification du RNP.

Il est arrêté le pour faits de collaboration et détenu à l'Institut d'hygiène dentaire et de stomatologie pendant soixante-seize jours par les Francs-tireurs et partisans (FTP). Dès la Libération, cet immeuble avait été réquisitionné par les Forces françaises de l'intérieur (FFI) et transformé en centre de détention pour collaborateurs. Château rédige le récit de sa propre détention, qu'il intitule L'Âge de Caïn et publie en 1947 sous le pseudonyme de Jean-Pierre Abel. Il y critique sévèrement les méthodes employées par les forces de la Libération envers les détenusCf. Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, ., s'attaquant à ce qu'il juge être de l'épuration .

Pendant les années 1950, Château reprend ses publications philosophiques sous son véritable nom ; il écrit divers ouvrages d'introduction à la politique et à la littérature. Il est journaliste à La République du Sud-Ouest et professeur de philosophie au lycée Hoche de Versailles.

Il est inhumé au cimetière de Siecq.

Œuvres Sous le pseudonyme de Jean-Pierre Abel : L'Âge de Caïn : premier témoignage sur les dessous de la libération de Paris, Paris, Les Éditions nouvelles, 1947« La Femme qui riait », extrait de L'Âge de Caïn. Lire en ligne sur le site de Gilles Primout, Libération de Paris (consulté le 28 février 2012).. Sous le nom de René Château : À la recherche du temps futur, recueil d'articles, Denoël, 1944. Introduction à la politique : cours d'initiation sociale, civique et humaine, préf. d'Alain, publications Chateaubriand, 1947. Petit traité rationnel de la dissertation philosophique, publications Chateaubriand, 1947. La Philosophie par les textes, publications Chateaubriand, 1947-1951. Introduction à la littérature, préf. d'André Maurois, publications Chateaubriand, 1952. Politique et religion, Berger-Levrault, 1955.

Notes et références

Voir aussi Sources

« René Chateau », dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron et Claude Pennetier, Claude Pennetier, 1997.

Articles connexes Antisémitisme Régime de Vichy

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