La littérature occitane rassemble l'ensemble du corpus littéraire composé en langue d'oc. Chronologiquement ce corpus s'étend sur plus de mille ans depuis le Moyen Âge jusqu'à l'époque contemporaine et rassemble géographiquement des écrivains originaires de plusieurs pays de langue d'oc (tels que le Limousin, l'Auvergne, la Guyenne, la Gascogne, le Languedoc, le Rouergue, le Béarn, la Provence, le Vivarais, Nice, les Vallées Occitanes d'Italie) mais également (et ce depuis le Moyen Âge) des écrivains d'outre-mer ou issus d'une diaspora occitane ; de plus, certains écrivains totalement étrangers de naissance à la langue d'oc l'ont adoptée par la suite.

La littérature en langue d'oc, souvent et largement méconnue, couvre un grand nombre de genres de styles et de registres ; d'une manière non exhaustive on peut souligner l’existence en occitan de théâtre médiéval, Renaissance, baroque, de livrets d'opéra, de chansons de gestes, de romans philosophiques, burlesques, romantiques, de poésies lyriques, d'églogues, de textes sacrés, de textes scientifiques, légaux, de recueils épistolaires.

Émergence La littérature occitane est apparue dans le courant du IXe siècle ou du Xe siècle dans des circonstances mal connues. Pour des raisons inconnues, des auteurs de cette période ont commencé à abandonner l'usage du latin, langue des élites depuis la période romaine, au profit de la langue vernaculaire. Cette transition fut progressive : des expressions occitanes apparurent progressivement dans les textes latins. Ainsi, l'œuvre la plus ancienne identifiée écrite en occitan est l'incantation Tomida femina qui était certainement utilisé pour diminuer les douleurs de l'accouchementLe texte est incomplet et sa datation n'est pas certaine. On la situe en général entre le et le .. D'autres fragments d'œuvres confirment le développement de la littérature occitane durant cette époque. Ils sont cependant très incomplets et la distinction entre les formes médiévales de l'occitan et du catalan n'est pas toujours aisée.

Les premiers textes littéraires connus datent de la seconde moitié du XIe siècle comme la Chanson de sainte Foy ou Las, qu'i non son spavir astur. Cependant, ils sont à l'origine de questions sur l'émergence de la littérature occitane car ils montrent l'existence en Occitanie d'une maîtrise déjà très bonne de la poésie qui préfigure celle de la poésie des troubadours de l'âge d'or. Ses thématiques principales, dont tout particulièrement l'amour, sont déjà présentes et la littérature occitane semble ainsi à son apogée dès son apparition, ce qui semble impossible.

La littérature occitane du doit donc être le fruit d'une maturation de la tradition littéraire plus ancienne dont l'origine est totalement inconnue. Selon certaines hypothèses, elle fut influencée par la littérature arabe d'Al-Andalus mais un essor régional ne peut pas être exclus. En tous cas, le premier troubadour officiel est le duc Guillaume IX d'Aquitaine (1071-1126). Son œuvre marque le commencement de l'âge d'or de la littérature occitane.

L'Âge d'or

L'Âge d'or de la littérature occitane correspond à la période des troubadours et atteint son apogée pendant le .

La poésie lyrique Contexte général La poésie lyrique fut le genre dominant de l'Âge d'or. Il fut certainement inspiré par la poésie latine médiévale car la plupart des métaphores présentes dans les textes occitans se trouvent aussi dans les œuvres des auteurs latins du Moyen Âge. De plus, la majorité des troubadours, qui faisaient partie de l'élite intellectuelle, devait nécessairement connaître le latinAu début de l'Âge d'or de la littérature occitane, les troubadours étaient généralement des nobles pauvres ou des clercs. Cependant, petit à petit, des marchands et des artisans ont intégré leurs rangs (Elias de Barjols, Elias Fonsalada, Perdigon, Elias Cairel, Arnaut de Mareuil). En tout cas, la maîtrise de l'écriture poétique nécessitait une bonne éducation selon les critères de l'époque. Le latin est alors un des domaines les plus importants de l'éducation médiévale..

Cependant, contrairement aux poètes latins, les troubadours arrêtèrent de s'adresser à des entités abstraites comme la sagesse. À la place, ils innovèrent grâce à l'adoption de la femme comme sujet et destinataire de leurs œuvres. Ainsi, ils considèrent la femme comme une personne digne d'amour et d'amitié. Ce fut une rupture importante avec les idéaux médiévaux du moine et du chevalier. En effet, si le fin'amor n'était pas opposé à la religion, il était un idéal laïc et courtois. De plus, il demandait une perfection nouvelle qui était opposée à l'égoïsme individualiste.

Il faut aussi faire la distinction entre le troubadour, le poète qui compose de la poésie, et le jongleur, qui ne compose pas mais chante les poésies des troubadours. Beaucoup de troubadours étaient aussi jongleurs et chantaient ainsi leurs propres compositions.

Thèmes principaux

La poésie lyrique des troubadours avait trois thèmes principaux : l'amour, l'actualité et le débat. Le premier demeurait cependant plus prestigieux car il était directement lié au fin'amor. Plusieurs œuvres théoriques furent ainsi écrites pour expliquer les règles et les distinguer les notions importantes de l'argumentation (la razon), le vocabulaire (les motz) et le son (la mélodie, la musique et la métrique). De plus, la poésie des troubadours demandait de montrer rapidement la perfection de l'amour grâce à la perfection, la nouveauté et l'inventivité des techniques littéraires et musicales. Cela donna naissance à plusieurs styles différents de chansons :

Le trobar lèu qui était une composition simple qui devait demeurer claire. Le trobar ric qui était une composition sophistiquée. Le trobar clus qui était une recherche d'hermétisme et dont la compréhension était limitée à un cercle d'initiés.

L'actualité était surtout traitée dans le genre des sirventés qui permettait de parler de politique, d'attaquer un ennemi, de soutenir une expédition militaire (plus particulièrement une croisade) ou de pleurer une disparition. Différent des chansons, le sirventés était donc un poème rapide destiné à un public large. Son style était donc en général simple et clair, et l'auteur ne pouvait normalement pas inventer une nouvelle métrique. À la place, il reprenait celle d'une chanson déjà existante ou, plus rarement, celle d'un autre type d'œuvre comme la pastourelle.

Enfin le débat était chanté selon un ensemble de règles généralement considérées comme divertissantes. Appelé jòc partit ou partimen, ce genre permettait à deux auteurs de se défier. Pour cela, le premier provoquait le second et lui demandait de choisir entre deux propositions d'une alternative souvent comique ou plus grotesque. Ce genre permettait certainement, contrairement aux deux autres, une certaine improvisation.

La langue des troubadours

Les troubadours écrivaient dans une langue d'oc commune que l'on désigne sous le nom de « koinè » (en référence à son équivalent grec) qu'il désignaient par les termes de « provençal », « limosin » (sans référence directe à ces régions et à leur parlers occitans locaux) ou « langue romane » (« provençal », « lemosin », « lenga romana »), néanmoins Raimbaut de Vaqueiras composa un poème en plusieurs langues dans lequel deux paragraphes séparés revendiquent respectivement le gascon et le provençal (le second incluant théoriquement le premier, du moins pour les troubadours gascons) ; il est, de fait, le premier écrivain connu ayant écrit en gascon. Il est à souligner également qu'en tant que souverain de langue normande et maître de l'Aquitaine occitane, le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion a écrit des vers en langue d'oc (Martín de Riquer le compte ainsi parmi les troubadoursRiquer, Op. cit.).

Les principaux troubadours

À partir du , Guillaume IX d'Aquitaine (Guilhem IX) ouvrit l'ère des troubadours et trobairitz qui vit briller la langue d'oc à travers toute l'Europe et jusqu'au Comté de Tripoli (territoire d'outre-mer associé en littérature à l'« hagiographie » du troubadour et seigneur de Blaye Jaufré Rudel).

Les Précurseurs L'usage distingue généralement plusieurs générations de troubadours. Ceux des précurseurs regroupe Guillaume IX d'Aquitaine, Eble II de Ventadour (1086-1155), Macabru (vers 1110-1150), Jaufré Rudel (vers 1113-1148 ou 1170) et Cercamon (actif entre 1132 et 1150). Leur œuvre est connue partiellement car la majeure partie de leurs textes est perdue. L'amour courtois fut leur sujet principal, notamment pour Jaufré Rudel qui décrivit son amour impossible pour la comtesse Hodierne de Tripoli et qui participa, selon la légende, à la Seconde Croisade pour la rencontrer et y trouva la mort. Ce thème de l'amour de loin (amor de lonh) inspira la pièce La Princesse lointaine d'Edmond Rostand et l'opéra L'Amour de loin de Kaija Saariaho (née en 1952). Le travail de Macabru est aussi assez riche : il est l'auteur de la première pastorelle connue, il fut l'un des précurseurs du trobar clus et critiqua le fin'amor dans plusieurs de ses sirventés. Enfin, la totalité des textes d'Eble de Ventadour est malheureusement perdue bien que son influence sur la première génération soit attestée par plus d'un témoignage de cette période.

La période classique Après cette première époque, vient la période qui couvre la moitié du et la première décennie du . Parfois appelée « période classique » de la poésie lyrique occitane, elle vit un renouvellement important des techniques et constitua l'apogée de la littérature des troubadoursLa moitié des œuvres des troubadours que nous connaissons aujourd'hui furent composées entre 1180 et 1220 : William D. Paden, Troubadours and History, The world of Eleanor of Aquitaine : literature and society in southern France between the eleventh and thirteenth centuries, ed. Marcus Bull and Catherine Léglu, 2005, p. 161.. Par exemple, Guiraut de Bornelh (1138-1215), surnommé le « maître des troubadours » par ses contemporains, inventa et formalisa les règles du trobar lèu. Ce travail fut amélioré par Bernard de Ventadour (vers 1125-1195), disciple d'Eble de Ventadour, qui établit aussi la forme « classique » de la poésie occitane. Le trobar clus fut surtout développé par Pèire d'Alvernhe (actif entre 1149-1170) qui est l'auteur de textes ésotériques et complexes largement inspirés par les thématiques morales de Macabru. Enfin, il faut citer Arnaut Daniel (vers 1150-1210) qui, pour exprimer ses sentiments, utilisa aussi des métriques, des expressions et des formes très complexesBarbara Smythe, Trobador Poets Selections from the Poems of Eight Trobadors. Chatto & Windus, 1911, p. 105.. Il laissa ainsi plusieurs poèmes érotiques et il inventa la sextine qui connut un grand succès. Dante et Pétrarque lui exprimèrent une admiration inconditionnelle.

Parmi les autres troubadours majeurs de la période, on peut citer : le duo formé par Raimbaut d'Aurenja (vers 1140-1173) et Béatritz de Diá (vers 1140-1175) qui devint célèbre pour son tenson ; Bertran de Born connu pour avoir dit qu'il utilisait aussi bien son épée que ses sirventés dans les conflits entre Henri II d'Angleterre et son fils rebelle, bien que l'importance de sa contribution dans les évènements de cette époque aient été exagérés ; Pèire Vidal de Toulouse, poète d'inspiration variée qui devint riche grâce aux présents que lui ont offert les nobles les plus importants de cette époque ; Guiraut de Bornelh, lo macsire dels trobadors, maître de l'art du trobar clus, bien qu'il nous ait aussi laissé des chansons d'une simplicité charmante ; Gaucelm Faidit, qui a écrit un lament touchant sur la mort de Richard Cœur de Lion ; Folquet de Marseille, le plus grand penseur parmi les poètes sur Sud, qui de marchand et troubadour est devenu abbé et finalement évêque de Toulouse.

Les troubadours de la période tardive et les troubadours étrangers