Le Champ-de-Mars est un vaste jardin public entièrement ouvert, situé à Paris dans le quartier du Gros-Caillou du , entre la tour Eiffel au nord-ouest et l'École militaire au sud-est. D'une superficie de , le jardin du Champ-de-Mars est l'un des plus grands espaces verts de Paris.

Site prestigieux par son histoire et sa qualité paysagère exceptionnelle, le Champ-de-Mars est un site classé depuis 1956 et fait partie du site Paris - Rives de la Seine inscrit en 1991 au patrimoine mondial de l'Unesco. Il est environné par plusieurs espaces paysagers et monuments bénéficiant de protections patrimoniales : palais de Chaillot, jardins du palais de Chaillot, pont d'Iéna, tour Eiffel, École militaire.

Origine du nom Son nom vient du Champ de Mars romain (et donc du dieu romain de la guerre, Mars, en écho avec l'École militaire voisine). « Champ de Mars » désignait à l'origine, dans une ville, un vaste espace destiné aux manœuvres et aux parades militaires ; c'est pourquoi on trouvait un champ de Mars dans beaucoup de villes de garnison.

Historique

Ancien Régime

Terrain de manœuvre militaire Jusqu'au milieu du , l'emplacement du Champ-de-Mars était une partie de la plaine de Grenelle, également marais de la Grenouillère, consacrée à la culture maraîchère. La comédienne Adrienne Lecouvreur y est enterrée en 1730Marie Laurence Netter : Du Théâtre à la Liberté: Dans les coulisses des Lumières..

La construction de l'École militaire, par Gabriel, entraîne en 1765 sa destination de champ de manœuvre militaire. D'abord prévu au sud de l'École, à l'emplacement actuel de la place de Fontenoy, le terrain militaire de l'École est finalement aménagé au nord et Gabriel décide d'orienter vers lui la façade noble de l'École militaire qui ferme encore aujourd'hui le Champ-de-Mars.

Bordé au sud par la façade de Gabriel, à l'est et à l'ouest par des champs cultivés, au nord par la Seine dominée par les collines de Chaillot et de Passy, le Champ-de-Mars mesurait à l'origine près de 900 m de longueur sur 400 m de largeur. Les avenues de La Bourdonnais et de Suffren sont tracées en 1770 pour le délimiter et il était plus étendu avant le lotissement de terrains réalisé en 1907. Il débouchait au nord sur la rive gauche de la Seine face à l'île des Cygnes (emplacement actuel du pilier nord-est de la tour Eiffel)Pierre Thomas Nicolas Hurtaut, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, 1779 (en collaboration avec Pierre Magny)..

Le Champ-de-Mars était entouré d'un fossé sec maçonné de 10 m de largeur et 2 m de profondeur bordé de deux murets d'appui. On pouvait le franchir par cinq entrées accessibles par des ponceaux, chaque entrée étant gardée par deux guérites en pierre surmontées d'une fleur de lys et par une grille en fer forgé à deux vantaux. Deux entrées donnaient sur les longs côtés vers Paris et Grenelle et la cinquième ouvrait vers la Seine dans l'axe du pont d'Iéna actuel. Cette dernière entrée disparut avec la construction du pont d'Iéna en 1806 et les quatre autres en 1856. Les longs côtés étaient bordés intérieurement et extérieurement par une terrasse de 40 mètres de largeur. Chacune des deux terrasses était plantée de quatre rangées d'ormes en quinconce. Sur les longs côtés, la terrasse extérieure, bordée par deux haies vives, s'élevait en amphithéâtre pour recevoir le public assistant aux revues.

Terrain de manœuvre militaire, le Champ-de-Mars servait aux revues de la Maison du Roi, ainsi qu'aux exercices des Mousquetaires du roi, des Gardes françaises, des Gardes suisses et des élèves de l'École militaire. Il pouvait recevoir aisément dix mille soldats rangés en bataille.

Expériences d'aérostation (1783-1784) Le , après quatre jours de gonflage près de la place des Victoires, le premier aérostat gonflé à l'hydrogène, construit par le physicien Jacques Charles, s'envole du Champ-de-Mars avant de retomber à Gonesse.

Le , la foule rassemblée sur le Champ-de-Mars assiste à l’ascension de l'aérostat à hydrogène de Jean-Pierre Blanchard. Le ballon de 27 pieds de diamètre est muni d'une hélice, d'un parasol et de deux rames garnies de plumes mues à la force des bras. Le « bateau volant » emporte Blanchard au-delà de la Seine, avant d'être chassé vers l'ouest et d'atterrir à Billancourt.

Sous la Révolution

Camp du Champ-de-Mars (1789) Face aux troubles révolutionnaires, le baron de Besenval, commandant militaire de l'Île-de-France, rassemble des troupes à partir du afin de maintenir l'ordre dans Paris. Il établit son quartier général à l'École militaire tandis que les régiments suisses de Salis-Samade, Châteauvieux et Diesbach cantonnent sur le Champ-de-Mars. Le régiment de Vigier est attendu pour le et celui de Castellas, venant à marche forcée de Metz, pour le 19. Harassé par les activités de surveillance des quartiers de Paris et du ravitaillement en blé de la ville, Besenval laisse le prince de Lambesc et le Royal Allemand charger sur la place Louis-XV le , transformant « en insurrection ce qui n’était encore qu’une manifestation ». Les troupes, dispersées dans Paris pour empêcher les troubles, reçoivent l'ordre de regagner le Champ-de-Mars le à 1 heure du matin. Coupé de Versailles, avec sous ses ordres des soldats gagnés par l'insubordination, laissé sans directive par le maréchal de Broglie sinon d'éviter toute effusion de sang, Besenval ne sait empêcher le pillage des Invalides et la prise de la Bastille le . Les troupes du Champ-de-Mars, « tristes, mornes, abattues, enfermées depuis quinze jours dans un espace assez étroit », sont menacées le par des canons postés sur la rive droite et servis par des Gardes françaises. Le même jour, le baron de Besenval fait retirer les troupes du camp et leur fait rejoindre Sèvres.

Le Champ-de-Mars fut témoin et cadre d'apparat de quelques-unes des plus grandes fêtes de la Révolution. Il prit le nom de « Champ-de-la-Fédération », puis celui de « Champ-de-la-RéunionJulien De Gaulle, Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, 1839, et suiv. ».

Fête de la Fédération (1790)

thumb|upright=1.3| de province parmi entre et « Les », www.histoire-en-questions.fr.Max Gallo, « La Fête de la Fédération », Le Figaro, 1970, www.lefigaro.fr. au Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération. La fête de la Fédération, le , fut une grande fête révolutionnaire. Elle fut peut-être le seul moment où la foule eut le sentiment de constituer un corps uni, une nation « une, indivisible ». Devant , Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord officia, entouré d'une myriade de prêtres et d'une cohorte de soldats. Louis XVI de France prêta serment sur la Constitution et La Fayette lut celle-ci. On y bénit, on y discourut et on y glorifia la Nation. Cérémonie funèbre (1790) La cérémonie funèbre relative au massacre de Nancy du où André Désilles perdit la vie y eut lieu le . Fusillade du Champ-de-Mars (1791)

Un massacre y eut lieu pendant la Révolution française, le . La pétition des Cordeliers du est portée sur l'autel de la Patrie qui fut élevé pour le . Une foule s'y était rassemblée pour y signer une pétition. Elle fut d'abord rédigée pour revenir sur les décrets du 15 et qui redonnent au roi tous ses droits car elle n'exigeait pas formellement la fin de la monarchie. L'Assemblée constituante ordonne de la disperser. Bailly, maire de Paris, décrète la loi martiale dont la mise en vigueur est signalée par le drapeau rouge. Cette loi permet aux forces de l'ordre de faire usage de leurs armes après sommation. Alors que La Fayette tentait vainement de disperser la foule, Bailly donne l'ordre de, sans sommation, tirer sur le peuple, ce qui fit 50 morts et des centaines de blessés. Une charge de cavalerie dispersa la foule.

Le massacre du Champ-de-Mars aggrave la scission entre républicains et mouvement populaire et monarchistes.

À la suite de ce massacre, les sans-culottes vouèrent une haine tenace à Jean Sylvain Bailly, qui y fut guillotiné le .

Fête de l'Être suprême (1794)

Le 20 prairial an II (), Jacques-Louis David organisa la fête de l'Être suprême au Champ-de-Mars. Cette fête marque l'apothéose de la Révolution. On y élève pour l'occasion une sorte de rocher artificiel au sommet duquel s’élèvent un arbre de la liberté, symbole de l’unité et de l’adhésion collective à la Révolution, ainsi qu'une colonne antique surmontée d’une statue qui brandit un flambeau. Maximilien de Robespierre présida cette fête, qui avait débuté au jardin des Tuileries. Sa chute intervient moins de deux mois plus tard.

Directoire vignette|upright=1.3|Olympiade de la République le 22 septembre 1796, (musée de la Révolution française). Sous le Directoire, d'autres fêtes, qualifiées de ridicules, se donnèrent au Champ-de-Mars, dont la fête de l'Agriculture du et du 9 thermidor, la fête du , la fête de la vieillesse…

Le , la fête des Victoires en l'honneur de la prise de Toulon.

L'anniversaire de la fondation de la République fut solennisé le par la première fête de l'Olympiade de la République qui devait se reproduire en 1797 et 1798. Ces fêtes étaient accompagnées de courses à pied, à cheval, en chars, de luttes, de joutes et des dizaines d'orchestres faisaient danser les citoyens.

Le an VII, on y fit la première exposition des produits de l'industrie française.

Premier Empire Le , le lendemain du couronnement de Napoléon , l'Empereur fit au Champ-de-Mars la « distribution des aigles ».

Le chenal nommé « petite Seine », qui séparait l'île des Cygnes de la terre ferme, est comblé en 1812, ce qui étend le Champ-de-Mars à l'emplacement actuel de la tour Eiffel. Ces travaux sont contemporains de la construction du pont d'Iéna et des projets, abandonnés en 1815 après la chute de l'Empire, du Palais du Roi de Rome sur la rive gauche face au Champ-de-Mars et des bâtiments des Archives et de l'Université sur le quai d'Orsay.

Le , on y proclame l'acte additionnel aux constitutions de l'Empire. Dans cette cérémonie connue sous le nom de « Champ-de-mai », Napoléon y passe en revue toute sa Garde et environ de la Garde nationale de Paris.

Au

Les et , le roi Louis-Philippe y distribue solennellement les drapeaux et étendards tricolores aux troupes de ligne et à la garde nationale parisienne.

En , pour célébrer le mariage du duc d'Orléans, le Champ-de-Mars sert de scène pour représenter le simulacre de la prise de la citadelle d'Anvers de 1832. Le , à la suite d'un mouvement de foule, 24 personnes périssent, pressées, foulées, écrasées contre des grilles.

Le , le Champ-de-Mars accueille la Fête de la Concorde.

C'est là que se tinrent les Expositions universelles de Paris des années 1867, 1878, 1889, 1900 et 1937.

Lors de l'Exposition universelle de 1889 – et pour célébrer le centenaire de la Révolution française –, Gustave Eiffel érigea la tour Eiffel sur l'esplanade du Champ-de-Mars. Pendant l'Exposition universelle de 1900, il accueille sur sa partie sud le palais de l'Électricité. L'ingénieur Victor Contamin, ainsi que les architectes Ferdinand Dutert et Charles Léon Stephen Sauvestre, construisirent à la même occasion, au fond du Champ-de-Mars, devant l'École militaire, la galerie des Machines, démolie en 1909.

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Au Le Champ-de-Mars accueillit également les épreuves de fleuret et de sabre des Jeux olympiques d'été de 1900.

La surface du Champ-de-Mars est réduite en 1907 par lotissement des terrains entre l'avenue de la Bourdonnais et l'allée Adrienne-Lecouvreur au nord-est et entre l'avenue de Suffren et l'allée Thomy-Thierry au sud-ouest, sur lesquels se construisent de magnifiques immeubles résidentiels au cours des années précédant la Première Guerre mondiale.