L'anglicanisme est une confession chrétienne issue de la rupture du roi d'Angleterre Henri VIII avec l'Église catholique et la papauté en 1534, formalisée par l'Acte de suprématie. D'abord motivée par des considérations politiques plutôt que théologiques, cette séparation donne naissance à l'Église d'Angleterre, dont la doctrine est progressivement définie par les Trente-neuf articles et le Livre de la prière commune, introduit en 1549 par l'archevêque Thomas Cranmer.
Souvent présentée comme une via media entre catholicisme et protestantisme, l'anglicanisme se veut à la fois héritier de la tradition apostolique et fidèle aux principes de la Réforme, notamment la centralité des Écritures et la liturgie en langue vernaculaire. Il se décline en plusieurs courants — Haute Église, Basse Église, Broad church, anglo-catholicisme, anglicanisme évangélique — reflétant un large éventail de positions doctrinales.
L'ensemble des Églises qui s'en réclament forment la Communion anglicane, regroupant entre 85 et 110 millions de fidèles en 2025, répartis en 40 provinces ecclésiastiques autocéphales présentes dans 165 pays. Le gouvernement de ces Églises est confié à des synodes auxquels participent évêques, clercs et laïcs élus. Jouissant d'une primauté d'honneur, l'archevêque de Cantorbéry en est le chef spirituel, sans qu'il exerce une quelconque autorité canonique sur les Églises membres. Depuis la fin du , le centre de gravité de la Communion s'est déplacé vers le Sud global, en particulier vers l'Afrique subsaharienne, avec, en 2020, plus de 60 millions de fidèles en Afrique et 24 millions en Europe.
Au , la Communion est traversée par de profondes tensions autour de l'ordination des femmes et des bénédictions de mariage entre personnes de même sexe, ce qui a conduit à des schismes partiels et à des réalignements. Ces divisions ont culminé en 2025, lorsque la Fraternité des anglicans confessants a annoncé sa séparation de la Communion à la suite de l'élection d'une femme, Sarah Mullally, au siège de Cantorbéry.
Étymologie En français, l’adjectif anglican est emprunté au latin médiéval anglicanus, un dérivé de anglicus (« des Angles », puis « anglais »), attesté en 731 chez Bède le Vénérable et formé sur le modèle de gallicanus (« gallican »).. On trouve la forme ecclesia Angliae (église d'Angleterre) au dans la correspondance d'Anselme de Cantorbéry ainsi que ecclesia Anglorum (église des Anglais) au début du siècle suivant chez Eadmer. L'expression ecclesia anglicana (« Église d’Angleterre ») est attestée vers 1160 dans une lettre de Jean de Salisbury puis en 1215 dans la Magna Carta où l'on relève l'expression « que l’Église d’Angleterre soit libre »).
Les premières attestations connues en français remontent au milieu du et renvoient à l’« Église d’Angleterre » après sa proclamation par l'Acte de suprématie de 1534, avant que le terme ne se spécialise dès le début du pour désigner la « foi anglicane » ou « Église anglicane », qualifiant alors l’Église [d’État] réformée d’Angleterre. La forme substantivée de l'adjectif (« un anglican »), qui sert à désigner un fidèle de cette Église, apparaît au cours du .
Quant à lui, le terme anglicanisme, de formation plus tardive, est forgé au par des auteurs francophones à partir du mot anglican, par analogie avec gallicanisme, pour désigner la tradition chrétienne issue de l’Église d’Angleterre puis, plus largement, des Églises qui s’en réclament. Sa première attestation documentée, quoique dans un sens non ecclésiastique, est relevée en 1801.
En anglais, avant qu'ils ne soient d'usage commun, les attestations de l'adjectif et du nom sont nettement moins nombreuses et souvent postérieures au français. En effet, la première mention de l'adjectif anglican n'est attestée qu'en 1635 pour désigner l'appartenance individuelle à l'Église d'Angleterre, mais son usage ne se diffuse qu'à partir de la fin du . Le substantif anglicanism est, pour sa part, un néologisme qui remonte aux années 1830, dont l'une des premières occurrences figure dans l'ouvrage du théologien John Henry Newman, paru en 1837..
En dehors de l'Angleterre, les anglicans sont parfois appelés « », notamment pour les Églises des États-Unis ou d’Écosse ; cela vient du fait que l’anglicanisme fonctionne selon un système épiscopal, contrairement aux autres dénominations protestantes, plutôt presbytéro-synodales ou congrégationalistes.
Histoire
Fondation : le rôle de la monarchie britannique vignette|gauche|redresse=0.7| refuse d'accorder l'annulation de mariage demandée par . Bien que les îles britanniques n'aient pas été à l'écart du bouillonnement d'idées qui agitait l'Europe au , que ce soit par l'intermédiaire de clercs britanniques ou au travers d'influences importées du continent., la séparation entre l'Église d'Angleterre et la papauté tient moins à des querelles théologiques qu'à des considérations politiques.
Le roi d'Angleterre, , jusque-là soutien sans faille de la papauté, avait épousé en 1509 Catherine d'Aragon. Sans héritier mâle, et par ailleurs épris de sa maîtresse Anne Boleyn, il fait parvenir au pape en 1527 une demande d'annulation de son mariage. Ayant essuyé en 1530 un refus définitif de , il se proclame l'année suivante alors « Chef Suprême de l'Église et du Clergé d'Angleterre » et rompt toute relation diplomatique avec Rome.
Le « divorce royal » peut alors être prononcé : dès que son union avec Catherine d'Aragon est invalidée par le nouvel archevêque de Cantorbéry, Thomas Cranmer, épouse sa favorite le .vignette|, roi du Royaume-Uni et actuel gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre.|205x205pxCe n'est cependant qu'en 1559, avec le Règlement élisabéthain, que la situation religieuse commence à se stabiliser en Angleterre et que l'anglicanisme prend véritablement forme, avec notamment l'introduction totale du Livre de la prière commune, qui trouve un point d'équilibre entre d'une part les tendances protestantes radicales qui s'étaient développées sous et se trouvaient contenues dans la seconde version du (1552) et d'autre part le premier « catholique » conservateur de 1549. En 1662, sous le règne du roi , une nouvelle version révisée du a été produite, acceptable pour les ecclésiastiques de la Haute Église comme pour au moins une partie des puritains ; il fait toujours autorité à ce jour..
Des églises sœurs sont fondées en Écosse et en Irlande sous , mais elles ne s'y imposent pas contre d'une part le calvinisme écossais et d'autre part le catholicisme romain irlandais.
Émergence de courants spirituels variés vignette|redresse=0.7|William Laud, archevêque de Cantorbéry de 1633 à 1640 essaiera en vain d'uniformiser l'anglicanisme. De 1633 à 1640, l'archevêque de Cantorbéry William Laud va tenter de mettre en œuvre une politique d'uniformisation religieuse. Elle est rejetée par les non-conformistes, notamment par les puritains qui souhaitent parachever la Réforme en Angleterre. C'est une des causes de la première révolution anglaise. À partir de la restauration de la monarchie, deux groupes se font face dans l'anglicanisme : le mouvement Haute Église qui défend la reprise d'une politique d'uniformisation et le mouvement latitudinaire, dit Basse Église, qui souhaite une ouverture plus large, notamment en direction des non conformistes Kelvin Randall, , , , .. De 1643 à 1648, le parlement anglais organise une série de rencontres à l'abbaye de Westminster afin de clarifier les questions du culte, de la doctrine, du gouvernement et de la discipline dans l'Église d'Angleterre. Parmi les fruits de cette assemblée de Westminster, la confession de foi de Westminster, confession de foi réformée suivant la tradition théologique calviniste, est rédigée en 1646 et largement adoptée par l'Église d'Angleterre, comme par l'Église d'Écosse. Elle aura une influence prépondérante sur les églises presbytériennes à travers le monde. La confession de foi calviniste fut néanmoins déclarée invalide par le parlement après la Restauration, sous le règne de en 1660.
Au cours du et dans la première moitié du , l'anglicanisme connaît une phase d'intense réveil religieux, qui voit l'émergence de l'évangélisme anglican mais aussi la fondation du méthodisme. À l'opposé, avec le mouvement d'Oxford une part des anglicans Haute Église se tourne vers une remise en valeur de la tradition apostolique et forme un nouveau mouvement, le mouvement d'Oxford (ou tractarianisme) qui devient ensuite l'anglo-catholicisme.
Enfin, dans la lignée du protestantisme libéral naissant, émerge un mouvement qui se dénomme Kelvin Randall, , , , ..
Formation de la Communion anglicane Du au , les églises anglicanes déploient une activité missionnaire de plus en plus importante. Les communautés érigées dans les colonies prennent progressivement leur indépendance et s'érigent en églises autonomes. Le souverain britannique n'occupe de fonction officielle que dans l'Église d'Angleterre (il en a également, à un degré moindre, dans l'Église d'Écosse, qui est une église presbytérienne et non anglicane) Voir sur le site officiel de la monarchie britannique, l'article ..
Les structures de concertation entre les différentes églises anglicanes apparaissent progressivement : la première conférence de Lambeth. a lieu en 1867 à l'instigation de l'archevêque de Cantorbéry Charles Thomas Longley. Une vingtaine d'années plus tard, les églises s'accordent sur quatre points fondamentaux qui forment une sorte de définition de l'identité anglicane. Ces accords, qui resteront sous le nom de quadrilatère de Chicago-Lambeth, forment également le socle des doctrines anglicanes en matière d'œcuménisme.
La première cathédrale anglicane en dehors des îles britanniques vignette|redresse=0.7|La cathédrale de la Sainte-Trinité de Québec, la première cathédrale anglicane en dehors des îles britanniques. C'est au Canada, plus précisément dans la ville de Québec, que la première cathédrale anglicane en dehors des îles britanniques a été édifiée. Consacrée en 1804, il s'agit du premier édifice construit en dehors des îles britanniques afin d'être utilisé comme cathédrale anglicane. Deux officiers britanniques ont dessiné les plans de l'édifice...
Organisation des Églises et de la Communion anglicane Selon la , la confession anglicane regroupait, en 2001, , toutes dénominations confondues.
Un fonctionnement synodal Les différentes Églises qui constituent la Communion anglicane portent le nom de provinces ecclésiastiques. et ont chacune leurs règles de fonctionnement propres. Il y a cependant de nombreux traits communs.
L'unité de référence est le diocèse, dirigé par un évêque nommé et contrôlé par un synode général.
Il comprend différentes paroisses organisées en doyennés. Chaque paroisse est prise en charge par un prêtre (en anglais ), sous la responsabilité de l'évêque.
Une différence importante avec l'Église catholique romaine est qu'à tous les niveaux à partir du doyenné, le gouvernement de l'Église est confié à des synodes auxquels participent clercs et laïcs élus : synode de doyenné, synode diocésain, et enfin, le synode général qui concerne l'ensemble de la province. Ce dernier est tricaméral, avec une chambre des évêques, une chambre des clercs et une chambre des laïcs (exception faite de l'Église épiscopalienne des États-Unis, possédant deux chambres : la chambre des évêques et la chambre des députés ). Suivant la nature des questions traitées, différents types de majorité sont requis, voire l'accord de l'évêque dirigeant le diocèse Voir par exemple la description de l'organisation de l'Église d'Angleterre..
La Communion anglicane
gauche|vignette|La Communion anglicane dans le monde, instrument d'unité entre les anglicans.