Le Mzab, M'zab ou AghlaneMzab (Algérie) [consulté le 2016]. (en tamazight : ⴰⵖⵍⴰⵏ Aghlan ou ⵉⵖⵣⵔ ⴰⵡⵖⵍⴰⵏ Ighzer aweghlan - la vallée du Mzab -, en Mzab) est une région berbérophone du nord du Sahara algérien, située dans la wilaya de Ghardaïa, à au sud d'Alger ( à vol d'oiseau). Elle s'étend sur environ et abrite plus de (recensement 2008).

Le Mzab est un plateau que parcourt un oued du même nom. Sa vallée servit de refuge aux musulmans Ibadites qui y édifièrent cinq villes (pentapole) au , puis deux cités plus au nord.

La vallée du Mzab fait partie du patrimoine mondial de l'UNESCO, elle dispose d'un patrimoine architectural riche et originel. Sa principale ville est Ghardaïa, chef-lieu de la wilaya homonyme.

Ses habitants sont les Mozabites.

Dénominations et étymologie Selon Ibn Khaldoun, le mot Mzab provient des Beni Mozab, du nom de la population pré-ibadite de la régionLe M'zab : Regards d'urbanisme et de sociologie, Brahim Benyoucef..

Selon la tradition religieuse ibadite, le mot Mzab proviendrait du mot mizab, qui signifie « gouttière » .

En langue autochtone berbère mozabite, le Mzab est appelé Aɣlan (Aghlan, francisé « Aghlane ») ou tamurt Weɣlan (tamourt Weghlan, « pays d'Aghlane »)., en version longue Iɣzer aweɣlan (Ighzer aweghlan), qualifiant la vallée du Mzab.

La région du Mzab a souvent été désignée par l'appellation arabe « chebka du Mzab », ou l'entrelac, le filet du Mzab, en raison de sa multitude de ravins entrecroisés comme les mailles d'un filet.

Géographie

Situation gauche|thumb|Localisation des communes du Mzab dans la wilaya de Ghardaïa. La région est située dans le nord du Sahara algérien, dans la wilaya de Ghardaïa, à au sud d'Alger ( à vol d'oiseau)..

La vallée s'étend sur environ , entre 32° et 33°20′ de latitude Nord et 0°4′ et 2°30′ de longitude Est. Le Mzab est un plateauMzab, Plateau du (Algérie) [consulté le 2016]. que parcourt un oued du même nomMzab, Oued (Algérie ; cours d'eau) [consulté le 2016]. du nord-ouest vers le sud-est.

La ville de Ghardaïa, chef-lieu administratif, occupe une position centrale dans la moitié nord et au cœur de la Chebka. Elle est distante d'Alger de M. Cote, « Ghardaia », Encyclopédie berbère [Online], 20 | 1998, document G41, en ligne le juin 2011, consulté le 23 mars 2020. URL: http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/1920 et située à peu près sur le méridien de la capitale algérienne.

Géologie - Orographie vignette|center|Panorama de la vallée du M'zab|400px Le Mzab est un plateau rocheux, le HamadaPrésentation générale de la wilaya, sur le site de l'opvm., dont l'altitude varie entre 300 et . Ce relief, qui date du crétacé supérieur, se présente sous la forme d'une vaste étendue pierreuse et de roches brunes et noirâtres. Les terrains sont calcaires, leur structure à peu près horizontale indique qu'ils sont restés en place, à l'écart des mouvements orogéniques, depuis leur formation.

L'altitude moyenne est de (Ghardaïa : ). Les vallées les plus profondes bordées de falaises rocheuses aux pentes rapides accusent une déclivité qui dépasse rarement par rapport au plateau.

Le Mzab est dans l'ensemble une région plate, mais où l'érosion fluviale, jointe à l'action du climat désertique, a créé une multitude d'accidents.

Climat thumb|Vue satellite de la vallée du Mzab au centre, ainsi que l'oasis de Berriane au Nord et celle de Metlili au Sud, les espaces urbanisés sont en gris et les palmeraies en rouge.

Le Mzab doit à sa situation d'appartenir au climat désertique. La Chebka est un plateau rocheux, perméable, buriné par l'érosion éolienne. Épine dorsale du Sahara, les précipitations sont très faibles et irrégulières. Il est traversé des oueds médiocres de type purement saharien : Oued M'Zab, Oued Metlili, Oued Sebseb, Oued N'Sa. À l'extrémité nord-est cependant, l'Oued Zegrir, descendu de la région des Dayas (wilaya de Laghouat) a des crues plus fréquentes et crée une situation favorisée à l'oasis de GuerraraG. Camps, J. Gascou, A. Raymond and L. Golvin, « Cité », Encyclopédie berbère [Online], 13 | 1994, document C74. URL: http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/2293.

La hauteur moyenne des précipitations atmosphériques, mesurée à Ghardaïa, est de seulement. Elles tombent essentiellement sous forme de pluies d'orage à l'automne et au printemps.

Étant donné la basse latitude et l'altitude modérée, la température est très élevée en été (maximum absolu à Ghardaïa : ), modérément fraîche en hiver (minimum absolu : moins ). Les gelées sont rares et de faible importance. En hiver comme en été, la variation diurne de température est importante.

Des vents de sable venant du sud-ouest accentuent périodiquement la sécheresse du climat. Ils sont particulièrement fréquents et violents à la fin de l'hiver et au début du printemps. C'est également le domaine du sirocco, un vent brûlant venu du sud.

Végétation Dans la Chebka, le paysage est désolé et la végétation spontanée, toujours très rare, ne se rencontre qu'en bordure des oueds. Les espèces qui reverdissent après chaque pluie sont des herbacées et des arbustes (rtem, jujubier) appartenant tous à la flore saharienne. Cette maigre végétation ne peut être utilisée que pour le pacage des chameaux, des caprins et d'assez rares ovins.

Histoire

Période préhistorique Des vestiges datant de la Préhistoire ont été découverts dans la région, notamment des gravures rupestres et vestiges funéraires symboliquesAperçu historique, sur le site de l'opvm..

Fondation des cités ibadites gauche|vignette|Vue sur la vallée du Mzab. Entre le et le , la vallée du Mzab avait connu la fondation des premiers ksours berbères, notamment par la tribu nomade des Béni M’Zab, dont on trouve les ruines à Talazdit et à Aoulaouel, près d'El Atteuf.

À partir du , après la chute du royaume rostémide par les Fatimides, les réfugiés de Tahert s'établissent à Sedrata près d'Ouargla. Puis, ils atteignent la région inhospitalière de la Chebka du Mzab (« filet »). Au , ils bâtissent plusieurs villes dans la région : Ghardaïa, Melika, Beni Isguen, Bounoura et El AtteufC. Agabi, « Ibadites », Encyclopédie berbère [Online], document I06, Online since 01 June 2011, connection on 12 January 2020 ; URL..

Au , une communauté juive en provenance de l'île de Djerba s'installe à l'instigation des ibadites de Ghardaïa.

Du au , la région a fait partie du royaume zianide. Dès cette période, des communautés arabes viennent s'agréger au Mzab.

La diaspora des juifs séfarades issue de l'expulsion des Juifs d'Espagne par le décret d'Alhambra (1492) entraîna leur émigration massive en Afrique du Nord, dont au Mzab.

La population noire. (ikurayan) aurait été importée par la traite orientale. Ils étaient surtout employés comme jardiniers. Les mulâtres seraient issus du métissage entre hommes mozabites et femmes noires. Ils exerçaient les métiers de fabricants de savates, bouchers, crieurs publics, et pouvaient devenir clercs. À une certaine date, ils furent tous affranchis mais pouvaient décider de rester avec leurs anciens maîtresFaits et dires du Mzab, J. Delheure, ..

Dès le , la région accentue son rôle de carrefour commercial caravanier de l'Afrique saharienne, autour de produits tels que la laine, les dattes, le sel, le charbon, les armes. La présence de Mozabites installés dans les villes du Nord du Maghreb telles que Tunis et Alger confirme leurs capacités commerciales.

Période ottomane En 1510, une expédition du détachement militaire mozabite débarque sur l'île de Djerba. Les troupes de Cheikh Bahayou ont réussi avec les troupes de Djerba, à détruire l'expédition navale de Don Garcia De Toledo, au large de Djerba. Cette brigade fut mobilisée pour repousser les attaques espagnoles sur les côtes algériennes, en concert avec les forces navales ottomanes de Kheireddine Barberousse. Ceci à la suite de l'accord de ce dernier avec les notables mozabites d'Alger et le délégué général du M’zab à AlgerRôle des Mozabites dans l'histoire de l'Algérie. Auteur : Cheikh Hammou Aissa Ennouri.

Au , des factions dissidentes de Ghardaïa fondent au nord de la vallée deux cités, Guerrara et Berriane. D'autres dissidents des cités de la pentapole se sont installés dans ces villes coupées du gros de la communauté ibadite.

Durant la période ottomane, les populations du Mzab, entretiennent des liens d'allégeance avec la régence d'Alger, et maintiennent les échanges commerciaux par les caravanes qui continuent d'emprunter les routes traditionnellesPeyroulou Jean-Pierre, Tengour Ouanassa Siari, Thénault Sylvie, « 1830-1880 : la conquête coloniale et la résistance des Algériens », dans : Abderrahmane Bouchène éd., Histoire de l'Algérie à la période coloniale. 1830-1962. Paris, La Découverte, « Poche / Essais », 2014, p. 17-44. URL : https://www.cairn.info/histoire-de-l-algerie-a-la-periode-coloniale--9782707178374-page-17.htm. À Alger, la communauté mozabite avait un statut particulier et disposait de sa propre représentation auprès des autorités deylicales en la personne d'un amin. Les mozabites étaient les principaux organisateurs du commerce caravanier et ils avaient le monopole de la gestion des bains publics, des boucheries et des moulins de la villeKouzmine Yaël, Fontaine Jacques, Yousfi Badr-Eddine et al., « Étapes de la structuration d'un désert : l'espace saharien algérien entre convoitises économiques, projets politiques et aménagement du territoire », Annales de géographie, 2009/6 (n° 670), p. 659-685. DOI : 10.3917/ag.670.0659. URL : https://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2009-6-page-659.htm.

En 1792 (1206H), le Mzab est annexé au Beylik de l'Est à la demande de Salah Bey au Dey d'Alger Hassan Bacha. Cette démarche a été déclinée par les notables du M’zab, à la suite d'un différend d'ordre fiscal. Le Dey d’Alger a, rapidement, annulé cette annexion et a nommé un nouveau Bey à Constantine (Bey Bouhenk).

Période de la colonisation française vignette|Territoire de Ghardaïa à son apogée (1905 – 1957). Après la capture de Laghouat par les Français en 1852Mohamed Brahim Salhi, « Société et religion en Algérie au : le réformisme ibadhite, entre modernisation et conservation », Insaniyat / إنسانيات [Online], 31 | 2006, Online since 31 January 2012, connection on 16 March 2020. URL : http://journals.openedition.org/insaniyat/9699 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insaniyat.9699, les Mozabites concluent avec le gouvernement d'Alger une convention qui les engage à payer une contribution annuelle de francs pour obtenir l'autonomie.

Le , le général Randon, gouverneur général de l'Algérie, impose à la confédération des sept cités du Mzab, incarnée par un conseil d'oulémas et de notables, un traité de protectorat. Connu en France comme la capitulation du Mzab et au Mzab comme la convention Randon, il laisse une relative autonomie à la région.

Le , le général de La Tour d'Auvergne proclame l'annexion du Mzab à la France. Le Mzab est placé sous le régime de l'administration directe. Le ., il est rattaché au cercle d'El Goléa qui devient, le , le cercle de Ghardaïa.. En 1902-1905, il est incorporé aux Territoires du Sud.

Au début du , le commerce devient l'activité principale des Mozabites. Ils accaparent même certains secteurs dans les villes algériennes comme Alger.

Durant cette période, Berriane et surtout El Guerrara deviennent un espace privilégié du mouvement réformiste mozabite qui commence par la refonte de l'enseignement, puis le champ de la réforme s'étend à des aspects liés à la vie économique et sociale des Ibadites. Les réformistes ont conquis des espaces et une audience à l'exception de Beni Isguen. Ils fondent quatre medersas de très grande envergure qui assurent l'enseignement réformiste à El Guerrara, Berriane, El Atteuf et Ghardaïa.