Les Provinces-UniesCf. François Michel Janiçon, État présent de la république des Provinces-Unies, et des païs qui en dépendent, La Haye, J. van Duren, 1755., officiellement appelées en néerlandais (république des sept Provinces-Unies des Pays-Bas, littéralement : « république des sept Pays-Bas unis »), sont un État créé autour de 1580 par la dislocation des Pays-Bas des Habsbourg (1482-1581) durant l'insurrection néerlandaise contre Philippe II, à la fois roi d'Espagne (en tant que descendant des Rois catholiques) et prince des Pays-Bas espagnols (en tant qu'héritier des ducs de Bourgogne de la maison de Valois). Face à Philippe II, la grande figure à l'origine des Provinces-Unies est le prince Guillaume d'Orange-Nassau, stathouder de Hollande et de Zélande, ancêtre de la maison régnant sur les actuels Pays-Bas.
Sur le plan historique, les Provinces-Unies sont fondées sur le traité de l'union d'Utrecht (1579), liant les villes et provinces soulevées contre Philippe II, face à l'union d'Arras des provinces loyalistes, et sur l'acte de La Haye (1581) prononçant la déchéance de Philippe de Habsbourg de ses droits sur les Pays-Bas. Sur le plan militaire, elles résultent de la stabilisation des frontières entre l'union d'Utrecht et l'union d'Arras en 1585 (reprise d'Anvers par les troupes de Philippe), puis 1604 (reprise d'Ostende). Sur le plan diplomatique, elles sont rapidement reconnues par les pays protestants d'Europe, notamment l'Angleterre (traité de Sans-Pareil, 1585), ainsi que par la France (qui considère les Habsbourg comme son ennemi principal) ; elles sont reconnues par le roi d'Espagne en 1648 (traité de paix de Münster). La révolte néerlandaise ayant commencé en 1568 et fini en 1648, on lui donne traditionnellement le nom de guerre de Quatre-Vingts Ans.
Pays en très grande majorité calviniste, les Provinces-Unies, c'est-à-dire les provinces de Hollande, Zélande, Utrecht, Gueldre, Overijssel, Frise et Groningue, premier État-nation néerlandais entièrement souverain, sont l'État prédécesseur de l'actuel royaume des Pays-Bas, alors que l'union d'Arras, intégralement catholique, est à l'origine de l'actuel royaume de Belgique.
Puissance maritime et coloniale de premier plan au et au , les Provinces-Unies disparaissent en 1795 en conséquence de la Révolution française et des guerres de la première coalition. Elles sont remplacées par la République batave (1795-1806), satellite de la République française (« république sœur »).
Les Provinces-Unies trouvent leurs origines lorsque la majorité des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas des Habsbourg se révoltent contre Philippe II à la suite de la révolte des Gueux et de la crise iconoclaste de 1566. Elles concluent une alliance mutuelle contre leur « souverain naturel » en 1579 avec l'union d'Utrecht et la sécession est officialisée par l'acte de La Haye, en 1581, décision des États généraux de l'union d'Utrecht de déposer Philippe II et d'annuler ses droits sur les Pays-Bas, qu'il détenait en tant qu'héritier des ducs de Bourgogne, notamment de Charles le TéméraireCharles le Téméraire, mort en 1477, a pour successeurs sa fille Marie, son petit-fils Philippe le Beau, fils de Marie et de Maximilien d'Autriche, son arrière-petit-fils Charles Quint, père de . Ce dernier est roi d'Espagne en tant qu'arrière petit-fils des Rois catholiques. Les Pays-Bas ne sont pas une possession coloniale de l'Espagne, mais une possession personnelle du roi d'Espagne, qui est aussi duc de Brabant, comte de Flandre, etc.. Dans un premier temps, Philippe de Habsbourg est remplacé par le prince François de France, frère du roi . Mais après sa mort en 1584, les Provinces-Unies renoncent à le remplacer et deviennent une république (oligarchique, comme la république de Venise), dans laquelle la maison d'Orange-Nassau joue cependant un rôle prééminent, détenant la plupart des postes de stathouder (gouverneur de province et chef des armées).
Bien que de faible superficie, avec une population de seulement 1,5 million d'habitants, les Provinces-Unies contrôlent un réseau mondial de routes commerciales maritimes. Par l'intermédiaire de leurs sociétés commerciales, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (1602) et la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (1621), elles établissent l'Empire colonial néerlandais, dont le fleuron est constitué par les Indes orientales néerlandaises (actuelle Indonésie). Les revenus du commerce permettent aux Provinces-Unies de rivaliser militairement avec des pays beaucoup plus importants. Elles disposent en effet d'une flotte de 2 000 navires, initialement plus grande que les flottes réunies d'Angleterre et de France.
En dehors de la guerre de Quatre-Vingts Ans, les principaux conflits impliquant les Provinces-Unies sont la guerre néerlando-portugaise (1602-1663), les quatre guerres anglo-néerlandaises (1652-1654, 1665-1667, 1672-1674 et 1780-1784), et les deux guerres contre la France de (1672-1678 et 1688-1697).
Les Provinces-Unies sont un État confessionnel avec l'Église réformée néerlandaise comme Église d'État. Cependant, elles étaient plus tolérantes envers les autres courants du christianisme, le judaïsme et les idées que ne l'étaient ses États contemporains, en permettant une certaine liberté de pensée à ses habitants. Les artistes ont prospéré sous ce régime, notamment des peintres tels que Rembrandt, Johannes Vermeer, Frans Hals et bien d'autres. Il en va de même pour les scientifiques, avec des personnalités comme Hugo Grotius, Christiaan Huygens et Antonie van Leeuwenhoek. Le commerce, la science, l'armée et l'art néerlandais ont été parmi les plus admirés au monde pendant une grande partie du , ce qui a valu à cette période de l'histoire du pays le nom de siècle d'or néerlandais.
L'État est une fédération de provinces ayant chacune un haut degré d'autonomie vis-à-vis de l'assemblée fédérale, les États généraux. Avec les traités de Westphalie (1648), les Provinces-Unies gagnent environ 20 % de territoire supplémentaire, situé en dehors des provinces membres et était gouverné directement par les États généraux comme pays de la Généralité. Chaque province était dirigée par un officier connu sous le nom de stathouder (néerlandais pour « lieu-tenant »). Le poste était théoriquement ouvert à tous, mais la plupart des provinces nommaient un membre de la maison d'Orange-Nassau.
La position de stathouder devint peu à peu héréditaire, avec le prince d'Orange détenant simultanément la plupart ou la totalité des stathouders, ce qui en faisait de facto le chef d'État. Cela eut pour effet de créer des tensions entre les factions politiques : les orangistes favorables à un stathouder puissant et les républicains favorables à des États généraux forts. Les républicains ont imposé deux périodes sans stathouder (1650-1672 et 1702-1747) et la seconde provoqua une instabilité nationale ainsi que la fin du statut de grande puissance.
Le déclin économique conduisit à une période d'instabilité politique connue sous le nom de Patriottentijd (1780-1787). Ces troubles ont été temporairement réprimés par une invasion prussienne à l'appui du stathouder. La Révolution française et la guerre de la première coalition qui a suivi ont ravivé ces tensions. À la suite d'une défaite militaire contre la France, le stathouder Guillaume V d'Orange-Nassau fut expulsé lors de la révolution batave en 1795. Cela mit fin à la république des Provinces-Unies, qui a été remplacée par la République batave.
Étymologie et usage D'autres dénominations ont été utilisées : république des Provinces-Unies des Pays-BasDérival de Gomicourt, Lettres hollandoises, ou Correspondance politique, sur l'état présent de l'Europe, notamment de la république des sept Provinces-Unies, 1779. ( J.D.J., Historie van den jegenwoordig geëindigden oorlog in Vlaanderen en Braband, Amsterdam, 1749, : « van de vier Ministers Plenipotentiarissen van de Republiek der Verenigde Nederlanden »., en latin : ou ), ou Pays-Bas septentrionaux, Pays-Bas du Nord, par opposition aux Pays-Bas méridionaux, les provinces restées sous la domination espagnole au cours et à l’issue de la guerre de Quatre-Vingts Ans.
En France, dans l'usage populaire, les Provinces-Unies étaient désignées par le nom de la province la plus connue, la Hollande : ainsi dans la chanson Le Prisonnier de Hollande, qui date du , ou dans La Complainte de Mandrin au . Cette confusion vient également du royaume de Hollande, État satellite du Premier Empire créé par Napoléon Bonaparte après l'invasion de la République batave avec, à sa tête, son frère : Louis Bonaparte. Ce royaume perdura de 1806 à 1810.
Histoire Origines et sécession des sept provinces vignette|Les Pays-Bas espagnols en 1560.
Jusqu'en 1581, les Pays-Bas espagnols sont constitués de principautés féodales, duchés, comtés et autres seigneuries du Saint-Empire Romain germanique, qui, par mariage, conquête ou achat, se sont trouvés aux mains de la maison de Habsbourg, notamment de l'empereur Charles Quint puis de son fils, . Leur territoire était à peu près constitué par les Dix-Sept Provinces régies par la Pragmatique Sanction de Charles Quint en 1549.
En 1568, plusieurs provinces du nord se révoltent sous la direction de Guillaume le Taciturne contre le gouverneur lieutenant du roi d'Espagne résidant à Bruxelles, Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, en raison de ses efforts de modernisation et de centralisation des structures, de sa politique absolutiste, des exécutions capitales d'opposants et des impôts jugés excessifs, ainsi que de la persécution des protestants. Les habitants des sept provinces sécessionnistes ont en effet majoritairement opté, dès le début de la révolte, pour le principe de la liberté de culte à l'encontre de la politique ultra-catholique du roi d'Espagne.
De plus, le calvinisme et l'arminianisme avaient un rôle prépondérant dans les villes en tant que religions de la classe dominante des régents. Cette guerre est un affrontement politique à fort enjeu économique pour les riches villes des actuels Pays-Bas.
C'est le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans.
Le conflit avec le roi d'Espagne de 1568 à 1581 Principales étapes de la révolte : le Conseil des troubles du duc d'Albe de 1568 ; le soulèvement de 1572 ; le sac d'Anvers en 1576 ; la pacification de Gand de 1576 ; l'union de Bruxelles 1577 ; l'union d'Arras et l'Union d'Utrecht en 1579 : l'acte de La Haye en 1581.
En 1579, les sept provinces septentrionales signent l'union d'Utrecht, par laquelle elles s'engagent à se soutenir mutuellement contre l'armée espagnole. L'union d'Utrecht est suivie, en 1581, par l'acte de La Haye, proclamant l'indépendance des Provinces-Unies.
La guerre d'indépendance (1581-1609) thumb|Le roi d'Espagne accordant la paix aux sept Provinces-Unies des Pays-Bas [trêve de 1609] par Theodoor van Thulden (1650, musée des Beaux-Arts de Quimper).
C'est la période la plus tourmentée de la guerre de Quatre-Vingts Ans.
Une médiation du roi de France permet la conclusion de la trêve de douze ans () entre le roi et les Provinces-Unies.
L'indépendance des Provinces-Unies est reconnue formellement par la monarchie espagnole en 1648, lors du traité de Westphalie, dont le but principal est de mettre fin à la Guerre de Trente Ans.
Le siècle d'or
thumb|Famille hollandaise, par Pieter de Hooch, 1662. Le est considéré comme le siècle d'or des Provinces-Unies : le pays est alors à la tête d'un puissant empire colonial et commercial, entre autres grâce à ses deux « sociétés par actions » : la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (GWC) et la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC). C'est également l'une des grandes puissances européennes, notamment maritime. Les villes attirent les entrepreneurs et les ouvriers de toute l'Europe. La réputation de tolérance et de liberté fait des Provinces-Unies un foyer intellectuel et culturel de premier ordre.
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