En football, le match OL-ASSE ou ASSE-OL, selon l'équipe qui reçoit, est un derby marquant la confrontation entre deux clubs voisins, l'Olympique lyonnais et l'AS Saint-Étienne, considéré comme l'une des plus grandes rivalités en France.
Parfois appelé le « derby rhônalpin » ou, à tort, le « derby du Rhône » (Saint-Étienne n'étant ni dans le département du Rhône, ni à proximité immédiate du fleuve) par les journalistes, il est aussi bien souvent désigné tout simplement par le terme « Derby ». Il est en effet admis que dans la sphère du football local l'emploi du terme seul réfère à ce match. Il est empreint de symboles car il est souvent vu comme l'opposition de Saint-Étienne « la populaire » contre Lyon « la bourgeoise », et entre le club des années 1970 qu'est l'ASSE et celui des années 2000 qu'est l'OL..
À ce jour, cent vingt-six matchs ont mis aux prises les deux équipes (cent quatorze en Ligue 1, quatre en Ligue 2, cinq en Coupe de France, un en Coupe Drago, un en Challenge des champions et un en Coupe de la Ligue). Ils ont donné lieu à quarante-sept victoires lyonnaises, trente-quatre nuls et quarante-cinq victoires stéphanoises.
La grande majorité des matchs de championnat a été effectuée dans le cadre du championnat de France de première division (appelé Ligue 1 depuis 2002), à l'exception des saisons 1984-1985 et 1985-1986 durant lesquelles les deux clubs ont évolué ensemble en deuxième division.
Le dernier derby en date a été joué le , à l'occasion de la journée de championnat 2024-2025, au stade Geoffroy-Guichard à Saint-Étienne (ASSE 2 - 1 OL).
Origine de la rivalité
Une réelle rivalité sociale entre les deux villes semble ancrée de plusieurs siècles. Cette rivalité peut être expliquée par la proximité des deux villes distantes de (et à vol d'oiseau), leurs différences mais aussi par une histoire commune.
Dans l'histoire de la région, de manière assez systématique, les deux villes voisines se sont souvent retrouvées en position d'antagonisme : Saint-Étienne est la capitale du Jarez et du Forez, l'antique territoire du peuple gaulois des Ségusiaves, alliés de Rome avant même la fondation de la colonie de Vienne par César. La colonie romaine de Lyon fut fondée sur le territoire des Ségusiaves, vraisemblablement par les partisans de Pompée ayant fui Vienne lors des révoltes qui suivirent l'assassinat de Jules César.
Au Moyen Âge, l'histoire locale est marquée par l'opposition entre le comte de Forez (initialement comte de Lyon) et l'archevêque de Lyon. Le Forez et le Jarez relèvent du roi de France, Lyon du Saint-Empire romain germanique jusqu'au rattachement de Lyon à la France en 1312. En 1158, les troupes de l'archevêque de Lyon sont écrasées par celles du comte de Forez lors de la bataille d'Yzeron. Le , le comte Louis d’Albon est tué lors de la bataille de Brignais en tentant de défendre Lyon contre les Tard-Venus.
Lors du soulèvement de Lyon contre la Convention, les troupes fédéralistes occupent Saint-Étienne afin de faire taire l'opposition jacobine stéphanoise et de s'assurer le contrôle de la manufacture d'armes de Saint-Étienne. Le , un soulèvement populaire chasse les lyonnais de Saint-Étienne et du Forez. Les muscadins tirent au canon sur la chapelle Saint-Barbe où des habitants s'étaient retranchés. Le , l'insurrection lyonnaise est matée grâce aux armes de la manufacture d'arme stéphanoise. Cet événement entraîne la partition de l'éphémère département de Rhône-et-Loire, pour réduire les tensions nées de cet épisode et l'influence lyonnaise dans le bassin forézien. La scission donne naissance au département de la Loire dont Saint-Étienne devient la préfecture en 1855.
Aujourd'hui, des différences entre les niveaux de revenus et de chômage restent visibles entre ces deux villes les plus peuplées de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Saint-Étienne a en effet beaucoup souffert de la crise industrielle de la seconde moitié du , avec la perte d'environ 50 000 habitants entre 1968 et 2014, pour une ville moins grande que sa voisine. Toutefois, cette chute démographique est maintenant endiguée et la ville engage sa reconversion économique (notamment grâce au design). Si Lyon a également perdu des habitants lors de cette période, elle a cependant rebondi plus vite que Saint-Étienne. De plus, son statut de ville de France la plus peuplée et de métropole régionale lui permet de mieux résister face aux aléas économiques.
Cette situation socio-économique contribue à la représentation symbolique des deux villes : Lyon est réputée « bourgeoise » tandis que Saint-Étienne est considérée comme plus « ouvrière et populaire ». Ainsi, les supporters de chaque équipe exaltent leurs valeurs propres. Chez les Stéphanois, les symboles tournent autour de l'exploitation de la mine, de la métallurgie et l'armurerie, de l'histoire ouvrière, de la solidarité et des luttes sociales. A Lyon, la recherche, le cinéma à travers les frères Lumière, la puissance politique et économique de la ville sont systématiquement évoqués.
En football, la distance entre ces deux villes est une des plus faibles pour deux clubs évoluant en Ligue 1 (actuellement, seule la distance séparant Monaco et Nice est moins élevée). Et en s’intéressant au palmarès, sur les clubs comptant au moins cinq titres de champions de France, il s'agit des deux clubs les plus proches géographiquement.
Les deux clubs ne se sont pas rencontrés dans les championnats d'avant-guerre, la première rencontre date du .
En remportant dix titres de champion de France de 1957 à 1981, l'AS Saint-Étienne a dominé le football français durant les années 1960 et 1970. Depuis le début des années 2000 la tendance s'est inversée : l'Olympique lyonnais a remporté sept titres consécutifs de champion de France de 2002 à 2008 inclus, et a été vice-champion en 2001, 2010, 2015 et 2016. La rivalité entre les deux clubs s'est donc accentuée car les deux équipes ont dominé le football français à des époques différentes.
La presse française décrit souvent cette rencontre comme le seul vrai derby du championnat français.., dans le sens où c'est cette opposition qui ressemble le plus aux derbies du championnat anglais (cette appellation désignant à l'origine l'opposition de deux clubs d'une même ville). Pour la rivalité entre le PSG et l'OM, le terme classico a été promu ex-nihilo par Canal + et Bernard Tapie au début des années 90.
La rivalité en dehors du terrain Dans les tribunes
thumb|right|Stade de Gerland, à Lyon. thumb|right|Stade Geoffroy-Guichard, à Saint-Étienne, durant le derby de .thumb|right|Groupama Stadium, à Décines-Charpieu.
La rivalité s'exprime dans des chants hostiles au club adverse, parfois chantés quel que soit le match, comme le chant lyonnais « Emmenez-moi à Geoffroy-Guichard » (sur l'air de Emmenez-moi de Charles Aznavour), systématiquement chanté à la de chaque match (le nombre 42 renvoyant à la Loire, département de Saint-Étienne). Plusieurs joueurs de l'OL ont d'ailleurs chanté ce chant hostile à l'ASSE au balcon de l'Hôtel de ville de Lyon au lendemain de leur victoire en Coupe de France en 2012, suscitant une polémique.. Des chants de supporters de l'AS Saint-Étienne, entonnés dans la plupart des rencontres, comme le Nous, nous sommes les Stéphanois, comprennent également des paroles à l'encontre du club voisin.
Les tifos et les banderoles sont une autre manière de brandir ses couleurs dans les tribunes, ou de se moquer de l'adversaire. Au fil des derbies se succèdent les tifos exhortant les joueurs à vaincre l'adversaire, exacerbant les différences culturelles, historiques et économiques de leur ville vis-à-vis de l'autre.
Les banderoles permettent aussi de ridiculiser l'adversaire, parfois avec dérision. La mercantilisation du football, les valeurs de la ville, la faiblesse du public ou de l'équipe affrontée sont les thèmes les plus récurrents. Selon l'agressivité du message, certaines banderoles ont pu entrainer des procédures judiciaires. En 2007, la banderole accompagnant un tifo des Magic Fans représentait les joueurs lyonnais en animaux de la savane avec le texte : « la chasse est ouverte : tuez-les ! ». Le groupe ultra fut condamné à une amende de avec sursis. Une banderole lyonnaise, pendant un derby en 2000, affichait : « Les Gones inventaient le cinéma pendant que vos pères crevaient dans les mines » faisant également scandale. En 2007, une partie des supporters lyonnais brandissent au Stade de Gerland le message : « Stéphanois, ordures consanguines ! ».
Le cadre du derby dépasse les supporters puisqu'à la suite d'une défaite historique à domicile en 2010, le président de l'OL Jean-Michel Aulas déclare « Nous avons perdu contre Saint-Étienne pour la première fois depuis seize ans. Nous jouons en Ligue des champions alors que les Stéphanois la disputent sur Playstation ». Un supporter stéphanois réplique lors du match retour en lui offrant une console.
Le derby, enfin, est émaillé de plusieurs incidents divers : agressions physiques, bagarres (pendant le match même, en février 1993 à Gerland), échanges de projectiles, notamment lors de la saison 2006-2007 à Geoffroy-Guichard, dégradations en tous genres, et ce malgré l'abondance de sécurisation des stades depuis les années 2000. En 2011, plusieurs supporters de l'OL sont condamnés à des amendes pour des dégradations sur les véhicules d'ultras stéphanois.
Pour la première fois le , un derby est joué sans supporters adverses. La préfecture de la Loire interdit en effet le déplacement des supporters de l'équipe lyonnaise à Geoffroy-Guichard par sécurité, décision confirmée en référé par le Conseil d'État. Pour le match retour, le , un arrêté du ministère de l'Intérieur interdit le déplacement des supporters stéphanois à Gerland . ..
À l'occasion de ces deux matchs, on peut constater que la tension entre les deux clubs dépasse largement le cadre des seules rivalités habituelles entre supporters. Avant le coup d'envoi du match aller au stade Geoffroy Guichard, Joël Bats, entraîneur des gardiens de l'OL, accroche une écharpe de son club dans les filets des cages faisant face à la tribune occupée par les Green Angels, provoquant l'ire de ceux-ci et l’intrusion d'un des ultras stéphanois sur la pelouse pour l'arracher.. À l'issue de la victoire lyonnaise, une altercation physique a lieu dans le couloir menant aux vestiaires entre Jean-Michel Aulas, président de l'OL, et Stéphane Ruffier, gardien de l'AS Saint-Étienne. Joël Bats est suspendu pour quatre matchs et Stéphane Ruffier pour deux par la commission de discipline de la LFP..
À l'issue du match retour, les joueurs stéphanois victorieux célèbrent leur victoire devant le virage sud du stade de Gerland occupé par les supporters lyonnais et l'un d'eux fait irruption sur la pelouse. Des échanges injurieux ont à nouveau lieu dans les vestiaires, aboutissant à des suspensions de joueurs et de membres des staffs techniques de part et d'autre..
Lors du derby retour du à Lyon, les Stéphanois ne disposent que de 600 places pour leurs groupes de supporters, et l'accès aux places est conditionné à une mesure de transport collectif, pour éviter les affrontements entre fans en marge du stade. Les cinq groupes de supporters de l'ASSE décident de boycotter le match, s'estimant floués par cette décision. Lors du match aller, 600 places avaient été affectées aux supporters lyonnais à Geoffroy-Guichard. Au cours du match face à Nantes le week-end précédent, les supporters stéphanois manifestent leur mécontentement avec une banderole « 600 places ne nous suffisent pas, nous ne sommes pas lyonnais ».