Hector Crémieux est un auteur dramatique né le à Paris et mort le dans la même villeActe de décès à Paris , n° 4253, vue 29/31..
Biographie Famille Hector Crémieux est issu d'une lignée de Juifs du pape installés à L’Isle-sur-la-Sorgue. Il est le petit-fils de Menahem, né à L'Isle sur la Sorgue en 1775, chef de parc des équipages auxiliaires de la Grande Armée. Menahem s'installe à Paris avec son épouse, Noémie, née Montel, en 1801, et suit les campagnes napoléoniennes. Il meurt à Vilnius en pendant la Retraite de Russie. Ses trois fils - Jacob Vidal, Félix et Eugène - feront du commerce des chevaux leur profession.
Le père d'Hector, Jacob Vidal, est né à Nîmes en 1798. Il épouse Esther Salvador (1800-1866), le . Marchand de chevaux à Paris, éleveur au haras du Chatet (Allier), cavalier, organisateur de courses et de paris équestres, il est également collectionneur de tableaux. Il meurt à Neuilly en 1826.
Enfance Hector voit le jour le à trois heures de l’après-midi au n° 14 de l’avenue de Neuilly, qui deviendra officiellement l’avenue des Champs-Elysées en 1864extrait des minutes de l'acte de naissance, délivré par la mairie du 1er arrondissement de Paris.
Élève au Collège royal de Bourbon à partir de la classe de septième, il obtient pour l'année scolaire 1839-1840 « un prix extraordinaire pour avoir trois fois de suite été le premier ». De 1840 à 1844, il cumule les premières places en thème latin et grec ainsi qu'en version latine et grecquearchives familiales.
Premiers pas Vers l'âge de vingt ans, il écrit quatre pièces qui ne seront jamais éditées. Sur la couverture d'Auteur et Mari, il indique : « Ma première pièce. 1 acte en vers. Fait au Collège ». Et son adresse : 9 rue de Greffulhe dans le 8ème arrondissement de Paris.
Hector écrit ensuite Les sept rois de Rome, une « fantaisie en vers » en un acte qui se déroule aux Enfers après la mort de Romulus (515 av J-C.). Puis Cunobelinus XIII, mais, lit-on sur la page de garde, ce « projet d’opérette n’a pas eu de suite / avec Eugène Lavoix ». Enfin, « Un Caprice de Louis XV », « premier essai de drame - 1849 ou 1850 - dont la première partie a été publiée en feuilleton à Rennes dans le journal Le Progrès.
Ses études terminées au lycée Bourbon, Hector suit deux cursus de l’Académie de Paris, Lettres et Droit. À 18 ans, il reçoit le diplôme de bachelier ès Lettres. Puis, à 21 ans, celui de docteur en Droit décerné par l’Académie de Rennes.
Lors de la révolution de Février 1848, il est lieutenant dans la garde mobileAprès sa mort, son ami Ludovic Halévy avec lequel il écrivit des livrets pour Offenbach, se souviendra « du brillant officier de la Garde mobile de 1848, qui se faisait blesser si crânement aux insurrections de Juin ! ( Le Gaulois, 3 octobre 1892).
L’année suivante, Hector, appartenant à la classe 1849, tire le 195, un « mauvais numéro » qui l'oblige à faire son service militaire. Il s’inscrit, le , sur le tableau de recensement de la commune de Neuilly. Le , il reçoit son ordre à comparaître devant le Conseil de Révision, adressé Château de Madrid, à Neuilly. Ayant un frère saint-cyrien, Adolphe Lange, il est exempté aux termes de la loi du .
Mariage avec Sophie Le , Hector épouse Sophie Jeanne Baptiste Gandillot. Sophie est la fille de Jean-Denis Gandillot (Mondon,1797 - Paris, 1863) et de Sophie Marquiset (Besançon, 1804 - Paris, 1873) Polytechnicien, directeur d'une entreprise de fers creux laminés possédant une usine à Épinay-sur-Seine et de magasins d’exposition à Paris, Jean-Denis est issu d’une lignée de cultivateurs-vignerons du Doubs que l’on peut faire remonter au début du 17ème siècle.
Leur union est bénie au temple de l’église Réformée à l’Oratoire de Paris, rue Saint-Honoré par un pasteur protestant, Athanase Coquerel. Les drames pourtant n’ont pas manqué de frapper les premières années de leur mariage. Une petite Marie, née en , meurt à l'âge de trois mois. Jean, né en 1860, ne vivra que trois ansIls sont l’un et l’autre enterrés avec leur mère, Sophie, dans le caveau de la famille Gandillot au cimetière de Montmartre. Division 31, Ligne 05, Tombe 26.. Une fille, Jeanne naît en 1864.
Carrière Le , Hector est nommé commis, au salaire de 1800 francs mensuels, à la direction des Palais et Manufactures. Il a comme collègue Ludovic Halévy avec lequel il écrira plusieurs livrets. Le , il est promu rédacteur, au salaire de 2000 francs. Le suivant, le voici rédacteur au Second bureau de la Division des Dépenses et de la Dotation mobilière au ministère de la Maison de l’Empereur. Ayant assuré ses arrières sur le plan financier, il peut s’adonner, à ses heures perdues, à l’écriture.
Hector débute, en 1852, dans le monde littéraire en compagnie de son frère Paul Émile, agent de change et, accessoirement, chroniqueur hippique. À leurs frais, ils font imprimer, chez Michel Lévy Frères éditeurs, Fiesque, drame en vers en cinq actes et huit tableaux d'après La conjuration des Fiesque, pièce en prose de Friedrich Schiller. Les frères Crémieux en feront un drame en alexandrins, vers rimés, césure à l’hémistiche.
Le , le nom de Crémieux apparaît pour la première fois son nom sur une affiche. Il a 27 ans. Élodie ou le Forfait nocturne, est une opérette en un acte, écrite avec Léon Battu sur une musique de Léopold Amat, « fortement retouchée par Offenbach » selon le journaliste Louis Schneider qui ajoute : « Elle fut jugée fort drôle ».
En 1856, une accusation de plagiat, est lancée par Louis Pelletier concernant Qui perd gagne, pièce jouée à l’Odéon. L'affaire n'aura pas de suite judiciaire, le plaignant acceptant les arguments de Crémieux.
La même année, Crémieux écrit une opérette en un acte Le Financier et le Savetier dont la musique est composée par Jacques Offenbach. C'est leur première collaboration. Le livret s'inspire de la fable de Jean de La Fontaine, Le Savetier et le Financier, mais dont Crémieux inverse la morale, ce que peut laisser supposer le titre. Benedict Jouvin du « Figaro » descend en flamme le livret, estimant que l'œuvre est seulement sauvée pas la musique“Mon cher ami, écrit Benedict Jouvin,vous avez commis une faute, celle de vous imaginer que le public en s’asseyant dans sa stalle que le public apportait avec sa lorgnette, une intelligence brillant de ses propres rayons, un enthousiasme s’allumant de lui-même. Vous lui avez murmuré des bons mots qu’il n’entendait pas, et vous avez créé des situations dont l’évolution brusque et inattendue a renversé toutes ses idées en matière de théâtre. Le public vous a tourné le dos et sans la vivacité de la musique d'Offenbach qui a conjuré l’orage, je ne sais trop ce qui fût arrivé. J'en tremble encore pour vos oreilles …”.
Crémieux est un habitué des fêtes somptueuses données par Offenbach, à Paris ou dans sa villa Orphée, à Étretat. Le , Offenbach organise à Paris un bal costumé où sont présents Nadar, Bizet, Villemessant (le patron du « Figaro », Delibes, Gustave Doré. Pour l'occasion, Crémieux a écrit L’Enfant trouvère, une parodie du « Trouvère », opéra de Verdi créé, quatre ans plus tôt, au Théâtre-Italien. Les décors sont de Nadar, Carjat et Marchal. Le manuscrit du livret laisse à penser que la pochade peut avoir été écrite en collaboration avec Pierre Decourcelles (archives familiales). Paul Émile Crémieux (Emilio Cremioso sur le programme de la soirée) tient le rôle de la bohémienne Abus-de-Chaînes (Azucena chez Verdi), Hector Crémieux (Ettore Cremioso) celui de la Frezzolin, Laide-au-Nord (Leonora).
Orphée aux Enfers En 1858, à l’âge de 30 ans, Hector Crémieux connaît la gloire avec Orphée aux Enfers, opéra-bouffon en deux actes et quatre tableaux dont la première représentation a lieu le aux Bouffes-Parisiens. À l'époque, Crémieux apparaît comme l'unique auteur du livret ainsi qu'il est indiqué sur l'affiche du spectacle. Dans son incontournable “Offenbach” (Fayard), Jean-Claude Yon crédite Crémieux du livret, en ajoutant : “ auteur anonyme” : Halévy. Aujourd'hui, on parle le plus souvent d'une œuvre de Crémieux et Halévy.
Ludovic Halévy est collègue de Crémieux au Ministère d'Etat. Ils ont commencé à écrire Orphée quand le premier est promu au Ministère de l'Algérie. Alors que deux actes seulement ont été ébauchés, Halévy, qui en a eu l'idée, abandonne la partie« On crée le ministère de l’Algérie, explique Halévy au “ Figaro” en 1902, et on me propose d’y être sous-chef de bureau avec 4000 francs d’appointements. J’accepte, vous pensez ! Il était temps de penser à mon avenir de fonctionnaire. Je porte donc mon scénario à Crémieux et je lui dis : « Arrangez-vous avec ça. Faites-en ce que vous voulez. Je vous le donne.(...) Orphée n’est pas de moi. Je ne sais rien d’Orphée. non, non, je vous assure, ne protestez pas. Orphée est de Crémieux. Je le sais bien, voyons. »Une lettre, inédite, adressée à Crémieux en 1857, lequel lui demande de lui passer ses notes pour le troisième tableau d’Orphée, est à cet égard on ne peut plus claire : « Mon cher ami, voici tout ce que je trouve de ce troisième tableau et ce n’est rien. Je suis hors d’état de donner une minute à la pièce et à la collaboration que nous avions arrangée. Depuis quatre jours, je me lève à cinq heures et me couche à une heure du matin. Je me donne tout entier à ma nouvelle position et je crois bien, si le ministère prospère, que c’en est fait pour moi du théâtre.
Un de mes grands regrets, mon cher ami, et tu me croiras facilement est d’être forcé de renoncer à une affaire, qui n’était pas bien grosse, mais qui avait l’avantage très grand à mes yeux, d’associer pour la première fois nos deux noms. Je suis obligé de remettre entre tes mains le sort d’Orphée. Mon nom disparaît de la collaboration et la signature de la pièce t’appartient toute entière. Fais tout ce qu’il te plaira ! Prends tel collaborateur que tu voudras ! Finis seul ! Mais s’il en est ainsi, mon cher ami, il ne peut y avoir entre nous égalité de droits. Si je ne t’offre pas de te les laisser tout entiers, c’est que je vois d’ici ta délicatesse s’effaroucher. Que tu prennes une grosse part si tu fais seul les deux derniers tableaux et si tu prends seul la fatigue et la peine des répétitions.
C’est entendu, n’est-ce pas ? Si le ministère de l’Algérie ne tient pas tout ce qu’il paraît me promettre, si je retombe sur mes jambes, redevenu librettiste et vaudevilliste, nous ferons ensemble une pièce à la rentrée.
De toute façon, nous restons bons amis pour toujours. Il me semble que c’est l’essentiel.
À toi de cœur,
Ludovic Halévy »
Cette lettre est collée sur la première page, vierge, d’un livre imprimé pour l’occasion et intitulé : Orphée aux Enfers, Opéra-Bouffon en deux actes et quatre tableaux, représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre des Bouffes-Parisiens, le jeudi 21 octobre 1858. L’ouvrage est dédié : « À mon ami, Ludovic Halévy ».