Le grand-duché de Berg (ou grand-duché de Clèves et de Berg) fut de 1806 à 1813 un État satellite de la France impériale, regroupant autour du duché de Berg d'innombrables principautés historiques du Saint Empire, aux confessions et traditions disparates. En tant que membre fondateur de la confédération du Rhin, le duché fit formellement sécession du Saint-Empire romain germanique le . D'abord gouverné par Joachim Murat puis par Napoléon lui-même, le grand-duché, souverain de jure, devait, avec le royaume de Westphalie, servir de modèle administratif pour les autres États composant la confédération du Rhin. Le duché expérimenta de multiples réformes touchant l’administration, la justice, l'économie, sans oublier la réforme agraire. Ce fut aussi et surtout un État militaire, dont les troupes furent de toutes les campagnes napoléoniennes postérieures à 1808. Sa capitale était Düsseldorf, et le gouvernement siégeait pour partie dans l'ancien monastère jésuite, pour partie au palais du gouverneur () de la .

Au terme des traités passés en 1808, le grand-duché de Berg devenait frontalier de la France des , du royaume de Hollande, de la principauté de Salm, du duché d'Arenberg-Meppen, du royaume de Westphalie, du grand-duché de Hesse et du duché de Nassau. En 1811, les Français annexèrent le pays de Berg au nord de la vallée de la Lippe, le grand-duché se trouvant désormais enclavé au nord par des « Départements hanséatiques » de la France des 130 départements : le département de la Lippe et le département de l'Ems-Supérieur.

Malgré la présence française, l'empereur échoua à entraîner l’adhésion patriotique de la population : ni la noblesse du pays, ni la bourgeoisie et encore moins les classes sociales inférieures n'appréciaient vraiment le nouveau système. Au contraire le pays, en proie aux crises économiques favorisées par le blocus continental et saigné par les incessantes levées de troupes, finit par être secoué de multiples insurrections en 1813 (« émeutes des Russaillons », en allemand Knüppelrussen), toutes réprimées militairement. À la chute du Premier Empire, la plupart des territoires du duché échurent au royaume de Prusse en conséquence du congrès de Vienne.

Histoire Du règne de Murat… Le , Maximilien-Joseph de Bavière cédait le duché de Berg à Napoléon. Au terme du traité de Schönbrunn (1805), l’électorat de Bavière devait en effet échanger ce fief contre la principauté d'Ansbach. Napoléon confia le même jour à son beau-frère, le prince Joachim Murat, la souveraineté sur les duchés de Berg et de Clèves : ainsi, Murat fut, l'espace de quelques mois, un prince du Saint-Empire. Le territoire du duché de Clèves (formant de 1795 à 1803 le reste de la rive droite du Rhin), repris à la Prusse depuis le , fut rattaché au duché de Berg. Murat prit solennellement ses fonctions de duc de Clèves et de Berg à Cologne le et se fit reconnaître comme souverain par le parlement régional à Düsseldorf huit jours plus tard. Il fit de Jean-Michel Agar, ministre-secrétaire d'état provisoire, son ministre des Finances, et le Président du conseil d'État de Berg : ce dernier, de 1806 à 1808, relaiera les directives de Murat. Pour ses brefs séjours dans la principauté, Murat fit du château de Benrath et du , dans la Mühlenstrasse de Düsseldorf, sa résidence ; le Palais servait déjà de siège de gouvernement sous le règne des électeurs palatins.

En , Murat, s'appuyant sur l'Acte confédéral proclama au nom de la confédération du Rhin la sécession d'avec le Saint-Empire romain germanique. Sur la base de la reconnaissance réciproque des États signataires, il en réclama la souveraineté avec effet au et prit le titre de grand-duc conformément aux dispositions de l'article 5 de l'Acte confédéral. Quelques mois plus tard, la paix de Tilsitt, conséquence des victoires d'Iéna et d’Auerstaedt, se soldait par une extension du périmètre du grand-duché de Berg et de Clèves. Ainsi jusqu'en , la plupart des territoires rhénans naguère prussiens vinrent s'y agréger : l’Abbaye d'Elten, le diocèse d’Essen et de Werden, le comté de La Marck avec Lippstadt, la principauté épiscopale de Münster, la principauté de Rheina-Wolbeck, le comté de Salm-Horstmar, les comtés de Tecklenburg, de Rheda, de Lingen, le diocèse de Cappenberg, l’ex-ville d'empire de Dortmund ainsi que le district de Nassau autour de Siegen et Dillenburg. La ville de Wesel sera, elle, rattachée en 1808 à la France : ses fortifications massives assuraient le contrôle du grand-duché.

…au gouvernement centralisé de Napoléon thumb|Joachim Murat, Grand-duc de Berg de 1806 à 1808, en uniforme de cavalier hessois. thumb|La grande-duchesse Caroline, sœur de Napoléon, avec sa fille Laetitia (1807). thumb|Napoléon, grand-duc en titre de 1808 à 1809, puis régent de Berg de 1809 à 1813, prince protecteur de la confédération du Rhin de 1806 à 1813 : thumb|Napoléon-Louis Bonaparte, grand-duc de Berg entre 1809 et 1813. Au terme du Traité de Bayonne du , Napoléon éleva Joachim Murat au rang de roi de Naples, reprenant ainsi le grand-duché en union personnelle avec l'Empire français. Cette union personnelle rendait possible une annexion de fait, l'annexion étant « en droit » impossible d'après les dispositions de l’Acte confédéral. Pierre-Louis Roederer exerçait les fonctions de ministre des Affaires du grand-duché de Berg près le gouvernement impérial à Paris. Il correspondait en permanence avec le commissaire impérial Jacques Claude Beugnot, directeur du gouvernement ducal en poste à Düsseldorf. Ainsi, le gouvernement local n'avait pratiquement aucun rôle politique.. Au mois d', le grand-duché de Berg atteignit sa superficie maximum.

Le , Napoléon fit d'un de ses neveux, Napoléon Louis Bonaparte, âgé de seulement quatre ans, le grand-duc de Berg. Ce frère du futur Napoléon III était l'aîné des fils du roi de Hollande. Comme Napoléon-Louis n'était pas majeur et que Napoléon se refusait à abandonner la régence à son frère Louis, par suite de leur désaccord sur le maintien du blocus continental, l'Empereur préféra assurer lui-même cette charge.

Au terme de l’abdication du roi de Hollande le , le grand-duché de Berg se trouva l'espace de quelques jours sous le régime d’union personnelle avec le royaume de Hollande, puisque par suite de l'abdication de son père, le jeune duc de Berg devenait roi de Hollande en titre. Cette situation prit rapidement fin avec l'annexion de la Hollande par la France le . L'indépendance factice du grand-duché de Berg resta préservée jusqu'au , date à laquelle le Sénat décréta de renforcer le blocus continental en annexant les territoires du nord de la vallée de la Lippe à la France.

En 1811, Napoléon visita le grand-duché et sa capitale Düsseldorf afin de tenter d'apaiser, par des entrevues en tête-à-tête avec les élites politiques et économiques du pays, les dissensions croissantes entre les Allemands et l’Administration. Pour rallier la population à la France et à sa propre personne en tant que régent du pays de Berg, il fit organiser une foire régionale, où il parut en personne, et ordonna et finança la remise en état des fortifications de Düsseldorf, abattues depuis 1801. Cet embellissement de la ville se traduisit peu à peu, sous la direction d'architectes du pays, au premier rang desquels Maximilian Friedrich Weyhe, par la création d'esplanades, de parcs paysagers et d'un réseau de boulevards.

Le soulèvement de 1813 et la chute du régime Pour autant, la réforme politique n'eut, en l'espace de cinq années, qu'une portée limitée ; car contrairement à la rive gauche du Rhin, où l'organisation à la française perdura quelque vingt années, cette politique nouvelle ne trouva que peu d'adhérents parmi le peuple. Tandis que la réforme agraire attisait l'opposition de la noblesse du pays, la masse de la population demeurait en proie à la misère et aux diverses corvées. L’élite économique et financière, plutôt privilégiée par le pouvoir impérial, garda ses distances par scepticisme envers les effets du blocus continental.

La difficulté de faire de cette ancienne mosaïque de territoires une « patrie » apparaissait de plus en plus clairement au commissaire impérial Beugnot : le grand-duché demeurait, en effet, une entité composite. Avec la retraite de Russie, l'hostilité envers l'occupant français commença de paraître au grand jour. Les autorités françaises n'ignoraient pas que les fonctionnaires du comté de la Marck restaient secrètement fidèles au roi de Prusse et entretenaient des relations avec son ministre, le baron vom Stein. La levée en masse de 1813 acheva de soulever le pays. Parties de Ronsdorf, les émeutes gagnèrent de plus en plus de régions : Solingen, Velbert, Wipperfürth, Elberfeld, Hagen, Gummersbach et enfin Herborn. Les difficultés économiques avaient une part importante dans cette révolte, qui fut l'un des premiers mouvements insurrectionnels contre l'autorité française en terre allemande. Les autorités en place ne pouvaient plus se maintenir que grâce aux militaires. Elles reçurent le renfort d'un contingent du royaume de Westphalie, commandé par le prince-héritier Florentin zu Salm-SalmPour les détails, cf. ..

Peu après la bataille de Leipzig, le grand-duché factice sombra dans l'anarchie. Les hauts fonctionnaires français firent main basse sur le Trésor et quittèrent l'Allemagne. Le , l'avant-garde alliée, commandée par le général cosaque s'empara sans résistance de Düsseldorf, et le commandant russe fut acclamé en libérateur par la population. Il fut relayé ensuite par le corps d'armée du comte de Saint-Priest et les régiments prussiensWolfgang D. Sauer: Düsseldorf unter französischer Herrschaft 1806–1815. In: Dokumentation zur Geschichte der Stadt Düsseldorf (Pädagogisches Institut der Landeshauptstadt Düsseldorf), Düsseldorf 1988, tome 11, p. 199. De 1813 à 1815, le grand-duché conserva cependant une existence au moins administrative en tant que gouvernement général de Berg. En vertu de l’article XXIV de l'acte préalable du congrès de Vienne (1816), la plupart des territoires et le grand-duché échurent à la Prusse. Avec les autres possessions prussiennes des rives droite et gauche du Rhin, il donna naissance à la province de Juliers-Clèves-Berg, avec Cologne pour nouvelle capitale.

Le titre de grand-duc de Clèves et de Berg passa ainsi au roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, et à la maison de Hohenzollern.

Réformes et développement local thumb|Pierre-Louis Roederer, ministre plénipotentiaire des affaires d’Allemagne, en poste à Paris. Le grand-duché, vitrine du gouvernement français, connut plusieurs réformes dans l’administration, la Justice, le régime des cultes, etc.. Mais elles n’advinrent qu'après le remplacement de Murat, qui ne passa que fort peu de temps dans son duché, par Napoléon, en 1808. Contrairement au royaume de Westphalie, il n'y eut pas véritablement de constitution, et les réformes procédèrent plutôt de décrets autoritaires que d'une organisation de l’État.. Mais si l’organisation de l’État sur le modèle français fut appliquée en une fois dans le royaume de Westphalie, on procéda plus prudemment dans le grand-duché. Le commissaire impérial à Düsseldorf, Jacques-Claude Beugnot, alertait lui-même sur le risque d'une trop grande précipitation.

Régime juridique