La première bataille d'Ouessant a lieu le , à environ à l'ouest de l'île d'Ouessant, au cours de la guerre d'indépendance des États-Unis. La France est alliée aux jeunes États-Unis et veut affaiblir la puissance maritime et coloniale du Royaume de Grande-Bretagne. C'est le premier grand affrontement entre les deux marines lors de ce conflit. Cette bataille est très attendue par l'opinion française qui vit dans l'attente de la revanche depuis les défaites de la guerre de Sept Ans.

L'armée navale du roi de France est commandée par le lieutenant général Louis Guillouet d'Orvilliers. La flotte britannique est sous les ordres du vice admiral Augustus Keppel.

Le résultat de la bataille est indécis. Pour les Français, la flotte de Louis XVI réussit sa mission, malgré une occasion perdue de remporter une victoire plus nette et qui donnera lieu à polémique sur la responsabilité du duc de Chartres, et met l'ennemi en fuite. Pour les Britanniques, les Français ont été forcés de se retirer, mais Keppel passe en cour martiale, ce qui montre clairement que le combat est perçu comme une défaite anglaise alors que la Royal Navy paraissait invincible depuis la guerre de Sept Ans.

Les forces en présence Classiquement, les armées navales sont divisées en trois escadres : avant-garde, corps de bataille et arrière-garde. Elles ont chacune une couleur spécifique arborée par chaque navire concerné. Dans l'ordre, bleue — blanche — rouge pour les Britanniques, bleue et blanche – blanche – bleue pour les Français. Le chef de chaque escadre est au centre de son unité ; les ordres sont transmis au moyen de signaux faits par des pavillons. Comme les navires sont rangés en ligne de file, une frégate, sur le côté, est chargée de répéter tous les signaux faits. Elle n'est pas censée prendre part au combat.

Les navires sont donnés dans l'ordre qu'avait l'armée navale avant le début de la bataille.

Trois vaisseaux, le Duc de Bourgogne (80 canons), le Bizarre (64) et l’Alexandre (64), se sont égarés et ont regagné Brest. Pour les remplacer dans la ligne, le 27, Orvilliers a intégré l’Amphion (50), et l’Éveillé (64).

CE : Chef d'escadre LG : Lieutenant général des armées navales Escadre blanche et bleue (comte du Chaffault LG)

Le , 70, marquis de Nieuil L’Amphion, 50, de Trobriand L’Éveillé, 64, Botderu

Le Bien Aimé, 74Construit à Lorient en 1756, dans la forme de ceux de la Compagnie. Il est plutôt vaisseau de charge que vaisseau de guerre, il « passe pour une charrette »…, d'Aubenton La , 80, Huon de Kermadec (comte du Chaffault LG)Construit à Brest en 1766. Le , 74, chevalier de Réals

Le , 64, comte d'Amblimont Le Glorieux, 74, Bausset L’Indien, 64, La GrandièreIndiaman, cédé au roi par la Compagnie des Indes en 1770. La Junon, frégate de 12Une frégate de 32 canons type Charmante (1778-1780) construite à Rochefort en 1777-1778. Sa carrière s'arrête brutalement lorsqu'elle fait naufrage aux îles Saint-Marcouf (Saint-Vincent) le 11 octobre 1780 lors d'un cyclone.. Escadre blanche (comte d'Orvilliers LG)

L’Artésien, 64, Destouches , 74, comte d'Hector L’Actionnaire, 64Indiaman, cédé aussi au roi par la Compagnie des Indes en 1770., Proissy

Le Fendant, 74, marquis de Vaudreuil Le , 110, Duplessis-Parscau (comte d'Orvilliers LG) , 74, chevalier de Brach

L’Actif, 74, Thomas d'Orves Le , 90, De Peynier (comte de Guichen CE) Le Réfléchi, 64, Cillart de Surville La Sibylle, frégate de 12 Escadre bleue (duc de Chartres LG)

Le Roland, 64, Larchantel Le Robuste, 74, De Longueville (comte de Grasse CE) Le , 64, comte de Soulanges

L’Intrépide, 74, Beaussier de Châteauvert Le , 80, Comte Pierre de Roquefeuil-Montperoux (La Motte Picquet CE duc de Chartres LG) Le Zodiaque, 74, de la Porte-Vezins

Le Diadème, 74, chevalier de La Cardonnie , 74, chevalier de Monteil Le Solitaire, 64, de Bricqueville La Fortunée, frégate de 12 En dehors de la ligne La Résolue, frégate de 12 La Sensible, frégate de 12 La Nymphe, frégate de 12 La Surveillante, frégate de 12 La Danaé, frégate de 8, comte de Kergariou La Curieuse, corvette La Favorite, corvette L’Hirondelle, corvette La Lunette, corvette La Sylphide, corvette L’Espiègle, lougre Escadre bleue (Harland) , 74, Rowlley HMS Hector, 74, Sir Hamilton HMS Centaur, 74, Crosby HMS Exeter, 64, Moore HMS Duke, 90, Brereton , 90, Harland HMS Schrewsbury, 74, Rofs HMS Cumberland, 74, Peyton , 74, Stewart HMS Stirling Castle, 64, Sir Douglas Escadre blanche. (Keppel) HMS Courageux, 74, Lord Mulgrave HMS Thunderer, 74, Walsingham , 90, Edwards , 74, Gower HMS Bienfaisant, 64, Drede , 100, Keppel , 80, Jarvis HMS Prince Georges, 90, Sir Lindsay HMS Vigilant, 64, Kingsmill HMS Terrible, 74, Dikerston HMS Vengeance, 74, Clements Escadre rouge (Palliser) HMS Worcester, 64, Robinson HMS Elisabeth, 74, Maitland HMS Robust, 74, Hood , 90, Palliser , 90, La Forey HMS America, 64, Sir Longford HMS Defiance, 64, Goodall HMS Egmont, 74, Allen HMS Ramillies, 74, Digby Hors de la ligne HMS Arethusa, frégate de 32 HMS Proserpine, frégate de 28 HMS Milford, frégate de 28 HMS Fox, frégate de 28 HMS Andromeda, frégate de 28 HMS Pluto, Sloop de 8 HMS Vulcan, Sloop de 8 HMS Alert, Cotre

Déroulement des opérations : une classique bataille en ligne de file thumb|right|Le Bretagne, fier trois-ponts issu du « don des vaisseaux » des années 1760 est le vaisseau amiral de d'Orvilliers lors de cette bataille. (Musée naval de Brest) thumb|right|Les manœuvres des deux escadres lors du combat. (Carte anglaise) thumb|Vue générale du combat au centre avec les vaisseaux amiraux. D'Orvilliers appareille le mercredi et aperçoit pour la première fois la flotte de Keppel le 23 à de l'après-midi, alors qu'il se trouve à 90 milles dans l'ouest-nord-ouest d'Ouessant. Les manœuvres continuent jusqu'au lundi au matin. Les Français vont nord-ouest, les Britanniques sous leur vent, marchant à l'ouest, bâbord amures, en échiquier. D'Orvilliers ordonne son armée de manière très classique. La première escadre, bleue et blanche, à l'avant-garde, la sienne, la blanche, au centre du dispositif et celle du duc de Chartres, la bleue, à l'arrière-garde. D'Orvilliers ordonne d'abord d'abattre sur la flotte anglaise en virant lof pour lof, ce qui fait perdre quelque peu l'avantage du vent. Mais à peine l'ordre de bataille reformé, d'Orvilliers s'aperçoit que l'avant-garde anglaise fond sur son arrière-garde. Il ordonne alors le renversement sur place de l'ordre de bataille, ce qui transforme son escadre bleue en avant-garde et oblige les Britanniques à se mettre en ligne, tribord amures. Les deux flottes commencent à se croiser vers onze heures, et l'artillerie à gronder. La force du vent fait gîter les navires, ce qui empêche les Français d'ouvrir les sabords de leurs batteries basses, où sont les plus gros canons. Les Britanniques n'ont pas cette gêne, la gîte de leurs navires est du côté opposé au combat, mais la fumée revient sur eux.

À l'issue de ce premier engagement et alors que les deux vaisseaux amiraux, la Bretagne et le Victory, se sont sérieusement empoignés, une brèche apparaît entre l'ensemble de la ligne anglaise et ses cinq derniers vaisseaux. L'occasion n'est cependant pas saisie par les Français d'isoler et de réduire ceux-ci. Cette maladresse donnera lieu à polémique sur la responsabilité du duc de Chartres, qui commandait l'escadre bleue, la plus proche des attardés .

Keppel signale d'ailleurs promptement à son escadre rouge, celle de Palliser, de rallier. Celui-ci ne réagit pas. Il est vrai que son navire, le HMS Formidable, a perdu son petit mât de hune et est quasiment dégréé. Pour finir, Keppel signalera en particulier, à chaque navire de l'escadre rouge, ses ordres, omettant le HMS Formidable…

Dans la nuit, la flotte britannique « file à l'anglaise » selon les Français. Les Britanniques, eux, affirment qu'ils ne quittent le champ de bataille, le lendemain, qu'après avoir constaté que les Français ne veulent pas reprendre le combat. Les deux camps estiment avoir gagné puis font route vers leur base. Les Britanniques comptent 407 morts et 789 blessés dans leurs rangs. Les Français regagnent Brest, comptant 163 morts, 517 blessés (sur embarqués) et plusieurs bâtiments endommagés.

Conséquences : tout le monde vainqueur ? Chez les Britanniques Bien que la Grande-Bretagne clame victoire, la polémique fait rapidement rage outre-Manche. Keppel et Palliser sont tous deux membres du Parlement, mais dans des partis opposés. Les reproches que s'adressent mutuellement les deux amiraux se transforment en combat politique.

Keppel est traduit en cour martiale sous cinq chefs d'accusation. Il sera acquitté, la cour les reconnaissant « malintentionnés et non fondés »NWAS, page 141.. À son tour, Palliser se retrouve en position d'accusé. Il sera aussi acquitté, la cour ne trouvant blâmable que d'avoir omis d'informer l'amiral de l'état de son gréement… Keppel prendra sa retraite l'année suivante, se consacrant à sa carrière politique.

Chez les Français, l'affaire du duc de Chartres À la fin de la bataille, l'escadre bleue n'a pas profité de l'occasion qui s'offrait à elle d'isoler l'arrière-garde britannique ou bien de prendre le centre entre deux feux.

Une version répandue dans les semaines qui suivent est que le duc de Chartres n'a pas réagi à l'ordre d'Orvilliers en ce sens, voire qu'il a d'abord fait route vers le navire amiral, ou lui a envoyé une embarcation, pour recevoir des précisions, puis n'a amorcé sa manœuvre qu'alors qu'il était trop tard, la flotte britannique s'étant reformée.

Il était tentant de mettre en cause un prince du sang. Son ascension rapide et ses visées sur la charge d'amiral de France pouvaient susciter une certaine animosité à son encontre. La faute pouvait être imputée soit à son peu d'expérienceC'est ce que soutiendra, par exemple, Scipion de Castries dans ses Souvenirs maritimes : , soit à son entourage, craignant d'exposer la vie du prince dans un combat rapproché. Le duc était assisté par le comte de la Motte-Picquet, officier à la valeur reconnue. Si l'on peut imaginer que le duc comprît mal les signaux, il est plus difficile de croire que cela fût le cas de la Motte-Picquet. Il y eut aussi querelle, chez les Britanniques, au sujet de l'absence de réaction de Palliser aux signaux de Keppel.

La relation que fait d'Orvilliers lui-même de l'affaire est curieuse : . D'Orvilliers accrédite donc la version selon laquelle lui le premier avait donné l'ordre de saisir l'occasion, mais minimise la gravité du défaut d'exécution de cet ordre. Le tableau d'un commandant d'escadre prenant l'initiative, en pleine bataille, de venir à portée de voix de son amiral pour lui demander soudain ce qu'il faut faire, laisse perplexe.

Louis XVI voulut en savoir plus et dépêcha à Brest Jean-François d'Escars. Celui-ci, après avoir interrogé les témoins, conclut que, loin d'avoir démérité, le duc de Chartres avait au contraire spontanément fait signal à son escadre d'abattre , mais que ses vaisseaux de tête n'avaient pas amorcé le mouvement et que lui-même, lorsqu'il l'avait fait, s'était fait rappeler dans la ligne par le vaisseau amiral.

La suspicion se reporte, du coup, sur le chevalier de la Cardonnie, qui, en tête sur le Diadème, faute d'obéir à l'ordre spontané ou répété du Saint-Esprit, a manqué d'amorcer le mouvement. La Cardonnie se disculpe en affirmant ne pas avoir vu le signal de son chef d'escadre . Il ne subit d'ailleurs aucune critique de la part d'Orvilliers.