Henri Marie Jacques Sordet, dit Dominique Sordet, , est un journaliste d'extrême droite, éditeur et critique musical français, devenu fondateur et directeur d'une agence de presse anticommuniste, l'agence de presse Inter-France, militant pour la Collaboration sous l'Occupation.
Biographie Les débuts : le militaire Dominique Sordet est le fils du général de cavalerie André Sordet. Il est lui aussi saint-cyrien et combat pendant la Grande Guerre, durant laquelle il est blessé deux fois. Il démissionne de l'armée après l'armistice et est radié des cadres avec le grade de capitaine d'infanterie de réserve en 1937.
Le critique musical Dominique Sordet publie des études sur des compositeurs et des chefs d'orchestre, et tient la chronique musicale du quotidien parisien royaliste et nationaliste L'Action française de Charles Maurras à partir d'Il succède à Marcel Azaïs, décédé: . Il collabore aussi à plusieurs journaux : dans les années 1920 à L'Écho national d'André Tardieu et à l'hebdomadaire Radio-Magazine dirigé par le colonel Alerme, de 1921 à 1924, à Je suis partout, à Candide et à Ric et Rac dans les années 1930, en tant que critique musical.
Le Prix Candide est fondé en 1931 à son instigation par l’hebdomadaire Candide pour encourager l'édition de disques. Sordet est membre de son jury aux côtés notamment de Louis Lumière, Colette, Jacques Copeau, Maurice Ravel, Francis Carco, Pierre Gaxotte, Reynaldo Hahn. Un an plus tard, il fonde sous les auspices de Radio-magazine la société Charles Cros, une société de conférences destinées à populariser les disques à l'intention du public cultivé,, , . C’est qu’il est alors « le plus combatif apôtre de la musique enregistrée » cf. aussi . Selon Jean Queval, il aurait été au début de sa carrière civile chef du personnel de la firme Thomson-Houston, qui fabrique alors des phonographes. Selon son ami Lucien Rebatet, il a été .
Patron de presse et militant anticommuniste Il se lance en politique après la victoire du Front populaire. Il dira plus tard, en 1942, s’être étonné et scandalisé de l’inefficacité de la presse de droite, « nationale », face à cette victoire, de ses divisions et de ses querelles. Se munissant de l’annuaire professionnel des journaux, il aurait pris contact avec les directeurs de journaux et serait parvenu à les convaincre de faire paraître le même jour un article établissant le bilan du Front populaireGeorges Riond, Chroniques d'un autre monde, France-Empire, 1979, (Une erreur : il évoque ), Je suis partout, Lucien Rebatet, "Dominique Sordet ou les chemins d'un politique", 16 octobre 1942. La parution simultanée de ce bilan dans plus de 300 périodiques a lieu en . Ce manifeste qu'il aurait rédigé est nettement anticommuniste : L’article se termine par un appel aux Français ; il les conjure d’apporter leur aide et leur adhésion à l’organisation anticommuniste de leur choix qui « renouvellera l’engagement solennel de combattre sans merci le plus perfide, le plus dangereux ennemi de la civilisation : le communisme ». Les journaux parisiens et de province ont en effet fait paraître un article intitulé , qu'ils ont publié intégralement, tel L'Écho de Paris, ou en partie, en une ou en page intérieure,,,, ., sans nommer Sordet. Ce dernier a bénéficié de l'appui de Georges Riond, délégué général de la Fédération française des périodiques républicains-nationaux et du soutien de la Confédération générale du patronat français de Claude-Joseph Gignoux, proche de RiondCollectif, Industrie et politique en Europe occidentale et aux États-Unis : , Presses de l'Université Paris Sorbonne, 2006, (L'auteur évoque une campagne de presse coordonnée par l'agence Inter-France, alors qu'elle n'existe pas encore).
Il fonde en 1937 avec le colonel Michel Alerme l'agence de presse Inter-France, qu'il dirige jusqu'en 1944. Son ami Lucien Rebatet, que Sordet a fait entrer à L'Action française et à Radio-magazine, le décrit ainsi dans Les Décombres : Le journaliste Jean Queval écrit quant à lui:
Le militant de la Collaboration
Rebatet évoque Sordet au moment de l’offensive allemande de mai- :
Sordet se rallie au régime de Vichy du maréchal Pétain et surtout à la collaboration avec l'Allemagne. Dans une du , il déplore que la France ne se fût pas donnée Citée par .
Charles Maurras rompt avec lui après avoir lu le numéro d’ publié par l’agence. Maurras lui écrit de Limoges le :
Il est d'ailleurs chassé publiquement de L'Action française durant l'été 1940 ,, . Maurras l'évoque dans La Seule France (éd. Lardanchet, Lyon, 1941, ) : « Les Français n'ont pas oublié comment, l'été dernier, un galopin de théâtre et de concerts, nommé Sordet, s'était permis de faire fi, publiquement, de ce qui reste de souveraineté nationale ». Il l'exécute dans un article intitulé en 1943 :
Henry du Moulin de Labarthète, directeur du cabinet civil du maréchal Pétain, en brosse le portrait suivant : « Dominique Sordet, directeur de l'agence Inter-France, ancien officier je crois, et critique musical de valeur, mais bien le plus plat valet qu'il m'ait été donné de rencontrer. Ce garçon gras et flasque, au regard fuyant, à la dialectique insinuante, partageait avec le colonel Michel Alerme le triste privilège d'avoir ouvert à Vichy la première agence de presse allemande »Henry du Moulin de Labarthète, Le temps des illusions. Souvenirs, juillet 1940-avril 1942, A l'enseigne du cheval ailé, 1947, .
Proche de Marcel Déat, qu'il a rencontré à Vichy à l'été 1940 : ., de Philippe Henriot, de Pierre Laval et de l'équipe de Je suis partoutIl y donne un article dans le numéro du 19 avril 1943, intitulé . Il avait signé plusieurs articles dans cet hebdomadaire avant la guerre., Dominique Sordet profite de l'Occupation pour développer son agence de presse, qui devient l'un des pôles du collaborationnisme parisien. Sordet est l'auteur de nombreux écrits collaborationnistes (éditoriaux et livres), comme cet article d'Inter-France en 1943 :
La presse de province publie des articles signés de son nom. Il préface et contribue à la publication de différents ouvrages de propagande liés à l'Agence Inter-France. Il donne enfin des conférences à Paris, en 1943, sur l'Espagne, présidée par Marcel Déat, en 1944 sur les , .
Des ténors de la collaboration louent ses qualités et lui rendent hommage, tels Lucien Rebatet ou Déat , qui le cite parfois, . Des journaux de province louent de même ses renseignements et ses conseils« Une manifestation d'unité française. Les journées Inter-France », La Tribune de l’Aube, 15 octobre 1942,« Éloge mérité », La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, 13 décembre 1943 (en ligne sur Retronews).
Il se radicalise de plus en plus au fil de la guerre, adhère en au Rassemblement national populaire (RNP) de Déat. Il assiste en février 1944 à une conférence de Georges Albertini, du RNP, aux côtés de Déat : , fait figure en 1944 de jusqu’au-boutiste de la collaboration. Il accepte ainsi de figurer au comité des Amis de la Waffen-SS, présidé par Paul Marion et constitué en , avec Alerme, Jacques Doriot, et les ministres Déat, Joseph Darnand et François Chasseigne . Sordet est l’un des auteurs avec Georges Albertini, en , au lendemain de l’assassinat de Philippe Henriot, d’une pétition qu’il fait circuler critiquant implicitement la faiblesse de Laval et réclamant le retour à Paris d’un gouvernement élargi « par l’entrée des éléments indiscutables » et des « sanctions sévères, allant jusqu’à la peine capitale, à l’égard de tous ceux dont l’action encourage la guerre civile ou compromettrait la position européenne de la France ». Le texte, la , est cosigné par presque tous les ténors de la collaboration, des ministres (Déat, Fernand de Brinon, Jean Bichelonne, Abel Bonnard), des chefs de partis collaborationnistes comme Jacques Doriot, des journalistes (Alphonse de Chateaubriant, Rebatet, Jean Luchaire, Jacques Roujon, Alerme, etc.), des générauxTémoignage postérieur de Guy Lemonnier (alias Claude Harmel), cité par Pierre Rigoulot, Georges Albertini, socialiste, collaborateur, gaulliste, Perrin, 2012, . Cf. aussi le témoignage de Victor Barthélémy, Du communisme au fascisme, A. Michel, 1978, , Vichy 1940-1944: quaderni e documenti inediti di Angelo Tasca, Feltrinelli/CNRS, 1986, , , , (la déclaration est évoquée lors du procès de Roujon). Le texte a été porté par l’amiral Charles Platon au maréchal Pétain. D'autres ouvrages présentent Platon comme l'initiateur du texte. .
Lucien Rebatet écrit dans ses mémoires qu’il trouva dans la nuit du , au siège du PPF, son ami Sordet « l’air absolument perdu » car « son fidèle chauffeur vient de disparaître avec ses valises et la voiture ». Sordet refusa de suivre Rebatet dans sa fuite vers l’Est.
Il échappe cependant à l'épuration et meurt en 1946 en banlieue parisienne, dans la clandestinité, France-Amérique, 22 septembre 1946, (d'un cancer de la gorge). Inter-France est alors fermée depuis la Libération et ses collaborateurs se sont dispersés ou ont été internés.
Publications Douze chefs d'orchestre, Paris, Fischbacher, 1924 avec Maurice Emmanuel, Reynaldo Hahn, Paul Landormy, Georges Chepfer, Hugues Panassié, Emile Vuillermoz et Maurice Yvain, L'initiation à la musique, à l'usage des amateurs de musique et de radio, Paris, Éditions du Tambourinaire, 1935 (Ouvrage réalisé à l'initiative et sous le patronage de la Compagnie française Thomson-Houston et de la Société des Établissements Ducretet) avec Xavier de Magallon, et Pierre Laval, Inter-France (« Trois anniversaires », par Xavier de Magallon, « Six ans de combat », par Dominique Sordet, « Message » de M. Pierre Laval, Paris, Imprimerie de Hardy, 1942. Le Ministère du ou l'Horoscope vérifié, Paris, Inter-France, Imprimerie Guillemot et de Lamothe, . . Naissance de l'anglophilie, Paris, Inter-France, Imprimerie de Guillemot et de Lamothe, . Le Coup du , suivi de : « Il faut les chasser », par Marcel Déat, Paris, Inter-France, Imprimerie de Guillemot et de Lamothe, 1943. « Avant propos » à Léon Émery, La Troisième République, Paris, Éditions du centre d'études de l'agence inter-France, 1943. Philippe Henriot, Et s'ils débarquaient ?, préface d'Émile Vuillermoz, avec une lettre de Dominique Sordet, Paris, Éditions du Centre d'études de l'agence inter-France, 1944. Dominique Sordet, Les derniers jours de la Démocratie, Editions Inter-France,
Bibliographie .
Notes et références
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