L'Abbé (The Abbot), parfois adapté sous le titre Le Page de Marie Stuart, est un roman historique de l’auteur écossais Walter Scott, paru le sous la signature . C'est l’un des deux romans de la série Récits de sources bénédictines. L’Abbé se présente en effet comme une suite du Monastère, paru six mois plus tôt. Mais les deux récits peuvent se lire indépendamment.

En , en Écosse, la reine catholique Marie Stuart est emprisonnée à Lochleven par des nobles protestants pro-Anglais. En juillet, ils obtiennent son abdication. Le jeune Roland Graeme, page chargé de l'espionner, est le témoin de sa détention, puis le complice de son évasion. Il voit les partisans de la reine réunir une armée, qui est défaite à le . Marie fuit en Angleterre. Le triomphe des protestants favorables à l'Angleterre est consommé. La voie est ouverte pour l'union des deux couronnes (1707) et pour l'instauration d'une dynastie protestante (les Hanovre, en 1714).

Genèse Sources

Selon Christopher Johnson, éditeur en 2000 de The AbbotWalter Scott, The Abbot, éd. Christopher Johnson, coll. « The Edinburgh Edition of the Waverley Novels », X, Edinburgh University Press, 2000., c'est dès l'été 1817 que Scott songe à raconter l'emprisonnement de Marie Stuart. En 1818, George Chalmers publie Life of Mary, Queen of Scots, qui avive peut-être l'intérêt que le romancier porte à Marie « The Abbot », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 24 mars 2017)..

Outre le livre de ChalmersL’Abbé, suite du Monastère, dans Œuvres de Walter Scott, XIII, Paris, Furne, 1830, 530., Scott consulte les ouvrages polémiques des protestants John Knox (le fondateur du presbytérianisme écossais) et George Buchanan, et ceux du catholique John Leslie. Il se documente également dans De vita et rebus gestis serenissimae principis Mariae Scotorum reginae de Samuel Jebb et dans The History of the Affairs of Church and State in Scotland de .

Scission du projet initial

L'idée première de Scott semble être d'écrire un seul roman sur les événements précédant et suivant la Réforme écossaise (1560). Le livre parlerait de la chute des monastères et de la captivité de Marie Stuart.

Mais, le , l'auteur annonce à ses éditeurs qu'il se dirige vers un Monastère en quatre volumes, au lieu des trois habituels — ou, , vers deux livres de trois volumes chacun. Il semble que c'est par besoin d'argent que Scott s'oriente vers cette dernière solution : il achète une charge d'officier à son fils aîné Walter, et les travaux dans sa propriété d'Abbotsford sont un gouffre financier. Début , les éditeurs acceptent l'idée d'une suite de deux livres en trois volumes chacun. C'est le seul diptyque dans l'œuvre de l'auteur.

Scott lui-même (introduction de 1831 « Introduction (1831) », sur gutenberg.org, 29 novembre 2016 (consulté le 29 mars 2017).) et certains de ses biographes (Herbert J. C. Grierson et Edgar Johnson) disent que l'idée de donner une suite au Monastère est venue après la publication de celui-ci. Mais Christopher Johnson rappelle que le contrat pour une suite est signé avant que Le Monastère ne soit achevé.

Le Monastère, premier des deux Récits de sources bénédictines, paraît le . Le titre de la suite, L'Abbé, apparaît pour la première fois le . Scott, semble-t-il, ne travaille pas tout de suite à ce deuxième récit, car il est pris par des obligations mondaines et familiales.

Écriture et publication

Le , seule la moitié du premier volume est écrite. Mais le délai a permis à l'auteur de méditer les réactions négatives des critiques à propos du Monastère, à propos notamment de la surnaturelle Dame blanche. Il rend le récit de L'Abbé plus autonome par rapport à celui du premier roman, et la Dame blanche d’Avenel n’apparaît pas. À peine est-elle mentionnée, à la dernière page. Le , les deux premiers volumes sont écrits. En août, le troisième et dernier volume est terminé« Kenilworth », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 20 juillet 2012 (consulté le 29 mars 2017)..

Comme pour Le Monastère, l'éditeur principal est Longman, Hurst, Rees, Orme and Brown, à Londres ; et les coéditeurs sont Archibald Constable and Co. et John Ballantyne, à Édimbourg. Six mois après Le Monastère, L'Abbé paraît en trois volumes à Édimbourg le , et à Londres . Le titre original est The Abbot; Being the Sequel of The Monastery. C'est le deuxième des deux Récits de sources bénédictines (Tales from Benedictine Sources).

Introductions

Dans la continuité de la première introduction du Monastère, Scott rédige une . Elle est adressée à l'imaginaire capitaine Clutterbuck, qui aurait obtenu d'un bénédictin des manuscrits originaux et les aurait confiés à Scott, lequel en aurait tiré Le Monastère et L'Abbé. Clutterbuck aurait protesté contre de nombreuses coupes effectuées par le romancier dans le premier récit. Scott répond que, pour sacrifier au goût de son public, il a retiré une grande partie de ce merveilleux qui faisait , et qu'il a notamment retranché beaucoup de ce qui concernait la Dame blanche. Il s'absout ainsi d'avoir introduit ce personnage surnaturel, dénoncé par la critiqueL’Abbé, éd. cit., 1 et 2..

Il en profite pour prévenir les reproches qui pourraient concerner, dans L'Abbé, le fanatisme de la catholique Magdeleine et du père Ambroise. Il dit en avoir retranché beaucoup, afin de ne pas heurter le lecteur moderne par des excès de plume d'une autre époque. Ces prétendues coupes lui permettent également de justifier le titre. C'est à force de coupes que l'abbé ne joue plus qu'un rôle discret dans le livre. Il avait un rôle important dans l'imaginaire manuscrit du bénédictin — d'où le titre. Scott dit avoir gardé ce titre pour assurer le lien entre les deux livresL’Abbé, éd. cit., 2..

Dans l'édition de langue anglaise de 1831, l'« épître » est précédée d'une nouvelle introduction de Scott, de forme conventionnelle.

Dates et lieux du roman vignette|alt=Carte schématisée du sud de l'Écosse n'indiquant que le Teviotdale au sud-est, Édimbourg un peu plus au nord, Lochleven encore un peu plus au nord, et Langside à l'ouest.|gauche|upright=1|Lieux du roman, au sud de l'Écosse.

Le Monastère parlait des troubles engendrés par la minorité de Marie Stuart de 1547 à 1560. L'Abbé va parler de la captivité de Marie en 1567 et 1568. Pour ce qui est de dater la fiction du Monastère, Scott, de son propre aveuLe Monastère, dans Œuvres de Walter Scott, XII, Firmin-Didot, s. d., 268., est vague et peu cohérent. Il persiste dans ce flou en faisant naître Roland Graeme à la fin du Monastère et en lui donnant au début de L'Abbé — dix ans plus tardL’Abbé, éd. cit., 5..

vignette|alt=Une haute colonne s'élève, en contrebas d'un parc.|droite|upright=1|Au centre, le Langside Battlefield Memorial, à Glasgow, sur le lieu de la bataille de Langside.

Le récit débute dans le Teviotdale « Where is Teviotdale? » sur janetmcnaughton.ca (consulté le 24 mars 2017). où se déroulait l'action du Monastère. Cette vieille province du sud-est de l'Écosse correspond plus ou moins au Roxburghshire, un des quatre anciens comtés des Borders écossais. On retrouve, dans les premiers chapitres de L'Abbé, des lieux fictifs du roman précédent : le château d'Avenel, le monastère

L'action se transporte ensuite à Édimbourg, où le personnage central découvre le palais de Holyrood. Puis, une grande partie du récit se déroule dans le lieu de détention de Marie Stuart, le château de Loch Leven (Scott écrit Lochleven), sur une île du loch Leven, au nord du Firth of Forth. On voit aujourd'hui ses ruines. Le château de West Niddrie, où Marie est hébergée le , se trouve à une quinzaine de kilomètres à l'ouest d'Édimbourg.

Le roman s'achève sur la , au sud de Glasgow (aujourd'hui dans la ville). À l'orée de Queen's Park, un monument, le Langside Battlefield Memorial, marque le lieu du combat « Battle of Langside », sur theglasgowstory.com, 2004 (consulté le 24 mars 2017)..

Cadre historique

En 1560, en Écosse, est créée l'Église nationale presbytérienne. La foi protestante gagne du terrain. Les édifices consacrés au culte de l’Église romaine sont peu à peu détruits. Dans certains cantons, il est dangereux d’être suspecté de catholicismeL’Abbé, éd. cit., 89-91..

En mai 1567, le troisième mariage de la reine Marie Stuart (avec l’aventurier Bothwell) divise le pays en deux camps. Marie est arrêtée par une confédération de nobles écossais. En juin, elle est emprisonnée au château de Loch Leven. Le , elle est contrainte d’abdiquer en faveur de son fils Jacques, âgé d'un an. Son demi-frère, James Stuart, comte de Moray (Murray, dans le roman), devient régent.

Marie Stuart est catholique. Le régent est protestant. L’Écosse est déchirée. La plupart des chefs du sud sont partisans de Marie Stuart, et très opposés au régent. Bien des gens désirent et portent leurs espoirs sur un retour au pouvoir de Marie Stuart et sur le retour du catholicismeL’Abbé, éd. cit., 73..

Le , Marie s'évade. Elle lève une petite armée, qui est défaite le à Langside. , Marie s’enfuit en Angleterre.

Résumé vignette|alt=photo d’un château en ruines|gauche|upright=1|Le château de Loch Leven (Lochleven, dans le roman).

Souffrant des interminables absences de son mari et n’ayant pas d’enfant, la calviniste Mary Avenel recueille Roland Graeme, un enfant pauvre dont elle fait son page. Celui-ci prend soin de dissimuler qu’il est catholique. Gâté par sa protectrice, il fait preuve d’un caractère odieux et violent.

Trop longtemps aveuglée par l’affection qu’elle lui porte, lady Mary se décide enfin à le chasser. Il retrouve sa grand-mère, Magdeleine, une catholique fanatique, et fait la connaissance de la vive et gaie Catherine Seyton, dont il s’éprend sur-le-champ. Magdeleine tient à précipiter les deux jeunes gens dans une conspiration visant au retour de Marie Stuart, retenue prisonnière au château de Lochleven.

vignette|alt=plan d’un château|droite|upright=1|Plan du château de Loch Leven.

Sir Halbert, l’époux de Mary Avenel, envoie le garçon au palais de Holyrood, muni d’une lettre pour le régent.

Le régent fait de Roland un page de Marie Stuart, en le chargeant d’espionner cette dernière dans sa prison. Roland se rend donc dans ce château. Il y retrouve Catherine Seyton, devenue suivante de la reine. Le jour même, , des lords contraignent Marie Stuart à l’abdication.

L’hiver se passe dans l’ennui de cette retraite. Contraint de jouer son rôle de protestant, Roland se rend à la prière du soir. Il est catholique par obéissance à sa grand-mère, mais serait bien incapable de dire en quoi consiste la différence d’opinion séparant l’Église réformée de l’Église romaine. Il devient de plus en plus attentif aux instructions du chapelain de l’Église chrétienne évangélique. Ce zèle religieux le rend suspect aux yeux de la reine et de ses deux suivantes, qui le tiennent désormais à l’écart de leurs conciliabules. Roland souffre d’autant plus de cette situation qu’il aperçoit souvent Catherine en compagnie du jeune George Douglas, fils du maître des lieux.

vignette|alt=tableau représentant deux hommes entraînant une femme|gauche|upright=1|L’évasion de Marie Stuart.

Roland se trouve bientôt dans une situation embarrassante : d’un côté, Catherine exige des gages de sa fidélité à l’Église et à la reine ; de l’autre, le chapelain et lady Lochleven, rassurés par son zèle à s’instruire dans la religion réformée, lui confient des missions au bourg de Kinross, sur la rive ouest du loch. À Kinross, Roland retrouve Magdeleine, sa fanatique grand-mère, et le père Ambroise. Tous deux, après Catherine, s’emploient à raffermir sa foi catholique chancelante, et lui rappellent qu’il doit être du seul parti de la reine catholique.

Une première tentative d’évasion échoue.

On croit Marie Stuart empoisonnée par l’intendant. Pour la soigner, lady Lochleven fait appel à une sorcière de Kinross qui n’est autre que Magdeleine. Celle-ci fait une apparition exaltée dans le château.