Le Monastère (en anglais, The Monastery: a Romance) est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott, publié le sous la signature « l'auteur de Waverley ». C'est le premier des deux Récits de sources bénédictines : le second, L'Abbé, paraît six mois plus tard.

Le récit se déroule au sud-est de l'Écosse, non loin de la frontière anglaise. Scott ne raconte pas les événements historiques, il décrit les changements intervenant dans les mentalités. À travers la chronique d'une communauté monastique et de ses vassaux, il fait vivre le bouleversement qui s'opère dans le royaume de 1547 à 1560, années de désordre qui précèdent la Réforme écossaise.

Grand seigneur, l'abbé de a droit de vie et de mort sur les délinquants et sur les hérétiques. Cependant, la doctrine réformée progresse dans le pays. Les biens de l'Église sont convoités. Dans les villes, des monastères sont supprimés. L'abbaye réussit à conserver ses domaines, ses privilèges et son influence. Mais un comploteur catholique, Anglais extravagant, vient un jour lui demander asile. L'irruption de ce voyant personnage embarrasse les religieux. Le monastère risque de devenir une cible.

Genèse

Scott écrit Le Monastère en 1819, dans la même période qu’Ivanhoé. Il a déjà publié neuf romans, dont sept connaissent un succès triomphal (deux romans plus courts que les autres, Le Nain noir et Une légende de Montrose, sont respectivement éclipsés par le succès des Puritains d'Écosse et par celui de La Fiancée de Lammermoor). Les neuf livres évoquent un passé récent, dont l'auteur a une connaissance privilégiée par tous les récits qu'il a pu recueillir dans son entourageHippolyte Taine, Histoire de la littérature anglaise, Hachette, 1866-1878, IV, , , , 295 et 296. : au ou, pour deux d'entre eux, au . Avec Ivanhoé () et Le Monastère (), Scott s'éloigne résolument dans le temps.

Début , malgré de nouvelles attaques de calculs biliaires, il commence Ivanhoé. On ne connaît pas avec précision les dates d'écriture du Monastère. Il semble que Scott entame ce dernier dans le cours de l'été. Il délaisse pour un moment Ivanhoé. Puis il y revient. Il le termine le . Il écrit alors le plus gros du Monastère « The Monastery », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011..

Sources

Pour la partie historique, Scott s'inspire d’Histoire d'Écosse sous les règnes de Marie Stuart et de de William Robertson, et de The History of the Reformation in Scotland du réformateur John Knox, le fondateur du presbytérianisme écossais.

Il trouve des informations sur la vie monastique dans British Monachism de . Pour le courtisan précieux Piercie Shafton, il s'appuie sur le roman de John Lyly, Euphues ou l'Anatomie de l'esprit. Pour la Dame blanche, il s'inspire d’Ondine, le conte de Friedrich de La Motte-Fouqué (qui a inspiré bien d'autres œuvres, comme le poème Ondine d'Aloysius Bertrand ou la pièce Ondine de Giraudoux).

Publication

Scott a besoin d'argent. Son idée semble être de se mettre en compétition avec lui-même, de publier presque en même temps Ivanhoé et Le Monastère, chez deux éditeurs, sans la moindre indication d'auteur. Ivanhoé paraîtrait chez l'Écossais Archibald Constable, l'éditeur habituel. Le Monastère, pour des raisons de sécurité financière liées à la conjoncture, paraîtrait à Londres chez Longman.

Scott accepte finalement de publier les deux livres sous la signature « l'auteur de Waverley » (le pseudonyme Jedediah Cleishbotham étant réservé aux Contes de mon hôte). Ivanhoé paraît en chez Constable.

L'éditeur principal du Monastère est Longman, Hurst, Rees, Orme and Brown, à Londres. Les coéditeurs sont Archibald Constable and Co., et John Ballantyne, à Édimbourg. Mais c'est à Édimbourg que le livre paraît d'abord, le , sous le titre The Monastery: a Romance. Il ne paraît à Londres que le .

Les deux Récits de sources bénédictines

Six mois plus tard, Scott publie L'Abbé, dont l'histoire se déroule quelques années après l'action principale du Monastère, et où réapparaissent quelques personnages de celui-ci. Il s'agit cependant de deux histoires pouvant être lues indépendammentHenri Suhamy, Sir Walter Scott, Fallois, 1993, 311.. Les deux livres forment les Récits de sources bénédictines.

Introductions

Le récit du Monastère est précédé d'une longue « Introduction sous forme d'épître » qu'un capitaine en retraite nommé Clutterbuck, amateur d'antiquités, aurait adressée « à l'auteur de Waverley ». Ce personnage fictif, dans la lignée du Jedediah Cleishbotham qui présente les Contes de mon hôte, raconte en quelles circonstances il a reçu d'un bénédictin deux manuscrits. Il les confie à Scott. Lequel va en tirer Le Monastère et L'Abbé. L'introduction de Clutterbuck est suivie d'une « Réponse de l'auteur de Waverley au capitaine Clutterbuck ».

Dans l'édition de langue anglaise de 1832, le tout est précédé d'une introduction de Scott détaillant les lieux qui ont inspiré ceux du roman et répondant aux reproches qui lui ont été adressés.

Lieux du roman thumb|alt=Carte du sud de l'Écosse où ne figurent qu'Édimbourg et, plus au sud, le Teviotdale.|right|upright=1|Localisation du Teviotdale, ancienne province du sud-est de l'Écosse.

Scott situe l'action de son roman dans le Teviotdale « Where is Teviotdale? », sur janetmcnaughton.ca.. Cette vieille province du sud-est de l'Écosse correspond plus ou moins au Roxburghshire, un des quatre anciens comtés des Borders écossais.

Kennaquhair (« On ne sait où », en scots) est une localité imaginaire. Elle s'inspire d'un village aujourd'hui disparu, qui se trouvait à quelque deux miles de Galashiels, sur les bords de la TweedIntroduction de l'édition d'Édimbourg de 1832, Le Monastère, in Œuvres de Walter Scott, XII, Firmin-Didot, s. d., 1..

Scott admet que le monastère de Kennaquhair peut être pris pour l'abbaye de Melrose (voisine de sa propriété d'Abbotsford). Mais il recommande au lecteur de ne pas chercher systématiquement sur le terrain les lieux du roman : Ainsi le Glendearg du roman ne ressemble-t-il pas en tout point au vallon d'Allen.

Cadre historique

Le récit évoque les désordres provoqués en Écosse — du fait de la minorité de Marie Stuart — de 1547 à 1560, c'est-à-dire dans les années qui précèdent la Réforme écossaise. L'Angleterre protestante et la France catholique se disputent la mainmise sur le pays. Les nobles écossais du « parti anglais » se ralliant volontiers à la nouvelle doctrine, la querelle politique se double d'un conflit religieuxMichel Duchein, Histoire de l'Écosse : des origines à 2013, coll. « Texto », Tallandier, 2013, 262 et 265..

Rough Wooing

Le , Henri VIII d'Angleterre signe avec l'Écosse le traité de Greenwich qui prévoit l'union des deux royaumes et fiance Édouard, fils d'Henri, à la reine d'Écosse Marie Stuart, sept mois. Le , le Parlement d'Écosse rejette ce traité. , l’Auld Alliance entre l'Écosse et la France est renouvelée. En représailles, déclenche en 1544 le Rough Wooing (la « cour pressante »), série d'incursions anglaises donnant lieu à d'abominables massacres et pillagesMichel Duchein, , 268 et 269..

L'armée écossaise est anéantie par les Anglais à la bataille de Pinkie Cleugh, en Ivan Cloulas, Henri II, Fayard, 1985, 169.. En 1548, Marie Stuart embarque pour la FranceIvan Cloulas, , 186., où elle va rester treize ans. En 1550, la signature du traité d'Outreau amène les Anglais à retirer leurs troupes d'Écosse. C'est la fin du Rough Wooing. En juin 1551, la paix est conclue entre l'Écosse et l'AngleterreÉric Durot, « Le crépuscule de l'Auld Alliance », sur cairn.info, in Histoire, Économie & Société, Armand Colin, 2007..

Développement du protestantisme

Dans les années 1550, des traductions de l'Évangile en langue vulgaire circulent (chez les catholiques, elles sont interdites aux laïcsEn 1199,  condamne la traduction en français des Psaumes, des Évangiles et des épîtres de Paul. En 1229, le concile de Toulouse interdit aux laïcs la possession et la lecture de toute traduction de la Bible en langue vulgaire. En 1559, interdit que les Bibles en langue vulgaire soient imprimées ou gardées sans une autorisation de l'Inquisition. « Historique de l'interdiction de la Bible », sur forum-religion.org. « La Bible officiellement interdite de lecture », sur new.unpoissondansle.net, 19 janvier 2008.). Les prédicateurs protestants multiplient les conversions. Ils attaquent l'Église catholique, qui est le plus gros propriétaire foncier du royaume (ce qui suscite des jalousies et des convoitises) et qui joue un rôle politique très importantMichel Duchein, , 264..

Régence de Marie de Guise

À partir de 1554, la régence est exercée par la veuve de , Marie de GuiseMichel Duchein, , 274.. En décembre 1557, des grands du royaume, opposés à la régente, édictent le First Band, ou Covenant, où ils mettent en avant des considérations religieuses. Par la suite, leur lutte se fait plus ouvertement anti-française Jane E. A. Dawson, « Lords of the congregation », sur oxforddnb.com, in Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, septembre 2013..

En novembre 1558, la protestante Élisabeth devient reine d'Angleterre. Elle soutient les réformés d'ÉcosseMichel Duchein, , 278.. Dès lors, l'opposition à Marie de Guise ne cesse de croître. Au Parlement d'Écosse, l'opposition protestante, le Covenant, a des appuis dans l'aristocratie, et le soutien de l'Angleterre.

John Knox thumb|alt=gravure en buste d'un homme en noir tenant un livre|left|upright=1|Le réformateur John Knox, fondateur du presbytérianisme écossais.

En mai 1559, le réformateur John Knox revient de douze années d'exil. Il a notamment séjourné à Genève, où il a rencontré Calvin. Il va établir l'Église protestante d'Écosse sur le modèle presbytérien de Genève, une forme de protestantisme donnant le pouvoir aux laïcs et à la paroisse« John Knox », sur johnknox.ch.. Knox est âpre et intransigeant, son protestantisme a un caractère radicalMichel Duchein, , 264 et 265.. Il prêche violemment à Perth, ce qui provoque émeutes et destructions.

La crise

Les opposants au catholicisme et à la France apparaissent au grand jour sous le nom de lords de la Congrégation. Ils commencent à réunir une véritable petite armée. Des affrontements ont lieu contre les troupes de la régente. La rébellion est désormais ouverte. Le pouvoir de Marie de Guise s'érode. En , la Congrégation la déclare déchue de la régence. En décembre, vingt grandes villes abolissent le culte catholique.

En février 1560, le traité de Berwick est signé entre Élisabeth et les lords de la Congrégation. Marie de Guise meurt en juinMichel Duchein, , 281 et 282.. Les lords de la Congrégation prennent le contrôle du gouvernement du royaume. Le , le traité d'Édimbourg met fin implicitement à l’Auld Alliance. En août, le Parlement d'Écosse balaie dix siècles de catholicismeMichel Duchein, , 285. : la juridiction du pape est abolie ; la doctrine et le culte contraires à la foi protestante sont condamnés ; la célébration de la messe est interdite.

Dates du récit

Le roman s'ouvre après le désastre de Pinkie Cleugh (1547). Quelques années s'écoulent avant que ne démarre l'action principale. On ne trouve dans celle-ci aucune mention d'événement historique permettant de la dater. On est tenté de la situer au plus fort de la crise, vers 1559-1560, puisque Élisabeth est reine d'Angleterre. Mais Scott reconnaît lui-même :

Résumé

Le baron Walter Avenel est tué dans les dernières luttes du Rough Wooing. Sa veuve est accueillie à la tour de Glendearg, chez Elspeth Glendinning, veuve de Simon Glendinning, un vassal de l'abbaye cistercienneLe Monastère, éd. cit., 41. de Kennaquhair, mort à la bataille de Pinkie Cleugh. La petite Mary Avenel et les deux garçons d'Elspeth, Halbert et Edward, sont élevés ensemble.