Thyde Monnier, nom de plume de Mathilde Monnier, née à Marseille le et morte à Nice le , est une écrivaine et féministe françaiseThyde Monnier nom de plume de Mathilde Monnier selon Nadine de Trans, 24 novembre 2012. Cette présentation illustrée garde une petite trace du travail de biographie entrepris en 2005 par Colette Comba, pour sortir de l'oubli partiel l'œuvre complète de Thyde Monnier, selon les éditions alexandrines.. Corsetière de formation, Mathilde s'essaie à la rédaction de pièces de théâtre et de nouvelles courtes sans succès, puis de poèmes avec quelques reconnaissances officielles. Mais ce n'est qu'en 1937, à l'âge de cinquante ans, qu'elle s'impose en littérature, sous le nom de Thyde Monnier, avec son premier roman La Rue courte. Quarante romans populaires et un vigoureux essai féministe sont ensuite rédigés par cette femme de lettres provençale, tombée en partie dans l'oubli depuis les années 1990.

Biographie Enfance et formation vignette|Lycée Montgrand à Marseille

Mathilde Monnier naît à Marseille au 36, rue de Rome, où ses parents sont commerçantsMathilde Monnier alias "Thyde Monnier" est souvent présentée en "fille de banquier née à Marseille en 1887", sur la courte biographie associée à ses nombreux romans édités par le Club France Loisir. Une partie de l'évidente biographie romancée, mettant en exergue par ailleurs une précocité littéraire inédite et une noble aisance affichée qui n'existe point, provient de la dernière partie de sa vie mondaine à Cimiez..

Durant sa scolarité, elle témoigne surtout de l'intérêt à écrire des poèmes et dessiner. Elle écrit très jeune, selon ses dires, aussi des nouvelles et des pièces de théâtre. Élève au Lycée Montgrand qu'elle quitte en 1897 pour travailler en tant qu'ouvrière dans le magasin Le Corset de Satin (situé dans la maison de Pierre Puget à la rue de Rome à Marseille). Dans ce magasin, qui appartient à sa mère, elle apprend le métier de corsetière.

Durant cette période, elle rédige sa première pièce de théâtre intitulée Marie Routier. Elle obtient sa première récompense littéraire en 1906 (un prix de poésie) pour un sonnet à Mistral. Elle collabore à diverses revues.

L'expérience du mariage Elle ne quitte la boutique familiale qu'à son mariage, en 1910, avec Maurice Pourchier, ami de son frère. Le couple s'installe à Allauch, village provençal situé à douze kilomètres du centre-ville de Marseille. Maurice est mobilisé en 1914. Lorsque son mari est blessé en 1915, elle part le soigner. Il contracte une pneumonie des suites de ses blessures et elle s’occupe de lui avec dévotion, mais à l'image d'un enfant perdu par les atrocités de la Grande Guerre, Maurice ne lui montre qu'une maigre reconnaissance et ne l'assigne qu'aux tâches ménagères. Dès sa guérison, il s'adonne à sa passion pour les matchs de football, la politique marseillaise etc. et la délaisse. En 1915, le couple en manque d'argent s'installe à Canton Rouge.

Elle publie sans succès Cette vieille romance en 1924, Mon bel été en 1926.

En 1927, après une violente altercation, Mathilde quitte le domicile conjugal et divorce. Elle fait la connaissance d'un ami de sa sœur, jeune homme gentil de 25 ans (elle en a alors 40).

Les années 1930 Elle l'épouse en 1932 et le couple le plus souvent démuni de biens matériels s'installe à Saint-Raphaël puis à BandolD'octobre 1935 à mars 1938, leur résidence principale est à Bandol. Rédaction du second roman du cycle Les Desmichels, Le pain des pauvres, opus cité.. Le couple, pourtant dépourvu d'argent, voyage ensuite dans la France entière durant une longue période avant de divorcer en 1940Grâce à l'habileté professionnelle de modiste et, de plus en plus, par son labeur acharné sur les mots et les phrases, Mathilde Monnier reçoit argent et reconnaissance, ce qui relègue son conjoint à un statut de dépendance financière, le transformant en mari suiveur ou simple assisté.. De ses deux expériences conjugales, elle tire a posteriori une conclusion féministe, proclamant la nécessité d'une libération qui commence par la libération sexuelle. Deux de ses livres défendent cette position. Leurs titres sont significatifs : l'essai De l'homme à la femme et La Dernière Esclave roman paru en 1956.

Elle obtient le prix de la poésie libre pour une plaquette Or moi, bateau perdu en 1936. Elle fréquente désormais le cercle d'artistes formé autour des rencontres estivales du Contadour sur la montagne de Lure, animées par le peintre Lucien Jacques et l'écrivain Jean Giono, ardent protecteur de la poésie. Les discussions portent sur les champs thématiques que doivent aborder avec rigueur les artistesLes cycles romanesques de Thyde Monnier sont axés sur une forte vision thématique, y compris Moi rassemblant en quatre volumes ses écrits autobiographiques ou fabulés par sa vive imagination, publiés entre 1949 et 1955.. Elle fait ses débuts de romancière la même année, sous le nom choisi de « Thyde Monnier », en écrivant La Rue courte, premier volume d'une trilogie intitulée Les Petites destinéesLe maître Jean Giono organise son brouillon en gardant le respect de son style et de ses idées maîtresses et corrige, selon Alain Lanavère, ce premier long opus de la poétesse qui délaisse ostensiblement les intrigues ou complications psychologiques des romans dits féminins.. Ce roman qui, publié en 1937, reçoit le prix Cazes dépeint crûment la vie des modestes villageois et villageoises d'Allauch, non sans développer ses idées féministes à la suite de sa première expérience personnelle du mariage. Cette œuvre romanesque lui vaut une notoriété immédiate à cinquante ans en 1937 ainsi qu'une célébrité d'écrivain durable puisqu'une rue du village d'Allauch porte son nom. L'action de son roman se déroule notamment au vieux village d'Allauch, où elle a habité avec son premier mari à la Belle Époque. Elle estime qu'il existe dans le mariage une domination du mari qui met l'épouse dans une situation intenable.

En 1937-1938, elle entame le cycle de romans intitulé Les Desmichels, chronique de la vie populaire en Provence, très ancrée dans la culture provençale et dont la langue française est imprégnée d'occitan provençal. Ce cycle demeure son œuvre la plus connue car l'ensemble remanié fait l'objet d'une adaptation télévisée diffusée entre 1974 et 1976. A contrario, ses autres cycles romanesques Pierre Pacaud, L'huile Vierge ou Les Franches Montagnes ne connaissent guère le succès escomptéIl n'échappera à personne que l'eau fluide est la thématique centrale de Pierre Pacaud, l'huile lumineuse celle de L'huile vierge, la généalogie continuée de la grande famille celle rassemblant Les Desmichels, les formes maîtresse, par la topologie ou la topographie, celle des Franches montagnes etc. Le vieux maître Jean Giono avait regretté ouvertement de n'avoir point écrit sur la lavande ou l'olivier, plantes si emblématiques de sa Provence. Mais s'il excellait dans l'art d'enseigner des pistes artistiques à explorer, il préférait souvent les chemins de traverse..

Pendant la Seconde Guerre mondiale En , elle demande officiellement par écrit la libération de Jean Giono, son maître en littérature et ami, qui, malgré son enrôlement différé et accepté dans la réserve, est emprisonné pour un premier refus d'obéissance et un pacifisme affiché avant guerre, au fort Saint-Laurent. Elle lui envoie également, selon ses dires, l'avocat de sa famille qui contribue à le faire libérer.

En , à Manosque où elle réside après la Débâcle, Mathilde séduit un jeune typographe manosquin, amoureux des lettres et protégé de Giono, Pierre Magnan : elle a cinquante-trois ans, son jeune amant en a dix-huit. Ils vivront assez souvent ensemble pendant les années de guerre puis se retrouveront momentanément jusqu'en 1950, soit dix années après leur première idylleThyde Monnier réside encore à Manosque en janvier 1942. Signature partielle du quatrième opus Les Desmichels, La Demoiselle, opus cité.. Entre 1943 et la Libération elle l'aide à se soustraire au service du travail obligatoire (STO), en l'emmenant à Saint-Pierre-d'Allevard dont elle connaissait l'instituteurDébut juillet 1943 (sans le mentionner en écrivant Ailleurs) et en septembre 1944 à la première signature du sixième opus Les Desmichiels, Le figuier stérile, elle réside bien à Saint-Pierre d'Allevard.. Le jeune Pierre Magnan y écrit son premier roman, L'Aube insolite, inspiré par les villageois et les maquisards. Elle l'utilise pour le cadre de son roman Le Vin et le Sang. Pierre Magnan évoque sa relation avec Thyde Monnier dans son livre de 1990 Pour saluer Giono et dans son récit autobiographique de 2004 Un monstre sacré.

En 1941, Nans le berger reçoit le prix de La Guilde du Livre.

Après-guerre Thyde Monnier écrit également de nombreux essais, des mémoires ou récit autobiographique inséré dans un cycle intitulé Moi, en quatre tomes et enfin une pièce de théâtre reconnue. Depuis l'ultime fin des années 1930, Thyde Monnier s'affiche athée et ouvertement plébéienne, antimilitariste et pacifiste, éprise d'amour librePrésentation de Thyde Monnier par Alain Lanavère, juillet 2024, pour les commémorations de 2017..

Thyde Monnier revendique une vie autonome et multiplie ses jeunes amants. Elle réside après 1945 sur les hauteurs de Nice, à Cimiez, dans la bastide « L'oiseau chanteur », non loin de la « maison rose », acquise en par l'écrivain Henri Bosco et son épouse Madeleine, revenus du MarocEn novembre 1946, elle réside à Nice, selon le lieu de la relecture du roman Le Figuier stérile, opus cité.. A la fin des années 1940, la fringante sexagénaire y reçoit Montherlant, Cocteau et d'autres écrivains mondains et se détache de son jeune compagnon et protégé, Pierre, revenu vivre dans la vallée de la Durance, non sans avoir appuyé son entrée dans une première carrière littéraire, qui s'avèrera éphémère.

La prochaine clôture de son cycle autobiographique "Moi" l'invite à écrire dans la foulée un essai féministe, paru en 1954, intitulé De l’homme à la femme. Essai sur les contacts sociaux, sexuels, affectifs de l’homme et de la femme et un roman La dernière esclave en 1956. Son essai féministe paraît avant les importants travaux de Simone de Beauvoir.

Sa chère bastide « L'oiseau chanteur » devient son ultime résidence principale. Elle y écrit un de ses derniers livres et unique roman historique La Ferme des quatre reines paru en 1963. Si le roman Madame Roman est rédigé et signé à Gattières le , la relecture des tirages est bien effectuée le à Cimiez.

Plusieurs distinctions lui sont décernées, notamment le prix Victor-Margueritte et le Prix de l'Académie française. Sollicitée pour succéder à Colette à l'Académie Goncourt, elle refuse, préférant rester à Nice, dans son quartier de Cimiez, où elle meurt le , à soixante-dix neuf ans. Elle est enterrée à Marseille, selon ses vœux.

Thyde Monnier a légué, à sa mort, ses droits d'auteur à la Société des Gens de Lettres, aujourd'hui titulaire du droit moral et du droit patrimonial sur l'ensemble de ses œuvres.

Œuvres Romans Cycle Les Desmichels tome I : Grand-Cap, Grasset, 1937 ; réédition, J'ai lu , 1964 ; réédition, Presses pocket , 1977 tome II : Le Pain des pauvres, Grasset, 1938, dédié à sa mère ; réédition, J'ai lu , 1965 ; réédition, Presses pocket , 1977, réédition par le club France Loisirs, Bibliothèque des Succès, Paris, 1982, 317 pages. tome III: Nans le berger, La Guilde du Livre, 1942 ; réédition, J'ai lu , 1965 ; réédition, Presses pocket , 1977 - Prix Lucien Tisserant (1944) de l'Académie française.. tome IV : La Demoiselle, René Julliard, 1944 et 1946 ; réédition, J'ai lu , 1965 ; réédition, Presses pocket , 1977, réédition par le club France Loisirs, Paris, 1982, 312 pages. tome V : Travaux, Julliard, 1945 ; réédition, J'ai lu , 1965 ; réédition, Presses pocket , 1977