, dit « le Gros », « l’Éveillé (non dormiens) » ou « le Batailleur »Académie des inscriptions et belles-lettres , 1841 ., né le à Paris et mort le au château royal de Béthisy-Saint-Pierre., est roi des Francs du au . Il est le cinquième roi de la dynastie dite des Capétiens directs.

Parents et fratrie Il est le deuxième enfant et premier fils de (1052-1108), roi des Francs, et de sa première épouse Berthe de Hollande. ; à l'exception de sa sœur aînée Constance, comtesse de Champagne puis princesse d'Antioche, les autres enfants du couple décèdent en bas âge.

Après avoir fait enfermer en 1090 puis répudié Berthe en 1092., son père Philippe se remarie la même annéeAlphonse Jouet, , 1924, 62. avec Bertrade de Montfort, comtesse d'Anjou. De cette deuxième union naissent quatre enfants, dont deux fils, Philippe et Fleury, et deux filles, Cécile et Eustachie (l'existence de cette dernière étant incertaine).

Biographie Enfance Louis, jeune prince issu du premier mariage de son père, est élevé avec Suger, futur abbé de Saint-Denis, qui devient son ami proche, puis son conseiller.

Au service de son père

En 1092, son père l'investit du comté de Vexin et des villes de Mantes et de Pontoise. Il vit éloigné de la cour, sa mère ayant été répudiée et son père remarié à Bertrade de Montfort.

En 1097, à la tête de l'armée royale, il prend part à la guerre, défendant le Vexin contre Guillaume le Roux, roi d'Angleterre.

Après avoir été adoubé chevalier le à Abbeville, par , comte de Ponthieu (son cousin issu de germain au ), Louis est associé au trône puis combat le duc de Normandie et les sires châtelains du domaine royal qui se montrent souvent rebelles à l'autorité royale.

Enfin son père, devenu impotent, incapable de gouverner et de combattre, se réconcilie avec lui. Dans le courant de l'année 1101 ou 1103., il lui confie le gouvernement effectif du royaume en qualité de « rex designatus » (roi désigné) ; entre 1101 et 1105, il l'investit aussi du comté de Vermandois.

Roi de France Accession au trône vignette|Le couronnement de à Orléans. Grandes Chroniques de France enluminées par Jean Fouquet, vers 1455-1460. Paris, BnF, Département des Manuscrits, ms. Français 6465, (Livre de le Gros). Le , son père, , meurt à Melun et, suivant sa dernière volonté, est inhumé en l'église abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire. L'inhumation terminée, Louis, se doutant que son demi-frère, Philippe de Montlhéry, souhaite l'empêcher d'accéder à Reims, se hâte de rejoindre Orléans située à quelques dizaines de kilomètres de Saint-Benoît-sur-Loire afin de se faire sacrer au plus vite. Une raison supplémentaire pour ne pas se rendre à Reims était que l'archevêque de Reims d'alors, Raoul le Vert, avait été soutenu par le pape mais n'avait pas été reconnu par son père, qui lui préférait Gervais de RethelNicolas Viton de Saint-Allais, ..

Le sacre a lieu le dans la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, il reçoit « l’onction très sainte » de la main de Daimbert, l’archevêque de Sens. Raoul le Vert envoya des messagers pour contester la validité du sacre, mais il était trop tard.

Règne

encourage les mouvements communaux, associations professionnelles sociales ou religieuses. Dès , il octroie aux habitants des villes divers avantages fiscaux et le droit de s'administrer sous la direction d'un maire. Il lutte pendant plus de trente ans (1101-1135) contre le brigandage perpétré par certains seigneurs du nord du domaine royal, tels que Hugues du Puiset (1118), les seigneurs de Montmorency et de Beaumont (1101-1102) et . Il intervient aussi au sud de la Seine contre Gui le Rouge et son fils Hugues de Crécy de la famille de Montlhéry assurant aux capétiens la liberté de circuler entre Paris, Orléans et Melun..

En , il se rend à Saint-Julien-du-Sault et à l'abbaye des Écharlis près de Villefranche afin d'y prendre les eaux minérales de la source et fait de nombreuses donations à l'abbaye.. Toujours en .., il intervient à Germigny-l'Exempt, fief situé en dehors du domaine royal, à la limite de la vicomté de Bourges acquise par son père en , contre seigneur de Bourbon qui avait spolié son neveu André Leguai, Histoire du Bourbonnais (« Que sais-je ? », ), Paris, Presses universitaires de France, 1960 16..

Selon Orderic Vital, en lors de l'entrevue de l'Ormeteau-Ferré entre le Gros et , le roi de France concède à son homologue « toute la Bretagne » c'est-à-dire la vassalité directe de la Bretagne. Alain Fergent princeps des Bretons devient « l'homme lige du roi des Anglais ». Conan le fils d'Alain Fergent est alors fiancé avec Mathilde, une des filles illégitimes d'Joëlle Quaghebeur et Bernard Merdrignac (dir.) Bretons et Normands au Moyen Âge. Rivalités, malentendus convergences, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2008 .. Précisons qu'Orderic Vital est dans la mouvance du roi d'Angleterre, ce qui rend son témoignage improbable. En effet, en 1124, face à la menace de l'empereur germanique , de Bretagne répondra à l'appel à l'ost de le batailleur.

Le dimanche des Rameaux , il est présent à Amiens, pour soutenir l'évêque et les habitants de cette ville dans leur conflit contre Thomas de Marle, lequel est intervenu militairement à la demande de son père Enguerrand de Boves, comte d'Amiens et seigneur de Coucy. Ce dernier refuse de reconnaître l'octroi d'une charte accordant des privilèges aux habitants de la communeHistoire locale : Amiens et la Picardie - Les mouvements communaux.. Arrivé avec une armée pour aider les bourgeois à faire le siège du Castillon (forteresse dominant la ville d'Amiens, à partir de laquelle le père et le fils partaient en « expéditions punitives »), reçoit une flèche dans son haubert, puis part sans vaincre les assiégés réfugiés dans la tour réputée imprenable qui ne tombe que deux années plus tard.

Le , se déroule la bataille de Brémule entre les rois d'Angleterre, , et de France, . Résultat d'une rencontre fortuite, la bataille se termine par une défaite du roi de France. est contraint de fuir, se réfugiant aux AndelysJean Favier Dictionnaire de la France médiévale Fayard Paris 1993 588..

intervient ensuite en Auvergne en pour soutenir Aimeric, évêque de Clermont, contre le comte . L'armée du roi et de ses vassaux prend Pont-du-Château sur l'Allier et oblige l'armée du comte à abandonner la cité épiscopale. Le roi doit revenir en et incendie Montferrand malgré l'intervention de . Cette manifestation de l'autorité royale aussi loin dans le sud du royaume a un grand retentissement..

vignette|Le roi le Gros confirme un échange de deux serves entre le chapitre cathédral de Notre-Dame de Paris et les chanoines de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Archives nationales.C'est dans ce contexte qu'en août , l’empereur germanique voulant aider son beau-père dans le conflit qui l'oppose à pour la succession dans le duché de Normandie, envahit la France et avance avec une puissante armée jusqu'à Reims. Face à la menace germanique et pour la première fois en France, fait appel à l’ost. Ses vassaux se rendent à sa convocation : son cousin, le comte de Vermandois Raoul « le Borgne », le duc , le duc , le comte , le duc , le comte , le comte de Champagne Hugues de Troyes, le comte et le comte de Blois, . Après être allé chercher l'oriflamme à Saint-Denis, se retrouve à la tête d’une immense armée mais l’affrontement, que tout le monde pensait pourtant inévitable, ne se fait pas. , certainement impressionné par une telle mobilisation et prétextant des troubles dans sa capitale de Worms, se retire sur Metz le sans combattreDominique Barthélemy L'ordre seigneurial , Éditions du Seuil, Points H203, Paris, 1990 ..

L'assassinat du comte en donne encore au roi l'occasion d'intervenir dans ce grand fief. Appelé pour punir les meurtriers, il organise l'élection d'un nouveau comte à Arras. Après avoir écarté plusieurs prétendants, il impose Guillaume Cliton, le fils de Robert Courte-Heuse, qui résidait à sa cour et à qui il avait fait épouser la sœur de la reine Adelaïde. L'élection est confirmée par les bourgeois de Gand, Bruges, Lille, Saint-Omer, qui profitent toutefois des circonstances pour obtenir des franchises. En , après la mort de Guillaume Cliton dans un combat contre ses vassaux révoltés, il intervient encore et intronise son concurrent Thierry d'Alsace comme comte de Flandre..

Succession La succession était destinée à son fils Philippe, couronné roi associé le , mais la mort accidentelle de ce dernier en 1131 amène le cadet, Louis le Jeune, destiné à une carrière ecclésiastique et non éduqué à la fonction royale, à devenir l'héritier. Il est donc couronné roi associé à son tour le et à partir de 1135, règne désormais sans gouvernerJean Favier 588..

En , la paix est conclue avec Étienne de Blois, roi d'Angleterre, et le roi reçoit l'hommage d'Eustache fils de ce dernier, pour la Normandie. avait noué des rapports amicaux avec , duc d'Aquitaine ; celui-ci avant de mourir, donne sa fille et héritière Aliénor au fils aîné du roi et lui confie sa terre, recevant ses envoyés début , permettant par là à la dynastie capétienne de reprendre de l'influence dans la France méridionale, par le contrôle de cet immense fief.

Mort

Alors qu'il rentre d'une expédition punitive contre le seigneur pillard de Saint-Brisson-sur-Loire, près de Gien, Louis le Gros tombe soudainement malade au château de Béthisy-Saint-Pierre situé dans la vallée de l'Automne, en forêt de Compiègne, entre Senlis et Compiègne. , qui est devenu semi-impotent à l'approche de la cinquantaine et a dû renoncer aux plaisirs de la guerre et de la table, meurt le des suites d'une dysenterieDavid Fiasson, à la conquête de l'Île-de-France, Revue Guerres-Histoire n°68 d'août 2022, p. 35., fréquente lorsque les conditions sanitaires sont insuffisantes, en particulier lorsque les aliments et l'eau ne sont pas propres. Il est inhumé en l'église de l'abbaye royale de Saint-Denis. Son fils Louis, âgé de et couronné depuis six ans, lui succède sans contestation.

Un moyen-relief en pierre calcaire représentant un roi en pied, en position repliée, portant la maquette d'une église qu'il offre à saint Vincent se trouve sur un autel liturgique roman, dans la petite église d'Avenas, commune du Haut-Beaujolais située dans le département du Rhône. Exécuté entre 1118 et 1124 par le « Maître d'Avenas », dont le nom est resté inconnu à ce jour, ce bas-relief montre un roi, couronné, déjà bedonnant. Une inscription latine, sur la même pierre, le qualifie de « REX LVDOVICVS PIVS » (Roi, Louis le Pieux). Certains disent que ce roi serait , d'autres disent qu'il correspond plutôt à Louis le Pieux ou encore à Centre national de la recherche scientifique, , 1974, ..André Pelletier, Grande encyclopédie de Lyon et des communes du Rhône - Arrondissement de Villefranche, 1983, 187..

Surnoms gauche|vignette| par Merry-Joseph Blondel (vers 1837). Le roi eut divers surnoms de son vivant. Le plus fréquent est celui de « gros » (Grossus), ainsi que ceux de « gras » (Crassus) et « obèse » (Pinguis). Son obésité est due à celle héritée de ses parents et à l'alimentation excessive qui caractérise les guerriers chasseursEric Bournazel, le Gros.. Les autres surnoms utilisés furent ceux d'« éveillé » (Non dormiens), en raison de ses insomnies, de « batailleur », en raison de ses incessantes campagnes guerrières, ou de « Thibaud », probablement en hommage à ...

Généalogie Ascendance

Unions et descendance En 1104, est fiancé à Lucienne de Rochefort., fille de (mort en 1108), comte de Rochefort. Henri d'Arbois de Jubainville, célèbre archiviste paléographe, dit dans son livre. que le mariage n'était pas encore consommé qu'il fut cassé par le pape lors du concile de Troyes le .. La femme « délaissée » se remaria d'ailleurs aussitôt avec de Beaujeu.