Antoine-Frédéric Ozanam, né le à Milan et mort le à Marseille, est un professeur des universités, historien et essayiste catholique français.
Fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ; il a été béatifié par le pape Jean-Paul II le . Proche des doctrines de Lamennais, il fut l’un des principaux penseurs d’une théorie néocatholique de l’art et de l’esthétique chrétiens après la Révolution française.
Biographie Origine familiale, enfance et jeunesse lyonnaises (1813-1831) Une famille entre la Bresse, l'Italie et Lyon Le père de Frédéric Ozanam, Jean-Antoine-François Ozanam, originaire de la Dombes, était fils d'un notaire royal, « châtelain », de Chalamont ; après des études de droit à Bourg-en-Bresse et à Lyon, il est clerc de notaire à Pont d'Ain ; « soldat de l'an II », il intègre le des hussards, devient sous-lieutenant en 1796 et participe jusqu'en 1799, en officier de cavalerie, à la campagne d'Italie. Revenu à la vie civile en 1800, il se place dans une maison de commerce de soierie à Lyon (Maison Dantoine), se marie avec Marie Nantas (1781-1839), fille d'un négociant en soie de Lyon, Mathieu Nantas de qui Jean-Antoine-François devient l'associé avant de s'installer à Paris où il s'associe à la maison de l'un de ses beaux-frères (Haraneder Frères) mais fait faillite en 1803.
vignette|gauche|Hôtel-Dieu de Lyon au . L'Italie l'attire ; il y part en 1807 et finit par se fixer en 1809 à Milan, alors capitale du royaume d'ItalieLe souverain en est Napoléon Ier qui y a placé un vice-roi, Eugène de Beauharnais.. C'est là que Jean-Antoine-François devient médecin en 1810 et que son fils Frédéric naît. À la chute de l'Empire, le royaume d'Italie disparaît et Milan devient autrichienne tandis que la maison de Bourbon retrouve le trône de France.
Jean-Antoine-François Ozanam rentre en 1816 à Lyon où il est nommé à l'Hôtel-Dieu comme médecin suppléant en 1818 puis comme titulaire de 1823 à 1834. Le docteur Ozanam est domicilié avec sa famille au 5 rue PizayD'après F. Brémard, Histoire de la Famille Ozanam, 1972.. Une plaque, apposée sur la façade de l'immeuble, indique : « Frédéric Ozanam 1813-1853, historien et littérateur, fondateur des conférences Saint-Vincent-de-Paul, vécut dans cette maison ».
Un élève brillant, disciple de l'abbé Noirot Frédéric Ozanam poursuit des études classiques au collège royal de Lyon où il entre en 1822. Il a pour condisciples Joseph ArthaudFortoul et Ozanam ont le même âge, Hippolyte FortoulFortoul est deux ans plus âgé, Louis JanmotJanmot est un an plus jeune, Antoine BouchacourtBouchacourt est un an plus âgé, Hugues-André RambaudRambaud est trois ans plus âgé, né le 9 octobre 1809 (qui épousera sa cousine Coralie Coste) etc. avec lesquels il noue de forts liens d'amitié. Son professeur de philosophie est le célèbre abbé Noirot. C'est un élève brillant, troublé pendant quinze mois par une crise de doute religieux« À force d'entendre parler d'incrédules, et d'incrédulité, je me demandais pourquoi je croyais. Je doutai, mon cher ami, et cependant je voulais croire, je repoussai le doute. Je lisais tous les livres où la religion était prouvée et aucun de ceux que je trouvais ne me satisfaisait pleinement ». F.Ozanam, lettre à Materne, 5 juin 1830, .. C'est l'enseignement de ce professeur qui, selon Frédéric lui-même, « mit dans mes pensées l'ordre et la lumière, je crus désormais d'une foi rassurée, et, touché d'un bienfait si rare, je promis à Dieu de vouer mes jours au service de la vérité qui me donnait la paixVoir . ».
vignette|Révolte des Canuts de Lyon, 1831. Déjà il aime écrire, participant dès l'âge de quinze ans au journal L'Abeille FrançaiseL'Abeille française ou Archives de la jeunesse sort son premier numéro en 1828 et la publication se fait jusqu'en 1835. fondé par LegeayUrbain Legeay était professeur au Collège royal de Lyon, il eut Frédéric Ozanam en jeune élève en 1826 et publia en 1854 une Étude biographique sur Ozanam, Paris, Lecoffre et . et l'abbé Noirot. Sa collaboration se poursuit jusqu'en Parmi ses contributions, une étude sur la « Vérité de la religion chrétienne », des poèmes sur Jeanne d'Arc sous le pseudonyme de Manazo, anagramme d'Ozanam, un poème en vers latins sur la prise de Jérusalem par Titus. et son apport représente plus de 250 pagesVoir .. Cette vocation pour le journalisme se poursuit : il n'a que dix-huit ans, ses Réflexions sur la doctrine de Saint Simon, parues dans Le Précurseur les 11 et , reçoivent les éloges de Lamartine, Lamennais, Chateaubriand et Tocqueville. Devenu bachelier ès lettres en 1829, selon la volonté de son père qui souhaite le voir entrer dans la magistrature, il entre d'abord en stage chez un avoué lyonnais avant de partir en poursuivre ses études à l’École de droit de Paris juste avant les émeutes ouvrières lyonnaises.
L'étudiant parisien (1831-1836) Le provincial à Paris Frédéric Ozanam découvre alors la capitale qui le déçoit et l'effraie : il regrette Lyon et cherche la compagnie de ses amis étudiants lyonnais. Deux personnalités lyonnaises l'influencent : André-Marie Ampère chez qui il trouve un temps un logement et Pierre-Simon Ballanche dont il admire l'esprit de liberté et de solidarité. Il suit ses études de droit, fréquente assidûment la bibliothèque de l'Institut, continue l'étude de l'hébreu et du sanskrit commencée à Lyon et son goût pour les lettres s'affirme de plus en plus. Il passe sa licence en droit en 1834 et son doctorat en 1836, il obtient aussi en 1835 sa licence ès lettres.
Un catholique heurté par le rationalisme et le voltairianisme L'atmosphère d'incrédulité qu'il rencontre dans le milieu universitaire heurte ce fervent catholique. Il n'hésite donc pas à intervenir à la fin des cours pour protester contre les attaques que certains professeurs rationalistes prononçaient contre l’Église et le christianisme. Il aime la fréquentation des intellectuels catholiques libéraux, Lamennais, Lacordaire, Montalembert et Lamartine. Il est reçu dans le salon d’Elisa de Lamartine et, accompagné de Jean-Jacques Ampère, dans celui de Juliette Récamier. Il participe à la Conférence d'Histoire fondée par Emmanuel-Joseph Bailly de Surcy où les jeunes étudiants catholiques, parmi lesquels La Villemarqué et Francheville, retrouvaient des incroyants pour discuter de sujets divers. C'est là qu'il entend cette critique de la part d'un jeune saint-simonien : . C'est ce qui le détermine à s'orienter vers l'aide aux plus démunis : le , il fonde avec des amis étudiants, paroissiens comme lui de l'église Saint-Étienne-du-Mont, une petite société vouée au soulagement des pauvres, qui prend le nom de "Conférence de la charité". vignette|Saint Vincent de Paul.
Un des fondateurs de la Société de Saint-Vincent-de-Paul La conférence se place peu après sous le patronage de saint Vincent de Paul. Les familles visitées sont signalées à la conférence par sœur Rosalie Rendu, une fille de la Charité très active dans les quartiers pauvres de Paris, principalement des et s. Bailly de Surcy aide la nouvelle société à s'organiser, lui prêtant notamment le bureau de son journal, la Tribune Catholique, situé au de la rue du Petit Bourbon-Saint-Sulpice (aujourd'hui de la rue Saint-Sulpice), et il en est le premier président. L'action entreprise a un triple but, exercer la charité chrétienne envers les pauvres, préserver moralement les jeunes gens contre « les tentations du monde » et fortifier leur foi, enfin faire une action à caractère social : Toute sa vie, Frédéric Ozanam reste attaché à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, participant à son développement et à son rayonnement mais refusant toujours la fonction de président.
À l'origine des « Conférences de Carême de Notre-Dame de Paris » vignette|gauche|180px|Lacordaire à N.-D. de Paris (v. 1845), anonyme, BnF. Parallèlement à la fondation de la Conférence de charité, Frédéric Ozanam, convaincu qu'D'après ., fait parvenir, dès 1833, avec deux de ses camarades étudiants, à Hyacinthe de Quélen, archevêque de Paris, une pétition signée d'une centaine d'étudiants catholiques pour que soient organisées des conférences à Notre-Dame de Paris avec un prédicateur prestigieux. La pétition est renouvelée l'année suivante, elle a près de 200 signatures et elle reçoit satisfaction : ces conférences ont lieu pour la première fois au Carême 1834Voir .. En 1835, prêchées par Lacordaire, elles obtiennent un immense succèsSur l'Histoire des Conférences de Carême à Notre-Dame de Paris ..
L'heure des choix (1836-1841) Droit ou Lettres ? vignette|Dante Alighieri. À Paris, Frédéric Ozanam a obtenu, selon les vœux de son père, la licence puis le doctorat de droit. Il devient avocat et pratique quelque temps ce métier à la Cour royale de Lyon où il revient en 1836. Il exerce cette profession sans conviction car il est davantage attiré par le professorat. Aussi s'intéresse-t-il au projet formé par des notabilités lyonnaises de créer une chaire de droit commercial ; il songe à s'y présenter et recherche des appuis à sa candidature.
Passionné simultanément de Lettres et d'Histoire, il prépare ses thèses de doctorat ès lettres qu'il soutient le à la Faculté de Paris.. La première, en français, traite de Dante : Dante et la philosophie catholique au Carlo Ossola professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de Littératures modernes de l’Europe néolatine, a animé du 18 janvier au 5 août 2002, un séminaire sur le thème Antoine Frédéric Ozanam et les interprètes français de Dante au . Voir aussi M. Scotti, Il Dante di Ozanam e altri saggi, Firenze, Olschki, 2002.. La deuxième, en latin, traite de la descente aux enfers des héros selon les poètes antiques..
La chaire de professeur de philosophie au collège d'Orléans lui est proposée mais il opte pour celle de droit commercial de Lyon, finalement créée et obtenue, qui lui permet de rester dans sa ville. Il ouvre son cours de droit commercial en .
Sa préférence pour la littérature, lui donne l'ambition, avec l'appui de Victor Cousin, nommé ministre de l'Instruction publique en , d'obtenir la succession d'Edgar Quinet à la chaire de littérature étrangère de Lyon. Victor Cousin lui demande de se présenter auparavant à l'agrégation de littérature qui vient d'être instituée. Frédéric la prépare, il est reçu premier ; aussitôt Fauriel, titulaire de la chaire de littérature étrangère de la Sorbonne, demande et obtient qu'Ozanam soit nommé son suppléant en . À partir de 1844, Frédéric Ozanam enseigne en tant que professeur de littérature étrangère en Sorbonne..
Sacerdoce ou mariage ? Réservé vis-à-vis des femmes et réticent à l'idée du mariage, Frédéric Ozanam se pose la question d'une vocation religieuse au point d'en parler à Lacordaire. Il est attiré par l'ordre de Saint-Dominique que celui-ci tente de rétablir en France. Avec les conseils de l'abbé Noirot et de certains amis, il opte pour le mariage. Le , avant son départ de Lyon, il se fiance avec (Marie Joséphine) (1820-1894), la fille du recteur de l'académie de Lyon, Jean-Baptiste Soulacroix, et de Zélie Magagnos. Le mariage est célébré le , la cérémonie religieuse se déroule à l'église Saint-Nizier de LyonUne plaque placée dans cette église commémore l'événement.. En septembre de l'année suivante, le couple part en Sicile pour un très long voyage à travers l'Italie, puis s'installe à Paris à la fin de 1841. Quatre années plus tard, Frédéric devient le père d'une petite fille qu'il appelle MarieMarie Ozanam (24 juillet 1845-Paris †26 juin 1912-Paris) épouse, le 16 juillet 1866, Laurent Laporte (°12 octobre 1843-Lyon †2 novembre 1922). Le 16 mai 1868, Frédéric Laporte, leur fils unique, naît à Paris. Il épouse en 1896 Marguerite Récamier, fille du général Max Récamier, avec laquelle il aura sept enfants. D'où la descendance actuelle de Frédéric Ozanam. D'après Frédéric Brémard, Histoire de la famille Ozanam, Ouvrage hors commerce, 1972..
Le professeur de Sorbonne : ses travaux, son œuvre et son message intellectuel (1841-1853)