Louis Mountbatten, Mountbatten de Birmanie, né Louis Francis Albert Victor Nicholas von Battenberg le à Windsor (Royaume-Uni) et mort le à Mullaghmore (Irlande), amiral de la flotte et homme d'État, est le dernier vice-roi de l'Inde britannique et premier gouverneur général de l'Inde indépendante.
Membre proche de la famille royale britannique, il est assassiné par l’IRA provisoire. Il est l'oncle maternel du prince Philip, duc d’Édimbourg, époux de la reine Élisabeth II.
Biographie Famille vignette|redresse|gauche|Edwina et Louis Mountbatten. Né au château de Windsor en 1900 sous les titres et noms de prince Louis Francis Albert Victor Nicholas de Battenberg, il est le quatrième et dernier enfant, ainsi que le second fils du prince Louis de Battenberg, devenu en 1917 Lord Mountbatten et marquis de Milford Haven, et de son épouse et cousine, la princesse Victoria de Hesse-Darmstadt, sœur aînée de la tsarine Alexandra, toutes deux petites-filles de la reine Victoria.
Il est donc issu de la maison de Hesse, dont la maison de Battenberg est une branche morganatique, tant par son père que par sa mère.
Il a pour frère et sœurs :
Alice de Battenberg, épouse d'André de Grèce, mère de Philip Mountbatten et belle-mère de la reine Élisabeth du Royaume-Uni ; Louise Mountbatten, reine consort de Suède en tant qu'épouse du roi Gustave VI Adolphe ; George Mountbatten, homme politique britannique, marquis de Milford Haven et membre de la Chambre des lords.
Le surnom de Louis parmi sa famille et ses amis était « Dickie ». En anglais, c'est le diminutif de « Richard » bien que « Richard » ne figure pas parmi ses prénoms. Son arrière-grand-mère, la reine Victoria, avait initialement suggéré « Nicky », mais comme ce prénom était déjà très répandu au sein de la famille impériale russe (notamment pour Nicolas II) qui était très proche de la famille royale à cette époque, il fut modifié en « Dickie » afin d'éviter toute confusion..
Adolescent, il tombe amoureux de sa cousine, la grande-duchesse Maria Nikolaïevna (1899-1918), fille du tsar Nicolas II et de l'impératrice Alexandra Feodorovna, mais en raison de l'interdiction du mariage entre cousins par la religion orthodoxe, et finalement de l'assassinat de la famille impériale russe, il ne put épouser la jeune fille..
Il épouse le Edwina Ashley (1901-1960), avec qui il eut deux filles : Patricia Mountbatten (1924-2017), épouse en 1946 John Knatchbull, baron Brabourne (1924-2005), et donne naissance à huit enfants, dont Nicholas Knatchbull, assassiné en même temps que son grand-père en 1979 ; Pamela Mountbatten (1929-2026), épouse en 1960 (1929-1998), et donne naissance à trois enfants.
Formation militaire En , le jeune Louis de Battenberg intègre le lycée naval (Royal Naval College) d'Osborne House, sur l'île de Wight Philip Ziegler, « Mountbatten, Louis Francis Albert Victor Nicholas, (1900–1979) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 ; édition en ligne, janvier 2011. .. De à , il poursuit sa formation maritime à l'École navale (Britannia Royal Naval College) de Dartmouth, puis à la base navale de Devonport. Il finit premier des de sa promotion.
Carrière militaire Première Guerre mondiale Jeune midship, il est affecté en sur le puis muté en sur le . Enseigne de vaisseau de en , il est nommé commandant en second de la vedette lance-torpilles P31.
En 1917, à l'instar des membres de sa famille, Louis de Battenberg prend le patronyme Mountbatten, et devient Louis Mountbatten.
Entre-deux-guerres En 1919, il est étudiant au Christ's College de l'université de Cambridge. Sub-Lieutenant, il sert sur le en 1920 et est nommé membre de l'ordre royal de Victoria (MVO) le . Embarqué en 1921 sur le cuirassé , il est nommé lieutenant le .
De à , il accompagne le prince de Galles lors de son voyage en Inde. Il y retrouve Edwina Ashley (1901-1960, CI, GBE, DCVO, GCStJ), qu'il demande en mariage et qui sera la dernière vice-reine des Indes. Il est nommé chevalier commandeur de l'ordre royal de Victoria (KCVO) le , le jour de son mariage.
Il sert sur le en 1923. Puis il entre à l'École des transmissions de Portsmouth (1924), puis à l'École de guerre navale de Greenwich (1925). lieutenant commander (capitaine de corvette dans la marine française) le , il retournera en tant qu'instructeur à l'École des transmissions de Portsmouth (1929-31). Commander (capitaine de frégate) le , il sert en Méditerranée en 1931-1933. Il est commandant du destroyer en 1934 puis du destroyer en 1935.
En 1936, il est affecté au service des opérations aériennes, à l'Amirauté, et est nommé chevalier grand-croix de l'ordre royal de Victoria (GCVO) le .
(capitaine de vaisseau) le , Mountbatten participe de près à partir de 1938 à la construction d'un nouveau modèle de destroyer, le , dont il est nommé commandant, en , ainsi que de la de destroyers.
Seconde Guerre mondiale
vignette|Lord Mountbatten à Singapour en 1945. Cette flottille de destroyers escorte les convois et traque les U-Boote en mer du Nord, participe à l’évacuation des troupes alliées de Norvège en puis à l'escorte des convois de ravitaillement destinés à Malte. Mountbatten reçoit une citation (Mentioned in Despatch) le London Gazette du ., reçoit le Distinguished Service Order le London Gazette du ., et est cité de nouveau le London Gazette du ..
En , la est engagée dans la défense de la Crète attaquée par les parachutistes allemands. En récompense, Mountbatten reçoit ensuite la croix militaire grecque (le ) et il est fait grand-croix de l’ordre de Georges de Grèce (le ). Le , son propre bâtiment, le HMS Kelly, est coulé par l'aviation allemande, au sud de la Crète, ce qui causa la mort de .
Chef des opérations combinées En , avec rang de commodore, il est nommé chef des opérations combinées (Combined Operations). Son travail consiste alors à mettre au point des stratégies militaires visant à la libération de l'Europe continentale.
Mountbatten imagine et constitue des unités d'élite composées de soldats en provenance des trois forces armées. Sous son commandement, les Royal Marines et les commandos britanniques multiplient les opérations contre les troupes allemandes stationnées en France et en Norvège. Il collabore notamment à l'organisation des opérations suivantes : l'opération Biting ou raid de Bruneval, dont le but était de récupérer un nouveau radar allemand tout en faisant croire à sa destruction ; l'opération Chariot, qui immobilisa le bassin « la forme Joubert » de Saint-Nazaire, et empêcha le cuirassé Tirpitz de se faire réparer ; l'opération Jubilee à Dieppe, faite pour créer un semblant de nouveau front à l'Ouest, réclamé par les Russes, et dont l'échec fut retentissant tout en permettant de retirer des leçons utiles pour le futur débarquement : éviter de choisir un port ou une plage de galets. l'opération Myrmidon à Bayonne, second grand échec. l'opération PLUTO, déploiement d'un oléoduc au fond de la Manche pour satisfaire les besoins des alliés en essence..
Dieppe reste sans aucun doute un échec qui doit lui être en partie imputé. Pour autant, Mountbatten n'a pas cherché à se soustraire à ses responsabilités ni à minimiser son échec. Il fit son autocritique et s'employa à découvrir quelles furent les (nombreuses) fautes commises. C'est grâce à cette analyse globale et objective que nombre d'erreurs n'ont pas été reproduites lors du débarquement de Normandie. Il participe à l’élaboration des plans d’invasion en Afrique du Nord (1942) et en Sicile (1943). En récompense, il est nommé compagnon de l'ordre du Bain (CB) le .
Les chefs des opérations passaient directement les hommes en pertes et profits, sans toutefois minimiser ce fait devant ceux-ci. Lord Mountbatten, lors de l'opération Chariot, avait averti lui-même le chef du commando :
Il était un des partisans de la Normandie en tant que futur lieu de débarquement. Les Alliés désiraient plutôt débarquer dans le Nord-Pas-de-Calais, mais ils savaient, grâce aux contacts dans les réseaux de la résistance française, que les défenses allemandes y étaient trop puissantes. La Normandie représentait beaucoup moins de risque, bien que l'on ne pût pas établir une couverture aérienne suffisante, et qu'il n'y eût pas de ports. Mountbatten a donc cherché des moyens de compenser l'absence de ports, et d'améliorer la couverture aérienne. Il a fourni le matériel nécessaire pour cela : un port artificiel et des engins de débarquementFrançois Kersaudy dans d'histoire sur France Inter, le ..
Lord Mountbatten fut aussi impliqué dans une opération de désinformation en rapport direct avec le poste qu'il occupait. L'opération Mincemeat était destinée à intoxiquer le commandement allemand au sujet de la future cible des Alliés en Méditerranée en 1943 (la Sicile). Une lettre de Mountbatten, récupérée par les Allemands sur un cadavre, les trompa, grâce aux renseignements, parés de la signature du chef des opérations combinées, qu'elle contenait.
Chef du SEAC vignette|upright|gauche|Louis Mountbatten et son épouse en 1922. Avec rang d'amiral, Louis Mountbatten est, du au , commandant en chef des forces alliées en Asie du Sud-Est (SEAC, South East Asia Command) en remplacement du général Archibald Wavell.
Mountbatten mène avec succès une série de campagnes, en coopération avec les Chinois, contre les Japonais. Il parvient à reconquérir la Birmanie en 1944 et force plusieurs divisions nippones à la reddition. Le problème birman étant réglé, il retourne ses forces contre les garnisons japonaises de Malaisie, pays qu'il libère à son tour en 1945. Il est nommé chevalier commandeur de l'ordre du Bain (KCB) le .
Le South East Asia Command ou SEAC, basé à Colombo, Ceylan, était l'organisation créée pour prendre en charge les opérations des Alliés en Asie du Sud-Est pendant la Seconde Guerre mondiale. En , les Alliés créent ce SEAC pour reprendre les responsabilités stratégiques du commandement des Indes britanniques et celle des différents commandements nationaux de la région. En , Winston Churchill nomme Mountbatten commandant suprême des Alliés pour l’Asie du Sud-Est, poste qu'il occupera jusqu'à la dissolution de l'organisation en 1946.
Ce poste comprend notamment la poursuite de la guerre en Chine (où il fait nommer un de ses chefs d’état-major au même poste auprès de Tchang Kaï-chek), et tout le Sud-Est asiatique. Mountbatten négociera avec Aung San pour que celui-ci fasse passer l'armée nationale birmane du côté des Alliés (ce qu'il fit en , le faisant devenir un héros national). Les Japonais lui rendirent officiellement Singapour le . Le , il signe les actes de capitulation du Japon au nom de l'empire britannique, sur le cuirassé américain USS Missouri, en baie de Tokyo. Il reçoit la Distinguished Service Medal de la marine américaine le .
La guerre terminée, il est fait pair du Royaume le , vicomte Mountbatten de Birmanie et de Romsay le (puis comte Mountbatten de Birmanie et baron Romsay le 28 octobre 1947), enfin chevalier de l’ordre de la Jarretière (KG) le 1946.
Après-guerre vignette|Lord Mountbatten et Edwina en compagnie du Mahatma Gandhi en 1947. redresse|vignette|gauche|Lord, Edwina et Muhammad Ali Jinnah en 1947. vignette|redresse|gauche|Le prince Louis Mountbatten, à bord du HMS Glasgow le . Nommé le vice-roi et gouverneur général des Indes, succédant à nouveau à Archibald Wavell, il eut la lourde tâche de préparer l'indépendance en planifiant celle-ci avec le Parti du Congrès et la Ligue musulmane, les deux principaux partis nationalistes.