Adolphe Marie Messimy, né le à Lyon et mort le à Charnoz-sur-Ain, est un homme politique français. Il est notamment député de la Seine puis de l’Ain, sénateur de l’Ain et ministre de la Guerre et des Colonies entre 1911 et 1914.
Situation personnelle Aîné d’une fratrie de neuf enfants, Adolphe Messimy est issu d’une famille de la bonne bourgeoisie lyonnaise. Il est le fils de Paul, Charles, Léon Messimy, et de Laurette, Marie, Anne Girodon, dont le père, industriel, est l’un des fondateurs du Crédit lyonnais. Il est éduqué principalement par sa mère, très patriote et religieuse, tandis que son père est à la tête d’une étude notariale.
Il épouse en premières noces Andrée Cornil, fille de Victor Cornil, professeur de médecine, député puis sénateur de l’Allier, dont il a deux enfants, Madeleine et Robert. Il divorce en 1921 avant d’épouser, deux ans plus tard, Marie-Louise Viallar.
Selon Léon Daudet, Adolphe Messimy aurait été, durant la Grande guerre de 1914-1918, un des nombreux amants de la célèbre espionne Mata-Hari qui travaillait pour les Allemands. Messimy a bien confirmé qu'il avait rencontré Mata-Hari avant la guerre, sans jamais admettre une quelconque relation même si des lettres personnelles ont été brûlées après-guerre. En revanche, aucun élément ne confirme une liaison durant la guerre.
Carrière militaire vignette|Sur le front en tenue de chasseur à pied, droite. Il entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr au sein de la promotion de Tombouctou — d’où sont issus les généraux Mangin, Mordacq, Lacapelle, Girodon (son cousin germain), Destremau ou encore Brissaud-Desmaillet. Après une bonne scolaritéSHD. 13YD36. Dossier du général Messimy. Admis sur 454, il sort à la place sur 446, il rejoint le alpin de chasseurs à pied, en garnison à Chambéry. Officier brillant et montagnard aguerri, il est un des premiers officiers alpins à effectuer un séjour hivernal, à la tête de sa section, au poste de la Turra, à d’altitude, face au Mont-Cenis et à la frontière italienne. Après plusieurs tentatives, il ouvre en 1894 une nouvelle voie d’accès — dénommée depuis la voie Messimy — vers le sommet de la Grande Casse du massif de la Vanoise qui culmine à .
Le , Messimy, lauréat du concours, rejoint l’École supérieure de Guerre, cénacle de la pensée militaire française. Mais le suivant, il assiste à la dégradation du capitaine Dreyfus, événement dont l’ampleur et la brutalité le marquent fortement. Au fil du temps, le souvenir de cette destitution infamante devient, « dans la grave et déterminante crise qui devait déchirer [sa] conscience, quatre années plus tard, la petite lueur qui a éclairé [sa] route ». En 1896, Messimy, à l’issue de ses deux années de scolarité, est affecté à l’état-major du d’armée, à Lyon, où ses chefs voient en lui « le type accompli de l’officier promis à un brillant avenir ». Ils lui reprochent néanmoins d’être un lecteur assidu du Figaro et du Temps qui se font remarquer par leur adhésion prudente à la thèse de la révision du procès du capitaine Dreyfus. Le , Messimy achète le journal de Clemenceau, L’Aurore, qui publie en première page « J'accuse… ! », l’appel de Zola à l’opinion publique, et dont il reçoit chacune des phrases comme une gifle. Se remémorant alors la dégradation et l’attitude troublante d’Alfred Dreyfus, il sait maintenant qu’il a assisté « à une erreur judiciaire ». Profondément républicain, il refuse de couvrir plus longtemps les mensonges et la forfaiture du haut commandement. Dès lors, il se retrouve au banc des accusés, ses camarades d’hier lui faisant sentir qu’il n’est plus des leurs, « puisque [qu’il] pactise avec les antimilitaristes ».
Révisionniste plus que dreyfusard, il est poussé à la démission et rendu à la vie civile le . Il est alors bien décidé à donner une nouvelle impulsion à sa vie.
Parcours politique
Entrée à la Chambre des députés Agent de change sur la place de Paris, il publie dans la Revue politique et parlementaire un article intitulé « L’armée républicaine de demain ». Remarqué par le député radical-socialiste Maurice Berteaux, il est adoubé par Camille Pelletan, le « pape du radicalisme » et se présente aux élections législatives de 1902, dans la du de Paris. Il est constamment réélu jusqu’en 1912, date à laquelle il devient député de l’Ain jusqu’en 1919.
Au cours de ses différents mandats, il se spécialise dans les questions militaro-politiques et coloniales. Le principe de « l’union nécessaire de l’armée et de la République » reste pour lui intangible. Il demande aux officiers une « véritable adhésion à la République », et non pas un simple loyalisme. Par ailleurs, libre penseur convaincu sans que son appartenance à la franc-maçonnerie ne soit aujourd'hui certaineChristophe Robinne, Adolphe Messimy (1869-1935). Héraut de la République, Thèse de doctorat, 2019, page 188 il est membre de plusieurs commissions parlementaires et rapporteur à cinq reprises de différents budgets — Marine (1904), Guerre (1907 et 1908), Colonies (1908 et 1909) —, il est progressivement perçu comme un ministrable au sein d’un gouvernement de gauche.
Dans Le Matin du , il prône l'enrôlement massif des populations des colonies d'Afrique pour défendre le territoire hexagonal, prenant le relais d’une campagne qui vient de connaître son apogée avec la publication de La Force noire, dans lequel le colonel Mangin appelle à faire de l’Afrique noire « le réservoir de la puissance française de demain »: L’Afrique nous a coûté des monceaux d’or, des milliers de soldats et des flots de sang ; l’or, nous ne songeons pas à lui réclamer, mais les hommes et le sang, elle doit nous le rendre avec usure.
Responsabilités ministérielles Devenu ministre des Colonies et des Protectorats dans le gouvernement Monis en , il se déclare partisan du maintien de l’Empire colonial français. Favorable au développement économique des colonies et à la formation des élites locales, il prône l’égalité des droits.
Nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement Caillaux en , il cherche à redéfinir les relations entre le pouvoir politique et les autorités militaires. C’est ainsi qu’il réforme le haut commandement de l’armée, en installant des officiers qui sont de fervents républicains et en évinçant le général Michel. Il propose au président de la République un décret nommant le général Joffre chef d'État-major général (EMG), auquel il adjoint le général de Castelnau à la demande du général Joffre.
Messimy affirme, dans Le Matin du , sa volonté d'imposer la stratégie de l'offensive à outrance :Avec ces trois hommes, Joffre, Dubail, Castelnau, dont l'activité égale la compétence, je m'efforcerai de développer la doctrine de l'offensive à outrance dont notre armée commence à s'imprégner et que notre état-major doit vigoureusement mettre en pratique dans tous les travaux.
Alors que la Direction de l’artillerie ne jure alors que par la polyvalence du canon de 75, bien décidée à enterrer toute initiative qui irait à l’encontre de ce dogme, Messimy, jugeant au contraire indispensable d’équiper l’armée française de pièces de gros calibre, décide de faire appel à l’industrie privée dont les prototypes seront directement confrontés aux matériels sélectionnés par les services industriels de l’État. Afin de procéder aux expérimentations, il obtient en de son collègue des Finances, Louis Klotz, l’autorisation de provisionner de francs hors budget, somme destinée à mettre au point un matériel d’artillerie lourde. Le , Raymond Poincaré, Alexandre Millerand — respectivement président du Conseil et ministre de la Guerre — et Louis Klotz décident de ramener le budget prévu à , alors que la direction de l’artillerie sabote volontairement les essais. Il faut attendre le pour que le Conseil supérieur de la guerre demande officiellement à l’EMG « de prévoir l’organisation d’une artillerie lourde de corps d’armée », alors que les premiers régiments de ce type « ne rejoignent l’ordre de bataille qu’en ». En quelques années, un décalage s’est installé, dont les conséquences seront terriblesChristophe Robinne, Adolphe Messimy (1869-1935). Héraut de la République, Thèse de doctorat, 2019, .
Bien qu’adepte du désarmement et de l’arbitrage international, il soutient la Loi des Trois ans en .
Malgré les réticences du président de la République, Raymond Poincaré, il est reconduit comme ministre de la Guerre en , dans le gouvernement Viviani I. Il accepte dans un premier temps le principe de la tradition républicaine qui est de laisser une très large marge de manœuvre dans la conduite des opérations au généralissime.
L'historien militaire Rémy Porte explique que Messimy renoua avec les accents de la Révolution et le thème de la « patrie en danger ». Messimy sous-entend à l'adresse de Joffre qu'il serait possible de fusiller des généraux incapables, comme il le fait dans son télégramme du : Il n'y a pas d'autre peine que la mise à mort immédiate : les premiers frappés doivent être les officiers coupables s'il en est. La seule loi de la France, à l'heure actuelle, est de "vaincre ou mourir". [...] Éliminez les vieillards sans pitié.
Le télégramme fut suivi le même jour par une lettre: Mon général,
Vous remettez à ma disposition les généraux Brochin et Gillain. Remettre à ma disposition n'est pas assez, quand il y a eu lâcheté, comme dans le cas du général Gillain.
Vous voudrez bien, à l'avenir, faire venir les officiers relevés de leur commandement au GQC, par automobile, les faire passer en conseil de guerre. J'estime qu'il n'est pas, comme en 1793, d'autres peines que la destitution ou la mort.
Vous voulez la Victoire : prenez en les moyens, rapides, brutaux, énergiques et décisifs.
En tout cas, ne renvoyez pas à l'intérieur des gens qui clabaudent contre vous et nous: mettez les sous clefs, en attendant leur jugement.
S'il le faut, je chargerai le général Gallieni de présider le conseil de guerre permanent qui ne doit pas siéger à Paris, mais aux armées.
Messimy
Il convient de bien comprendre le contexte : depuis l'Affaire des fiches et les persécutions visant les généraux catholiques, suivie de la promotion des généraux francs-maçons (du Grand orient de France), la qualité du haut-commandement militaire français avait considérablement chuté. Deux exemples :
1) le cas du général Gillain, évoqué par Messimy ci-dessus : lors de la réhabilitation d'Alfred Dreyfus, les généraux français avaient refusé de présider une cérémonie d'hommage à l'homme condamné pour trahison. Le gouvernement avait donc eu des difficultés à trouver un général dreyfusard pour présider la cérémonie. Il l'avait finalement trouvé en la personne du général Gillain. Une photographie montre le général Gillain et le commandant Alfred Dreyfus côte-à-côte lors de cette cérémonie ;
2) Parmi les généraux incapables sanctionnés fin , il y a eu le général Bloch, commandant la d'infanterie, du de la .
Au sujet des sanctions contre les généraux incapables, le général Joffre et Messimy ne se sont pas opposés.
Il n'en va pas de même au sujet du scandale du 15e Corps d'armée (C.A.).
Car, simultanément à l'appel des sanctions contre les généraux incapables, Messimy est provoque l'Affaire du . Il s'agit d'une diffamation publique contenu dans un article publié en . L'article prétendait expliquer les reculs de l'armée française lors de la bataille des Frontières, et accusait les soldats provençaux du d'être coupables de ce recul et d'avoir fui devant l'ennemi. Le avait été engagé à partir du en Lorraine dans la bataille des trois Frontières et notamment dans la bataille de Morhange le . Ces batailles se terminent par une victoire allemande, le recul des armées françaises et de lourdes pertes.