, dit « le Bien-Aimé », né le à Versailles et mort le dans la même ville, est un roi de France et de Navarre. Membre de la maison de Bourbon, il règne sur le royaume de France du à sa mort. Il est le seul roi de France à naître et mourir au château de Versailles.

S'il est surnommé le « Bien-Aimé » en début de règne, l'appréciation du peuple évolue par la suite. À la fin de son règne, il reste aimé dans la plupart des régions de France mais est très impopulaire à Paris, à tel point que sa mort donne lieu à des fêtes joyeuses dans la capitale.

Orphelin à l'âge de deux ans, duc d'Anjou puis dauphin de France du au , il succède à son arrière-grand-père à l'âge de cinq ans. La régence est exercée par le duc d'Orléans qui doit faire casser le testament de son oncle pour s'imposer, en contrepartie de l'octroi du droit de remontrance au Parlement. Ce droit affaiblit le règne de .

Sacré en , Louis XV maintient le duc d'Orléans comme premier ministre jusqu'à la mort de ce dernier, l'année suivante. Le duc de Bourbon lui succède de à , puis c'est son ancien précepteur, le cardinal de Fleury de à , sous le gouvernement duquel la France prospère et s'agrandit des duchés de Lorraine et de Bar. Sur le plan administratif, la gestion des finances est renforcée. La volonté de faire de la bulle une loi d'État conduit à la confrontation avec les parlements très imprégnés de jansénisme.

À la mort du ministre Fleury, en , gouverne seul. Unique survivant de la famille royale à proprement parler (il est le seul arrière-petit-fils de vivant en France), marié à la fille d'un roi de Pologne détrôné, est isolé à la tête de l'État, intelligent mais très secret. L'absolutisme de droit divin fait face, d'une part, à l'opposition des parlements qui affirment, à la suite de Le Paige, que leur corps a une ancienneté et, partant, une autorité égale, voire supérieure à celle du roi : en , leur force se manifeste lorsqu'ils obtiennent l'expulsion des ⁣⁣jésuites⁣⁣ de France, alors qu'un parti dévot et aristocratique souhaite contrôler davantage la monarchie.

Pour diriger l'État, Louis XV s'appuie sur quelques secrétaires d'État et ministres, quelques Conseils ainsi qu'un nombre restreint de hauts fonctionnaires, dont le plus important est Choiseul. Cette machinerie administrative est renforcée par la création des premières grandes écoles masculines d'État (École royale de la Marine du Havre, École nationale des ponts et chaussées, École royale du génie de Mézières). Elle relègue la noblesse traditionnelle et les corps locaux, ce qui coupe la monarchie de ses relais traditionnels, dans une France que transforme aussi l'administration économique, sous l'influence de la physiocratie naissante. L'aristocratie et une partie du clergé sont donc nostalgiques d'une monarchie d'équilibre, tempérée par des corps intermédiaires et une morale chrétienne (conforme aux écrits de Fénelon qui ont une grande influence y compris sur le roi lors des traités de paix). Dans la société urbaine, la philosophie des Lumières conteste également son absolutisme tout en s'opposant à l'emprise de l'Église.

Progressivement, l'image du souverain se désacralise et sa gestion de l'État est contestée.

Sur un plan religieux et moral, n'étant pas philosophiquement un libertin, le roi se sent coupable de ses infidélités conjugales. Sous la pression du clan des dévots, manifeste lors de l'épisode de Metz, il finit par ne plus communier, ni pratiquer les rituels thaumaturgiques des rois de France, ce qui entraîne la désacralisation de la fonction royale et une rupture avec son fils, le dauphin.

De plus, sur le plan diplomatique, le royaume voit sa situation, excellente en début de règne, s'affaiblir, ce qui entraîne un coût militaire et fiscal important. D'abord attaché à la paix appuyée sur un pacte de famille (une Europe des Bourbon), le roi doit faire face à la montée de la Prusse de et à celle de la Russie qui s'affirment comme des puissances européennes, face à une Autriche qui doit lutter pour conserver sa place. Enfin, la Grande-Bretagne où le roi abandonne l'idée de restaurer les Stuart catholiques devient une puissance maritime et coloniale rivale de la France, ce qui pousse son chancelier Choiseul à préparer une guerre à laquelle il répugne.

Cela vaut au royaume d'être impliqué dans deux conflits majeurs : la guerre de Succession d'Autriche qui est militairement bien conduite mais ne débouche sur aucun gain diplomatique, et la coûteuse guerre de Sept Ans. Le royaume aide parfois la république de Gênes pour contrer les rebelles durant la guerre d'indépendance corse. Les engagements ont lieu dans les Pays Bas, en Allemagne ou sur mer. Sur les océans, l'Angleterre déploie une flotte alors sans égale qui soutient sa politique vigoureuse d'expansion outre-mer. La France connaît quelques succès militaires sur le continent européen et parvient à conquérir la Corse. En revanche, elle perd le contrôle d'une grande partie de son empire colonial (Nouvelle-France en Amérique, Indes).

Le roi doit alors faire face aux remontrances fiscales des parlements, qu'il finit par briser en en les faisant réformer par son chancelier Maupeou. Cette opposition et celle d'une partie de la noblesse de la cour, sa relation avec Madame de Pompadour, puis l'hostilité du nouveau dauphin envers sa dernière maîtresse Madame du Barry, sa difficulté à se faire valoir à une époque où l'opinion publique (essentiellement alors parisienne) commence à compter, ses hésitations entre fermeté et laisser-faire, qui donnent lieu à des changements de stratégie brusques finissent par le rendre très impopulaire. Sa mort provoque des festivités dans Paris, comme il y en avait eu à la mort de .

Sous une apparente stabilité, son règne est celui d'une mutation silencieuse. Les arts sont florissants, notamment la peinture, la sculpture, la musique et les arts décoratifs. L'architecture française atteint un de ses sommets, tandis que les arts décoratifs (meubles, sculptures, céramiques, tapisserie) appréciés, tant en France que dans les Cours européennes, connaissent une forte expansion. Mais, c'est surtout en philosophie et en politique que les mutations des Lumières s'affirment et entraînent de profonds changements à partir de .

Premières années Naissance et baptême gauche|vignette|230x230px|Duchesse de La Ferté Senneterre avec sur ses genoux le futur Louis XV, duc d'Anjou et le duc de Bretagne debout à ses côtés, (François de Troy). gauche|vignette|Louis XV à 2 ans (Pierre Gobert).Louis de France (futur ) naît le au château de Versailles. Il est d'ailleurs le seul roi de France à naître et mourir dans ce château.. Arrière-petit-fils de et également son arrière-petit-neveu, en raison du fait que son arrière-grand-père maternel est Philippe d'Orléans (1640-1701), il est le troisième fils de Louis de France, duc de Bourgogne, surnommé le Petit Dauphin par opposition à son père Louis de France (1661-1711) dit le Grand Dauphin, et de Marie-Adélaïde de Savoie. À ce titre, il est à sa naissance le quatrième prince en ligne de succession au trône. De ses deux frères aînés, également prénommés Louis, le premier, titré duc de Bretagne, est né en 1704 et mort en à moins d'un an, tandis que le second, reprenant le titre de duc de Bretagne, est né en et mort en .

Immédiatement après sa naissance, le futur est ondoyé dans la chambre de la duchesse de Bourgogne par le cardinal Toussaint de Forbin-Janson, évêque de Beauvais, grand aumônier de France, en présence de Claude Huchon, curé de l'église Notre-Dame de VersaillesRegistre des baptêmes (1710) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines.. Le petit prince est immédiatement confié à la duchesse de Ventadour qui devient sa gouvernante, secondée par Madame de La Lande, sous-gouvernante et élevé dans l'aile des princes.vignette|alt=groupe familial| et ses héritiers : le dauphin, le duc de Bourgogne et le duc de Bretagne à la naissance du futur (Nicolas de Largillierre, 1710). Aucun d'eux ne régnera.

Héritier du trône de France Ce n'est pas lui qui aurait dû succéder à son arrière-grand-père, , mais son grand-père le Grand Dauphin, puis son père le duc de Bourgogne, bientôt surnommé le Petit Dauphin, petit-fils de , et enfin son frère aîné, le duc de Bretagne. Mais, de à , la mort frappe à plusieurs reprises la famille royale et met brusquement le jeune prince de en première place dans la succession de : le Grand Dauphin meurt de la variole le . Le duc de Bourgogne devient dauphin. L'année suivante, une emporte son épouse le , puis le Petit Dauphin le suivant. Les médecins se concentrent sur le Petit Dauphin, duc de Bretagne, sans s'occuper de son frère cadet, ce qui l'épargne probablement puisqu'il ne subit pas de saignée..

À la mort de son frère aîné le duc de Bretagne, le futur devient, âgé de tout juste deux ans, l'héritier du trône de France avec le titre de dauphin de France. Pour qu'il réchappe de la maladie, la duchesse de Ventadour s'enferme avec lui, l'isolant de la contagion en interdisant tout accès, surtout aux médecins, et emploie peut-être un contre-poison. Elle le sauve. On craint longtemps pour la santé du jeune prince, mais il se remet progressivement, soigné par sa gouvernante et protégé par elle des abus de saignées, qui ont vraisemblablement causé la mort de son frère.

vignette|gauche|alt=pièce de monnaie|Demi-Louis dit de «Noailles» sous le Bien-Aimé.|181x181pxLe futur est baptisé en urgence le , en l'appartement des enfants de France au château de Versailles par Henri-Charles du Cambout, duc de Coislin, évêque de Metz, premier aumônier du roi, en présence de Claude Huchon, curé de l'église Notre-Dame de VersaillesRegistre des baptêmes (1712) de l'église Notre-Dame de Versailles, archives départementales des Yvelines. : son parrain est Louis Marie de Prie, marquis de Planes, et sa marraine est Marie Isabelle Gabrielle Angélique de La Mothe-Houdancourt..

Éducation et formation vignette|redresse|Cours des principaux fleuves et rivières de l'Europe, composé et imprimé par Louis XV.

En , Louis est confié à un précepteur, l'abbé Perot. Sous le contrôle de sa gouvernante qui l'élève pendant sept ans, il lui apprend à lire et à écrire, lui enseigne des rudiments d'histoire et de géographie et lui donne l'enseignement religieux nécessaire au futur roi très chrétien.. En , le jeune dauphin reçoit également un maître à écrire.. Il est également initié à la danse à partir de l'âge de huit ans par Claude Ballon et montre des dispositions pour cet art. Il participe en à un spectacle, Les Folies de Cardenio, dans lequel il intervient en compagnie de soixante-huit danseurs, professionnels et courtisans, puis en , dans l'opéra-ballet Les Éléments.

Au jour anniversaire de ses sept ans, le , ayant atteint l'âge de raison, il .. Louis XV est désormais confié à un gouverneur, le maréchal duc François de Villeroy (un ami de jeunesse de et fils de , gouverneur de ) qui lui impose tous les rituels de la cour de Versailles mis en place par .. Son précepteur, André Hercule de Fleury, évêque de Fréjus lui apprend désormais le latin, les mathématiques, l'histoire et la géographie, la cartographie, le dessin. et l'astronomie, matières qui le passionnent. et son grand veneur lui apprend la chasse. En , il dispose d'une imprimerie et apprend la typographie, et en , il s'initie au tournage du bois et de l'ivoire. À partir de , il a des maîtres de musique. Il a peu d'affinités pour cette discipline, mais il est attiré par l'architecture.. Son éducation balance entre les choix de Villeroy et l'ouverture voulue par Philippe d'Orléans, le Régent..

vignette|alt=enfant| dauphin, 1720-1721par Rosalba CarrieraGemäldegalerie, Dresde.|230x230px

Activité de représentation du roi durant sa minorité vignette|gauche|redresse|alt=Enfant en costume| en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud. vignette|Lit de justice tenu par Louis XV enfant, flanqué de sa gouvernante