est le cinquième album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin, créée par le dessinateur belge Hergé. L'histoire est d'abord pré-publiée en noir et blanc du au dans les pages du Petit Vingtième , sous le titre Les Aventures de Tintin reporter en Extrême-Orient, avant d'être éditée en album de sous son titre définitif, aux éditions Casterman. L'album est remanié et mis en couleur en .

Dans cette aventure, qui prolonge celle des Cigares du pharaon, Tintin poursuit son enquête à Shanghai et découvre les mystères de la cité chinoise et de sa concession internationale. Il cherche à démanteler le réseau de trafiquants d'opium commandé par le milliardaire Roberto Rastapopoulos et son allié japonais, Mitsuhirato, qui tous deux lui apparaissent dans un premier temps comme infiniment respectables. Aidé par les membres d'une société secrète chinoise, les « Fils du Dragon », et par Tchang, un jeune orphelin intrépide avec qui il se lie d'amitié, le héros parvient à déjouer les plans de ses ennemis.

Pour de nombreux tintinologues, Le Lotus bleu marque un tournant décisif dans l'œuvre d'Hergé. Désormais conscient des possibilités romanesques que lui offre la bande dessinée, l'auteur prépare soigneusement son nouveau récit et rassemble une abondante documentation pour livrer de la Chine une image fidèle et cohérente, éloignée des représentations occidentales trop stéréotypées de l’époque. Par l'intermédiaire de l'abbé Léon Gosset, Hergé rencontre plusieurs étudiants chinois, au premier rang desquels Tchang Tchong-jen dont la rencontre le bouleverse et modifie son approche du travail. De leurs séances de travail dominicales naît une profonde amitié qui pousse Hergé à dépasser ses propres représentations. Il intègre des références au contexte géopolitique et historique de l'époque, comme l'incident de Mukden qui sert de prétexte à l'invasion japonaise de la Mandchourie en 1931, le retrait des délégués japonais à la Société des Nations en 1933, les inondations du Yangtsé en 1931 ou encore les exactions commises lors de la révolte des Boxers à la fin du .

Aux côtés de Tchang-Tchong-jen, Hergé soigne l'authenticité des détails de son récit, et s'imprègne de l'art chinois — de l'utilisation du pinceau au jeu des ombres, en passant par la calligraphie. Avec Le Lotus bleu, le dessinateur franchit un pas décisif vers la ligne claire, qui caractérise ensuite l'ensemble de son travail. L'album est ainsi reconnu par l'ensemble des spécialistes de l'œuvre d'Hergé comme l'un de ses plus aboutis.

Le Lotus bleu obtient la du classement des cent meilleurs livres du établi au printemps 1999 dans le cadre d'une opération organisée par la Fnac et Le Monde.

Histoire Résumé Ces informations concernent l'édition en couleurs parue en 1946 chez Casterman. vignette|alt=Photographies montrant plusieurs figurines identiques.|Figurines de Tintin et Milou cachés dans un vase du Lotus Bleu (2014). L'histoire fait suite à celle des Cigares du pharaon, dans laquelle Tintin est parvenu à démanteler un réseau de trafiquants d'opium dont le mystérieux grand maître, tombé dans un ravin et dont le corps n'a jamais été retrouvé, semble toujours en liberté. Le jeune reporter est en villégiature chez le maharadjah de Rawhajpoutalah quand il reçoit la visite d'un messager venu de Chine, mais ce dernier est atteint par une fléchette empoisonnée au radjaïdjah, le « poison-qui-rend-fou », avant d'avoir pu révéler le but de sa visite. Il ne prononce que les mots « Shanghaï » et « Mitsuhirato ».

Arrivé en Chine, Tintin rencontre ce même Mitsuhirato, un commerçant japonais très avenant qui lui conseille de se méfier des Chinois. Il le convainc également de rentrer en Inde pour protéger le maharadjah, qui court, selon lui, de graves dangers. Après l'avoir quitté, le héros sort indemne d'une fusillade grâce à l'intervention d'un mystérieux jeune homme, puis le soir même, alors qu'il s'apprête à boire du thé, ce même homme brise sa tasse d'un coup de revolver. Tintin le poursuit, mais il est arrêté par la police de la concession internationale de Shanghai. Le lendemain, Tintin s'évade et reçoit une lettre anonyme qui l'invite à se rendre dans un lieu à l'écart de la ville. Il y rencontre l'homme qui l'a sauvé lors de la fusillade, mais sans le reconnaître. Pour toute explication, ce dernier tente de le décapiter à l'aide d'un sabre, mais le jeune reporter le neutralise et constate qu'il a perdu la raison après avoir lui aussi été atteint d'une fléchette empoisonnée.

gauche|vignette|alt=Gravure montrant des hommes allongés fumant l'opium et d'autres se tenant autour d'une table.|Fumeurs d'opium chinois (illustration de G. W. Averell & Co. de 1878). Convaincu qu'il n'apprendra rien de plus à Shanghai, Tintin s'embarque pour l'Inde, mais il est enlevé et ramené en Chine par les « Fils du Dragon », une organisation secrète dirigée par Wang Jen-Ghié, qui combat le trafic d'opium. Ce dernier est le père de Didi, le mystérieux sauveur de Tintin. Il révèle au héros que Mitsuhirato est en réalité un agent japonais doublé d'un trafiquant qui a juré sa perte.

À la suite d'un simulacre d'attentat, le Japon envahit la Chine et Tintin se retrouve au cœur du conflit. Il est capturé par Mitsuhirato qui tente de l'empoisonner, mais a la vie sauve grâce à l'intervention d'un des Fils du Dragon qui remplace le poison par de l'eau. Dès lors, le héros est poursuivi à la fois par la police de la concession internationale et par les autorités japonaises. Il cherche à rencontrer le professeur Fan Se-Yeng pour lui demander de trouver un remède au poison-qui-rend-fou, et doit, pour cela, se rendre à Hou-Kou.

Sur le chemin, il sauve de la noyade un jeune orphelin chinois, Tchang, emporté par la crue du Yang-Tsé-Kiang, avec qui il se lie d'amitié. Ensemble, ils découvrent que les malfaiteurs ont leur repaire au Lotus bleu, une fumerie d'opium de Shanghai tenue par Mitsuhirato, et que leur chef n'est autre que le milliardaire Roberto Rastapopoulos.

Finalement, les Fils du Dragon démantèlent le gang et font arrêter l'ensemble des trafiquants. La guérison de ceux qui étaient devenus fous est rendue possible avec la libération du professeur Fang Se-Yeng, lui aussi retenu par l'organisation crapuleuse et qui met au point un antidote. Enfin, Wang Jen-Ghié propose à Tchang de l'adopter, tandis que le Japon annonce le retrait de ses troupes d'invasion et son départ de la Société des Nations. Ses aventures terminées, Tintin peut rentrer en Europe, le cœur lourd de devoir quitter ses amis.

Personnages et lieux visités Au début de l'album, Tintin et Milou sont en villégiature en Inde, dans le palais du maharadjah de Rawhajpoutalah, qui leur présente le fakir Cipaçalouvishni. À son arrivée à Shanghai, le héros est accueilli par Mitsuhirato, un commerçant japonais qui, sous ses allures respectables, dissimule des activités frauduleuses, à savoir le trafic d'opium et l'espionnage pour le compte de son pays. À la fin de l'aventure, après son arrestation, Mitsuhirato se suicide. C'est l'un des seuls personnages de la série à connaître ce sort, avec l'ingénieur Frank Wolff dans On a marché sur la Lune.. Dans la cité chinoise, Tintin est aux prises avec plusieurs Occidentaux, comme Gibbons, un homme d'affaires américain que Tintin corrige pour avoir brutalisé un jeune porteur chinois, ou Dawson, le chef de police de la concession internationale de Shanghai.

En Chine, le jeune reporter retrouve également des personnages présents dans l'aventure précédente, Les Cigares du pharaon. Les policiers Dupond et Dupont, maladroits et bornés, refusant de croire à l'innocence de Tintin, n'ont de cesse de poursuivre celui-ci. Le milliardaire Roberto Rastapopoulos, directeur d'une firme cinématographique, apparaît à Tintin comme un homme de confiance, et ce n'est qu'à la fin du récit qu'il révèle sa véritable nature de Grand Maître des trafiquants d'opium..

Plusieurs personnages chinois font leur entrée dans la série. Tchang est un jeune orphelin, sauvé de la noyade par Tintin. Il devient immédiatement l'ami du héros et accompagne celui-ci jusqu'à la fin de l'aventure, malgré les dangers qui se dressent sur leur route.. Le vénérable Wang Jen-Ghié est à la tête de la société secrète des « Fils du Dragon » qui lutte contre les trafiquants d'opium. Au début de l'histoire, son fils Didi protège Tintin dans l'ombre, avant d'être frappé d'une fléchette de radjaïdjah, le . Dès lors, il se veut l'apôtre du sage chinois Lao Tseu, et propose aux différents personnages de les aider à en leur coupant la tête. Le professeur Fan Se-Yeng, célèbre pour ses ouvrages sur la folie, est enlevé par les trafiquants, mais après sa libération par les Fils du Dragon, il trouve un antidote au radjaïdjah.

Création de l'œuvre Contexte d'écriture : succès des aventures précédentes vignette|alt=Une d'un journal.|Les aventures de Tintin paraissent dans Le Petit Vingtième (ici du ). Le , Le Petit Vingtième diffuse la et dernière planche des Aventures de Tintin en Orient, qui deviendront quelques mois plus tard Les Cigares du pharaon lors de leur parution en album. Vêtu à l'indienne et assis dans un salon du palais du maharadjah de Rawhajpoutalah, Tintin déclare à Milou qu'ils ont .. Hergé propose alors un autre récit aux lecteurs de l'hebdomadaire, Les Aventures de Popol et Virginie au Far West, une bande dessinée animalière assez éloignée du souci de crédibilité recherché avec Tintin.

Impatients, les lecteurs adressent de nombreux courriers à la rédaction pour réclamer le retour de Tintin : le , Le Petit Vingtième publie une interview fictive du héros dans laquelle il laisse entendre que ses aventures ne sont pas terminées et que la bande de trafiquants d'opium dont il a découvert le repaire dans l'histoire précédente a des ramifications jusqu'en Extrême-Orient, plus précisément en Chine. Hergé, à travers le succès populaire et critique des Cigares du pharaon, a désormais conscience des possibilités romanesques qui s'offrent à lui à travers la bande dessinée et veut prendre le temps de préparer soigneusement son nouveau récit.

Écriture du scénario et travail de documentation vignette|gauche|redresse|alt=Photographie d'un artiste posant avec ses pinceaux.|Tchang Tchong-jen, nouvel ami et collaborateur d'Hergé, photographié en 1935. Hergé reçoit notamment une lettre de l'abbé Léon Gosset, aumônier des étudiants chinois à l'université catholique de Louvain, qui exhorte le dessinateur à ne pas montrer les Chinois comme les Occidentaux se les représentent trop souvent, ce qui risquerait de blesser ses étudiants, lecteurs du Petit Vingtième. Les craintes de l'aumônier se fondent particulièrement sur les représentations stéréotypées de Chinois qui figuraient dans les premiers albums. D'abord, dans Tintin au pays des Soviets, deux mandarins à longues nattes s'apprêtent à torturer Tintin. Ensuite, dans la première version de Tintin en Amérique, alors que le reporter est enlevé lors d'une réception en son honneur, un bandit menace de l'envoyer au fond du lac Michigan et les deux complices chinois de ce dernier veulent manger MilouJacques Langlois, Tchang l'ami chinois, in ..