vignette|380x380px|La première page du Pénitentiel de Finnian (VIe siècle) dans le Codex Sangallensis 150. Un pénitentiel est un livre rédigé à l’intention du clergé, pour guider les clercs dans l’administration du sacrement de pénitence.

Entre le et le les pénitentiels forment une longue tradition de textes, qui sont copiés, modifiés mais qui restent très répétitifs. L’un des plus connus est le pénitentiel de Burchard de Worms (1000-1025).

Il existe cependant deux types de pénitentiels avec des destinataires différents, les pénitentiels dit monastiques qui se rattachent à la règle monastique et à l’encadrement des mœurs des clercs et les pénitentiels destinés aux laïcs.

Les pénitentiels utilisés dans le cadre de la pénitence tarifée sont de taille variables. Ils consistent en une liste ou un interrogatoire, où chaque péché est décrit (plus ou moins en détail) et est suivi de la pénitence à effectuer pour être pardonné. Les péchés dans les pénitentiels sont divers : vol, abus physique, homicide, parjure, idolâtrie et pratiques païennes, sexualité déviante, moralité conjugale, manquements aux principes et aux devoirs chrétiens, ébriété, etc.

Ces pénitentiels ont une importance forte dans la mise en place d'une norme dans les pratiques quotidiennes des chrétiens.

Histoire

Une littérature celtique Les premiers pénitentiels sont d'origines celtiques et datent du . Les premiers document reconnus comme pénitentiels sont, premièrement le pénitentiel de Vinnian ou Finnian, rédigé autour de 550/556, et deuxièmement, le pénitentiel de Saint Colomban, lui rédigé vers la fin du siècle. Ces pénitentiels sont courts, et les tarifs pénitentiels sont portés sur les péchés charnels.

Importance des compilations Les compilations, à la fois de pénitentiels, mais aussi de règles canoniques insulaires, vont permettre l'essor du genre des pénitentiels entre le et le . On retrouve tout d'abord, en 690, la compilation de Cumméan, qui est en fait une somme de tarifs celtiques, puis quelques recueils fait sous le patronage de Théodore de Cantorbéry. Ces compilations vont être importantes dans la diffusion vers l'espace continental européen.

Période de grande diffusion en Europe À partir du les pénitentiels se répandent en grand nombre en Europe. Cependant, ils sont peu originaux, car ils reprennent des éléments des pénitentiels insulaires, auxquels sont ajoutés des éléments de diverses origines. Leur diffusion commence par le nord du royaume Franc, puis en Bourgogne, et vers le nord de l'Italie avec notamment le voyage de Saint Colomban).

Contenu

Le corps d'un pénitentiel centré|vignette|550x550px|La composition thématique des pénitentiels médiévaux les plus influents, d'après E. Perez in L'enfant au miroir des sépultures médiévales, 2013, p.176. Les pénitentiels sont présentés de manière très simple, et sont de tailles variées, sous forme de catalogue généralement. On y retrouve une subdivision en sections thématiques qui traitent de différents groupes de péchés : boisson, luxure, vol, crime... Les pénitentiels essaient de traiter un maximum de cas de figures, et chaque cas, aussi précis soit-il, est ainsi soumis à un tarif pénitentiel. On a généralement une forme stéréotypée dans le style de rédaction, avec : la mention de l'acte répréhensible suivi du tarif dont doit s'acquitter le coupable de cet acte.

Insistances sur les pratiques sexuelles +Interdits sexuels et périodes de continence dans trois pénitentiels médiévaux (d'après E. Perez, 2013)Interdits sexuelsFinnian (VIe)Bède (VIIIe)Buchard de Worms, XIeContinence dans le mariage 120 jours/an 40 jours avant Pâques et Noël 20 jours avant Noël, 40 jours avant Pâques (Carême), fêtes publiques et anniversaires des apôtresJours interdits Nuit du samedi Mercredi, vendredi, dimanche DimanchePériodes interdites Grossesse Grossesse, 30-40 jours après la naissance, règles Grossesse et après l'accouchement, règlesTotal des jours interdits ~172 jours soit ~6 mois/an ~250 jours soit ~8 mois/an ~180 jours soit ~6 mois/anRéférences46II, 3753-58 vignette|La sexualité médiévale, en particulier celle des clercs, était particulièrement régulée car considérée comme le reflet de la continence et de la maîtrise de soi des hommes ; les pénitentiels et leur rôle punitif sont encore un sujet de débat quant à leur effectivité réelle (ici, une célèbre illustration du Décaméron, ). Parmi les divers crimes présent dans les pénitentiels, le respect des mœurs, notamment sexuelles, pour clercs et laïcs est un élément central, on peut le voir chez Colomban, vers 600, qui dans sa règle destinée aux moines, énonce les terribles peines qu’il faut leur infliger, surtout en matière de chasteté. Mais aussi vers 730, avec Bède le Vénérable qui consacre pas moins de quarante paragraphes de son pénitentiel à la fornication.

Les tarifs pénitentiels La pénitence, taxe ou tarif d’expiation, consiste généralement en un jeûne d’une durée proportionnelle à la gravité de la faute. La pénitence la plus fréquente est le jeûne au pain et à l’eau, mais peut-être compléter par des privations sur la viande, ou encore l'alcool. Certains pénitentiels ajoutent à la pénitence le fait de devoir faire un exercice physique, comme la génuflexion. Cependant on trouve également mentions de paiement, le pêcheur devant payer en monnaie pour expier ses pêchés.

Limites du principe

Des tarifs pénitentiels confus Les pénitences contenus dans les pénitentiels peuvent varier pour un même pêché, il peut s'agir d'un durcissement de la pénitence dans la durée ou dans l'acte pénitentiel en lui-même (il est bon de souligner cette différence, notamment pour les pénitentiels hispaniques qui ont des pénitences plus dures que les pénitentiels francs). On note l'ajout de règles canoniques différentes en fonction de l'ère géographique, les coutumes n'étant pas les mêmes. Aussi au , du fait de leur grand nombre, les pénitentiels sont sources de désordre car il n'y a pas d'uniformité des tarifs pénitentiels, ce qui est très critiqué par les évêques, notamment lors du concile de Paris, en 829 : . Impact de la réforme carolingienne gauche|vignette|L'empereur Louis le pieux à la pénitence publique d'Attigny, en 822, célébrée en grande pompe dans la plus pure tradition carolingienne.|250x250pxLa réforme carolingienne tente de stopper l'expansion du genre des pénitentiels. Cette réforme veut entre autres choses un retour à la pénitence canonique antique, c'est-à-dire à une pénitence qui n'est donnée qu'une fois dans la vie du croyant (généralement juste avant la mort) par un clerc. Or ici, les pénitentiels sont favorables à une pénitence privée qui peut être réitérée. Cependant la réforme carolingienne ne va que peu affecter la diffusion de ceux-ci car l'on retrouve après le de nouveaux pénitentiels, avec les mêmes caractéristiques que ceux d'avant la réforme.

De plus vers 1020, Burchard de Worms consacre cinquante-cinq chapitres très documentés, aux détails sordides et aux déviations qui peuvent accompagner les actes sexuels. Le pénitentiel devient un véritable roman pornographique recherché par le clergé. Cela est si vrai, que Théodulfe, évêque d’Orléans de 787 à 821 écrit : « Bien des crimes sont énumérés dans les pénitentiels, crimes qu’il ne convient pas de faire connaître aux hommes. Aussi le prêtre ne doit pas l’interroger sur tout, de peur que le pénitent en s’éloignant ne tombe, sur l’instigation du diable, dans un vice dont il ignorait auparavant l’existence ».

Principaux pénitentiels recensés Certains pénitentiels, les plus courts et les moins répandus, sont couramment regroupés sous l'appellation de Libri paenitentiales simplices. Titre bilingueAuteurDate estiméeManuscrit(s) (Liste non exhaustive)Pénitentiel de Finnian (lat. Penitentialis Uinniani ou Poenitentiale Vinniani)centré|sans_cadre|262x262pxFinien de Clonard(~470-549/552)~530Ms. sang. 150 (Stiftsbibliothek, Saint-Gall, IXe-Xe s.)Ms. lat. 12021 (BNF, Paris VIIIe s.)Ms. lat. 3182 (idem, Xe s.)Cod. lat. 2233 (ÖNB, Vienne, VIIIe-IXe s.) centré|sans_cadrePénitentiel de saint Colomban (lat. Paenitentiale Columbani ; De poenitentiarum misura taxanda ; Regula coenobialis)

centré|sans_cadreColomban de Luxeuil(540-615)~572Ms. G. VII. 16. (BNU, Turin, Xe-XIe s.)Ms. G V. 38 (idem, Xe s.)Pénitentiel de Cumméan (lat. Excarpsus Cummeani)centré|sans_cadre|286x286pxJean Cassien (~360-435) inspira lourdement, par son travail sur le proto-monachisme, le moine irlandais Cumméan.Cumméan Fada(le long)avant 680Codex Vat. Pal. Lat. 48 (BAV, Vatican, IXe s.)Codex Vat. 1349 (idem, Xe s.)Ms. cod. 175 (BM Ceccano, Avignon, IXe s.)Une trentaine de manuscrits évoquant ce pénitentiel subsistent de nos jours.

centré|sans_cadrePénitentiel de Théodore (lat. Paenitentiale Theodori, Iudicia Theodori ou Canones Theodori)centré|sans_cadre|267x267pxLa cathédrale de Canterbury, où Théodore de Tarse occupa la cathèdre archiépiscopale de 668 à 690.Théodore de Tarse(602-690)avant 690Cod. lat. 2195 (ÖNB, Vienne, VIIIe s.)Cod. Lat. 2223 (idem, IXe s.)Codex Vat. Pal. lat. 554 (BVA, Vatican, IXe s.) centré|sans_cadrePénitentiel de Bède (lat. Paenitentiale Bedae, Pseudo-Bedae ou Liber de remediis peccatorum)centré|sans_cadre|253x253pxBède le Vénérable(672-735)~720Codex lat. 2223 (ÖNB, Vienne, Xe s.)Ms. H 387 (BU Médecine, Montpellier, IXe-XIIIe s.)Ms. 132 (Bibliothèque humaniste, Sélestat, IXe s.) centré|sans_cadrePénitentiel de Bobbio (lat. Poenitentiale Bobbiense)Entre 720 et 725Pénitentiel de Paris (lat. Poenitentiale Parisiense)centré|sans_cadre|300x300pxLe clocher de l'abbaye de Saint Germain des Prés (ancienne saint Vincent), une des plus importantes abbayes parisiennes.~750Ms. lat. 7193 (BNF, Paris)Ms. lat. 1207 (idem, IXe s.) centré|sans_cadrePénitentiel de FleuryEntre 774 et 800Pénitentiel de Clément~800Pénitentiel romain ou Pénitentiel d'Halitgaire (lat. Poenitentiale Halitgarii, De Paenitentia ou De vitiis et virtutibus et ordine pœnitentialium)centré|sans_cadreLa cathédrale de Cambrai où Halitgaire, évangélisateur des Danes, occupa la cathèdre de 817 à 831.Halitgaire de Cambrai (†830)Entre 817 et 831Cod. Sang. 570 (Stiftsbibliothek, Saint-Gall, IXe s.)Cod. Sang. 679 (idem, Xe s.)Msc. Can. 2. (Staatsbibliothek de Bamberg, IXe-Xe s.)Ms. 216 (BMVR, Orléans, VIIIe s.) centré|sans_cadreLe pénitentiel de Saint-Gall~850Le pénitentiel de Saint HubertLe pénitentiel du Mont Cassin (lat. Paenitentiale Casinense)centré|sans_cadreBenoît d'Aniane ? Benoît de Nursie ?~900Ms. 372 (Archivio dell’Abbazia, Abbaye du Mont-Cassin, Xe s.)De synodalibus de Réginon (lat. Libri duo de synodalibus causis et disciplinis ecclesiasticis ou De ecclesiasticis disciplinis et religione christiana)centré|sans_cadreL'abbaye Saint Martin de Trèves, où Réginon résida à partir de 899.Réginon de Prüm(842-915)906Ms. lat. 17527 (BNF)Cod. Guelf. 32 Helmst (Herzog A. Bibliothek, Wolfenbüttel, Xe-XIe s.)Cod. Guelf. 83.21 Aug. 2° (idem, Xe s.)

centré|sans_cadreLe pénitentiel d'Arundel (lat. Poenitentiale Arundel)An milCollection Arundel, de la British LibraryLe pénitentiel de Buchard (lat. Corrector sive Medicus ou Corrector Buchardi)Burchard de Worms(~965-1025)~1020Auréolée d'un large succès, le Corrector est conservé dans le corpus plus large de Buchard, le Decretum, en environ 77 exemplaires.

Notes et références

Articles connexes Chronique médiévale Hagiographie

Liens externes

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