L’Institut français d’études anatoliennes (IFEA) — en turc : — est un centre de recherche français dépendant du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il fait partie du réseau des instituts français de recherche à l'étranger (UMIFRE).
Présentation générale
L'IFEA fut créé en 1930 sous le nom dInstitut français d'archéologie de Stamboul. Il a par la suite étendu ses activités à l'urbanisme avec la création de l'Observatoire urbain d'Istanbul (OUI) en 1988, la politique par le biais de l'Observatoire de la vie politique turque (OVIPOT) crée en , la turcologie et l'histoire ancienne et médiévale. Les principaux axes de recherche sont orientés sur l'Anatolie et ses régions périphériques : Balkans et Caucase selon les périodes d'études (byzantines, ottomanes ou République turque). L'Institut dispose aussi d'une bibliothèque et d'une cartothèque.
Plus qu'un simple institut de recherche, l'IFEA est un acteur essentiel dans les relations scientifiques franco-turques. Cet institut permet à la France de suivre les changements intervenant en particulier à Istanbul, métropole devenue aujourd'hui très prospère et ouverte autant sur son histoire (époques byzantines et ottomanes) que sur son processus de transformation actuel (deux musées d'art moderne, une biennale…).
Il s'agit aussi du plus important centre de recherche européen en Turquie.
Chaque année une cinquantaine de chercheurs et d'étudiants francophones de tous horizons désireux de travailler sur la Turquie et ses régions périphériques trouvent au sein de l'IFEA un relais, un point de contact.
Un certain nombre de bourses sont mises à la disposition des publics sous réserve d'acceptation. L'IFEA organise des conférences et débats en collaboration avec d'autres instituts et universités et participe à de nombreuses manifestations.
Enfin, l'Institut est l'intermédiaire quasi-incontournable entre universités et centres de recherche français et turcs. Il est aussi un défenseur de la Francophonie en Turquie.
Le siège de l'IFEA se situe dans le quartier de Beyoğlu à Istanbul. L'Institut possède depuis 2003 une antenne à l'étranger, l'Observatoire du Caucase implanté à Bakou en Azerbaïdjan.
Directeurs de l'IFEA
Albert Gabriel (1930-1941 et 1945-1956) Premier directeur de l'Institut français d'études anatoliennes, celui que l'ambassadeur de Turquie à Paris surnomme « le plus turc des Français » commence sa carrière en Grèce et en Égypte avant de s'établir en Turquie où il fait des aller-retours fréquents depuis 1908. C'est en 1930 qu'il fonde, avec l'ambassadeur de France en Turquie, l'Institut Français d'archéologie qui deviendra l'IFEA en 1975. Ses travaux sur les monuments turcs d'Istanbul et d'Anatolie à commencer par ceux de la Cappadoce (Kayseri-Niğde) lui valent une renommée et une reconnaissance importante en Turquie.
Henri Seyrig (1941) Henri Seyrig est étudiant à Oxford en 1914 lorsqu’éclate la guerre. Il s’illustre sur le front de l’Est puis rejoint l’armée d’Orient en Macédoine en 1917. Passionné par la Grèce, il entre à l’École d’Athènes en 1922 et effectue trois voyages en Syrie entre 1924 et 1928. Directeur des Antiquités de Syrie et du Liban sous mandat français entre 1929 et 1941, il organise les fouilles archéologiques du temple de Bel à Palmyre, du Krak des Chevaliers et du sanctuaire d’Héliopolis à Baalbek.
Henry Corbin (1941-1945) Philosophe, germaniste, iranologue, arabisant, Henry Corbin mena l'existence remplie d'un chercheur laborieux, d'un découvreur et d'un penseur aussi inspiré qu'érudit. C'est l'un des rares philosophes à traiter de l'islam iranien en général et de la gnose chiite en particulier. Élève d'Étienne Gilson et Jean Baruzi, Louis Massignon lui révèle la « théosophie orientale » de Sohrawardî qui oriente définitivement sa vocation philosophique. Après plusieurs séjours en Allemagne, il publie en 1937 la première traduction française d'Heidegger sous le titre « Qu'est-ce que la métaphysique ? ».
En 1939, Julien Cain lui offre de partir pour six mois à Istanbul, comme pensionnaire d'abord, puis comme responsable de l'Institut français, séjour qui se prolongea pendant toute la durée de la guerre. C'est là que Henry Corbin prépare les éditions critiques des philosophes de l'Islam, singulièrement de Sohrawardî et entreprend la découverte du champ, à peu près inexploré jusqu'alors, de la philosophie iranienne islamique.
En 1945, il est chargé de fonder et d'organiser le Département d'iranologie de l'Institut français de Téhéran. Il y fonde la « Bibliothèque iranienne » où seront publiés les classiques de cette tradition oubliée. En 1954, il est nommé directeur d'études « Islamisme et religions de l'Arabie » à l'École pratique des hautes études. En 1974, il fonde un Centre international de recherche spirituelle comparée à l'Université Saint-Jean de Jérusalem.
Louis Robert (1956-1964) Historien et archéologue français spécialiste de la Grèce antique et plus particulièrement d'épigraphie et de numismatique, Louis Robert est né en 1904 dans le Limousin. Profondément marqué par une enfance rurale, il mène ses études à Paris, au lycée Louis-le-Grand et intègre l’École normale supérieure en 1924. En 1927, il devient membre de l’École Française d’Athènes. Durant les années qu'il passe en Grèce, Louis Robert ne fouille pas mais parcourt le pays et la Turquie voisine. En 1932, de retour d'Athènes, il est nommé directeur d'études à l’École pratique des Hautes Études. Il reçoit ensuite la proposition d'une mission d'exploration archéologique en Asie Mineure, mission renouvelée en 1934. L'Asie mineure occupe rapidement une place privilégiée, qu'elle ne quittera plus, dans ses études scientifiques et lui donne matière à son premier livre, Les Villes d'Asie Mineure en 1935 suivi en 1937 des Études anatoliennes. Il devient ensuite professeur d’Épigraphie et d’antiquités grecques au Collège de France en 1939 et membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1948 qui dit de Louis Robert qu’il était un « très grand historien, se distinguant par l’étendue de ses intérêts et l’extraordinaire maîtrise de sources dont il contribua, plus que tout autre, à montrer qu’elles ne pouvaient être correctement interprétées que par leur constante confrontation : inscriptions, mais aussi textes littéraires de toute sorte, récits de voyageurs, monnaies, reliefs figurés, monuments divers, qui toujours doivent être replacés dans leur contexte historique et géographique. L’un de ses plus grands mérites fut sans aucun doute cette lutte incessante pour briser le carcan de spécialités repliées sur elles-mêmes. »
Emmanuel Laroche (1964-1975) Linguiste et hittitologue français, Emmanuel Laroche est né à Clamart le . Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de grammaire, il réalise une thèse sur L'histoire de la racine NEM en grec ancien (1949). Il se spécialise dans le domaine des langues et civilisations anatoliennes et en particulier le hittite. Après avoir enseigné à l'université de Nancy, il est nommé en 1946 à l'université de Strasbourg, où il demeure jusqu'en 1972. Parallèlement, il enseigne à l'École pratique des hautes études à partir de 1952.
De 1964 à 1975, il est directeur de l'Institut français d'archéologie d'Istanbul (qui deviendra par la suite l'Institut français d'études anatoliennes) où il débute les fouilles de Zeyve Höyük-Porsuk et de (Gülnar, 1971). Il participe aux travaux de l'équipe de Ras-Shamra/Ugarit (Syrie). En 1972, il est élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il était membre également de l'Académie autrichienne des sciences. Il est nommé en 1973 au Collège de France à la chaire de « Langues et civilisations de l'Asie Mineure ».
Henri Metzger (1975-1980) Né à La Tronche le et mort à Vaison-la-Romaine le , Henri Metzger était un archéologue et helléniste français. Après des études à l'École normale supérieure et l'obtention d'une agrégation de lettres classiques, il devient membre de l'École française d'Athènes (1938-1939 ; 1940-1945) puis de l'Institut français d'archéologie d'Istanbul (1945-1947). Docteur en 1950, il accomplit la majeure partie de sa carrière à l'université de Lyon (chaire d'Histoire de l'art antique) et a été directeur de la mission archéologique française de Xanthos et du Létôon, en Lycie (Turquie), de 1962 à 1978. Il a dirigé l'Institut français d'archéologie d'Istanbul de 1975 à 1980 et a été élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1989 au fauteuil de Paul Imbs. Sa nomination, en 1975 à la direction de l’Institut français d'archéologie d'Istanbul fut pour cette institution le signal d’une renaissance. Premier directeur résidant depuis 1955, il élargit l'horizon scientifique de l'Institut à l’étude de la Turquie moderne et contemporaine, et l’Institut d’archéologie devint l’« Institut français d’études anatoliennes ». Nul ne s’étonnera que le directeur ait apporté tous ses soins à l’enrichissement et à l’aménagement de la bibliothèque. Il prit aussi très au sérieux la gestion matérielle de l’ancien pavillon des drogmans. Les pensionnaires et les hôtes de passage purent bénéficier d’une eau courante qui n’était désormais plus coupée plusieurs fois par jour.
Georges Le Rider (1981-1984) Georges Charles Le Rider, né à Saint-Hernin (Finistère) le , est un historien, bibliothécaire et administrateur français, spécialiste de la numismatique grecque, qui dirigea la Bibliothèque de France (Paris). Après l'École normale supérieure et l'agrégation, Georges Le Rider devient membre de l'École française d'Athènes (1952-1955). Il est ensuite membre de l'Institut français d'archéologie de Beyrouth de 1955 à 1958. Il commence sa carrière au sein de la Bibliothèque nationale, comme conservateur puis directeur du département des médailles, monnaies et antiques (1958-1961-1975). Il poursuit cependant ses recherches, étant nommé directeur d'étude à l'École pratique des hautes études en 1964 puis professeur à l'Université de Lille.
En 1975, il quitte les Monnaies et médailles pour devenir administrateur général de la Bibliothèque nationale. Il le reste jusqu'en 1981, date à laquelle il prend la direction de l'Institut français d'études anatoliennes d'Istanbul. Il reprend un poste dans l'enseignement supérieur en 1984, tout en étant directeur d'un groupe de recherche au CNRS. Il est élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1989 et a été professeur d'histoire économique et monétaire de l'Orient hellénistique au Collège de France de 1993 à 1998. Par décret du , Georges Le Rider est promu au grade de Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'Honneur. Il y est promu officier le . Georges Le Rider a encore été Conservateur du manoir et du musée de Kerazan en Bretagne, à Loctudy.
Jean-Louis Bacqué-Grammont (1984-1991) Né en 1941, Jean-Louis Bacqué-Grammont a étudié le turc, le persan et l’arabe à l’INALCO. Ses recherches se tournent également vers la littérature géographique ottomane. Auteur de 150 articles, ouvrages et traductions, il est membre correspondant de la Société d’histoire turque et de la Société de la langue turque (Ankara). On lui doit la création de plusieurs revues de l'IFEA Anatolia Moderna, Yeni Anadolu et Varia Turcica.
Jacques Thobie (1991-1994) Spécialiste de l'histoire des relations internationales contemporaines, en particulier dans l'aire moyen-orientale, Jacques Thobie fait autorité dans ces domaines. Riche et varié, son cursus relève une longue activité professorale et un engagement soutenu dans les divers aspects de la vie universitaire. À l'IFEA, il s'attacha à développer la publication des travaux de chercheurs de l'Institut en tant que directeur de la revue Anatolia Moderna, Yeni Anadolu dont il assura la sortie des numéros 3 à 5.
Stéphane Yerasimos (1994-1999)