Jacques-Germain Soufflot, né le à Irancy (actuel département de l'Yonne) et mort le à Paris, est un architecte français des règnes de Louis XV et de Louis XVI, qui a exercé une grande influence sur le mouvement néoclassique.

Il est notamment l'architecte du Panthéon de Paris (à l'origine église dédiée à sainte Geneviève) et de l'hôtel-Dieu de Lyon.

Biographie

Formation Jacques-Germain Soufflot est né dans le petit village d'Irancy, près d'Auxerre, le . Il est l'aîné des treize enfants de Germain Soufflot (1687-1758), avocat au parlement de Bourgogne et lieutenant au bailliage d'Irancy, et de Catherine Milon (1692-1743). Selon la légende familialeAlexandre Gady, « Soufflot et le nouveau style », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 13 septembre 2013, il commence des études de droit à Auxerre puis à Paris car il aurait dû hériter de la charge de lieutenant au bailliage de son père, mais il se prend de passion pour l'architecture. Il aurait alors emporté un sac contenant de la maison familiale, pour quitter son foyer à l'âge de , contre l'avis de ses parents. Sur un coup de tête, cet autodidacte part étudier l'Antiquité ainsi que les œuvres de Palladio en Italie. Il reste, de 1733 à 1738, à l'Académie de France à Rome, sans avoir remporté le grand prix.

Séjours lyonnais Sur le chemin du retour en France, Soufflot a marqué une halte à Viviers et a pris part à l'inauguration de l'hôtel particulier de Roqueplane. Il y aurait puisé son inspiration pour la maison de plaisance de la Rivette à Caluire, près de Lyon.

Son premier séjour lyonnais a duré de 1738 à 1749. C'est durant cette période qu'il a réalisé ses principaux travaux ou en a posé les bases. Il put bénéficier de la protection des plus hautes autorités : le duc de Villeroy, gouverneur, et le cardinal de Tencin, archevêque de Lyon. Il leur avait sans doute été recommandé par l'abbé Lacroix-Laval qui l'avait apprécié à Rome. Son arrivée dans la capitale des Gaules coïncidait par ailleurs avec le départ à la retraite de Ferdinand Delamonce, qui tenait le premier rang parmi les architectes de la ville. Il a été admis dès à la toute jeune Académie des Beaux Arts de Lyon (fondée en 1736) et s’y est produit souvent en particulier pour des exposés à caractère théoriques. Il est également nommé membre de l'académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon la même année, à la classe des Arts.

Les bâtiments publics

La grande affaire, aux yeux de tous les Lyonnais, ce sont les travaux pour la transformation de l'Hôtel-Dieu à partir de 1741. Soufflot n’est pas intervenu en terrain vierge. Lui-même a tenu à souligner que son œuvre s’inscrivait dans le prolongement d’une longue tradition en faisant reproduire en statues le roi mérovingien Childebert ainsi que son épouse Ultrogothe par les sculpteurs Christophe Gabriel Allegrain et Louis Philippe Mouchy.. La façade de la chapelle en cours de restauration ne doit pas être confondue avec celle à l’intérieur de l’hôpital. Elle avait été élevée entre 1637 et 1653. Sa façade est encadrée par ses deux clochers ; les décors sont dans le style Louis XIII. Elle n’était pas destinée aux personnes recueillies à l’Hôtel-Dieu mais aux paroissiens, aux mariniers ; quant à l'aile donnant sur la rue de la Barre, elle est de 1894 ! Soufflot est arrivé à Lyon à une époque où le Consulat se faisait une obligation des embellissements de la ville ; il a d'ailleurs été nommé « contrôleur général des bâtiments et des embellissements publics de la ville de Lyon ».

La longue histoire des bâtiments de l’Hôtel-Dieu montre bien que ses recteurs furent toujours soucieux de la qualité de son architecture. Fondé au , il fut reconstruit à neuf à partir de 1632 sur un plan en grille autour d’un dôme à pans (le « petit dôme »). Delamonce éleva en 1706 un porche d’entrée remarquable par l’habileté de sa stéréotomie et l’élégance de son décor mais c’est avec la longue façade sur le Rhône, destinée à réunir les divers bâtiments et à améliorer le séjour des malades que les recteurs surent allier architecture et urbanisme. Il est très frappant de suivre, dans les abondantes archives de l’hôpital cette constante et double préoccupation. Selon un mémoire adressé au roi autour de 1732, « on a toujours recherché [dans les travaux] non seulement l’utilité et la solidité mais encore le beau. Une autre raison pour faire la façade telle qu’on la présente, c’est que les nouveaux bâtiments seront exposés à la principale entrée de la ville, du côté du Dauphiné et seront aperçus de très loin : il est par conséquent à propos de les décorer ». La ville offrit donc 10 000 livres pour la décoration de la façade et associa cette construction à un projet exécuté entre 1738 et 1740 de créer un quai le long du Rhône avec un port dit de l’hôpital dessiné par l’architecte Delamonce sur le modèle du port de Ripetta à Rome. Ce fut cependant le jeune Soufflot qui fut choisi pour mener à bien une construction importante et pour laquelle il proposa une solution ambitieuse, mais qui s’accordait parfaitement avec le site : une longue façade à deux niveaux, interrompue par un dôme central qui jouerait le rôle de cheminée pour évacuer l’air vicié mais surtout éviterait la monotonie dans un développement de 280 mètres. Il se serait inspiré du Duomo de Brunelleschi à Florence. L’intérieur à caissons aurait été imité du Panthéon de Rome. Il est resté dans le registre classique pour le choix des éléments décoratifs (attique, drapés, guirlandes florales, frises grecques). Soufflot ne négligea aucun des aspects de la construction à commencer par le choix de la pierre blanche tirée des carrières de Villebois convoyée par le Rhône. Les travaux suscitèrent l’admiration des voyageurs comme l’abbé Coyer qui écrit en 1775, dans son voyage d’Italie en Hollande : « Vous avez vu de beaux hôpitaux. Celui de Lyon les efface tous ; on le prendrait pour le palais d’un roi par la beauté de l’architecture, par son étendue, par sa situation sur un beau quai ». En somme, Soufflot n’a pas manqué l’effet recherché s’il est vrai qu’il a cherché son inspiration dans ce qu'était à l'époque le château parisien des Tuileries.

alt=Ancien théâtre de Soufflot à lyon|vignette|Ancien théâtre de Soufflot à lyon Soufflot est également intervenu dans la construction de deux autres bâtiments publics : la loge du change et le théâtre. Les opérations de change étaient opérées directement dans les rues du quartier Saint-Jean ou les maisons alentour. En 1653 avait été construite à cet usage une loge avec, en façade, un portique de quatre arcades et un étage bas. On ne s'en satisfit plus au et Soufflot fut invité en 1747 à sa transformation. Le bâtiment fut agrandi par l’ajout d’une cinquième arcade de même style que les premières ; l’étage fut entièrement refait avec des colonnes ioniques engagées entre les fenêtres et aux angles. Il était surmonté d’un entablement dorique et de deux horloges de part et d’autre d’une attique encadrant en son milieu le blason du roi. Cette loge servit peu et, après avoir été convertie en salpêtrière pendant la Révolution, devait être reconvertie en temple en 1803. L’espace entre l’Hôtel de ville et le Rhône était occupé par un jardin, d’ailleurs très fréquenté. Soufflot a été invité à y construire un Grand théâtre (1756) qui avait belle apparence mais les aménagements intérieurs n’ont pas donné satisfaction. C’est pourquoi, à la suite d'un incendie en 1826, il a été préféré de le détruire avant la reconstruction d’un nouvel Opéra à partir de 1828.

Soufflot urbaniste alt=Quartier Saint Clair à Lyon rue royale|vignette|Quartier Saint Clair à Lyon rue royale alt=Immeubles de rapport du quartier Saint-Cclair à Lyon|vignette|Immeubles de rapport du quartier Saint-Clair à Lyon Les plans d’urbanisme à grande échelle de Jean-Antoine Morand, en rive gauche, dans le quartier des Brotteaux, et de Perrache avec le report de la confluence au-delà d’Ainay sont bien connus du public lyonnais. Ce n'est généralement pas le cas de l’œuvre de Soufflot dans le quartier Saint-Clair. Pourtant cette opération d’urbanisme s'inscrit dans la même problématique nouvelle. Il importe de faire face à la croissance urbaine en conquérant des espaces hors des limites fortifiées traditionnelles. Le progrès des techniques permet l’appropriation de sols jusqu’alors rebelles. L’initiative ne vient plus des autorités mais des classes fortunées qui se constituent en association pour lancer des opérations d’envergure. Dans le cas lyonnais, l’espace à conquérir correspondait à une île lovée dans une sinuosité de la rive droite du Rhône et séparée par une lône (bras mort sujet aux inondations) de la colline de la Croix-Rousse. L’avantage attendu devait être double. D’une part, ces terres sans valeur devraient être acquises à bas prix par achat aux dames de Saint-Pierre (qui feront cependant résistance) et la densité du bâti faciliterait la commercialisation auprès de la clientèle bourgeoise fortunée. D’autre part, les communications vers l’amont seraient facilitées : on s’épargnerait au départ de Lyon la rue montée Saint-Sébastien sur le plateau. On l’a compris : il s’agissait d’une opération immobilière dans laquelle la spéculation foncière l’emportait de beaucoup sur les motivations architecturales. (J. Pelletier). À l'abri d'une digue incurvée pour suivre la sinuosité du fleuve, le parcellaire a été modelé de part et d'autre d'une artère centrale rectiligne parallèle au Rhône et qui a conservé le nom de rue Royale, malgré son étroitesse. Celle-ci a été recoupée par trois voies perpendiculaires, joignant le quai au pied de la colline : les rues Madame, Dauphine et du Berry déterminant des îlots rectangulaires. L'opération s'est prolongée pendant une vingtaine d'années. Comme pour l'Hôtel-Dieu, le chantier a été approvisionné en pierre blanche de Villebois.

Chaque immeuble de quatre étages sur entresol obéit à un plan type. Pour ceux situés en bordure du Rhône, la cour centrale communique vers le quai par une grande porte cochère. On accède à la rue Royale en contre-haut par un escalier. Autour de la cour sont réparties écuries, remises et arrière-boutiques des commerces. En revanche, chacun des propriétaires restait libre de traiter la façade de son immeuble selon sa guise. Toutefois, ils sont conformés dans l'ensemble aux goûts de l'époque pour le néo-classicisme dont Soufflot se réclamait. J. Pelletier donne en exemple le cas de l'architecte Rater, "auteur de l’immeuble dit « la maison des têtes » à l’angle du quai André-Lassagne qui a ornementé sa façade de têtes de vieillards barbus et de pilastres corinthiens". Cet immeuble contribue à la monumentalité d’un quai dont la réputation fut rapidement internationale. En 1821, le maire de la ville le considérait comme un des plus beaux d’Europe.

Autres domaines d'activité de Soufflot