Le M1 Garand est un fusil semi-automatique développé aux États-Unis entre 1918 et 1932 par la Springfield Armory, sous la direction de John Garand. Adopté en 1936 par l’United States Army, puis par l’United States Marine Corps à la fin de l’année 1941, le M1 Garand est produit à entre 1937 et 1956. Il s’agit ainsi du principal fusil utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée par les forces armées des États-Unis, où il n’est totalement retiré du service qu’après la guerre du Golfe. Il a en outre été exporté en grande quantité, notamment à destination de la Corée du Sud, de la République du Viêt Nam, de l’Italie, de la Turquie et de la France.

Son système de rechargement par emprunt de gaz permet à l’arme de tirer en succession rapide les huit cartouches du chargeur en bloc. Cette particularité offre au fantassin américain un avantage distinctif pendant la Seconde Guerre mondiale, son équivalent allemand et japonais étant généralement armé d’un fusil à verrou permettant de délivrer un volume de feu moindre. Généralement très apprécié des troupes pour cette caractéristique ainsi que pour sa fiabilité, le M1 Garand n’est que peu critiqué, si ce n’est sur l’impossibilité de compléter un chargeur entamé lorsqu’il est inséré dans l’arme.

Développement Contexte L’armée américaine se montre intéressée par le concept de fusil semi-automatique dès le début du . Des armes de ce type existent déjà à l’époque, l’armée mexicaine utilisant par exemple le Mondragón M1908, un fusil semi-automatique à rechargement par emprunt de gaz conçu par SIG. Les Américains testent en 1911 le Bang M1911, un fusil d’origine danoise, mais l’arme se révèle de conception trop fragile pour supporter la puissance de la cartouche .30-06 Springfield. Les expérimentations réalisées sur le fusil de dotation d’alors, le Springfield M1903, ne donnent de leur côté naissance qu’à une variante permettant de tirer en semi-automatique, mais uniquement des cartouches de pistolet. Des essais sans suites sont également menés sur le Rychiger, un dérivé du fusil Schmidt-Rubin Modèle 1889 suisse.

Une longue sélection vignette|John Garand tenant un M1. En , John Garand, un ingénieur remarqué par l’Ordnance Committee pour la conception d’une mitrailleuse pendant la Première Guerre mondiale, est envoyé à la Springfield Armory pour mettre au point un fusil semi-automatique. Les spécifications sont établies en et des essais ont lieu en avec plusieurs armes : un dérivé du Bang danois, le Berthier français, le Thompson Autorifle, et une proposition de Garand fonctionnant grâce au recul de l’amorce : lors du tir celle-ci fait pression sur un taquet qui à son tour pousse un vérin faisant reculer la culasse. À l’issue des essais, il est décidé de poursuivre les recherches.

Dans les années suivantes, John Garand réalise plusieurs versions intermédiaires, comme le M1921 et le M1922. Une évaluation de ce dernier et du Thompson Autorifle a lieu en 1925, mais ne donne toujours pas de résultats concluants. Les recommandations du test donnent naissance à une nouvelle version, le M1924, dont la hausse, la crosse et le canon sont modifiés. Les nouveaux essais réalisés en font pencher la balance en faveur du Garand, l’arme de Thompson ayant l’inconvénient majeur de nécessiter la lubrification constante des cartouches pour éviter de s’enrayer.

Dans l’intervalle émerge un nouveau concurrent, le Pederson Rifle, qui utilise une cartouche spécifique, la .276 Pederson, et se recharge avec une lame-chargeur. Ce calibre montrant des propriétés intéressantes, il est décidé de refaire un concours pour un fusil semi-automatique, mais chambré cette fois en .276. Deux modèles se distinguent parmi la dizaine de propositions : le T1 Pederson et le T3 Garand, avec avantage pour ce dernier en raison de sa conception plus simple, de son poids plus faible et de sa compatibilité avec une plus grande diversité de cartouches. Des problèmes restant à corriger sur le Garand, une nouvelle version produite sous la désignation T3E2 est une nouvelle fois testée au printemps 1931 face au Pederson, au M1903 et au BAR. Ces essais concluent à la supériorité du Garand sur ses concurrents. Le , le comité chargé des essais recommande d’adopter le calibre .276 pour le nouveau fusil semi-automatique et de commander cent vingt-cinq exemplaires du Garand T3E2 à distribuer aux troupes pour des tests de terrain.

Intervention de MacArthur gauche|vignette|L’atelier de Garand à la Springfield Armory, où le M1 a été développé. La décision du comité déplaît toutefois à Douglas MacArthur, chef d’état-major de l’armée. Il refuse d’approuver l’utilisation de la cartouche de .276 en invoquant le désordre que créerait dans la logistique un changement de la principale cartouche utilisée au sein des forces armées. Le travail reprend alors sur le Garand T1, chambré en 0.30, afin d’y incorporer les améliorations faites sur le T3. Le fusil résultant est testé en à Aberdeen avec de bons résultats. Springfield Armory est alors chargé de produire quatre-vingts exemplaires, ce qui prend deux ans du fait de la nécessité de créer d’abord les machines nécessaires. Dans l’intervalle, le Garand reçoit sa désignation officielle, « US Semiautomatic Rifle, Caliber .30, M1 ».

Les tests de terrain débutent en , cinquante exemplaires étant remis à l’infanterie et vingt-cinq à la cavalerie. Ils s’achèvent en avec l’approbation des deux branches pour remplacer le Springfield par le Garand. Celui-ci est par conséquent adopté le , le régiment d’infanterie, qui est chargé de l’instruction à Fort Benning, devant être le premier équipé.

Problèmes initiaux Afin de faciliter la production, Springfield Armory introduit un certain nombre de changements dans la conception d’origine, qui créent pour la plupart des problèmes de fonctionnement. Ainsi, la suppression des rampes de guidage du magasin amène l’arme à s’enrayer lorsque la septième cartouche est à droite et une modification du système de chargement l’éjection du chargeur avant qu’il ne soit vide. Le retour à la conception originale règle la majorité de ces problèmes. Une évolution importante est toutefois introduite avec la modification du système de récupération des gaz.

Par ailleurs, le M1 est la cible d’articles de presse critiquant sa conception. Ceux-ci le comparent souvent au M1941 Johnson, qu’ils considèrent meilleur, bien que des essais réalisés en 1938 et en 1939 aient montré que les deux armes étaient équivalentes. Afin de faire taire les critiques, le ministère de la Guerre organise le une démonstration comparative à laquelle sont invités des officiers, des élus et des journalistes. L’essai confirme que les deux armes se valent et qu’il n’y a donc pas lieu de revenir sur l’adoption du Garand. Des essais réalisés en par l’United States Marine Corps concluent en outre qu’il s’agit du meilleur fusil semi-automatique disponible, ce qui contribue également à réduire les critiques. Les Marines n’adoptent toutefois pas immédiatement le M1, supposant qu’il résistera moins bien que le M1903 aux mauvaises conditions rencontrées dans les opérations amphibies.

Production Historique de production vignette|Munitionette travaillant sur la chaîne de production du M1 à la Springfield Armory. La préproduction sur une série de quatre-vingts exemplaires débute en et se termine en , cette longue durée s’expliquant par la nécessité de concevoir les machines au préalable. Lorsque le Garand est enfin adopté au début de l’année 1936, sa production de masse est ralentie du fait que l’outil de production, mis en place pendant la Première Guerre mondiale, est vieillissant et que de nombreux ouvriers qualifiés sont en train de partir à la retraite. La production ne débute ainsi qu’en et est d’abord assez lente, le temps de terminer la modernisation de l’usine, qui s’achève en 1939. Afin d’accroître la production, la Winchester Repeating Arms Company reçoit une commande pour soixante-cinq mille exemplaires et commence la production en .

Des améliorations sont introduites au fur et à mesure à partir de 1940 sur la chaîne de production afin d’améliorer le rendement. Certaines pièces, comme le pontet, ne sont ainsi plus réalisées par forgeage mais par matriçage. Le brochage remplace également le fraisage dès que possible, ce qui permet par exemple de produire presque huit fois plus de carcasses dans le même temps. De même, le polissage manuel des pièces cède la place à la tribofinition. La Springfield Armoury restructure en outre son département ingénierie afin de pouvoir corriger au plus vite tout problème qui serait remonté.

La production prend fin en chez Winchester et en chez Springfield Armory. Sous l’égide du programme Clean and Repair (« nettoyer et réparer »), cette dernière récupère les M1 restitués par les soldats au fur et à mesure de leur démobilisation pour remettre à neuf ceux qui peuvent l’être. Plus de cinq cent mille M1 sont ainsi restaurés, l’intervention la plus courante étant le remplacement du canon, sujet à la corrosion. Les armes sont ensuite mises en réserve selon une procédure élaborée leur permettant de rester en parfaite condition pour une durée minimale de cinquante ans.

La production reprend pendant la guerre de Corée, d’abord chez International Harvester Corporation en , puis à la Springfield Armory en et enfin chez Harrington & Richardson Arms en . La production s’arrête définitivement à la fin de la guerre en 1956, les efforts se concentrant sur le développement de son remplaçant, le M14, basé sur le Garand. La Springfield Armory continue de produire des pièces de rechange au moins jusqu’en .

Chiffres de production Lorsque la production débute en , elle est de dix unités par jour. Elle n’est encore que de vingt par jour en , avant que les événements européens n’incitent à redoubler d’effort, la faisant passer à quatre-vingts en puis atteindre deux cents en . Au , un peu plus de cent mille exemplaires ont été produits, assez loin de la cible de production fixée à cette date à cent cinquante-six mille. Le pic de production est atteint en 1944 avec un total de produits tous fabricants confondus. Le nombre total de M1 produit de 1934 à l’arrêt de la production en 1946 est de pour Springfield Armory et pour Winchester soit un grand total de . Entre 1952 et 1956, la production est de pour Springfield Armory, pour International Harvester et pour Harrington & Richardson, soit un total de sur cette période. La production totale entre 1937 et 1956 est ainsi de .

Le coût de production se réduit progressivement avec la mise en place de la production de masse puis l’amélioration de la chaîne. Ainsi les versions expérimentales coûtent l’unité pour le T3E2 et pour le T1E2. En début de production, le M1 coûte ensuite l’unité, chiffre qui descend à en 1943 puis en 1944.

Histoire opérationnelle vignette|Fantassin américain à l’entraînement, 1942. Les premiers retours du terrain sont particulièrement positifs. Les soldats américains testant l’arme notent qu’ils peuvent tirer plus rapidement, avec davantage de précision et en se fatiguant moins qu’avec le Springfield. L’accroissement de la puissance de feu d’un fantassin est ainsi évalué à deux fois et demie. La première utilisation au combat a lieu en sur le théâtre Pacifique. La bataille de Guadalcanal, à laquelle participent des fantassins de l’US Army armée de Garand et des Marines utilisant encore le Springfield, montre la nette supériorité du premier sur le second, Le M1 n’étant en outre pas autant affecté par le sable et l’eau de mer qu’il avait été craint avant la guerre. La première utilisation contre l’Allemagne a lieu pendant l’opération Torch en et là aussi la fiabilité du M1 reste satisfaisante, malgré le sable, du moment que l’entretien est correctement assuré.