Philippe Gomès, né le à Alger (Algérie), est un homme politique français, de Nouvelle-Calédonie. Président anti-indépendantiste de l'Assemblée de la Province Sud du au puis du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du au , il est la principale figure et fondateur en 2008 du parti Calédonie ensemble (issu d'une scission avec l'Avenir ensemble) et fut le maire de La Foa, commune rurale de la côte ouest de la Grande Terre, de 1989 à 2008.

Du au , il est redevenu simple membre du gouvernement local (Martin III, IV, V et VI), chargé des transferts de la sécurité civile, du droit civil et commercial et des règles de l'état civil à partir du , et de ceux de la circulation aérienne et maritime et prévus par l'article 27 de la loi organique ainsi que de la circulation et de la sécurité routière à partir du .

Il est élu député divers droite de la (îles Belep et l'ensemble de la Grande Terre à l'exception de Nouméa), pour la législature, le , et est réélu comme candidat de l'union de la droite et du centre () pour la législature le . À l'Assemblée nationale, il siège au sein du groupe de l'Union des démocrates et indépendants (UDI).

Enfance, jeunesse et carrière professionnelle Philippe Gomès est d'origine pied-noir, né en pleine guerre d'Algérie à Alger d'un père officier de police, il a trois ans lorsque l'ancienne colonie française d'Algérie accède à l'indépendance en 1962 et part alors s'installer avec sa famille à Cherbourg (Manche) où il passe son enfance. Il arrive finalement en Nouvelle-Calédonie à quinze ans en 1974 pour y être scolarisé au lycée Lapérouse de Nouméa où il passe son baccalauréat en 1977. Il retourne ensuite un temps en Métropole pour ses études et obtient une licence en droit à l'université de Nice Sophia-Antipolis en 1981.

Il revient alors dans sa terre d'adoption en tant que fonctionnaire du service de la concurrence et des prix en 1982. Mais il abandonne ce poste deux ans plus tard pour se lancer en politique.

Les débuts au RPCR (1984-2004) Le collaborateur de Denis Milliard (1984-1989) Lorsque les premiers affrontements à la fois politiques, entre indépendantistes et loyalistes, et ethniques, entre Kanaks et les autres communautés du Territoire, éclatent en 1984, Philippe Gomès, partisan du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, s'engage au sein du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) du député Jacques Lafleur et devient un collaborateur de l'avocat Denis Milliard, l'une des figures de l'époque du parti. Il devient ainsi son directeur de cabinet lorsqu'il est nommé ministre du Travail, de l'Emploi et de la Fonction publique dans le Gouvernement du territoire créé par le statut Lemoine et dirigé par le sénateur Dick Ukeiwé du au .

La loi du relative à la Nouvelle-Calédonie, dite « Statut Pons I » (du nom du nouveau ministre de l'Outre-mer, Bernard Pons), remplace l'Office foncier, organisme d'État chargé de racheter des terres pour les redistribuer aux tribus Kanaks, par l'Agence de développement rural et d'aménagement foncier (ADRAF), établissement public territorial . avec une nouvelle politique voulant avant tout défendre le droit à la propriété privée, donnant la priorité à l'installation d'exploitants individuels, et le seul mode d'accès au foncier étant désormais la propriété privéeA. Vigne, Les terres coutumières et le régime foncier en Nouvelle-Calédonie, Mémoire de DEA de sociologie du droit présenté à l'Université Paris II Panthéon-Assas, sous la direction du professeur R. Verdier, 2000 donc, en ce qui concerne le domaine coutumier, par le biais des Groupements de droit particulier local (GDPL, structure juridique créée en 1986, formée par des personnes de statut civil coutumier invoquant le droit du premier occupant sur une terre, qui organise le développement rural sur cette terre). Philippe Gomès est alors nommé directeur adjoint de l'ADRAF à compter du Arrêté du 4 mars 1987 portant nomination du Directeur-adjoint de l'Agence de Développement Rural et d'Aménagement Foncier, JONC , p. 367. en secondant une nouvelle fois Denis Milliard Arrêté bis du 18 décembre 1986 relatif à la nomination du Directeur de l'Agence de Développement Rural et d'Aménagement Foncier, JONC , 30/12/1986, p. 1790-1791.. Les indépendantistes et la gauche nationale reprochent alors à la nouvelle équipe chargée de la redistribution des Terres de favoriser les particuliers, et surtout les éleveurs européens, au détriment des terres coutumières, les GDPL ne se voyant attribuer sur deux ans que contre aux individus, sociétés et collectivités. Néanmoins, l'ADRAF fait, sous ce statut, l'acquisition de par achat à des propriétaires privés, pour un coût de 819 millions de Francs CFP..

Il est pour la première fois candidat pour le RPCR aux élections régionales du , les seules organisées dans le cadre du « statut Pons II » et les dernières boycottées par les indépendantistes dans le contexte difficile de la prise d'otages d'Ouvéa. En septième position sur la liste emmenée par le sénateur et président du Conseil exécutif Dick Ukeiwé dans la Région Ouest Arrêté du 8 avril 1988 fixant l'état des listes des candidats aux élections régionales du 24 avril 1988 - Région Ouest, JONC , 11/04/1988, p. 577., suivant directement Denis Milliard, il est donc élu pour la première fois au Congrès du Territoire et au Conseil de la Région Ouest. Il démissionne pourtant de ces deux mandats dès le .. Il est réélu l'année suivante dans le cadre des élections provinciales du , en sur la liste de Jacques LafleurArrêté du 24 mai 1989 fixant les listes de candidats aux élections des membres des assemblées de province et du Congrès dont la déclaration collective de candidatures a été définitivement enregistrée, JONC , 27/05/1989, p. 1172., à l'Assemblée de la Province Sud et au Congrès. Il est sans cesse reconduit dans ces deux institutions par la suite. Il devient ensuite au sein du RPCR un proche de Harold Martin, le soutenant dans sa lutte face à Pierre Frogier pour devenir le dauphin de Jacques Lafleur.

Maire de La Foa (1989-2008) Élu maire de la commune rurale de La Foa, située en « Brousse » sur la côte ouest de la Grande Terre, en 1989, il s'attache à l'équipement des tribus en eau et électricité et à développer les activités liées notamment au tourisme ou à la culture, en s'appuyant sur les associations, la préservation du patrimoine et la construction d'infrastructures. Parmi ces dernières, il faut citer un centre socioculturel doté d'une médiathèque municipale, une piscine, une salle omnisports, un cinéma et une place publique (très rare en « Brousse »). En 1995, il prend la présidence du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVM) de La Foa regroupant les communes de La Foa, Moindou, Farino, Boulouparis et Païta et participe à la création en 1998 de l'Association La Foa Tourisme qui associe La Foa, Moindou, Farino et Sarraméa.. Il devient ainsi un acteur important du développement de la « Brousse ».

Il obtient en 1996 les crédits nécessaires à la rénovation de la passerelle Marguerite, ouvrage métallique de inauguré en 1909 et marquant l'entrée du village, et les travaux s'achèvent en 1997, permettant l'organisation régulière de sons et lumières par l'« Association Marguerite ».. Toujours sur le plan historique et patrimonial, il a organisé les festivités de la commémoration du anniversaire de la commune en 2003 et décide de renouveler désormais l'évènement chaque année..

Mais, cinéphile, il se fait surtout connaître à ce poste par l'organisation à partir de du festival annuel de cinéma de La Foa dans la salle Jean-Pierre Jeunet (du nom du premier président du jury du festival) tout juste inauguréeSite officiel du festival de cinéma de La Foa..

Sa politique ambitieuse, qui fait de La Foa l'une des communes les plus dynamiques en dehors du Grand Nouméa, entraîne toutefois de forts investissements et d'importantes subventions aux associations. Le taux d'endettement est ainsi en partie pointé du doigt en 2003 par la Cour des comptes. Examen de la gestion de la commune de La Foa, exercices 1994-2000, Cour des Comptes, 23/10/2002..

Non candidat à sa succession lors des élections municipales de 2008, il laisse la place à Corine Voisin, une de ses fidèles au sein du conseil municipal.

Le négociateur du pacte social (1999-2001) Le , il est élu comme l'un des sept membres RPCR sur onze du issu du statut né de l'Accord de Nouméa et présidé par le maire de Nouméa Jean Lèques. Chargé des secteurs du Travail, de la Formation professionnelle et de la Fonction publique, il a pour mission principale, aux côtés de son collègue de la Santé et de la Protection sociale Aukusitino Manuohalalo, de négocier avec les syndicats les modalités du « Pacte social » finalement signé le afin de définir la politique de relations entre les partenaires sociaux en Nouvelle-Calédonie (règles de représentation des salariés et le dialogue social), d'aides sociales (hausse du SMG de à F CFP, soit 838 euros, d'ici 2003 mais aussi baisse des cotisations patronales, redéfinition des conditions d'accès au logement social ou la création d'une couverture sociale unifiée) et de l'emploi (par la baisse des cotisations patronales tout en s'engageant à légiférer sur la protection de l'emploi local) Pacte social du 20 octobre 2000, Nouméa, JONC , 02/11/2000, p. 5933..

Reconnu par ses adversaires politiques, et notamment indépendantistes, pour ses talents de négociateur et une attitude jugée « progressiste »Édito Kanak , in forum Kanaky, 10/06/2000., le fait que Jacques Lafleur intervienne en personne pour accorder l'augmentation immédiate du SMG à F CFP le lendemain du saccage par des manifestants d'un rond-point à Nouméa le , passant outre au calendrier établi par le pacte social.., est perçu comme un désaveu personnel de Philippe Gomès. À la suite de la démission du Gouvernement Lèques le , il n'est pas reconduit dans l'exécutif suivant désormais dirigé par Pierre Frogier.

La volonté de réformer le RPCR (2001-2004) Après les élections municipales de 2001 qui voient la mise à l'écart du maire de Païta, qui s'est fait réélire contre l'avis de la direction du RPCR et contre le candidat officiel du parti, ce qui lui a valu son exclusion, Philippe Gomès prend la tête, à l'occasion de la réunion de la direction de la formation anti-indépendantiste dans sa commune de La Foa le , d'un mouvement interne au Rassemblement militant pour une modernisation de ce dernier et à plus de démocratie de la part de Jacques Lafleur. Tout en reconnaissant à ce dernier son « action essentielle pour la Nouvelle-Calédonie ces 25 dernières années », il l'appelle à prendre en compte les « secousses » qui touchent alors le RPCR (fronde de Harold Martin, démission de la première vice-présidente du Congrès Marie-Noëlle Thémereau pour protester contre le poids trop important de la Province Sud dans le jeu institutionnel) et qui, selon lui, « témoignent de la nécessité pour le parti d’évoluer, de faire en sorte qu’en son sein l’expression ait davantage sa place, que l’on fonctionne d’une manière plus démocratique aussi bien au niveau des instances que des débats qui sont ceux de la société calédonienne d’aujourd’hui ».

Si cette attitude ne vaut pas à Philippe Gomès de critique directe de la part du dirigeant loyaliste, les plus fidèles partisans de ce dernier ne cachent pas leur hostilité à son égard : le maire de Boulouparis Alain Lazare accuse dans un entretien accordé à la radio anti-indépendantiste RRB les proches de Philippe Gomès de l'avoir « verbalement agressé » à La Foa et dit d'eux : « Je crois que ce qu’ils souhaitent c’est tout simplement avoir le pouvoir », le caricaturiste Jar de l'hebdomadaire L'Hebdo, journal politique du RPCR, titre son dessin du par « La trahison à deux visages » tandis que la polémiste de ces deux organes médiatiques du Rassemblement, Élizabeth Nouar, l'affuble des qualificatifs de « pseudo-réformateurs » et d'« apparatchiks »..