Thubten Chökyi Nyima (, à Dagpo – à Jyekundo), est le du Tibet.

Biographie Thubten Chökyi Nyima naît en 1883 d'une mère simple servante, qui garde des troupeaux dans la montagne, et d'un père inconnu, dont la mère ne dévoila pas le nomRoland Barraux, Histoire des Dalaï-lamas, Albin Michel, Paris, 2002 , .. Il aurait eu un frère jumeau, lui même reconnu comme rTse-mchog-gling rinpochéFabienne Jagou, Le 9e Panchen Lama (1883-1937) : enjeu des relations sino-tibétaines, Publications de l'École Française d'Extrême-Orient : Monographies, no. 191, 2004, , p. 36. Il a pour tuteur Khunu Lama Tenzin Gyaltsen David Paul Jackson, A saint in Seattle: the life of the Tibetan mystic Dezhung Rinpoche, ..

À l'âge de cinq ans, il est intronisé par le , lui-même âgé seulement de douze ans en 1888.

En 1901, Choekyi Nyima reçoit la visite du lama mongol Agvan Dorjiev. Bien qu'il ne soit resté que deux jours au monastère de Tashilhunpo, Dorjiev reçoit du panchen lama certains enseignements secrets, de même que la lecture de la « Prière de Shambhala », écrite par Lobsang Palden Yeshe, le panchen-lama (ou selon la nomenclature), à propos du royaume bouddhiste de Shambhala, prière qui fut d'une grande importance pour le développement de la compréhension par Dorjiev des enseignements tantriques du Kalachakra (la Roue du Temps). Choekyi Nyima a aussi donné des cadeaux à Dorjiev dont des statues en orSnelling, 1993, ..

Expédition britannique au Tibet Lors de l'expédition militaire britannique au Tibet (1903-1904), commandée par Francis Younghusband, le dalaï-lama, Thubten Gyatso, voyant les troupes britanniques se rapprocher de Lhassa, s'enfuit en 1904 en Mongolie-Extérieure, à Ourga (aujourd'hui Oulan-Bator en Mongolie). William Frederick Travers O'Connor, secrétaire de Younghusband, devient alors le premier agent commercial britannique en poste à Gyantsé. Il se lie d'amitié avec le panchen lama et l’amène, en 1905, à Calcutta, où ce dernier rencontre, début 1906, le vice-roi des Indes Gilbert Elliot-Murray-Kynynmound, le Chogyal du Sikkim Thutob Namgyal et le futur roi du Bhoutan, Ugyen WangchukFabienne Jagou, Le Panchen Lama (1883-1937) : enjeu des relations sino-tibétaines, Publications de l'École française d'Extrême-Orient : Monographies, , 2004 , .. Le panchen-lama y rencontre également le prince de Galles et futur roi George et la reine Mary.

Charles Alfred Bell est invité à rendre visite au panchen-lama à Tashilhunpo, où ils ont des discussions amicales sur la situation politique..

En 1907, O'Connor fait acheminer au Tibet les deux premières automobiles à travers l'Himalaya, dont l'une est une Laurin & Klement offerte par le gouvernement indien au panchen-lama Frederick O'Connor, On the frontier and beyond: a record of thirty years' service, 1931 : ..

En 1907, O'Connor suggère que l'Inde encourage le panchen-lama à déclarer son indépendance vis-à-vis de Lhassa en créant un état indépendant au Sud du Tibet, dirigé depuis son siège à Shigatsé. Le gouvernement britannique aurait alors reconnu et soutenu ce nouvel état:.

Révolution chinoise et déclaration d'indépendance du Tibet L'empire Qing s'effondre à la suite du Soulèvement de Wuchang en à Wuhan. En , 18 provinces et districts chinois appuient la révolution, déclarant les unes après les autres leur indépendance : . Le proclame, en 1912, l'indépendance du Tibet, indépendance de facto, qui ne fut reconnue par aucun ÉtatEric Faye, Christian Garcin, Dans les pas d'Alexandra David Néel, Stock, 2018, 320 p. (livre numérique Google, n. p.) : .

Rapports entre le panchen-lama et le dalaï-lama Selon le tibétologue Melvyn Goldstein, lorsque le dalaï-lama, après son retour d'Inde en 1913, veut appliquer de nouvelles impositions aux domaines féodaux, le panchen-lama refuse net, faisant valoir que les clauses des octrois de terres de l'empereur mandchou excluent tout impôt supplémentaire Melvyn Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, p. 103 : . Selon John Powers, le cherchait non seulement à prélever des revenus des domaines du panchen-lama pour couvrir un quart des dépenses militaires du Tibet, mais aussi à réduire les pouvoirs de ce dernier, lequel, à l'époque, régnait sur une région de fait autonome autour de Shigatsé..

Alexandra David-Néel chez le panchen-lama (1916) Le , Alexandra David-Néel quitte le Sikkim pour le Tibet en compagnie de Yongden et d'un moine. Elle projette, entre autres choses, de se rendre au monastère de Tashilhunpo, près de Shigatsé. Au monastère, où elle arrive le , on la laisse consulter les écrits bouddhistes et visiter les divers temples. Le 19, elle se rend chez le panchen-lama, dont elle reçoit la bénédiction et un accueil charmant : il la présente aux notables de son entourage, à ses professeurs et à sa mère (avec laquelle Alexandra noue des liens d'amitié et qui lui suggère d'habiter un couvent). Le panchen-lama enchérit et lui propose de rester à Shigatsé comme son invitée, ce qu'elle décline, quittant la ville le , non sans avoir reçu les titres honoraires de lama et de docteur en bouddhisme tibétain et connu des heures de grande félicité Foster Stockwell, Westerners in China: A History of Exploration and Trade, Ancient Times Through the Present, McFarland, 2003, 226 p., : .

Fuite du panchen-lama en Chine Le , le panchen-lama s'enfuit en Chine puis reste en exil en Chine et en Mongolie-Intérieure entre 1924 et 1934 . Depuis longtemps tenu en suspicion par le gouvernement tibétain en raison de ses rapports étroits avec les Chinois et contestant ses obligations fiscales à l'égard de Lhassa Robert Barnett, Shirin Akīner, Résistance and Reform in Tibet, Motild Banarsidass Publisher, 1996, 314 p., Chronology, p. XV : , il se sent menacé après que les moines de son monastère se voient interdire toute fonction dans le gouvernement tibétain et ses représentants sont enfermés à Lhassa Gray Tuttle, Review of Fabienne Jagou's Le 9e Panchen Lama (1883-1937) : Enjeu des relations sino-tibétaines, JIATS, , août 2006, Columbia University, THDL #T2726.. Invité de façon impérative à venir habiter une maison spécialement construite pour lui à Lhassa et craignant qu'un attentat ne soit projeté contre sa personne, il annonce son intention de se renfermer dans ses appartements pour méditer quelque temps ; en réalité, il quitte son palais en secret pour gagner la frontière chinoise sous la garde d'une centaine de soldats du TsangAlexandra David-Néel, Grand Tibet et Vaste Chine. Récits et Aventures, Plon, 1999, en particulier « À l'ouest barbare de la vaste Chine », p. 778.. Pensant pouvoir se servir de sa personne pour reprendre pied au Tibet, le gouvernement chinois l'accueille à bras ouverts, lui donnant l'usage du Parc du Sud à PékinAlexandra David-Néel, , pp. 779. et favorisant la mise sur pied d'un « gouvernement du panchen-lama à l'étranger »Alexandra David-Néel, , pp. 780..

Apprenant le départ du , Agvan Dorjiev tente en vain de le rencontrer sur sa route jusqu'à Pékin, il laisse cependant une lettre à son attention lui suggérant de se réconcilier avec le . Selon Alexander Andreyev, le répondit à Agvan Dorjiev qu'il n'avait pas de différend avec le et que sa fuite avait pour cause une lutte entre ses disciples et ceux du dalaï-lama Alexander Andreyev, Soviet Russia and Tibet: the debacle of secret diplomacy, 1918-1930s, ..

Selon la thèse de Fabienne Jagou, malgré sa richesse apparente, le monastère de Tashilhunpo était devenu insolvable, et ne pouvait plus payer sa contribution au gouvernement tibétainIsabelle Charleux, Fabienne Jagou, Le 9e Panchen Lama (1883-1937). Enjeu des relations sino-tibétaines.. Le ne se serait pas enfui, mais serait parti à la recherche de donateurs mongols pour régler cet impôt. Après diverses péripéties, il atteint la province du Gansu. Il est conduit jusqu'à Pékin. En Chine, il s’intéresse aux « Trois principes du peuple » de Sun Yat-sen, et joue le rôle de médiateur pour la paix pour la Mongolie septentrionale. C’est encore en Chine qu’il élabore un projet de modernisation du TibetJagou, ..

Le demeure quatorze ans en exil et, alors qu'il est en chemin vers son monastère de Tashilhunpo, il meurt prématurément en 1937, à Jyekundo, de nos jours incorporé à la province du Qinghai, et alors dans la province tibétaine du Kham, à la frontière entre le Tibet et la Chine, à la suite du conflit sino-tibétain des années 1930. Sa dépouille est transportée de Jyekundo à Kansé, une ville du Sikang, où son corps, assis, les jambes croisées en posture de méditation, est mis dans une caisse remplie de sel en vue de sa momification, des centaines de lampes au beurre fournissant une illumination perpétuelleAlexandra David-Néel, , p. 782..

Interaction avec la diplomatie britannique Dans les années 1930, le affirma à un diplomate britannique alors en poste à Pékin qu'il l'avait rencontré dans son monastère. Le diplomate qui n'était jamais allé au Tibet apprit plus tard qu'il avait une ressemblance avec George BoglePatrick French, Diplomatic baggage..

Le panchen-lama rencontra Edward Maurice Berkeley Ingram.

Indications pour la réincarnation du Peu avant sa mort, il donne des indications qui se confirmeront à une délégation de lamas recherchant la réincarnation du . Il s'agissait d'informations sur la localisation de la maison où rechercher l'enfant, dans le village de Taktser dans l'Amdo Gilles Van Grasdorff, Panchen Lama, Otage de Pékin, Ramsay, 1999 .

Partie de Lhassa, la délégation de Ketsang Rinpoché et de ses trois auxiliaires arriva dans le Kham après un voyage de deux mois. Atteignant le village de Riwoché, Ketsang Rinpoché écrivit au panchen-lama alors à Jyekundo, lui demandant si les escarmouches à la frontière sino-tibétaine pouvaient gêner la mission. Un mois plus tard, il reçut la réponse du panchen-lama qui l’assurait qu’aucun obstacle ne surviendrait. Le deuxième jour du Losar, ils rendirent visite au panchen-lama lui remettant des présents et des documents scellés du gouvernement tibétain. Le panchen-lama leur indiqua trois noms d’enfants comme des candidats prometteurs. Il fournit au groupe deux aides, des chevaux et ânes, un guide et les dirigea vers le nord, en Amdo. Des trois enfants mentionnés par le panchen-lama, l'un était décédé avant la visite de la délégation et le second ne montra pas de signes permettant sa reconnaissance. Le troisième enfant reçut la visite de Ketsang Rinpoché et de Tsédroung Lobsang, accompagnés d'un moine et d'un interprète du monastère de Kumbum connaissant le tibétain de Lhassa, et qui se présentèrent comme des pèlerins. L'enfant reconnut Ketsang Rinpoché comme un lama de Séra et il mentionna le nom de Tsédroung Lobsang. Il s'agissait de Lhamo Teundroup qui allait être reconnu comme le Michael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-lama ? Biographie et témoignages, éditions Claire Lumière, 1993 , ..

Destruction et reconstruction de sa sépulture Les tombeaux du au ont été détruits pendant la révolution culturelle, et furent reconstruits par le dans un mausolée situé au monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, et connu sous le nom de Tashi LangyarMayhew, 2005, ..

Notes et références

Bibliographie

Compte-rendu :

Spencer Chapman, Lhasa: The Holy City, 1940, Readers Union Ltd., London. Bradley Mayhew et Michael Kohn, Tibet 6th Edition, 2005, Lonely Planet Publications . John Powers, History as Propaganda: Tibetan Exiles versus the People's Republic of China, 2004, Oxford University Press . John Snelling, Buddhism in Russia: The Story of Agvan Dorzhiev : Lhasa's Emissary to the Tsar, 1993, Element Books .

Autres lectures

Roland Barraux, Histoire des Dalaï-lamas, Albin Michel, Paris, 2002 . Gilles Van Grasdorff, Panchen Lama, Otage de Pékin, Ramsay, 1999 . Michael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-lama ?, Biographie et témoignages, éditions Claire Lumière, 1999 .

Articles connexes Dalai Lama Karmapa Panchen Lama Tibet Histoire du Tibet

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