Alphonse-Louis Constant, dit Éliphas Lévi, né le à Paris, où il meurt le , est un ecclésiastique français et une figure de l'occultisme. Auteur de nombreux essais, il était aussi peintre.

Biographie

1810-1845 : enfance, jeunesse et vocation religieuse gauche|vignette|Maison natale d'Eliphas Lévi au 5 de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (actuelle rue de l'Ancienne-Comédie) à Paris.

Jeunesse Alphonse-Louis Constant nait le , au de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (devenue depuis rue de l'Ancienne-Comédie) à Paris, de Jean Joseph Constant, cordonnier, et Jeanne Agnès Beaucourt. Il est baptisé en l'église Saint-André-des-Arts.

Grâce à l'abbé J.-B. Hubault Malmaison, qui avait organisé dans sa paroisse un collège dispensant gratuitement les bases de l'instruction aux enfants pauvres, il fait ses premières études, puis entre en 1825 au petit séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, dirigé alors par l'abbé Frère-Colonna, qui l'oriente peut-être déjà vers l'étude de la magie.

Séminaire vignette|Extrait de naissance et extrait de décès d'Alphonse-Louis Constant, alias Eliphas Lévi Zahed.|alt= Le 30 octobre 1830, ayant terminé sa rhétorique, il passe, selon la règle, au séminaire d'Issy pour finir ses deux années de philosophie. La mort de son père intervient cette même année. Après Issy, il aboutit au séminaire de Saint-Sulpice pour faire sa théologie. Il y est ordonné sous-diacre et tonsuré.

En 1835, alors qu'il a la charge de l'un des catéchismes de jeunes filles de Saint-Sulpice, la jeune Adèle Allenbach lui est confiée par sa mère, avec mission de « la protéger tout spécialement et de l'instruire à part, comme si elle était la fille d'un prince ».

Sa mère, fervente catholique et épouse d'un officier suisse, avait émigré en France en 1830 parce que la religion de sa fille lui semblait menacée, et toutes deux vivaient depuis dans un grand dénuement.

Le jeune abbé tombe peu à peu éperdument amoureux de sa protégée, en qui il croit voir la Sainte Vierge apparue sous une forme charnelle. Ordonné diacre le , il quitte finalement le séminaire en juin 1836 avant de recevoir le sacrement de l'ordre ; mais entre-temps la jeune fille l'a délaissé.

Rencontres et lectures Sa vieille mère infirme, qui avait mis toutes ses espérances en lui, très abattue par le départ de son fils du séminaire, se suicide quelques semaines plus tard en s'asphyxiant avec les émanations de son réchaud à charbon. Constant a un instant l'idée d'entrer à la Trappe, mais ses amis l'en détournent. Il passe une année dans un pensionnat près de Paris, puis accompagne un ami comédien ambulant nommé Bailleul dans une tournée en province.

En 1838, il se lie d’amitié avec la socialiste Flora Tristan (la grand-mère du peintre Paul Gauguin), et collabore avec Alphonse Esquiros, rencontré au petit séminaire, à la revue, Les Belles Femmes de ParisLes Belles Femmes de Paris. Par des hommes de lettres et des hommes du monde, Paris, au bureau 10 rue Christine, 1839 : comporte des lithographies signées Gsell d'après des dessins d'Alphonse Constant., qui révéla au public ses dons de dessinateur. Alors qu'il parcourt les salons pour sa revue, il fait un jour la connaissance d'Honoré de Balzac, alors en pleine gloire, chez de Girardin.

Songeant encore à accéder à la prêtrise, il part pour l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, bien résolu à y passer le reste de ses jours. L'abbaye possédant une bibliothèque d'environ , dans laquelle il puise abondamment, il étudie la doctrine des anciens gnostiques, celle des pères de l'Église primitive, les livres de Cassien et d'autres ascètes, les pieux écrits des mystiques, et spécialement les livres de Guyon.

Publications et emprisonnement Durant son séjour à Solesmes, il fait paraître son premier ouvrage : le Rosier de Mai (1839). À cause d'une mésentente avec l'abbé de Solesmes, Constant quitte finalement l'abbaye au bout d'un an, sans le sou.

En intercédant auprès de l'archevêque de Paris, , il finit par obtenir un poste de surveillant au collège de Juilly. Ses supérieurs le maltraitent, et dans son écœurement il compose, au grand scandale du clergé et des bien-pensants, la Bible de la liberté (1841). L'ouvrage paru le est saisi à Versailles une heure après sa mise en vente. Un grand nombre d'exemplaires ont tout de même été sauvés, et l'abbé Constant est arrêté dans les premiers jours du mois d'avril. Le procès a lieu le , l'abbé est condamné à 8 mois de prison et 300 francs d'amende. À la prison de Sainte-Pélagie, où il passa 11 mois (n'ayant vraisemblablement pas de quoi régler l'amende) il retrouve son ami Esquiros et l'abbé de Lamennais. Il chercha des consolations dans l'étude, lisant pour la première fois les écrits de Swedenborg. Mais ses amis du dehors ne l'oubliaient pas. Une certaine Legrand, très riche amie de Flora Tristan, fit en sorte d'adoucir l'ordinaire du prisonnier en lui faisant porter une nourriture plus variée.

Deuxième nom À sa sortie en avril 1842, Constant obtient, grâce à l'aumônier de Sainte-Pélagie, une commande de peintures murales pour l'église de Choisy-le-Roi où il habite au presbytère et commence, en 1843, l'écriture de la Mère de Dieu. Sa conduite étant exemplaire, le recommande à , évêque d'Evreux, qui est prêt à l'accueillir à condition qu'il change son nom pour celui de sa mère, afin d'éviter tout scandale en rapport avec l'affaire de la Bible de la liberté.

Sous l'identité d’abbé Beaucourt, il part à Évreux en . Ses prédications y rencontrent un certain succès, ce qui suscite la jalousie des prêtres du diocèse. Au mois de juin le journal l'Univers annonce la mort de l'abbé Constant, information démentie ensuite par le Populaire, puis le parait dans l'Écho de la Normandie un article intitulé le Nouveau Lazare dans lequel est dévoilée la véritable identité de l'abbé Beaucourt, son procès et sa condamnation. Il est obligé de sortir du séminaire. L'évêque d'Évreux continue encore à pourvoir à sa subsistance et à l'aider par la commande d'une peinture murale pour un couvent. Cette même année 1843, Constant aurait été parrainé par des connaissances de son père pour intégrer une société secrète à Lausanne, ouverte en 1677 par Louis Quinault : l'Ordre hermétique de la Rose-Croix universelle, où il serait parvenu au grade de Grand-Maître. est finalement très affligé par la sortie de la Mère de Dieu (1844), et fin février 1844, Constant doit retourner à Paris en laissant sa peinture inachevée.

Il revoit son amie Flora Tristan, qui meurt peu de temps après à Bordeaux. Il hésite longtemps avant de publier le manuscrit intégral de Flora Tristan, pensant qu'on l'en rendrait responsable, abandonne finalement le projet et édite le premier manuscrit sous le titre : l'Émancipation de la femme ou le Testament de la paria. À l'automne 1844, lui demande de venir à Guitrancourt afin d'achever l'éducation de ses enfants. Il y demeure un an puis retourne à Paris et fait paraître son manifeste pacifique, inspiré par Silvio Pellico : la Fête-Dieu ou le Triomphe de la paix religieuse (1845).

Les idées utopistes et humanitaires du temps l’absorbent alors tout entier. Deux mouvements surtout suscitent en lui de profondes et longues méditations : le saint-simonisme et le fouriérisme.

L'école saint-simonienne, malgré ses qualités estimables, m'a toujours inspiré une vive répulsion. Ils ont de la vraie religion tout excepté l'esprit de piété; leur femme libre me fait horreur et ils ne peuvent comprendre la charité puisqu'ils méconnaissent l'amour. Ils sont froids comme l'industrialisme, tranchants, despotes et calculateurs. Je me fâche quand je les vois toucher si près à nos grandes vérités que leur sécheresse de cœur compromet et profane. Enfantin a certainement des aperçus remarquables mais il est plein d'égoïsme et de fatuité.

Fourier retourna le système de Swedenborg, pour créer sur la terre le paradis des attractions proportionnelles aux destinées. Par les attractions il entendait les passions sensuelles auxquelles il promettait une expansion intégrale et absolue. Dieu, qui est la suprême raison, marqua d'un sceau terrible ces doctrines réprouvées : les disciples de Fourier avaient commencé par l'absurdité, ils finirent par la folie.

1845-1855 : vers l'ésotérisme et l'occultisme

En 1845, dans le Livre des larmes, il développe pour la première fois des notions ésotérisantes. Durant cette période, il compose aussi des chansons réunies dans le recueil Les Trois Harmonies. Les éditeurs de ce livre lui commandent des illustrations pour deux ouvrages d'Alexandre Dumas : Louis XIV et son siècle et le Comte de Monte-Cristo... Adèle Allenbach, devenue actrice, vient le voir souvent. Elle conserva toujours la même admiration pour son « petit-père » dont elle accompagna le cercueil jusqu'à sa dernière demeure.

Alphonse-Louis Constant habite quelque temps à Chantilly, puis revient se fixer à Paris, au 10 de la rue Saint-Lazare. Il devient l'ami de Charles Fauvety et les deux hommes fondent en 1845 la revue mensuelle la Vérité sur toutes choses, qui ne parait que pendant quatre mois.

Paternité et mariage Depuis son retour d'Évreux, il se rend fréquemment à Choisy-le-Roi où il avait rencontré en 1843 Mlle Eugénie Chenevier, sous-maîtresse à l'Institution Chandeau. Parmi les pensionnaires de l'Institution, Eugénie s'était liée d'amitié à la jeune Marie-Noémi Cadiot. Lorsque les deux jeunes filles sortent le dimanche, Constant les accompagne et ils passent tous trois de bons moments.

Eugénie Chenevier accepte d'être sa femme devant Dieu. Confiante en l'avenir, elle s'était déjà donnée à lui et attendait un enfant. Ce fils, Xavier Henri Alphonse Chenevier, qui naîtra le , vivra jusqu'en 1916 et aura lui-même un fils, Pierre (par la ligne d’Eugénie, la descendance d’Éliphas Lévi représente aujourd’hui plus de 40 personnes, à la sixième génération).

Mais Marie-Noémi Cadiot tombe amoureuse. Après avoir entretenu une correspondance enflammée avec Alphonse-Louis Constant, elle s'échappe un beau jour de chez ses parents pour aller se réfugier dans la mansarde de celui-ci. Son père exige alors le mariage, sous la menace d'une accusation de détournement de mineure, car la jeune fille n'a alors que 18 ans. Constant doit se résigner.

La cérémonie civile a lieu à la mairie du X arrondissement de Paris, le . La famille Cadiot n'a pas voulu doter Noémi et les deux époux sont tellement dénués de ressources qu'ils font leur repas de noces avec quelques sous de pommes de terre frites achetées sur le pont Neuf. vignette|Alphonse-Louis Constant en 1848. Depuis l'affaire de la Bible de la liberté (1841), on empêchait Constant d'exprimer sa pensée en lui refusant l'insertion dans les journaux. À l'instigation de Noémi, il se remet à faire de la politique. Il collabore notamment à La Démocratie pacifique, et écrit un pamphlet virulent : la Voix de la famine. Le , on le condamne encore à un an de prison et d'amende. Sa femme demande grâce pour elle et l'enfant qu'elle porte auprès des ministères et obtient finalement sa libération au bout de six mois. accouche en d'une fille, Marie. La petite Marie mourra en 1854 à l'âge de sept ans, au grand désespoir de Constant qui l'adorait.

La révolution de février 1848 lui donnant plus de liberté, il commence à diriger une revue gauchisante : le Tribun du peuple, qui n'eut que quatre numéros, du 16 au . Il fonde ensuite avec ses amis Esquiros et Le Gallois un club politique : le Club de la montagne, composé surtout de travailleurs.